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Dans un café, dit aussi L'absinthe

1876

Dans un café, dit aussi L'Absinthe
Edgar Degas, entre 1875-1876
Huile sur toile. 92 x 68 cm
Paris, Musée d'Orsay

L'œuvre représente un homme et une femme sur la banquette d'un café, l'air morne, les vêtements usés, le regard triste. Elle, les épaules tombantes, le regard absent, a le visage pâle dû à l'abus d'absinthe. Lui détourne son regard d'elle et a la face ravagée par le vin. Image probable de la bohème parisienne, ces personnages frappent par la solitude extrême qu'ils expriment.

Solitude accentuée par la composition qui est d'une grande audace : les personnages sont placés sur une oblique montante, selon une perspective fuyante, isolés du spectateur par une série de tables se coupant à angle droit. Cette composition est marquée par le japonisme alors en vogue, du fait de l'arrivée massive d'estampes japonaises en Europe. Degas s'en inspire dans sa construction de l'espace pour accentuer l'étude psychologique des personnages ainsi que l'impression d'instantané donnant au spectateur le sentiment de voler un moment d'intimité aux deux buveurs.

Sur les tables, quelques objets épars dont un verre d'absinthe, liqueur à 72 °, à base d'absinthe, plante neurotoxique et aromatisée avec de la menthe et de l'anis. Cet alcool apparu au XVIIIe siècle est d'abord consommé dans les milieux ouvriers avant de gagner l'ensemble de la population sous le Second Empire. Il fut interdit en 1915, à cause de l'accoutumance et des crises d'épilepsie qu'il provoquait chez les grands consommateurs. Cette peinture de mœurs de la vie parisienne évoquant le problème de l'alcoolisme a été illustré par d’autres artistes et écrivains, notamment Zola.

L'œuvre fut probablement montrée lors de la deuxième exposition impressionniste sous le titre Dans un café. A partir de 1876, une partie des impressionnistes délaissent le café Guerbois, trop bruyant, pour se réunir à la Nouvelle Athènes, place Pigalle. C'est dans ce cadre que Degas peint L'Absinthe, pour laquelle il fait poser deux amis, l'actrice Ellen Andrée et le graveur Marcellin Desboutin.

Exposée pour la première fois à Londres en 1876, l'œuvre de Degas provoque un grand scandale auprès du public victorien. Pourtant ce thème du café n'a rien de novateur : il remonte à la peinture hollandaise du XVIIe siècle. Ce qui choque à l'époque, c'est le traitement même du sujet, son réalisme outré et son caractère trivial. Degas "analyse" la scène sans aucune complaisance avec un regard pénétrant, lucide et critique sur les mœurs de son temps. Ce qui rapproche L'Absinthe du naturalisme de Zola, qui devait également influencer Manet et Toulouse-Lautrec.


Auteur : Nadine FATTOUH-MALVAUD

 

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