Crucifixion de saint André

1607

The Crucifixion of St Andrew
Le Caravage , 1606-1607
Huile sur toile, 202,5 x 152,7 cm
Cleveland, Museum of Art

On a dit, à tort, que Le Caravage choisissait invariablement de représenter l'événement le plus reconnaissable ou le plus spectaculaire d'un récit. En fait, il préférait souvent le moment intrinsèquement dramatique, juste avant ou juste après cet événement.

Par exemple dans son saint André, le Caravage ne fait pas le tableau de la crucifixion même, comme l'usage le voulait, il représente un autre incident qui eut lieu au cours du martyre du saint et qui est raconté dans le Legendario delle vite dei santi écrit en 1600. C'est la traduction italienne d'une célèbre légende du XIIème siècle qui raconte comment Egée, le proconsul de Patras en Grèce, ordonna qu'André ne fut pas cloué sur la croix, mais qu'il y fut attaché. Ses souffrances devaient être prolongées parce qu'il avait converti Maximilia, la femme du proconsul, au christianisme et l'avait baptisée.

Cependant ce cruel châtiment eut des effets contraires, car le saint continua à proclamer sa foi à ses disciples qui se pressaient autour de la croix. Au bout de deux jours, le proconsul ordonna de détacher André afin de faire cesser les troubles. Mais, à cet instant, un rayon de lumière éblouissante l'enveloppa, des anges apparurent, et une force surnaturelle paralysa les bourreaux. Au moment où la lumière s'évanouit. André rendit l'âme. Dieu exauça ainsi celui qui l'avait supplié de mourir sur la croix.

Le Caravage peint ce moment figé au sens propre comme au sens figuré, car le bourreau, debout sur l'échelle, est toujours paralysé, juste après que la lumière s'est évanouie. Le corps fragile d'André pend sur la croix, dans un état d'épuisement, sa tête reposant sur l'épaule gauche. Il rend son dernier soupir, la bouche ouverte. Ses yeux tournés vers le haut sont à peine visibles sous ses paupières baissées. C'est une représentation saisissante du moment de la mort comme délivrance des souffrances de la vie. Les témoins surpris, encore bouleversés par le miracle, contemplent bouche bée ce moment de douceur.

Le fait que le Caravage reproduise fidèlement la nature sans en sélectionner les plus beaux éléments -raison pour lequel il fut critiqué, se montre ici de façon très nette au travers du gloitre sur le cou de la femme au bas de la croix à gauche. Les paysans des montagnes dans les environs de Naples souffraient souvent de cette sorte d'enflure. En choisissant de peindre un gloitre, le Caravage met l'accent sur la réalité de la pauvreté qui accable cette femme.

 

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