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1 - Retour sur le Ciné-club du jeudi 8 octobre avec Kajillionaire

2 - Films en salles

3 - A la télévision cette semaine 

4 - Voir ensemble, saison 2.

 

1 - Retour sur le Ciné-club du jeudi 8 octobre avec Kajillionaire :

Nous étions 36 pour cette séance où c'est le regard tout à fait singulier de Miranda July, cinéaste mais aussi performeuse, musicienne et artiste multimédia qui nous a beaucoup touchés.

Dans ses performances aussi bien que ses films, Miranda July présente toujours des éléments presque dérangeants tant la présence du corps est forte. Ici la première d’entre elles est la séance de massage où il est impossible de poser la main sur Dolio tant elle se contracte au moindre contact. La masseuse, jeune femme imposante et solide, se contente alors de passer ses mains à quelques centimètres au-dessus de son corps. Dolio en sort bouleversée dans un plan magnifique où elle est filmée au premier plan, en larmes, alors que ses ignobles parents entrent dans la profondeur de champ pour écourter la séance et la faire revenir vite éponger la mousse de la maison.

Plus corporelle encore, la vidéo de la tétée où, en gros plan, un bébé rampe sur le corps de sa mère pour ouvrir la bouche sur son sein. Cette scène primitive est déclinée ensuite durant le film avec la question (ventre ou berceau) dans l'avion, la demande de pouvoir la refaire à nouveau, refusée par la mère puis tentée par Mélanie dans les toilettes avant que Dolio, en guise de demande de pardon et de supplique amoureuse, la pratique à même le sol de la station service.

Si le corps doit se libérer et exister, cette libération passe par une vraie secousse cosmique, ici mise en scène par le tremblement de terre et la vision des étoiles dans le ciel des toilettes de la station service. Miranda July parvient à combiner le plus trivial et le plus spirituel par un accord qui passe par la plénitude du corps et de l'esprit.

La fin, a pu apparaitre un peu conventionnelle à certains : le baiser entre les deux femmes pouvant préfigurer une vie de couple normative. Mais ce serait, à mon avis, faire un procès excessif au film qui décrit d’abord une libération, une plénitude du corps et de l’esprit dans une tendresse qui semblait inaccessible à cette adolescente tordue et desséchée par ses parents.

 

2 - Les sorties en salle

Par ordre de préférence :

La femme qui s'est enfuie . Avec ses conversations entre femmes qui pourraient paraitre superficielles parce que dénuées d'enjeu dramatique, le film court le risque de paraitre insignifiant ; mais c'est justement parce qu'il prend le temps d'installer cette douceur que ressortent les dimensions tout à la fois cosmique, pleine d'humour mais non dénué d'inquiétude du film. Celles-ci se révèlent par la combinaison d'éléments formels mettant en jeu, zooms avant et arrière, et plans de nourriture, animaux, lieux d'habitat, paysages. Répétés et mis en échos, ces petits élèments dispersés donnent une importance aux douces vaguelettes de l'âme humaine.

Kajillionaire . Old Dolio, 26 ans, suit un parcours initiatique qui lui permet de sortir d'un état où tout est bloqué, figé par des parents sans sentiments, enfermés dans un mode de survie qui les tient à l'écart du monde aussi surement que le sont, à l'autre extrémité du spectre économique, les kajillionaires (mot d'argot américain désignant les gens immensément riches ; combinaison possible du son «ka-ching», souvent utilisé pour une caisse enregistreuse à l'ancienne, avec un milliard ou un billion).

Ondine . Avec Ondine, Christian Petzold réinterprète le mythe de la mystérieuse sirène Ondine, qui ne peut vivre sur terre qu’à travers l’amour d’un humain. Transposition libre et contemporaine du mythe de la sirène narré dans les contes de Hans Christian Andersen, dans le poème d'Aloysius Bertrand ou par  Disney et sa Petite sirène ou même par Myazaki avec Ponyo sur la falaise. Petzold s’inspire plus directement d'une nouvelle d’Ingeborg Bachmann (1926-1973), nouvelliste et poétesse autrichienne qui relate la légende du point de vue d’Ondine. Ce faisant Petzold réconcilie une nouvelle fois l'histoire de l'Allemagne avec sa mythologie.

Lux Aeterna . Tourné en cinq jours avec des dialogues largement improvisés, le film est néanmoins puissant dans la construction de son désordre. Les actrices sont les égéries d’Yves saint Laurent, maison de couture qui produit le film parmi d'autres projets artistiques.

Les choses qu'on dit, les choses qu'on fait . Maxime, écrivain en devenir qui ressent les choses sans pouvoir les dire, trouve en Daphné une confidente qui lui permet de déployer ses aventures romanesques. A l’image du livre qu’il aimerait écrire, ce sont moins des histoires d’amour que des histoires de sentiments qu’il raconte à Daphné en laquelle il trouve une âme sœur malheureuse. Si la conclusion romanesque va se révéler sans éclat pour les deux protagonistes principaux, la mise en scène déploie élégance du langage et multiples variations rendant grâce à ce qui aurait pu être.

Drunk se présente comme un film iconoclaste qui met en avant l'anticonformisme, le sens de la fête et de l'envie de vivre. Il ne défend pourtant que les valeurs les plus classiques (savoir bien enseigner et aimer femmes et enfants) où l'alcool, malgré l'infantilisme des réactions qu'il déclenche, apporte un gain social. D'où un film vain et réactionnaire, à mille lieues du Husbands (John Cassavetes, 1970) dont il prétend s'inspirer.


3 - A la télévision cette semaine :

     
de Joel Coen dimanche 18 octobre, 21h00, TF1SF
de Stanley Donen, lundi 19 octobre, 20h50, F5
de François Truffaut, lundi 19 octobre, 20h55, Arte
de François Truffaut, lundi 19 octobre, 22h40, Arte
de Wes Anderson, mercredi 21 octobre, 20h55,Arte

 

4 - Voir ensemble , saison 2 :

Après le Voir ensemble du confinement du printemps, je vous propose la saison 2, le Voir ensemble du couvre-feu de l'automne. Si vous le souhaitez, vous recevrez deux ou trois jours par semaine, par mail, le titre du film du soir.

Première séance ce lundi avec, en salle 1 (20h50 sur F5) Chantons sous la pluie et, en salle 2 (20h55 et 22h40 sur Arte), soirée Truffaut avec La mariée était en noir et L'enfant sauvage.

Si vous souhaitez la suite du programme, merci de m'indiquer STOP ou ENCORE ici : jeanluc.lacuve@gmail.com

Amitiés

Jean-Luc Lacuve, le 18 octobre 2020

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