(1861-1942)
Académisme

« Portraitiste je suis et veux l’être, portraitiste en tout et de tout. » Ainsi se revendique Jacques-Émile Blanche (1861-1942) dans le chapitre « Mes premiers portraits » de La Pêche aux souvenirs (1949). Portraitiste incontournable de la société du tournant du XIXe et de la première moitié du XXe siècle J.É. Blanche côtoie les plus grandes figures de son temps, tant à Paris qu’en Normandie.

Portrait de Raymond Radiguet 1923 Rouen, musée des Beaux-Arts

Jacques-Émile Blanche bénéficie d'une éducation cosmopolite, ayant été élevé à Passy dans une maison qui avait appartenu à la princesse de Lamballe, acquise par son grand-père, Esprit Blanche, psychiatre qui a compté parmi ses patients Gérard de Nerval. Son père, Émile Blanche, est également aliéniste. Cette maison gardait toujours une atmosphère empreinte de l'élégance et du raffinement du xviiie siècle et a influencé ses goûts et son travail. Élève de Stéphane Mallarmé, son professeur d'anglais au Lycée Condorcet, il se lia d'amitié avec Henri Bergson et André Gide. Excellent pianiste, il hésita à une époque entre la peinture et la musique.

Bien qu'il ait reçu l'enseignement d'Henri Gervex, Jacques-Émile Blanche peut être considéré comme un peintre autodidacte. Il fit ses premiers pas dans le milieu mondain sous la bienveillante protection du comte Robert de Montesquiou. Il a acquis une grande réputation de portraitiste. Son style, vivant et raffiné, porte l'empreinte de sources française et anglaise. En 1895, il épouse sa confidente et amie d'enfance : Rose Lemoinne.

Il séjourne pour la première fois sur la Côte Fleurie durant l’été 1891 à Trouville-sur-Mer au Manoir des Frémonts. Il y fait la connaissance d’un jeune étudiant en droit, Marcel Proust. Séduits par cette villégiature, Rose et Jacques-Émile Blanche reviennent de 1896 à 1901 au château de Toutla-Ville entre Deauville et Pont-L’Évêque, où ils reçoivent le Tout Paris littéraire, politique et artistique. Le peintre Paul Helleu – dont il réalise le portrait de son fils Jean - ou André Gide y séjournent entre autres invités. En 1902, il acquiert une grande propriété à Offranville (Seine-Maritime) baptisée le manoir du Tôt où il réside tous les étés jusqu’à sa mort. Si Stravinsky, Cocteau, ou Anna de Noailles - dont il réalise les portraits - écrivent l’histoire des arts avec un « H », ils écrivent aussi l’histoire de Deauville, alors en plein essor. Le style de Jacques-Émile Blanche, tout à la fois vivant et d’un grand raffinement, emprunte à des sources d’inspiration tant britannique que française. Maurice Denis décrit les portraits de Blanche comme « un ensemble précieux pour les historiens de l’avenir ; cette galerie est le Panthéon d’une époque ».

Il fut aussi ami des surréalistes et des dada, parmi lesquels Jacques Rigaut, René Crevel, Jean Cocteau, dont la mère était très liée avec la famille Blanche. On peut compter parmi ses chefs-d'œuvre les portraits de son père, du poète Pierre Louÿs, du peintre Fritz Thaulow et ses enfants, d'Aubrey Beardsley et d'Yvette Guilbert. Il fréquentait le salon de Geneviève Bizet, devenue ensuite Madame Straus, bien connu du Tout-Paris littéraire et artistique (Edgar Degas, Marcel Proust, Georges de Porto-Riche, Paul Bourget, etc.). Et le salon de la comtesse Potocka. Au début des années 1900, il est nommé chef d'atelier à l'Académie de la Palette. Il est élu membre de l'Académie des beaux-arts en 1935.