Le son dans l'histoire de l'art, première des quatre conférences pour explorer Les arts sonores pour une histoire du son dans l'art contemporain par Alexandre Castant, essayiste et critique d’art, le jeudi 24 janvier 2019.

Cinq parties dans la conférence :

  1. Les textes sur les correspondances entre les arts plastiques et la musique
  2. Représentation du son au travers du cri et de la voix
  3. Le titre, trait d'union entre l'oeuvre et le ressenti
  4. Le son dans l'art, des avant-gardes des années 20 à l'art contemporain
  5. L'esthétique des haut-parleurs dans l'art.
Impression III (Concert)
Vassili Kandinsky, 1911
Rock my religion
Dan Graham, 1984

1 - Les textes sur les correspondances entre les arts platiques et la musique.

Dans le mythe de la caverne de Platon existe une forme de cinéma parlant puisque les ombres parlent et se taisent.

Dans son ouvrage, Laocoon (1766), Gotthold Ephraim Lessing étudie ce mythe du père tué avec ses fils pour avoir défié les dieux au travers du texte d'Homère et de la sculpture hellénistique (-40) ; esthétique comparée de la poésie et de la sculpture.

Diderot étudie les rapports entre toucher et vue. Les allégories de la musique profane, céleste et religieuse de Gaspard Friedrich constituent un diorama pour la cour de Russie qui se présente comme une synthèse des arts. Baudelaire s'attache aux correspondances : "les parfums les couleurs et les sons de répondent". Faut-il d'ailleurs parler de correspondances (cosmique) ou de simples synesthésies, réversibilité de signes. "La voix : elle n'est plus un bruit, elle n'est pas encore un langage", dit Gille Deleuze dans son ouvrage sur Bacon

Trois ouvrages majeurs sur la relation entre le son et les arts plastiques au XXe siècle

 

2 -Représentation du son au travers du cri et de la voix

Le cri, le chant, la voix sont étudiés par Gilles Deleuze à propos du cri de Francis Bacon, une bouche qui fait suite aux cris de Nicolas Poussin dans Le massacre des innocents(1628), Le cri d'Edward Munch (1893), le cri de  Guernica (1937).

Le massacre des innocents
Le massacre des innocents
Nicolas Poussin, 1628
Le cri
Edward Munch, 1893
Guernica
Pablo Picasso, 1937
Etude pour un portrait
Francis Bacon, 1949
La chanteuse de café
Edgar Degas, 1878

La tentation du son dans la peinture, Jean-Luc Godard l'évoque dans ses Histoire(s) du cinéma à propos de La chanteuse de café Degas : la peinture moderne, c'est à dire des formes qui cheminent vers la parole.

 

3 - Le titre, trait d'union entre l'oeuvre et le ressenti

Part linguistique, le titre trait d'union entre l'oeuvre et le ressenti. Part cognitive : le mot oriente la perception. Dans Impression III (Concert) (1911), Vassili Kandinsky transpose les émotions ressenties à l'écoute d'une musique en peinture. Fugue (1914) s'inspire de Wagner et Monet. Plurisensorialité de La gamme jaune (Kupka, 1907), Les touches de piano. Le lac (Kupka, 1909) With hidden noise (Marcel Duchamp, 1916), Dans le style de Bach (Paul Klee, 1919), Jazz (Man Ray, 1919), Broadway boogie woogie (Piet Mondrian, 1943).

Impression 3 (concert)
Vassili Kandinsky, 1911
Fugue
Vassili Kandinsky, 1914
Dans le style de Bach
Paul Klee, 1919
Jazz
Man Ray, 1919
Broadway Boogie woogie
Broadway boogie woogie
Piet Mondrian, 1943

 

4-Le son dans l'art, des avant-gardes des années 20 à l'art contemporain

Le futuriste Luigi Russolo publie L'art des bruits (L’Arte dei rumori, Manifesto futurista) le 11 mars,1913. La vie antique ne fut que silence.... La musique, tend vers plus de complexité et de dissonance avec le développement et la multiplication des machines. La machine marque une rupture avec le silence d'autrefois et remplit de bruits l'environnement humain. Selon lui, les hommes du XVIIIe siècle n'auraient pu supporter les harmonies produites par les orchestres contemporains. Mais désormais l'oreille humaine reste insensible au son pur, encourageant par là-même les musiciens à rechercher de nouvelles combinaisons et sonorités pour continuer à « exciter notre sensibilité ». Il explique ensuite comment le son musical est dès lors trop restreint dans sa variété de timbres, limité aux possibilités offertes par les instruments des orchestres. Selon lui « il faut à tout prix rompre ce cercle restreint de sons purs et conquérir la variété infinie des sons-bruits », avec l'aide de la technologie. Russolo déclare que la musique a atteint un point où elle n'a plus le pouvoir de stimuler ou d'inspirer. Même lorsqu'elle est nouvelle, prétend-il, elle sonne toujours vieille et familière, laissant le public dans l'attente. Il presse les musiciens d'explorer l'univers sonore de la ville.

Le 2 juin 1913 à Modène, Russolo explique et fait fonctionner pour la première fois, devant plus de 2000 personnes qui remplissaient le Théâtre Storchi, les différents appareils bruiteurs qu’il venait d’inventer et de construire en collaboration avec le peintre Ugo Piatti. Le musicien futuriste Pratella et le Poète Marinetti prennent ensuite la défense de cette invention étonnante par un violent contradictoire, tenant tête éloquemment aux invectives et aux injures grossières et passéistes.

Le premier concert eut lieu le 11 août à la Maison Rouge de Milan. L'auteur tente d'explorer la variété des sons-bruits qui selon lui se rangent dans six grandes familles de bruits 1/ Grondements, éclat, bruit d'eau tombante, bruits de plongeon, mugissements. 2/ Sifflements, ronflements, renâclements 3/ Murmures, marmonnements, bruissements, grommellements, grognements, glouglous 4/ Stridences, craquements, bourdonnements, cliquetis, piétinements 5/ Bruits de percussions (obtenus en frappant diverses matières: métal, bois, peaux, pierres etc.) 6/ Voix d'hommes et d'animaux (cris, gémissements, rires, sanglots etc.). Russolo affirme que ce sont les bruits les plus fondamentaux, et que tous les autres peuvent s'obtenir à partir de combinaisons de ceux-ci.

Il influence Pierre Schaeffer et Pierre Henry qui voient dans le concert de sons un moyen de sortir des arts plastiques où toutes les matières ont été épuisées, tous les matériaux éprouvés.

Kurt Schwitters, chef de file du dadaisme à Hanovre, inventeur de l'esthétique "Merz" crée en 1921, La sonate primordiale, pré-syllabique,  La Ursonate

Le laboratoire des bruiteurs futuristes
Luigi Russolo, 1913
Ursonate
Kurt Schwitters, 1932
4'33
John Cage, 1952
Concert for tv cello
Nam June Paik, 1971
Opéra sextronique
Nam June Paik, 1967
Plight
Joseph Beuys, 1985

L'art performatif : Poésie sonore Désolidariser le son du sens. Le 29 aout 1952 4'33" par John Cage. Partition où aucun son n'est demandé au pianiste; ce sont les réactions du public qui font l'oeuvre. Influence du rady made avec Mozart mix et 33 tours et demi de John cage, part aléatoire des électrophones pour les spectateurs

Fluxus George Maciunas, évents selon la définition de George Brecht : des partitions écrites; Piano activités 1962, destruction méthodique du piano

Plight de Josph Beuys piano et rouleaux de feutre, chambre sourde entendre els frémissements du corps.

Nam June Paik et Charlotte Moorman : Opéra sextronique, TVcello

Sont citées la musique de Satie, Désert (Varèse, 1954), LaMonte Young, Yoko Ono. École de vienne, Quatuor à cordes pour hélicoptère (Karlheinz Stockhausen, 1995) où les musiciens s'envolent dans les airs comme exemples d'avancées parallèles qui ont embrasées le XXe siècle, entre ouvertures musicales et arts plastiques.

5 - L'esthétique des haut parleurs dans l'art.

Acousmonium
François Bayle, 1974
Acousmonium
François Bayle , 2008
Acousmonium
François Bayle , 2018
Mediations
Garry Hill , 1986
Autoportrait au Schizophone
Pierre-Laurent Cassière, 2006
Le bruit rose
Patrice Carré 1991
Music for the eyes
Rolf Julius
The world starts every minute
Marie-Jo Lafontaine
Roload
Jérôme Poret, 2009-2014
Le massacre des innocents
Sunbather
Elodie Lessourd

Les évolutions des "acousmonium" de François Bayle (né en 1932, il rejoint Pierre Schaeffer) reflètent les changements esthétiques depuis l'orchestre de haut-parleurs de 1974 à l'espace Cardin avec au moins 16 haut-parleurs puis à ceux de 2008 et 2018.

Dans sa vidéo Mediations (1986), Garry Hill (né en 1951) fait vibrer la membrane d'une enceinte avec sa voix. La membrane est recouverte progressivement de sable ce qui modifie la texture de la voix. Allusion possible à Roland Barthes, le grain de la voix.

Pierre-Laurent Cassière (né en 1982) propose avec son Autoportrait au Schizophone (2006), un haut-parleur, excroissance du corps schizophone. Le Schizophone est un prototype de casque de désorientation. Ce projet initié en 2006 propose des prothèses acoustiques dénaturant l'écoute afin de révéler comment nos oreilles sont convoquées en permanence non seulement comme organes de communication mais également d’orientation. Les deux cônes focalisent sur les sons arrivant de chaque côté de l’auditeur, amplifiant et scindant la perception des oreilles gauche et droite, le Schizophone crée un étrange effet stéréophonique et révèle une multitude de sons infimes, habituellement inouïs. Par la manière de se déplacer et l'adoption de postures d'écoute inhabituelles, l'usager du Schizophone modifie son attitude et son rapport à l'espace.

Patrice Carré (né en 1991) propose Le bruit rose (1991-1998). ; Bois, laque, médium, haut-parleurs, son (sous tension des amplificateurs)

Dominique Petitgand espaces vides, spatialisation du son : le fil conducteur, installation pour onze haut-parleurs.

Emmanuel Lagarie (?) de minuscules haut parleur squelette  à sa propre taille

Rolf Julius (né en 1939) Minimalisme vocation écologie floating 2004, music for the eyes

Marie-Jo Lafontaine (née en 1950); The world starts every minutes avec 7 haut-parleurs au mur plus 6 haut-parleurs au sol

Elodie Lessourd (née en 1978), Sunbather .
Jérôme Poret (né en 1969), Reload 2009-2014

Présentés aussi, Cécile Le Talec volière oiseaux; Rock ma religion Graham; vidéo expérimentale, Pièce rose, Echo et Narcisse de Christian Marclay avec des disques compacts.

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