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La Nativité avec saint François et saint Laurent

1609

La Nativité avec saint François et saint Laurent
Le Caravage, 1609
Huile sur toile, 298 × 197 cm
Palerme, Oratoire San Lorenzo (volé en 1969)

Cette peinture est réalisée en 1609 par Caravage lors de son séjour en Sicile, après avoir fui Malte l'année précédente. Deux chroniqueurs du XVIIe siècle, le Jésuite Placido Sampieri puis le peintre et biographe Francesco Susinno, évoquent le tableau et en indiquent l'origine : Caravage en obtient la commande du sénat de Messine pour l'église des Capucins, Santa Maria della Concezione, dont elle doit décorer le maître-autel. Le peintre perçoit pour cela la somme de mille écus.

Dans la partie gauche de l'étable, Marie est allongée par terre sur la paille, portant un manteau rouge, accoudée sur la mangeoire, derrière laquelle on aperçoit le bœuf et l'âne ; elle porte l'Enfant emmailloté sur elle, leurs visages se touchant. Joseph est placé, agenouillé avec d'autres personnages, dans la partie droite ; une auréole permet de le distinguer mais il est effectivement situé non pas avec Marie et Jésus, mais avec le reste du groupe placé en regard. Un panier contenant les rares effets de la Sainte Famille (du pain, des vêtements et quelques outils de charpentier) est placé à gauche en bas, appuyant la simplicité du cadre et de la situation.

Le thème iconographique de l'Adoration est très courant à l'époque — des spécialistes de Caravage comme Catherine Puglisi ou Gérard-Julien Salvy s'étonnent d'ailleurs qu'aucun commanditaire n'ait sollicité l'artiste lombard à ce sujet avant 1609 — et Caravage y incorpore de nombreux éléments habituels comme l'étable et la mangeoire, ou encore le bœuf et l'âne. Toutefois, il se distingue nettement par un traitement original de la disposition de ces éléments, ainsi que dans la conception des personnages. Par exemple, la Madone n'est pas agenouillée en prière devant l'enfant Jésus, mais allongée et tenant son enfant dans les bras. L'événement est fermement ancré dans le réel, loin de la jubilation universelle portée par le récit évangélique de Luc : les animaux se montrent indifférents, les bergers sont venus les mains vides et semblent quelque peu effacés devant la mère et son enfant ; et l'enfant Jésus lui-même n'a rien d'explicitement divin. Comme le souligne Puglisi, Caravage « cultive à présent le dépouillement ». Une grande partie de l'espace de la scène est laissée vide, considérablement plus qu'il n'y a d'espace accordé aux protagonistes : c'est là une caractéristique de la période sicilienne du peintre.