Orphée vient policer les Grecs...

1847
Orphée vient policer les Grecs encore sauvages et leur enseigner les Arts de la Paix
Eugène Delacroix, 1847
Huile et cire, 735 x 1098 cm
Plafond de la bibliothèque de Assemblée Nationale

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Eugène Delacroix vient de terminer la décoration du salon du Roi lorsque, en septembre 1838, le Ministre de l'Intérieur, Marthe-Camille de Montalivet, lui confie celle de la Bibliothèque.

Le projet, d'une toute autre ampleur, est à la mesure de son génie créatif et de son goût de "faire grand" : deux culs-de-four séparés par cinq coupoles, chacune reposant sur quatre pendentifs, le tout formant un vaisseau de quarante-deux mètres de long et dix de large.

Cette fois il s'entoure de collaborateurs : Gustave de Lassalle-Bordes (1815-1846), Louis de Planet (1814-1875), Léger-Cherelle et Pierre Andrieu, mais les travaux ne commencent pas aussitôt, retardés par des problèmes de santé, la commande qui lui est faite par la Chambre des pairs du Palais du Luxembourg, mais aussi par le besoin de mûrir ce vaste projet.

Il hésite, prend des notes, demande conseil à ses collaborateurs, choisit des sujets, esquisse, surcharge, rature, élimine. Sa correspondance et son journal témoignent d'un labeur acharné.

Beaucoup plus qu'à une décoration c'est à l'élaboration d'un programme cohérent qu'il s'attache. La destination du lieu et la classification des savoirs qui était celle de l'époque s'imposent finalement à lui et cristallisent son inspiration.

Chacune des cinq coupoles est consacrée à une discipline évoquée dans les pendentifs par des scènes ou des événements qui l'ont illustrée : au centre la Législation, d'un côté la Théologie et la Poésie, de l'autre la Philosophie et les Sciences. La paix, berceau du savoir, et la guerre qui en est l'anéantissement, les encadrent et se font face, dans les deux culs-de-four.

Les travaux traînent en longueur, au grand mécontentement du Ministre des travaux publics qui supervise la réalisation du projet, et du Ministre de l'intérieur qui l'a commandé. Les pendentifs, peints sur toile, peuvent être partiellement réalisés en atelier, puis marouflés, mais ce n'est pas le cas des culs de four : ils doivent être peints sur place après avoir été enduits de cire. Des échafaudages sont montés à 15 mètres du sol, puis démontés, au rythme des sessions. Des fissures apparaissent, imposant des réparations puis la construction d'un toit pour protéger les peintures des intempéries.

60 000 F ont été alloués à Delacroix pour l'ensemble de la décoration. Le complément qu'il réclame pour couvrir les dépenses supplémentaires occasionnées par les fissures survenues dans les hémicycles lui est refusé.

Les peintures, lorsqu'elles sont enfin terminées à la fin de l'année 1847, sont accueillies avec enthousiasme par la critique qui salue l'inspiration poétique, la fête des couleurs, la sensualité de la polychromie, la verve et la fécondité de l'imagination. Elle situe cet artiste complet, à la fois penseur et poète, dans la grande tradition de la renaissance italienne.

La description de ces peintures est faite par Delacroix lui-même dans une notice adressée le 9 janvier 1848 à Thoré qui la reproduit avec quelques lignes d'introduction dans Le Constitutionnel du lundi 31 janvier 1848. « Nous nous proposions de rendre compte des belles peintures exécutées par M. Eugène Delacroix, dans la Bibliothèque de la Chambre des députés. C'est une des œuvres d'art les plus grandes et les plus poétiques de l'époque contemporaine. Mais M. Eugène Delacroix ayant pris le soin d'écrire lui-même la description de ses coupoles et de ses pendentifs, nous nous bornons à publier cette simple notice qu'il a bien voulu nous communiquer. »

Source : Assemblée nationale

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