Le jardin des délices

1503
Le jardin des délices
Jérome Bosch,1503
Huile sur toile
220 x 97, 220 x195, 220 x 97 (ouvert)
Prado

Peinture la plus célèbre de Jérôme Bosh, ce triptyque dépeint l'histoire du monde et la progression de péché. Les panneaux fermés représentent la création du monde, l'histoire progresse avec Adam et Eve et le péché original sur le panneau gauche. Le panneau du centre dépeint un monde profondément engagé dans des plaisirs coupables et le panneau de droite les supplices de l'enfer.

Des tentatives diverses ont été faites pour interpréter les différentrs scènes. Les représentations sexuelles ont été rapprochées du credo des Adamites, une secte héretique qui préconisait la liberté sexuelle. Un autre théorie met en avant une série d'llustrations de proverbes : par exemple, les amants dans la bulle de verre rappellerait le proverbe ' le Plaisir est aussi fragile que le verre". Cette approche fournit aussi une liaison entre ces fantaisies et d'autre oeuvres de Bosch tel Le char de foin et l'oeuvre postérieure de Bruegel qui, sans déployer une même profusion satanique, a aussi illustré des proverbes.

Volets fermés.
Au-dessus un ciel est chargé de nuages noirs alors que dessous, le globe est pratiquement rempli d'eau représentée par un gris assez uniforme et plus profond.
A l'angle supérieur gauche du globe, un minuscule personnage, se tient assis, un livre à la main : c'est Dieu ayant créé le monde: À côté de lui, en haut du tableau, une phrase est écrite en fines lettres gothiques dorées : « Ipse dicit et facta sunt », sur le volet gauche, et « Ipse mandavit et creata sunt », sur le volet droit, soit le psaume 33,9 : « Car Il dit et la chose arrive ; Il ordonne et elle existe. »

 

Le panneau de gauche
Le  tiers inférieur du panneau représente Adam et Ève en compagnie de Dieu dans le paradis terrestre. Le thème semble plus précisément  être la présentation d'Ève à Adam par Dieu  apparaissant sous les traits de Jésus. D'une main, il tient le poignet d'Ève, semblant attirer la jeune femme vers Adam, et, de l'autre, effectue un geste sacerdotal. À gauche d'Adam se dresse un arbre exotique le dragonnier des Canaries, associé ici à l'arbre de la connaissance du bien et du mal. À leurs pieds, au premier plan, une série d'animaux sort d'une petite mare : des  animaux chimériques et animaux réels.

Derrière eux, sur un second plan, un lac se déploie sur toute la largeur du tiers médian du panneau. En son centre s'élève une fontaine à la forme organique, peinte en rose, peut-être « la fontaine de la Connaissance ». Ici également, toute une faune cohabite parmi laquelle il est possible de rencontrer des animaux plus ou moins exotiques par rapport au contexte européen de création de l'œuvre ou plus ou moins chimériques : vache, cygne et lapin ; éléphant et girafe ; lézard à trois têtes évoquant l'hydre de Lerne et licorne.

Le dernier tiers supérieur du panneau forme le dernier plan : une chaîne de montagnes bleutées se détache sur une étroite de bande de ciel bleu clair non uniforme dans lequel volent quelques groupes d'oiseaux.

Panneau central : le jardin des délices
Il est difficile de discerner tous les motifs dans le panneau central tant abondent les détails : une multitude de personnages, dévorant de gigantesques fruits, côtoient un grand nombre d'animaux dans un décor verdoyant où se déploient points d'eau et tours-montagnes. À l'instar du panneau droit, le panneau central est découpé en trois plans horizontaux sensiblement équivalent. Au premier plan, plus d'une centaine de personnages, hommes ou femmes, de peau blanche ou noire, tous nus, se mêlent dans des festins autour de fruits énormes (cerises, mûres, fraise et arbouses). L'acte sexuel est fortement sous-entendu et omniprésent. En bas à droite, un couple accompagné d'une troisième personne dont on n'aperçoit que le visage occupe une grotte : les chercheurs les ont identifiés comme étant Adam et Ève, à l'origine de l'Humanité entière, ainsi que Noé. À leur gauche, les autres personnages semblent avoir pour habitat des tentes que certains occupent encore. Les chercheurs en concluent qu'il s'agit de la descendance du couple originel ayant pu acquérir une vie un peu plus confortable que ses aïeux.

Au second plan, une autre multitude d'hommes, chevauchant autant d'animaux dont certains sont chimériques tel ce cheval à tête de chat et portant une corne sur le front, forment une ronde autour d'un large bassin dans lequel évoluent quelques baigneuses. Sur la rive gauche, un groupe d'hommes assis, dont quelques-uns sont tonsurés à la manière des moines, entoure une immense fraise dont ils semblent se délecter.

Enfin, au dernier plan, quatre fleuves, aux sources desquels s'élèvent pour chacun une éminence à la fois montagne et construction de couleur bleu ou rouge, convergent en un point d'eau au centre duquel s'élève également une nouvelle éminence. Ici, les hommes deviennent très rares, laissant la place à des êtres plus fantastiques, pour disparaître totalement dans l'espace de l'étroite bande de ciel où ne se trouvent que des oiseaux, des anges ou des êtres hybrides (griffon ou poisson volant).

Panneau de droite, L'Enfer
Le panneau central est à l'instar des deux autres panneaux divisé horizontalement en trois parties de tailles à peu près égales. Ici, les divisions apparaissent grâce à des différences narratives : « la dénonciation de certains vices du monde » dans le tiers inférieur du panneau, « les tortures physiques » dans son tiers central et l'« apocalypse » dans son tiers supérieur.

Dans le tiers inférieur du panneau, un grand nombre de personnages subissent des tortures conduites par des êtres hybrides, composés d'un corps humain surmonté d'une tête d'animal (lapin, oiseau notamment). Le plus visible de ces êtres est un personnage à tête d'oiseau assis sur une chaise percée, dévorant un humain et en déféquant d'autres. Les scènes de torture se déroulent par l'intermédiaire d'instruments de musique ( vielle à roue, harpe, cithare, flûte, tambour, trompette et cornemuse). Des jeux s'éparpillent aux pieds de damnés : cartes, trictrac ou dés.

Dans le tiers central, les personnages nus subissent des supplices : contrairement aux représentations traditionnelles d'alors où le feu domine, le froid . L'eau d'un lac est gelée. Des personnages nus y évoluent, chaussés de patins à glace. Dans cette scène, deux éléments se détachent particulièrement : une lame de couteau enchâssée entre deux oreilles, figure que d'aucuns ont rapproché, de part leurs formes, à une verge et ses deux testicules ; et d'autre part, regardant le spectateur, un personnage sans bassin ni jambes, dont le buste évidé contient des personnages ripaillant, et dont les bras, semblant des troncs d'arbre, lui servent à se tenir debout, les mains enchâssées dans deux barques. Cet "l'Homme-arbre" se situe dans le centre du panneau.

Enfin, dans le tiers supérieur, sur un fond chromatique très sombre, les personnages sont beaucoup plus réduits. Ici, le noir domine ; une ville en flammes plongée dans l'obscurité.

 

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