Ecce Homo

1606

Ecce Homo
Le Caravage 1606
Huile sur toile, 128 x 103 cm
Gênes, Palazzo Rosso,

L'expression "Ecce homo" est la forme latine de l'annonce de Pilate "Voici l'homme". La tradition de cet épisode a pour origine l'évangile de Jean. Cette scène de "l'ostentation du Christ" se situe après la comparution de Jésus devant Pilate, après la flagellation et le couronnement d'épines. Tandis que les soldats tournent en dérision le Christ en lui criant "salut roi des Juifs", Pilate sort de nouveau ; il annonce qu'il va emmener l'accusé dehors. "Jésus vint alors à l'extérieur ; il portait la couronne d'épines et le manteau de pourpre. Pilate leur dit [aux Juifs] : "Voici l'homme" (Jn 19,4-6) Dès que les grands prêtres et leurs hommes voient Jésus, ils se mettent à crier "Crucifie-le !"

Connue grâce à une copie conservée au musée de Messine, l'œuvre fut découverte en 1953 par la directrice du musée de Gênes, Caterina Marcenaro au cours d'un contrôle général des réserves du Palazzo Rosso. Longtemps contesté en raison du visage de Ponce Pilate qui tranche avec les portraits référencés du Caravage ,elle a été restaurée et finalement ajoutée au corpus du peintre.

Le traitement en plan serré, caractéristique du Caravage, crée une proximité avec les personnages, impliquant le spectateur dans une ambiance silencieuse à l'obscurité inquiétante. L'attitude de Ponce Pilate prenant à partie le spectateur suscite une émotion immédiate. Le gouverneur de Judée est vêtu à la mode bourgeoise romaine du XVIIe accentuant un peu plus l'intensité de sa présence. Il exprime l'inexorable fatalité en cours alors que les mains du Christ sont entravées par un cordage qui semble sceller son destin. Le manteau que le tortionnaire pose sur les épaules du Christ pourrait évoquer le linceul qui enveloppera bientôt sa dépouille.

Jésus est présenté à la foule sous les oripeaux d'un roi caricatural, coiffé d'une couronne d'épines, doté d'un sceptre de roseau et affublé d'un manteau pourpre. Le faible éclairage souligne son buste à la beauté sensuelle et ses yeux clos comme déjà tournés vers l'au-delà. Le Christ semble à la fois prostré et transfiguré. Son attitude résignée met en exergue son humanité, suscitant une compassion immédiate sans que l'artiste ait besoin d'insister sur les sévices subis lors de la flagellation qui vient d'avoir lieu.

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