L'Âge mûr Camille Claudel 1902
 
 

L'âge mûr
Camille Claudel, vers 1902
Groupe en bronze en trois parties 114 x 163 x 72
Paris, Musée d'Orsay.

 

   

L'Âge mûr dit aussi La Destinée ou Le Chemin de la vie ou encore La Fatalité (1894-1900) est une des sculptures majeures de Camille Claudel. Il en existe une version en plâtre et deux épreuves en bronze, exposées respectivement aux musées d'Orsay et Rodin.

En 1883, Camille Claudel âgée de 19 ans, fait la connaissance d'Auguste Rodin et devient son élève et sa muse. Elle partage son atelier, participe activement à de nombreuses œuvres du maître et entretient avec lui une relation artistique et amoureuse passionnée et tumultueuse durant 10 à 15 ans. En 1898, Camille Claudel quitte son maître et amant après avoir tenté sans succès d'évincer Rose Beuret, compagne de Rodin. Rodin refuse les demandes en mariage de Camille Claudel qui sombre alors dans la démence avant d'être finalement internée en 1913.

La première version de L’Âge mûr, dont on ne possède qu’un exemplaire en plâtre, est datable de 1894-1895 d’après la lettre envoyée par Camille Claudel à son frère Paul, alors consul à New York, en décembre 1893, où elle est désignée par l’artiste sous le titre du "groupe des trois". La sculptrice envisageait d’introduire un arbre penché dans le groupe pour exprimer plus fortement encore l’idée de destinée, centrale à ses yeux : "Je suis toujours attelé à mon groupe de trois. Je vais mettre un arbre penché qui exprimera la destinée".

Après la rupture entre Camille Claudel et Rodin, ce dernier essaye de l'aider par personne interposée et obtint du directeur des Beaux-Arts une commande de l'État : L'âge mûr est commandé en 1895 et exposé en plâtre en 1899 au Salon de peinture et de sculpture de la Société nationale des beaux-arts, mais le bronze ne fut jamais commandé et le plâtre ne fut jamais livré par Camille Claudel. au Dépôt des marbres. C'est le capitaine Tissier qui finalement commanda le premier bronze en 1902. Il est fondu Thiébaut et plus tard exposé au musée d'Orsay. Un second bronze est fondu par Frédéric Carvilhani après 1913 et exposé lui au musée Rodin. Le plâtre qui avait servi de modèle à cette deuxième version de l'âge mur a disparu.

   
Quatre vues du moulage en bronze de 1913 au musée Rodin (121 x 181,2 x 73 cm)


Le groupe évoque l'hésitation de Rodin entre son ancienne maîtresse, qui devait l'emporter, et Camille qui, pour le retenir, se penche en avant. Elles'y incarne sous les traits d'un personnage qu'elle nomme l'Implorante, marquant ainsi le tragique attaché à sa destinée. L'homme à la fin de sa maturité est vertigineusement entraîné par l'âge tandis qu'il tend une main inutile vers la jeunesse.

Paul Claudel en parlait ainsi : "Ma sœur Camille, implorante, humiliée à genoux, cette superbe, cette orgueilleuse, et savez-vous ce qui s'arrache à elle, en ce moment même, sous vos yeux, c'est son âme". En 1952, il fera don au musée Rodin de la version en bronze de 1913.

Cette interprtéation autobiograhique apparaît surtout comme une variation autour du thème de la destinée. Camille Claudel réalise une oeuvre symbolique qui entraîne une méditation sur les rapports humains. Dans un mouvement d’irrésistible entraînement, l’homme, encore tenu fermement par la jeunesse et la vie dans la première version, est arraché dans la seconde aux bras tendus de la jeune suppliante par la vieillesse et la mort. Les figures nues sont entourées de draperies volantes qui accentuent la rapidité de la marche. Les grandes obliques qui fuient, les drapés tourmentés, les ombres violentes rapprochent cette deuxième version de l’esthétique Art nouveau.

 

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