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Cette toile marque un tournant dans l’œuvre de Staël. Après une dizaine d’années de peinture considérée comme abstraite, défiant les milieux de l’avant-garde où s’impose la suprématie de l’art abstrait, Nicolas de Staël revient à une peinture qui se mesure au réel. Retour au sujet donc, même si l’artiste ne l’a jamais négligé: “Toujours, il y a toujours un sujet, toujours”. (Lettre à Pierre Lecuire du 10, 2, 1950.)

Intitulé Ciel de Dieppe ou Les Toits, ce tableau monumental de 200x150 prolonge la série des “murs” de 1951, avec le souci de partir d’un véritable référent visuel: le ciel vu à Dieppe ou les toits parisiens qu’il voyait de son atelier. Néanmoins la référence au réel est soumise aux exigences d’une composition qui nie les lois de la perspective et qui s’organise à l’enseigne de la frontalité. Ici le ciel s’allonge jusqu’à l’entassement des tesselles aux tonalités sombres qui occupent la partie inférieure du tableau.

Avec cette œuvre, l’artiste commence à employer la couleur par larges étendues, le ciel à lui seul occupe les deux tiers du tableau. La peinture à l’huile, écrasée au racloir, est ensuite appliquée sur la toile. La couleur se limite aux variations tonales des gris, blancs, bleus, qui rendent l’espace encore plus immense. Les toits reprennent les pavements de mosaïques qui figurent dans ses œuvres précédentes. Les gris dominent encore, mais ils se font de plus en plus soutenus, jusqu’au noir du grand carré qui avance au premier plan. Ce “mur” de petits carrés s’organise selon un jeu subtil de tailles, de tons et de pâtes. La matière picturale, toujours épaisse, va du lisse au rugueux, tandis que les couleurs jouent sur les beiges et les gris rehaussés de rouge et de bleu. Le regard, sollicité par le plus gros carré sombre, glisse de pavé en pavé jusqu’au ciel sur lequel l’œil revient sans cesse.

Les toits
1952
Huile sur isorel 200 x 150 cm
MNAM, Paris