Interstice, Rencontre des inclassables
Ville de Caen
Du 26 avril au 12 mai 2019

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Le festival ]interstice[ présente la 14e rencontre des inclassables, consacrée aux arts visuels, sonores et numériques dans 13 lieux caennais

Affiche du 70e festival de Cannes
 
]interstice[, 14e rencontre des inclassables, du 26 avril au 12 mai
 

 

Du 16 avril au 12 mai 2019, le festival donne rendez-vous pour un parcours d’expositions, de concerts, performances et d’ateliers avec plus de 50 artistes venus d’Allemagne, Belgique, Canada, Japon, Pays-Bas, République de Serbie, Russie et de France. Chacun des 13 sites accueille des œuvres uniques et propose une expérience poétique qui questionne l’espace, l’architecture, notre rapport aux technologies et à l’histoire de l’art, aux sciences et aux techniques... Des instants à vivre comme autant de pauses dans un onde en mutation permanente.

1 - Esam Caen/Cherbourg, 17 Cours Cafarelli

Installation :
Ryoichi Kurokawa : ad/ab Atom
© Hugo Sousa

À partir de données recueillies au microscope électronique, ad/ab Atom est une installation audiovisuelle qui explore la manière dont les lois de la nature sont régies par la mécanique quantique à l’échelle nanoscopique. L’œuvre qui se compose de sept écrans combinés à 4 canaux audio offre une expérience immersive.

L’origine du titre de l’œuvre vient des préfixes latins « ad » et « ab » (« vers » et « de ») utilisés dans le néologisme « adatom/abatom » qui désigne le point où les lois régissant la nature deviennent moins précisément définies. Kurokawa ouvre cet espace liminal pour révéler l’extrême distorsion et abstraction du monde qui nous entoure.

ad/ab Atom est le fruit d’une collaboration avec l’International Iberian Nanotechnology Laboratory (INL). Ryoichi Kurokawa s’est principalement concentré sur des données visuelles et dispositifs informatiques qui ont été analysés, déformés et déconstruits avant d’être recréés à l’écran.

Installation :
Christina Kubisch : Cloud
© Christina Kubisch

Précurseuse internationale des arts sonores, Christina Kubisch fait partie des premières artistes à s’interroger sur les fréquences inaudibles et à leurs donner forme. Cloud s’inscrit dans la continuité d’une série d’œuvres depuis les années 80 qui invite le public à déambuler le long de câbles électriques disposés de manière à dessiner des formes géométriques ou reprenant les contours de formes organiques et naturelles. Le circuit de câbles conduit un signal électrique qui génère un champ magnétique capté par des casques. Le visiteur en se déplaçant le long de l’œuvre entend une variété de sons issus de captations de champs électromagnétiques générés par des disques durs, transformateurs électriques, réseaux internet. Il est mis à contribution et invité à une écoute active et mobile. En fonction de sa position, de ses déplacements, temps de pause, il façonne sa propre composition, sa propre expérience auditive de l’œuvre.

En rendant audible mais aussi visible l’inflation des émissions radioélectriques liées aux technologies de l’information et de la communication, elle ne vise pas à une critique ou mise en garde. Elle explore plutôt le potentiel musical et plastique des sons qu’elles peuvent générer. Alliant la vue à l’ouïe, elle met à portée d’oreille et de regard ce qui serait un réseau veineux mondialisé dans lequel pulse en permanence des flux d’électrons, un signal mondial complexe et invisible.

2 - Le Dôme, 3 Esplanade Stéphane Hessel

Studio Neura

Le Studio Neura prend ses quartiers sur le toit du Dôme pour un temps de création long et inédit tant dans sa forme que dans sa durée. Pensé comme un atelier collectif de création, le dispositif permet les croisements et les rencontres autour de multiples pratiques sonores.

Cet atelier sonore se présente autant comme une résidence permanente et un espace d’initiation que comme une installation immersive à visiter dont la scénographie confiée au collectif Manœuvre met en scène à la fois le processus de création et un environnement spécifique ouvert aux publics.

En mouvement par la multiplicité des interventions et la mobilité de ses pôles instrumentaux, le studio devient un instrument sonore grandeur nature.

Le Studio Neura est un studio indépendant caennais, spécialisé dans les musiques électroniques, créé en 2014 par Yann Fontbonne et l’association Les Bruits Sons Ardents. Il réunit un nombre important d’instruments d’époques et d’écoles différentes, dans le but de permettre à plusieurs personnes de jouer, composer, mixer et masteriser en live, dans un même geste musical. La complémentarité, la couleur sonore et l’ergonomie de ces instruments ont guidé leur agencement en différents pôles complémentaires.

3 - Le Pavillon Quai François Mitterrand 14000 Caen

Installation
Paul Duncombe : Tomorrow Borrowed Scenery
© Paul Duncombe

Le terme jièjing (chinois) ou shakkei (japonais) désigne une pratique paysagère traditionnelle asiatique où l’agencement d’objets et de végétaux est conçu en harmonie avec l’arrière-plan du site investi. 
Des épaves de voitures sont végétalisées puis équipées d’automates entretenant la propagation des plantes et insectes qui s’y développent. Brouillard, oscillations lumineuses, nappes sonores… Une mise en scène cinématographique enveloppe ce décor artificiellement sinistré, conçu comme la proposition spéculative d’un premier plan, prêt à incorporer les paysages qui en seront demain la toile de fond.

4- Abbaye aux Dames Place Reine Mathilde

Robyn Moody: Wave Interference

Wave Interference se déploie sous la forme d’une onde lumineuse. L’installation cinétique se compose de 88 tubes fluorescents, dont la lumière émise par chacun d’eux ne sort que par une fine fente horizontale. L’amplitude de ce mouvement est accentuée par le compagnonnage de la partition sonore infinie (ou drone) d’un vieil orgue du XIXe siècle alimenté par le même mouvement mécanique. Robyn Moody confronte deux sensations : l’inconfort généré par la musique qui rappelle celle des films d’épouvante s’opposant à la douceur de la cascade, mystérieuse et onirique. Œuvre contemplative, Wave Interference est une expérience née de la rencontre fructueuse d’objets obsolètes et de mécanismes complexes.

Installation
Aki Inomata : Why Not Hand Over A “Shelter” To Hermit Crabs?

« Dans Why Not Hand Over a « Shelter » to Hermit Crabs? (Pourquoi ne pas donner un « abri » aux bernard-l’ermite ?), les bernard-l’ermite habitent un abri transparent représentant une ville du monde et en changent quand c’est nécessaire. Ils vont d’une ville à l’autre, si l’on peut dire. Cette œuvre fait partie d’une série qui a débuté en 2009 à l’ancienne ambassade de France à Tokyo. Bien que faisant géographiquement partie du Japon, le territoire sur lequel l’Ambassade de France est construite est considéré comme territoire français. Bien qu’il ait été « retourné au Japon » pour être démoli, il « reviendra à la France » un demi-siècle plus tard. J’ai été très surprise d’apprendre que la même terre pouvait aller et venir comme ça entre le Japon et la France, et j’ai soudain été inspirée par la vision d’un crabe ermite déplaçant sa maison d’une coquille à l’autre. Les bernard-l’ermite se protègent en habitant les coquilles d’escargots de mer et en se déplaçant vers de plus grosses coquilles au fur et à mesure de leur croissance. Et, parfois, ils sont expulsés de chez eux par des bernard-l’ermite plus forts. Lorsqu’un bernard-l’ermite change de carapace, il transforme complètement son apparence extérieure et devient méconnaissable. »

 

5 - Territoires Pionniers | Maison de l'architecture - Normandie, 22 place Jean Letellier Quatrans

Bérénice Serra : Résidence
© Marion Balac

Résidence est une exposition collaborative infiltrée dans l’application Google Street View. En 2015, Google met au point et propose une application gratuite permettant de profiter du service « Street View », tout en rendant possible la prise de vues 360° et leur publication, non pas par ses employés, mais par les utilisateurs mêmes de l’application. Toute personne ayant donc téléchargé l’application peut alors constituer une capture 360° et la rendre publique.

Une profonde transformation de l’espace et de la vie sociale découle alors de ces nouvelles pratiques. Et de ce changement, l’art n’est nullement épargné. En effet, parmi les images prises par les dispositifs de Google ainsi que celles publiées par les utilisateurs de la plateforme, on retrouve des vues immersives comprenant des œuvres d’art, présentes de fait dans l’espace public. Or puisque ces images sont capturées par les utilisateurs, la responsabilité de l’entreprise vis-à-vis du droit d’auteur est dégagée.

Résidence propose un premier pas dans le but d’une réappropriation des enjeux plastiques impliqués dans cette configuration particulière de l’espace public et de l’espace social. Profitant des conditions que Google a été obligées d’assumer pour la survie de son service, le projet consiste à proposer un protocole collectif pour occuper l’espace ouvert par le service
« Street View » comme un lieu d’hébergement d’un art conçu spécifiquement pour reconquérir cet espace. Six artistes sont invités à se saisir de cette procédure comme autant de résidences artistiques d’un type nouveau, se confondant avec l’occupation d’un espace artistique original.

Sont mis à disposition du public : des casques qui permettent de voir les projets en immersion 360°; un catalogue en consultation; un "mode d’emplo" pour participer à la résidence, le descriptif du projet, un QR code qui renvoie au site internet

6 - Galerie IGDA 2.0, 16 rue des Croisiers

Christophe Monchalin : Muted
© Christophe Monchalin

Muted est une expérience de réalité virtuelle qui nous fait plonger dans les souvenirs d’enfance. Nous chutons dans les ramifications poétiques faites de dessins du passé de deux fillettes abandonnées. Une chute en arrière, lente, presque en apesanteur. Ne plus avoir de poids. Se laisser couler au fond de l’eau. Pas de narration établie, tout s’entremêle dans cette histoire, comme le seraient les souvenirs. Cette expérience mêle ressenti émotionnel et physique en rapprochant le sentiment d’abandon avec une chute en apesanteur. Muted est pas une immersion virtuelle.

" C’est à partir d’une sensation physique que je voulais commencer mon travail car mots et concepts sont souvent absents des territoires de l’enfance. L’idée m’est alors venue de sombrer dans les souvenirs du personnage principal comme le ferait un apnéiste en s’enfonçant dans les profondeurs, le long d’un fil. Ici le fil représente le temps, avec comme jalons, les petites marques que l’on fait contre un mur pour mesurer la taille des enfants. Muted privilégie poésie et sensationcomme cheminement dans cette histoire où les violences se font par l’absence, sans bruit." Christophe Monchalin

 

7-Église du Vieux Saint-Sauveur Place Saint-Sauveur

Guillaume Cousin : Le Silence Des Particules
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© Jean-François Bonini

Le silence des particules est une œuvre et singulière, elle n’existe pas en dehors de son temps d’exposition, il s’agit d’une sculpture de fumée. Au fond de l’espace, une imposante machine rend visible un mouvement d’air en formant un anneau de fumée qui voyage dans l’espace et le temps. Le temps est l’écriture. L’ensemble des temps qui caractérisent un anneau sont l’équivalent d’un mot. Il y a les grands fragiles, les petits massifs et rapides, les grands lents majestueux, M. Parfait, les jumeaux, les collisions…
Ces mots constituent une phrase qui se répète en un cycle de 20 minutes. La machine répète les instructions minutieusement pour produire les anneaux, qui, dans leurs voyages, se confrontent à la réalité aléatoire.
Le silence des particules nous invite à faire une expérience sensorielle du vide qui nous entoure, à élargir notre cercle de perception, à mettre en évidence que tout est interaction. Nous observons des millions de particules en cohérence, formant un corps, un temps. Est-ce en cela que cette forme nous est familière ?

 

8 - Église Saint Nicolas 8-16 rue Saint Nicolas

Nils Völker : Twenty Four
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© Jean-François Bonini

Twenty Four est une installation in situ composée de 24 sacs en plastique bleu clair qui guident le spectateur à travers la nef monumentale de l’église désacralisée Saint-Nicolas à Caen. De l’entrée à l’abside, chaque sac est relié à l’une des colonnes massives du bâtiment de 66 mètres de long. Contrairement à l’architecture qui les entoure, les sacs en plastique légers, juste remplis d’air, se déplacent presque en apesanteur. Grâce à un programme écrit sur mesure, Völker crée un jeu continu entre le haut et le bas, la proximité et la distance. En fonction de 384 ventilateurs invisibles, la surface de l’œuvre d’art change constamment : les sacs en plastique s’éloignent les uns des autres ou se touchent presque. Avec leur mouvement ondulatoire et leur son particulier, la lumière et les coussins bleus remplissent tout l’espace d’exposition de cette église du XIe siècle.

9- Artothèque de Caen Impasse Duc Rollon

Els Viaene : Vibrant-Matter
© Els Viaene

Vibrant Matter est une installation sonore et cinétique dans laquelle une membrane de papier se déforme lentement sous l’action d’aimants mobiles amplifiés. Vibrant Matter a été inspirée par un voyage de l’artiste en Islande. Extrêmement contrastés, les paysages qu’elle y a découverts semblaient figés dans le temps, comme s’ils s’étaient solidifiés en pleine métamorphose. Sous sa surface en apparence immobile, la matière est pourtant soumise à des tensions permanentes, à d’incessantes transformations, à des impulsions mesurables qu’il nous est possible d’enregistrer. Métaphore délicate de ces tremblements titanesques et continuels, cette installation cinétique et sonore donne corps à une activité sismique miniature, accélérée et amplifiée. L’œuvre évoque ainsi les frémissements intangibles que dissimule la croûte terrestre, pour nous faire voir et entendre son imperceptible mouvement.

10- Centre Chorégraphique National de Caen en Normandie, Halles aux Granges, 11-13 rue du Carel

Performance - Myriam Bleau : Ballistics
© Pieter Kers

Jeudi 9 Mai 19h30 Ballistics (2019) est une performance audiovisuelle pour cinq interfaces de pendules inspirée par l’imagerie populaire de la science-fiction et du mysticisme. Les objets lumineux sans fil, équipés de capteurs de mouvement, tracent dans l’espace oscillations, rotations et trajectoires cinétiques. Exercice de sonification du geste et de la physique des pendules, cette performance utilise la synthèse numérique modulaire pour dévoiler un environnement sonore corrosif et textural aux rythmes irréguliers.

DJ Set Jeudi 9 Mai 22h30En 1981, Tadao Kikumoto invente la TB-303, un émulateur de basses pour les studios d’enregistrement. Cette machine est tout d’abord un échec commercial mais en 1984, trois Djs de Chicago, Dj Pierre, Spanky & Herb J avec leur trio Phuture s’en servent pour créer un morceau avec des sonorités encore jamais entendues. Acid Tracks était né et révolutionna par la suite la House Music entrainant dans son sillage de nouveaux apôtres de la TB-303, Josh Wink, Hardfloor, Armando, Dj Esp, etc. Depuis Dj Pierre fait le tour du monde en tant que Dj, sort un nombre incalculable de maxis et remixe les plus gros artistes de la planète. Il gère aussi trois labels, Afro Acid, Jackie Tracks et Afro Deep et c’est sur ce dernier que Fred.H (M.A.D Brains) sort un maxi en avril 2019. MindReader Ep rend hommage à la scène de Chicago à travers trois morceaux laissant la part belle à la TB-303, entre Deep House et Wild Pitch (style de house aussi inventée par Dj Pierre), une bonne manière de fêter le 303 Day et les 35 ans de l’Acid House.

11- GALERIE L'ŒIL HISTRION

Nicolas Tourte: Au Nord Du Futur
© Nicolas Tourte

« La structure foisonnante et rhizomique du travail de Nicolas Tourte nous enivre dès les premières gorgées visuelles. Comme un catalyseur accélérant notre départ vers un monde poétique, jamais complètement détaché du réel, une rêverie hallucinatoire où l’ombre de Magritte plane sans cesse. Une pincée de technologie contemporaine réactive les puissants ressorts surréalistes, rehaussés par le titre des œuvres, comme une cerise sur le… Cocktail…!!!! Le tout semble être un Cocktail coloré saupoudré de mescaline, une mixture alchimiste qui fait naitre de fragiles poèmes scintillants. Les oxymores visuelles de Nicolas Tourte nous enchantent et nous font chavirer tout en questionnant notre fragile condition humaine. Nous voici devenus des « Alices » avec tout ce que cela a d’excitant. » Renato Casiani, catalogue Format à l’italienne VI

Jean-Luc Lacuve, le 1er mai 2019