A - B - C - D - E - F - G - H - I- J - K-
A  

Adolphe de Benoît Jacquot (France) : ce film me paraît illustrer tous les défauts que peut receler une adaptation d'un chef d'oeuvre littéraire au cinéma : l'académisme, la platitude d'une adaptation literale, encore accentué par un procédé comme la voix-off qui trahit l'origine littéraire du film. En adaptant le célèbre roman de Benjamin Constant de 1816 racontant la passion d'un jeune ambitieux, Adolphe (Stanilas Meciar) et d'une femme de dix ans son aînée, Ellénor(Isabelle Adjani), Benoît Jacquot rate complétement le passage d'un médium (le livre) à un autre (le film) : le résultat est un film comme engoncé dans du formol, d'un ennui absolu. (0 coeurs).

Alien, le 8ème passager de Ridley Scott (USA, 1979): Le vaisseau spatial "Nostromo" en voie de retourner sur la terre après une mission commerciale est tout d'un coup arrêté en chemin par une émission d'origine extraterrestre. Allant explorer les lieux de l'émission (une immense nef spatiale), les occupants du Nostromo vont en fait ramener dans leur vaisseau une redoutable créature qui les décimera tous à l'exception de Ripley (Sigourney Weaver), jeune astronaute qui arrivera à échapper au monstre. Voilà, tout résumé plus long serait superfétatoire, car une majorité d'entre vous a sans doute vu ce film culte. Il révélà Sigourney Weaver et le cinéaste britannique Riddley Scott, qui avait déjà démontré lors de son premier film, Les duellistes, le soin esthétique qu'il apportait à ses long-metrage. Des moments sont restés dans toute les mémoires : notamment la "sortie" de l'Alien hors du ventre de John Hurt. Il faut noter aussi le soin apporté aux décors, l'élégance des mouvements de caméra à travers les arcanes du vaisseau lors des 10 premières minutes du film. In fine, ce film en huis-clos mélange deux genre, la science-fiction et le registre de l'horreur et de l'épouvante. Riddley Scott echappe à tout moment au grand guignol : les prises de vues de l'"Alien" n'en montrent pas trop. Un film indémodable (4 coeurs).

Alila d'Amos Gitai (Israël) : Disons le d'emblée, j'ai détesté ce film et ne lui ai trouvé aucun intérêt. Amos Gitai peut être un cinéaste passionnant quand il osculte les tares de la société israëlienne, comme dans Kadosch, quand il évoque des épisodes clés de l'histoire de son pays, comme dans Kippour ou Kedma (que j'avais chroniqué dans ces colonnes). Ici, ce film qui se veut une radiographie de la société israëlienne d'aujourd'hui suit une série de personnage dont on se contrefiche complètement. Un film où je me suis ennuyé à mourir (0 coeurs)

Allemagne, année zéro de Roberto Rossellini (Italie, Allemagne, 1947) : Le film se passe en 1945 à Berlin, et son titre indique trés explicitement sa thématique : après le cataclysme militaire, matériel et moral qu'a été la défaite du III Reïch, l'Allemagne en est à une phase de recommencement absolu, "l'année zéro" du titre. Le film montre la misère effroyable des habitants de Berlin, évoluant dans les ruines lunaires de leur ville, réduits à faire du marché noir pour se procurer cette nourriture qui manque tant. Ce long-metrage, véritable manifeste du néoréalisme italien, suit les destinées d'une famille allemande obligée de cohabiter avec 4 autres familles: le père a été opposant au nazisme, le fils aîné est obligé de se cacher car il s'est battu jusqu'au bout dans les rangs de la Lutwaffe, le fils cadet, qui n'est encore qu'un enfant, se promène dans les ruines de Berlin. Le film, loin de reflèter un quelconque espoir, est de tonalité trés noire et trés pessimiste, notamment dans sa fin. Un film trés important dans l'histoire du cinéma, même s'il a un peu vieilli (3 coeurs).

All or nothing de Mike Leigh (Grande-Bretagne) : ce film, après ceux de Ken Loach, nous montre une fois de plus que les cinéastes anglais sont décidemment les meilleurs pour filmer l'univers prolétarien et les classes populaires, faisant ainsi un cinéma "social" qui n' a pas d'équivalent chez nous. Mike Leigh, dont il faut rappeller qu'il avait eu la palme d'Or en 1996 pour Secrets et mensonges, nous montre ici une famille de prolos bien campés : Phil, le mari, est chauffeur de taxi, Penny, son épouse, travaille comme caissière dans un supermarché, Rorry, leur fils obèse, passe ses journées affalé sur le sofa à regarder la télévision, tandis que sa soeur est femme de ménage dans une maison de retraite. La famille a du mal à joindre les deux bouts et Penny est un peu le pilier du groupe. Tous composent des personnages attachants dans cette chronique sociale qui, cependant, vire au drame voire au mélodrame quand Rorry est hospitalisé pour une crise cardiaque : l'évènement sera le catalyseur d'une sérieuse explication entre les deux époux, pendant laquelle Phil dit tout son mal-être et les non-dits du couple remontent à la surface. Cela nous vaut une scène qu'on pourra trouver mélodramatique mais qui moi m'a beaucoup ému. Au total un film trés attachant et à la fin trés émouvant.(3 coeurs)

Alphaville de Jean-Luc Godard ( italo-français, 1965) : dans un futur indéterminé règne à Alphaville une dictature technologique qui asservit les consciences et prive les hommes de leur mémoire et de leurs sentiments. Quiconque agit de "façon illogique" (ex : pleurer après la mort de sa mère) est immédiatement executé. Résumé comme cela, on pourrait s'attendre à un film de science-fiction spectaculaire avec des décors futuristes grandioses. En fait le film est absolument antispectaculaire , c'est de la "science-fiction d'art et essai", comme l'a si bien résumé mon magazine télé préféré. Les "decors" d'Alphaville, ville futuriste, sont en fait ceux d'une grande ville contemporaine (sans doute Paris), où Jean-Luc Godard a filmé les lieux emblématique de la modernité technologique et aseptisé (hall d'ascenseur ou d'areogare, immenses bureaux, grands building aux baies vitrées filmés la nuit), ne rajoutant que quelques scènes de studios dans d'immenses salles des machines. Par ailleurs, le fil conducteur est une vague intrigue d'espionnage et policière, en fait une intrigue pretexte : le héros du film est un agent secret, Lemmy Caution (Eddie Constantine), chargé d'une mission à Alphaville. Par ailleurs il faut signaler la magnifique photographie noir et blanc de ce long-metrage. En tout cas, ce film est l'une des rares oeuvres de Godard à laquelle j'ai accroché. (3 coeurs).

Apocalypse now de Francis Ford Coppola (USA, 1979): Ce film fut, avec Voyage au bout de l'enfer, l'un des premiers long métrage américain traitant de la Guerre du Vietnam. Mais alors que le Vietnam, et le traumatisme qu'il provoqua chez les américains, est au centre du film de Cimino, dans Apocalypse now ce n'est qu'un pretexte pour un film qui traite abstraitement de l'idée de Guerre. On ne le sait pas assez : le film de Coppola est une adaptation-transposition du livre de Joseph Conrad, Au coeur des ténèbres, où l'écrivain anglais d'origine polonaise racontait comment un agent d'une compagnie coloniale à la fin du XIXe remontait le fleuve Congo à la recherche d'un trafficant d'ivoire devenu fou qui s'était bati un empire mégalomane. Coppola a gardé l'idée du voyage le long d'un fleuve, celui que le colonel Willard (Martin Sheen) doit remonter pour entrer en contact avec un officier de l'armée américaine devenu fou, le colonel Kurtz (Marlon Brando) : la mission de Willard est de tuer Kurtz. Le film est resté célèbre pour ses morceaux de bravoures spectaculaires, tel la charge des hélicoptères de l'armée américaine au son des Walkyries de Wagner. Le film suggère la folie et la démesure dans laquelle ont sombré les participants à cette guerre (folie qui fut celle aussi du tournage du film). On peut trouver à ce long metrage des resonnances psychanalytique : au fur et à mesure que Willard s'approche du repère de Kurtz, il en vient à mieux le comprendre, et on peut lire le film soit comme une quête du Père, soit comme une exploration du côté sombre que chacun a en lui (les "ténèbres" du roman de Conrad). La scène finale de la mise à mort de Kurtz par Willard (montée en parallèle avec une scène de sacrifice rituel de boeufs) ne peut-elle pas être lue comme un acte par lequel Willard se purge de ses côtés noirs, ou comme le meurtre symbolique du Père. Un dernier mot pour dire que la version longue que Coppola a sortie il y a deux ans allourdit à mon avis le film et ne lui apporte rien.(4 coeurs).

Après la vie de Lucas Belvaux : De la "trilogie Lucas Belvaux" tournée dans ma bonne ville de Grenoble, j'ai vu d'abord le dernier opus. Ce n'est paraît-il pas trés génant, les trois films relevant de trois genres différents et pouvant se voir dans le désordre, même si les acteurs et les personnages circulent de l'un à l'autre. Après la vie est considéré comme le meilleur des trois films et c'est effectivement plutôt une réussite, même si ce long-métrage n'est pas sans défaut : il souffre de certaines longueurs, et par ailleurs le scénario part dans plusieurs directions si bien que par moment on se demande quel est le sujet du film ( mais ce "defaut", par la nonchalance narrative qu'il introduit, fait aussi le charme du film). Le coeur du film est le drame du personnage de Dominique Blanc, accroc à la morphine depuis 20 ans, et que Pascal, policier de profession (Gilbert Melki, impressionnant) approvisionne par le biais d'un dealer. Un jour ce dernier lui annonce qu'il arrêtera de le livrer s'il ne fait pas abattre un dangereux truand (joué par Lucas Belvaux lui-même) afin d'empêcher qu'"il ne parle". Par ailleurs, on voit Pascal mener divers enquêtes et réapparaître des acteurs d'autres films de la trilogie, ce qui me fait dire que dans l'absolu mieux vaut voir ces films dans l'ordre, car on devine que les personnages de Christian Morel, Ornella Muti, Lucas Belvaux et Catherine Frot ont un "passé" qui est important dans la compréhension du film. Par ailleurs, inutile de dire que le Grenoblois que je suis s'est amusé durant le film à reconnaître des lieux célèbres de la capitale des Alpes. Pour résumer, un film qui vaut surtout pour son atmosphère et ses personnages, interprétés par d'excellent acteurs (j'ai déjà parlé de Gilbert Melki, mais la performance de Dominique Blanc en femme rongée par le drâme de la dépendance est tout aussi impressionnante).( 2 coeurs)

L'Arche russe de Alexandre Sokourov (Russie) : Ce film absolument somptueux, d'une beauté visuelle ininterrompue, fera date dans l'histoire du cinéma. Pas tellement pour son sujet et sa thématique - une ballade dans l'histoire russe des XVIIIeme et XIXeme siècle qui exalte la Sainte Russie et la Sainte Eglise Orthodoxe, thématique en parfaite congruence avec le discours du pouvoir en place dans ce pays-, mais par sa mise en scène : tout le film, soit 1h36 de projection, est filmé en un seul plan, en une seule prise de vue. La caméra se ballade dans le palais de l'Ermitage -ancien palais d'hiver-, passe d'une pièce à l'autre, d'un événement à l'autre (une cérémonie, un bal, une réception, un spectacle théâtral, etc..), en un immense travelling ininterrompu brassant lieux et personnages. Cette tentative de faire tout un film en un seul plan a un précédent : La corde d'Alfred Hitchcock. Mais le maître du suspense avait "triché", contraint par les impossibilités techniques de l'époque (1949) : une caméra ne pouvant filmer en continu plus de dix minutes, Hitchcock s'était arrangé pour faire passer en fin de bobine sa caméra devant une porte ou le dos d'un personnage, afin de créer un "fond noir", lui permettant de reprendre le plan à la prise suivante. De plus, La corde est un huis-clos se passant dans un seul décor. Au contraire, le film de Sokourov se situe dans une série de pièces différentes, et tient réellement dans une seule prise de vue. De plus, ce qui est filmé, décor du musée de l'Ermitage, costumes d'époque, confine à la mugnificence. Un coup d'éclat cinématographique. ( 4 coeurs)

Attrape moi si tu peux de Steven Spielberg (USA) : cette comédie policière élégante, sophistiquée et très brillamment menée, est un film à part dans la filmographie de Spielberg. Ici, pas de science-fiction ni rien de spectaculaire, sinon l'incroyable audace d'un très jeune escroq ayant réellement existé et interprété ici par Leonardo di Caprio. Successivement faux co-pilote d'avion, faux médecin et faux avocat, le personnage de di Caprio finance ses escroquerie en inondant les banques américaines de faux chèques. Tom Hanks joue le rôle du flic à sa poursuite. Dans le casting, des acteurs que l'on ne se serait pas attendu à trouver chez Spielberg : notamment Christopher Walken, Martin Sheen, et, surprise, la française Nathalie Baye. Le tout se regarde sans déplaisir mais sans enthousiasme non plus, il s'agit d'un divertissement très bien mené mais qui ne laissera pas un souvenir imperissable. (2 coeurs).

L'auberge espagnole (Cedric Klapisch, France, 2002) : Vous excuserez le côté tardif de ma critique mais c'est que je viens juste de voir le film ce week end. Comme ce long-métrage a été déjà abondemment commentés dans ces colonnes, je me contenterai de quelques remarques. Il s'agit d'un film attachant, sympathique, parfois très drôle, mais manquant de rythme et, pour tout dire, de folie. Le potentiel comique que recelait la situation de cohabitation d'étudiants de différentes nationalités dans un même appart' barcelonais n'est pas exploité jusqu'au bout par Cedric Klapisch, qui, par ailleurs, se fourvoie totalement dans une romance sans intérêt entre Anne-Sophie (Judith Godrèche) et Xavier(Romain Duris), le personnage principal. Ceci dit, ceux qui me connaissent et savent mes ascendances catalanes et barcelonaise se doutent bien que j'aillais avoir un regard particulier sur ce film racontant la découverte par un étudiant français de la ville de Barcelone. Les scènes de la première partie tournant autour du problème du catalan et du bilinguïsme en Catalogne m'ont beaucoup intéressés : je pense en particulier dans cette scène à la fac de Barcelone où un professeur d'économie faisant son cours en catalan se voit demander par une étudiante belge de faire son cours en castillan, ce que le dit professeur refuse, éconduisant brutalement la jeune fille en lui suggérant d'aller étudier à Madrid ou à Buenos Aires.......Bref, un film attachant et plutôt divertissant, mais pas inoubliable. ( 2 coeurs).

L'Aurore de F.W. Murnau (Etats-Unis, 1926, muet) : Après Le dernier des hommes, dont j'ai dit qu'il avait beaucoup impressionné les milieux du cinéma dans le monde, Murnau était devenu un cinéaste internationalement renommé. Hollywood lui offrit ainsi un pont d'or et l'embaucha pour son prochain film : Murnau eut pour ainsi dire bourse déliée et une liberté artistique totale pour L'Aurore, faisant construire pour les besoins de son film une ville entière en studio. Le film met en scène un paysan écartelé entre l'amour et le désir, entre l'image diaphane de son épouse et une femme fatale vetue de noir qui lui fait miroiter les attraits de la grande ville. Projetant de tuer son épouse pour vivre le parfait amour en ville avec la femme en noir, il ne peut finalement se résoudre à ce geste meurtrier, et la plus grande partie du film nous montre le couple de paysan se fondre dans les délices de la grande ville tentatrice. Le couple finit par revenir en barque à la campagne, mais une tempête se déchaine, et l'épouse blonde manque de mourir. Le film se termine par l'Ydille retrouvée entre les deux paysans et la défaite définitive de la femme en noir. Résumé comme cela, le film paraît être une ode à la campagne, opposée à la grande ville mère de tous les vices. En fait le film est beaucoup plus subtil : le critique Jean Douchet, qui a realisé un passionnant bonus pour l'édition en DVD du film de Murnau, montre magistralement que cette oeuvre met en fait en scène la réconciliation de l'amour et du désir. Le passage par la grande ville des deux paysans, s'il paraît au premier abord mettre en péril leur couple, y introduit en fait la dimension du désir. En tout cas, ce long-métrage m'a surtout marqué par les stupéfiantes séquences urbaines, à la mise en scène très sophistiquée. ( 4 coeurs)

Aviator de Martin Scorsese. 2*. Scorsese, pendant toute sa carrière passée, s'est inscrit en faux contre la tradition hollywodienne, livrant des films bruts, originaux, d'une violence à la fois physique et émotionnelle, manifestant un sens incroyable de la caméra et de la mise en scène. Même quand il rendait hommage au cinéma hollywodien d'antan, comme avec New York New York, il livrait un film profondement original et personnel. Pour moi, le meilleur du cinéma scorsesien date des années 1970, avec des chefs-d'oeuvre comme Mean Streets, Taxi driver, New york New York et (surtout) Raging bull. Le grand Scorsese fit un retour en fanfare dans les années 1990 avec Les Affranchis et Casino. Que reste-t'il du grand Scorsese de mes admirations cinéphiles dans ce film de commande, certes brillant et de bonne facture, mais totalement impersonnel ? Pas grand chose à mon sens. La première partie du film, cette peinture d'un milliardaire texan passionné d'aviation, de cinéma, multipliant les conquêtes féminines, dépeint un monde superficiel et clinquant, ...et n'échappe pas à mon sens au reproche de superficialité. Pour dire les choses crûment, je me foutais complétement de ce personnage et de ces histoires d'aviation et de femmes. Le derniers tiers du film est plus intéressant, je dois dire, quand on voit Howard Hughes flirter avec la folie : je pense à cette scène très forte ou Howard Hughes incarné par Di Caprio, nu, hirsute, s'enferme dans une salle de projection et ne veut voir personne. Les scènes suivantes, autour de la commission d'enquête sénatoriale dirigée contre lui, sont assez prenantes, il faut le reconnaître. Mais au total, pour quelqu'un comme moi dont la cinéphilie s'est forgée avec les grands chefs-d'oeuvre passés de Scorsese, ce film est assez décevant. Il paraît que le personnage de Hughes était beaucoup plus noir que celui dépeint dans le film : au dire de Michel Ciment, du "Masque et la plume", le vrai Howard Hugues était raciste et antisémite. Il y avait un film passionnant à faire sur ce personnage, si Scorsese s'était débarassé de son approche complaisante. On en reste au côté clinquant : certes, les Scorsesiens zélés pointeront l'art avec lequel le réalisateur américain pointe la folie montante de Hughes, ces scènes assez réussies où Di Caprio se lave frénétiquement les mains en se regardant dans la glâce..On est loin pourtant d'un Kubrick par exemple. Il est assez symptomatique que c'est pour ce film totalement hollywoodien que la communauté du cinéma américain s'apprête à oscariser à outrance Scorsese : signe que ce réalisateur autrefois en rupture de ban a gommé ses aspérités qui faisaient tout le prix de son cinéma, pour rentrer dans le rang...

B  

Le bleu des villes de Sébastien Brizé (France, 1999) : Ce film raconte l'histoire poignante d'une femme qui se rend tout à coup compte de la médiocrité de sa situation et croit qu'elle peut echapper au fatum social( pour emprunter une expression à Bourdieu). Solange, contractuelle, vit avec son mari, Patrick qui travaillent à la morgue. Un jour Solange rencontre par hasard Mylène (Mathilde Seigner), ancienne camarade de collège qui est devenu une star médiatique en présentant la météo à la télé et qui est venu dédicacer une autobiographie en province. Les deux amis se voient le soir et promettent de se revoir. Cette rencontre est le catalyseur d'une crise personnelle pour Solange, qui se rend compte de ce qu'elle a manqué dans sa vie et supporte de plus en plus mal son métier et la médiocrité de la situation sociale de son couple. Elle qui, secrétement, s'enregistre en vidéo en train de chanter, plaque d'un seul coup son mari et sa ville de province pour aller rejoindre Mylène à Paris dans le fol et irréalliste espoir de devenir chanteuse professionnelle. Elle connaîtra une cruelle désillusion...Ce film très poignant, qui nous montre les vanités d'une femme insatisfaite de sa vie et rêvant de larguer les amares pour réaliser ses rêves, est d'un réalisme désenchanté et très cruel, mais le film ne caricature pas ses personnages et nous les rends attachants. La dernière scène termine le film sur une note d'espoir (4 coeurs)

Bloody sunday de Paul Grengrass (Irlande et Grande-Bretagne) : Ce film "coup de poing", filmé comme un documentaire, nous retrace cette fatale journée de 1972 où des manifestants pacifistes du Mouvement pour Les Droits Civiques nord-irlandais de London Derry furent victimes de l'armée et des paras britanniques qui tirèrent sans discrimination sur la foule, laissant 13 morts sur le carreau. Dès le générique de début, le ton est donné : Grengrass montre en parallèle deux conférences de presse, celle du président du Mouvement pour les Droits Civiques, annoncant la tenue d'une marche pacifique pour protester contre la politique du gouvernement britannique, et la conférence de presse des responsables de l'armée avertissant que toute manifestation est interdite. Dès lors un implacable engrenage se met en place, que Grengrass dissèque en passant des manifestants aux soldats britanniques, pris d'une parano croissante, et au QG de l'armée Britannique. On ne peut pas dire que ce soit un film agréable à regarder, car les couleurs sont pâles et tout est filmé caméra à l'épaule, mais c'est un parti pris du metteur en scène, voulant eviter toute affeterie et donner une authenticité documentaire à son oeuvre. Paul Grengrass filme magistralement la façon dont les évènements s'enchaîne jusqu'à la tuerie finale. La conclusion du film est très forte, énoncée le soir de la tragédie par le président du Mouvement des Droits Civiques : ce massacre va radicaliser la jeunesse catholique nord-irlandaise, qui va s'engager en masse dans L'IRA, et le gouvernement britannique va "recolter un ouragan". Ce massacre est en quelque sorte l'echec d'une stratégie pacifiste et non-violente d'opposition à la politique britannique en Irlande du Nord. Et, historiquement, ce "dimanche sanglant" marque le début de la radicalisation du conflit nord-irlandais qui a fait à ce jour, nous rappelle le générique de fin, 3000 morts à ce jour. Bref un film qui n'est pas exactement le genre de film que l'on va voir en famille pour se détendre, mais qui fait oeuvre utile en nous rappellant un évènement clé de notre histoire contemporaine. (3 coeurs)

Bon voyage de Jean-Paul Rappeneau (France): j'avoue ne pas comprendre l'enthousiasme des critiques du "Masque et la Plume" de France-Inter pour ce film commercial et académique, au cours duquel on ne s'ennuie pas vraiment, mais qu'on oublie une fois franchie la porte de sortie. Toute cette pléiade de stars mobilisées (Depardieu, Adjani, Yvan Attal, et d'autres) montre l'aspect commercial de l'entreprise, et seul le jeune et inconnu Gregori Dérangère, qui joue le rôle principal, tire vraiment son épingle du jeu. Il y a certes du savoir-faire dans cette évocation de la débacle de 1940 et de la fuite des élites parisiennes et du gouvernement vers Bordeaux, Jean-Paul Rappeneau sait certes filmer les mouvements de foule et sa caméra est sans cesse en mouvement. Mais il faut croire qu'en vieillissant, je deviens de plus en plus rétif au cinéma commercial. Il n'y a rien là qui fasse vibrer mon âme de cinéphile. Pourtant, quand on sait que Patrick Modiano, ecrivain qui a beaucoup écrit sur la période de l'occupation, a cosigné le scénario, on aurait pu s'attendre à un film plus fort et plus original.(1 coeur)

Bord de mer (Nico, tu me retrouvera le réalisateur, je l'ai oublié) : Je me demande vraiment ce qui m'a pris d'aller voir ce film, dont toute la presse disait beaucoup de mal. Je me suis en fait laisser tromper par l'enthousiasme d'un couple de cinéphile avec qui j'ai discuté. Toujours est-il que ce film qui se veut intimiste accumule les scènes soporiphiques, sans intérêt, et dont on se demande le sens. On ne s'attache pas plus aux personnages. Seules quelques scènes sont à sauver du naufrage. (0 coeurs)

C  

Les Camisards (film de René Allio, 1972, France) : ce film trés rare retrace un épisode tragique de la lutte entre la monarchie de Louis XIV, qui a aboli en 1685 l'Edit de Nantes et ne tolère plus le protestantisme dans son royaume, et des protestants cévenols qui prennent les armes contre leurs oppresseurs, L'Eglise Catholique et l'Etat Royal. c'est que l'on a appellé "la guerre des Camisards". René Allio, en nous racontant l'histoire d'une petite bande d'insurgés, choisit la difficile voie de l'authenticité, renoncant délibérément au spectaculaire, même pendant les scènes de bataille, filmées très sobrement : le film est d'une austérité et d'un dépouillement extrême, et de ce dépouillement naît la beauté de cette oeuvre, par ailleurs filmé en décors naturels dans les Cévennes, la même où se sont déroulés les évenements. Un film rare d'un réalisateur bien oublié et qui mérite d'être redécouvert

Carla's song de Ken Loach (Grande-Bretagne, 1996) : Les critiques ont souvent fait remarquer qu'il y avait deux Ken Loach : le peintre des classes populaires et des démélés des "petits" contre les "gros", et un cinéaste plus didactique cherchant à illustrer une thèse politique où défendre les grandes causes révolutionnaires. Ce "deuxième" Ken Loach a réalisé certes un chef-d'oeuvre, Land and Freedom, mais c'est aussi souvent fourvoyé (qu'on pense à Fatherland ou à Hidden agenda). Le côté curieux de ce film est qu'y coexiste les deux facettes de Loach. La première partie se situe clairement dans la veine "sociale" du cinéaste : Robert Carlyle y incarne un chauffeur de bus frondeur en butte constante avec sa hiérarchie qui rencontre et va aider une jeune réfugiée nicaraguayenne, Carla, au passé très lourd et qu'elle ne veut pas révéler. Dans la deuxième partie, pendant laquelle Robert Carlyle accompagne Carla au Nicaragua, Ken Loach se lance dans un plaidoyer pour la révolution sandiniste et dénonce la politique des USA qui arment les "Contras", les guerilléros anticommunistes dont beaucoup étaient liés à l'ancienne dictature de Somoza. On pourra trouver cette leçon d'histoire un peu manichéenne et maladroite, moi elle m'a touché malgré tout. Cette seconde partie contient un personnage très attachant, celui d'un ancien agent du CIA qui a pris conscience de l'ignominie de la politique américaine et travaille dorénavant dans une organisation humanitaire : l'acteur américain Scott Glen apporte toute sa conviction à ce personnage ( 3 coeurs)

Carrie de Brian de Palma (USA, 1976) : Ce film fut la première adaptation d'un roman de Stephen King au cinéma, et lança la carrière de De Palma, dont ce film constitue l'un des plus gros succès commerciaux de sa carrière. Le film raconte l'histoire d'une adolescente, Carrie, souffre-douleur de ses camarades, affublée d'une mère possessive et hystériquement puritaine, et qui, au début du film, découvre avec horreur ses premières rèles alors que sa mère ne lui avait rien dit sur le sujet. Carrie se découvre par ailleurs des pouvoirs de télékinésie. Tout son désir est d'être une fille normale et integrée, mais cela lui sera refusée : au bal de fin d'année du Lycée, quelques unes de ses "camarades" monte une farce d'une violence inouïe (elles déversent sur Carrie un saut remplie de sang de cochon), et alors, ivre de fureur et déchaînant ses pouvoirs, Carrie déclenche l'enfer....Ce sommet du cinéma fantastique est en même temps un beau film sur ce passage difficile qu'est l'adolescence, ainsi que sur le désir de normalité.(4 coeurs)

Ca tourne à Mannathan de Tom Di Cicillo (Etats-Unis, années 1990) : Les "films dans le film", c'est-à dire les long-métrages montrant le tournage d'un film de cinéma, ont reçu leur lettre de noblesse avec La Nuit américaine de François Truffaut. L'oeuvre dont nous traitons ici s'inscrit dans ce filon mais le renouvelle totalement. Tom Di Cicillo raconte le tournage d'un film à petit budget à New York, et le fait d'une façon profondément originale : le film organise un savant va-et-vient entre la réalité et les rêves ou rêveries du metteur en scène du film (réalisateur incarné ici par l'excellent Steve Buscemi) et ses acteurs. Ca tourne à Mannathan s'organise autour de trois scènes centrales dont deux sont des scènes oniriques : la première scène nous montre un vrai cauchemar de réalisateur, le foirage complet du tournage d'une scène, pendant lequel toutes les tuiles pouvant arriver sur un studio pleuvent sur le malheureux Steve Buscemi (micro dans le champs, bruit de voiture à l'extérieur, projecteur qui explose, etc...). Au bout d'une demi-heure, on voit Buscemi se réveiller, et le spectateur de se rendre compte qu'il vient de visualiser un cauchemar du pauvre réalisateur. La deuxième séquence du film est aussi une scène de rêve. Quant à la dernière séquence, réaliste celle-là, elle nous montre le tournage....d'un rêve! Ce procédé narratif très original, ainsi que la mise en scène qui le matérialise (alternance du noir et blanc et de la couleur) vise à nous montrer les doutes et les espoirs cachés des personnes parti prenante du tournage d'un film indépendant à petit budget. Un film très subtil et une comédie parfois féroce. (4 coeurs).

La Cité de Dieu de Fernando Meirelles (Brésil) : Ce film est l'adaptation d'un roman très documenté sur l'économie de la drogue et la guerre des gangs dans les favelas brésilienne. Le cadre de l'action est une favela qui a vu le jour autour de Rio de Janeiro dans les années 1960, et qui sombre peu à peu dans la criminalité : les deux personnages principaux, que l'on suit depuis l'enfance, sont Fusée, petit gamin qui rêve de devenir photographe et qui finira journaliste, d'autre part Petit Dé, enfant qui réalise son rêve de devenir le plus grand criminel de Rio. Le film est terrifiant par ce qu'il montre, des gamins armés jusqu'au dent et tuant pour un rien. Pourtant le film m'a déçu, sans doute à cause de la mise en scène que j'ai trouvé trop tapageuse, trop tape-à-l'oeil, trop esthétisante. Bref, tant d'effets de mise en scène nuisent considérablement au film, là où il aurait fallu adopter un style documentaire et sec. Il aurait fallu un Franscesco Rosi brésilien derrière la caméra. Bref une grande deception (1 coeurs).

Cavale de Lucas Belvaux : avec ce film, pour moi la boucle était bouclée. Ce long-metrage est un polar politique où l'on suit le parcours d'un terroriste emprisonné, Roger le Roux(Lucas Belvaux lui même), qui s'évade au début du film et n'a qu'une idée en tête, reprendre la lutte révolutionnaire contre " l'ennemi de classe ". Mais retrouvant Jeanne (Catherine Frot), qui jadis avait fait partie de son groupuscule extrémiste et gauchisant, il se heurte au refus de cette dernière, qui lui rétorque que " le monde a changé ". Par fidélité à leur passé commun, Jeanne l'aide néanmoins à se cacher. Roger n'est alors plus qu'un animal traqué, à la fois par la police et par un gang tenu par un mafieux local. Ce film joue vraiment la carte du polar, nous offrant quelques scènes de fusillades spectaculaire. C'est plus profondement le portrait d'un homme prisonnier de son passé, qui croit encore à la réthorique révolutionnaire de ses engagements de jeunesse et se trouve en complet déphasage par rapport à l'évolution de la société et des idées. Le personnage de Catherine Frot, ancienne gauchiste qui a depuis refait sa vie et a eue un enfant, symbolise ce changement d'époque que Roger ne veut pas voir.( 3 cœurs)

Ce jour-là de Raoul Ruiz (Suisse) : Avec ce film, le prolifique cinéaste chilien nous offre une farce surréaliste, macabre et noire complétement déjantée et trés réjouissante. Livia (Elsa Silberstein), riche héritière fantasque, est la cible d'un complot de l'Etat Suisse pour récupérer le magot. L'Etat fait évader de l'asile Emile Poinpoirot (Bernard Giraudeau) pour accomplir la sale besogne. Mais ces deux êtres fantasques vont se comprendre, et si Emile Poinpoirot laisse pas mal de mort sur son passage (saissantes scènes de banquets où les trois quarts des convives sont des cadavres), il se fait fort de protéger Livia. En bref ce film est un jeu de massacre, au sens premier du terme, absolument réjouissant, et il est porté par l'interprétation hors-pair de Elsa Silberstein, trés convaincainte en fille totalement loufoque, et surtout de Bernard Giraudeau, qui depuis plusieurs années a troqué son image de jeunes premiers pour des rôles beaucoup plus troubles. ( 3 coeurs)

La chambre verte (France, 1978) de François Truffaut : Ce film pudique et sensible de Truffaut pose des questions essentielles : la relation que nous entretenons avec les morts, les êtres chers qui ont disparu. Ce long-metrage se situe quelques années après la Première Guerre Mondiale : Julien Davenne (interprété par François Truffaut lui-même), journaliste dans un journal local d'une ville de province, a perdu de nombreux amis pendant la Grande Guerre et ne se console pas de la mort de sa femme. Le personnage entretient une relation névrotique envers les morts : selon lui, ils doivent toujours vivre dans notre mémoire, et Julien Davenne leur voue un culte frénétique, qu'il met bientôt en pratique en aménageant une chapelle abandonnée en une crypte où chaque mort a sa bougie ( et pour beaucoup, leur photos). Il fait la connaissance d'une jeune femme ( Nathalie Baye), qui au début, n'adhère pas aux idées de Julien, lui reprochant "d'aimer les morts contre les vivants" : pourtant, progressivement, elle va l'aimer et le comprendre dans son culte des êtres disparus. Ce film assez etrange et inhabituel est une oeuvre très à part dans la filmographie de Truffaut : c'est pourtant pour moi l'un de ses plus beaux films ( 4 coeurs).

Le château dans le ciel de Hayao Miazaki (Japon) : Profitant du succès remporté par Le voyage de Chihiro et Princesse Mononoké, des distributeurs ont eu l'intelligence de sortir sur les écrans français une oeuvre antérieure du maître du cinéma d'animation japonais. On y retrouve tout le sens du merveilleux, la beauté graphique et l'intelligence des scénarios qui caractérisent les autres films de Miazaki. L'histoire tourne autour d'une île en lévitation dans le ciel, Laputa, qui a autrefois abrité une civilisation disparue : une jeune fille qui possède une pierre sacrée émanant de Laputa et un jeune garçon, Pazu, partent à la recherche de l'île, un officier de l'armée et une bandes de pirates sympathiques poursuivent le même but. L'officier, arrivé à Laputa, se sert des pouvoirs de l'île pour assouvir ses noirs desseins. Il y a ainsi dans le film une reflexion sur les dangers que recèle des pouvoirs maléfique quand ils tombent aux mains d'un homme ivre de pouvoir, une scène du film est même un clair renvoi à la bombe d'Hiroshima. Je dois ajouter que j'ai vu ce dessin animé en version originale sous-titrée, et je vous convie à faire de même : voir ce film en japonais est un plus indéniable pour nous plonger dans l'atmosphère de ce long-métrage. Bref au total un bon film, mais qui malheureusement n'atteint pas les sommets de raffinement graphique et visuel du Voyage de Chihiro. Le Château dans le ciel souffre beaucoup de la comparaison avec le dernier film de Miazaki, qui lui était un chef d'oeuvre.(2 cœurs)

Les chaussons rouges de Michael Powell et Emeric Pressburger (Grande-Bretagne, 1948): Le nom de Michael Powell ne doit rien vous évoquer, il fut pourtant l'un des phares du cinéma anglais pendant les années 1940 et 1950. Aujourd'hui encore, quelques cinéastes de renom clament leur admiration pour ce cinéaste aujourd'hui bien oublié : Martin Scorsese, notamment, dit avoir été très influencé par Michael Powell, notamment par son utilisation magistrale des couleurs. Les chaussons rouges raconte l'histoire d'une compagnie de ballet londonienne dirigé par Boris Lermontov, qui engage à son service un jeune compositeur doué, Julian Craster, et une danseuse prometteuse, Victoria Page. La compagnie se déplace à Monte-Carlo, où elle joue un spectacle inspiré d'un conte d'Andersen, "les chaussons rouges" : ce passage du film, scène de ballet d'un onirisme et d'une beauté picturale inouïe, est magnifique. Mais bientôt ce qui était une romance légère s'assombrit: Julian et Victoria tombent amoureux, et Boris, jaloux(d'une jalousie que l'on a du mal à déterminer : parce qu'il estime qu'une danseuse doit sacrifier sa vie à son art, où tout simplement parce que Boris est amoureux de Victoria), les congédie tous les deux de la troupe. Le film se termine par le suicide de Victoria, incapable de choisir entre son amour pour Julian et son désir d'être une grande danseuse de ballet. Bref un film porté par des personnages puissants, d'une grande intensité dramatique et en même temps d'une beauté visuelle inouïe. (5 coeurs).

Les chemins de l'oued de Gaël Morel (France) : Gaël Morel a été découvert, en tant qu'acteur, dans le merveilleux film d'André Téchiné, Les roseaux sauvages. Mais il semble que l'ambition de ce jeune homme était principalement de passer derrière la caméra, ce qui nous a valu un film fort et attachant, A toute vitesse, Où Gaël Morel, faisant tourner la "bande" des Roseaux sauvages (Elodie Bouchez et Stéphane Rideau), manifestait un talent évident. Ce film-ci, qui raconte comment un jeune beur est obligé de fuir la France et se réfugie en Algérie auprès de la famille qu'il a là-bas (un Grand père en fauteuil roulant, un cousin et une cousine qui a épousé jadis un terroriste, mort depuis, et dont elle attend un enfant), est tout aussi attachant mais me semble-t'il moins réussi car manquant de rythme. Gaël Morel arrive pourtant à camper des personnages attachants et rend bien le choc culturel du beur qui retrouve ses racines et se heurte à un monde de tradition. Il ne se passe pas grand chose dans ce film, mais les rapports entre personnages sont bien rendus, notamment l'antagonisme entre le cousin et la cousine, le premier repprochant à la seconde de s'être mariée à un terroriste islamiste. Au total un film mineur, mais on attend néanmoins avec bienveillance et sympathie le prochain film de Gaël Morel. ( 2 coeurs);

Chinatown de Roman Polanski (Etats-Unis, 1974) : plus de vingt ans après la période faste du "film noir", le réalisateur d'origine polonaise Roman Polanski ressuscita et, pourrait-on dire, réinventa litéralement le genre avec ce film qui est à mon avis l'un des chefs-d'oeuvre du cinéma américain toute période confondue. Polanski, en situant son intrigue à Los Angeles en 1937 et en ressuscitant les archétypes du genre - le "privé", interprété magistralement ici par Jack Nicholson, et la femme fatale et blonde sophistiquée incarnée dans ce film par Faye Dunaway- donne l'impression de faire un film "à la manière de" : pourtant, il fait oeuvre profondement originale, dans ce long-métrage suffocant, angoissant, d'une rare noirceur, à l'intrigue complexe mais pourtant parfaitement charpentée (le scénario est un modèle de construction dramatique). L'intrigue est la suivante : Gittes (Jack Nicholson), détective privé, reçoit un jour la visite d'une femme qui prétend être l'épouse de Hollis Mulray, ingenieur en chef du service des Eaux de Los Angeles et qui demande au détective de faire suivre son mari qu'elle soupçonne d'adultère. En fait Gittes est tombé dans un piège et fait bientôt la connaissance de la véritable Madame Mullray (Faye Dunaway). Le meurtre de Hollis Mulray, qui était sur la trace d'une machination de grande ampleur autour de l'approvisionnement en eau de Los Angeles, entraîne bientôt le détective dans une enquête tortueuse et dangereuse (il se fait notamment taillader le nez par une petite frappe interprétée par Polanski lui-même). Pendant les trois quart du film, nous sommes entrainé dans un monde parrallèle et obscur, à travers la machination que Gittes essaie de mettre au jour. Les dernières vingt minutes nous plongent dans un univers véritablement monstrueux : on apprend l'inceste que Noah Cross, important notable de la ville (John Huston, parfait dans le rôle d'un pervers et d'un salaud absolu) a commis avec sa fille, le personnage de Faye Dunaway, inceste dont est née une fille. Le final, qui se situe à Chinatown, où Gittes fut autrefois policier et qui symbolise pour lui, le film le suggère, un lourd passé, est d'une totale noirceur, d'un pessimisme absolu : c'est d'une certaine façon une malediction qu'incarne Chinatown qui se manifeste de nouveau. Un des adjoints de Gittes, pour tenter de l'écarter du cadavre de Faye Dunaway abattue par un policier, lui sussure : "laisse tomber, c'est Chinatown". Un chef-d'oeuvre absolu ( 5 coeurs)

Chomsky, les Médias et les illusions nécessaires de M.Achbar et P.Wintonick (1993) : Qui a dit que Dijon était une ville bourgeoise et endormie ? En tout cas, dans la Cité des Ducs de Bourgogne, il y a des gens qui bougent, tels les organisateurs de ce 3e" festival de cinéma parallèle", organisé sur le Campus de la ville, et à la programmation et à l'ambiance ouvertement contestatrice et libertaire. C'est dans ce cadre que j'ai vu ce documentaire déjà ancien mais passionnant sur l'un des intellectuels les plus controversé en Amérique. Noam Chomsky s'est d'abord fait connaître par des travaux révolutionnaires en matière de linguistique. Mais c'est aussi un intellectuel engagé, qui n'a de cesse de dénoncer ce qu'il appelle "la fabrication du consensus", c'est-à-dire le conditionnement social par les médias et l'embrigadement de ces mêmes médias au service de la politique extérieure américaine, politique extérieure dont Chomsky est un virulent detracteur : " si le tribunal de Nuremberg avait continué d'exister, dit-il, tous les présidents américains depuis 1945 auraient été pendus".....Voilà qui indique la radicalité du positionnement de Chomsky. En même temps, le documentaire a l'honnêteté d'évoquer une affaire qui a terni la réputation du linguiste américain : le "soutien" de Chomsky au droit à la liberté d'expression du négationniste français Roger Faurrisson (en fait, Chomsky précise bien qu'il n'a pas défendu les thèses de Faurrisson, qu'il affirme désapprouver, mais son droit à exprimer ses idées).(4 coeurs).

la Chose (The Thing) de John Carpenter (USA, 1982) : Ce film fait l'objet d'un véritable culte chez les zélateurs de Carpenter. Bien qu'ayant moi-même une grande admiration pour les oeuvres des débuts de ce réalisateur, je ne partage pas cet enthousiasme. Je n'avais pas revu ce film depuis sa sortie en 1982 (j'étais alors tout jeune adolescent), et une nouvelle vision de ce film m'a plutôt déçu. L'argument est le suivant : des scientifiques dans une base dans l'Antartique sont confrontés à une "chose" qui peut prendre n'importe quelle forme humaine et animale. Les aspects réussis du film sont à trouver dans l'atmosphère paranoïaque et le huis-clos étouffant qu'arrive à créer Carpenter : dans le film, tout le monde soupçonne tout le monde d'être la "chose". Mais ce qui gâche tout, ce sont les effets spéciaux horrifiques qui, à force d'être voyants et spectaculaires, provoquent l'hilarité plus qu'ils ne font peur. Dans son oeuvre maîtresse, Halloween, Carpenter avait pourtant opté pour un climat de terreur basé sur la suggestion et ne montrait presque rien des meurtres. Mais ici, disposant d'un budget plus important ( c'est la première collaboration de Carpenter avec un grand studio), il a voulu nous en mettre plein la vue. Le moins qu'on puisse dire est que cela fait l'effet d'un pétard mouillé. Il faut dire pourtant au crédit du film que l'acteur fétiche de Carpenter, Kurt Russel, fait une très bonne prestation. ( 1 Coeurs)

Choses secrètes de Jean-Claude Brisseau : j'ai pu constater, lors de l'audition de mon émission radio-ciné préférée ("le masque et la plume"), à quel point cette oeuvre de Jean-Claude Brisseau divisait, les uns la trouvant géniale, les autres totalement nulle. Disons-le tout de suite, je me situe plutôt dans le camp des détracteurs du film, même si je lui reconnais certaines qualités. A vrai dire, je suis sorti de la salle avec une impression assez mitigée, et la reflexion a posteriori sur le film m'a conforté dans mon jugement négatif. Ce film nous entraîne dans les méandres du sexe, de la séduction, de la manipulation et du pouvoir à travers l'histoire de deux jeunes femmes, Nathalie et Sandrine, qui décident de se "servir de leur cul" pour "monter dans l'échelle sociale". Embauchées toute les deux dans une grande société, elles décident d'utiliser leurs charmes pour manipuler les cadres de l'entreprise. Mais après avoir fait tomber dans les rêts de leur filets un haut cadre de l'entreprise, elles tombent sur plus libertin et manipulateur qu'elles en la personne de Christophe, "l'héritier" du fondateur de l'entreprise. J'ai trouvé la première partie du film relativement intéressante, mais ensuite on bascule dans l'outrance, l'invraissemblance et le grotesque le plus absolu, et après mure reflexion, ce long-métrage évoque plus un téléfilm de "cul" de M6 que le Marquis de Sade ou Choderlos de Laclos. Cette oeuvre qui se veut une plongée dans les abîmes du désir et du pouvoir s'avère en fait n'être qu'un pétard mouillé : je pense notamment à une scène de partouze totalement affligeante vers la fin, puis une scène de symbolisme à 30 centimes d'euros quand un aigle vient se poser sur le cadavre de Christophe qui vient de se faire abattre par Nathalie. (1 coeur).

La complainte du sentier de Satyayit Ray (Inde, 1956) : Autant vous le dire tout de suite, cette chronique villageoise et austère de la vie de paysans bengalis, tournée en noir et blanc et pour un budget ridicule, est l'un des plus beaux films que j'ai vu de ma vie. Il faut dire un mot du réalisateur, Satyayit Ray, considéré par les spécialistes du cinéma comme le plus grand cinéaste indien ayant jamais existé ; c'est aussi un réalisateur qui tournait délibérément le dos aux conventions du cinéma de son pays, spécialisé dans les comédies à l'eau de rose et les comédies musicales sucrées. Contre ce cinéma là, Ray a choisi la difficile voie du naturalisme et de l'authenticité. Dans cette chronique des faits et gestes d'une famille de paysans indiens pauvres, depuis les incidents menus de la vie quotidienne jusqu'aux événements plus graves (la longue absence du mari, Hari, dramaturge à ses heures, et la mort par maladie de Druga, la fille du couple -ils ont aussi un garçon, Apu), tout respire la véracité: pourtant, malgré ses aspects documentaires, le film est très travaillé formellement, la photo noir et blanc est splendide et beaucoup de soin est apporté aux cadrages; mais cette mise en scène est éloigné de tout esthétisme et sert complétement son sujet, accroissant l'impression d'authenticité. Enfin, il faut dire que ce film ouvre une trilogie, la "trilogie Apu", où l'on suit un personnage de l'enfance jusqu'à l'âge adulte. Ce film-ci est la chronique de l'enfance d'Apu, sa vie dans un monde de traditions, jusqu'à la fin, où la famille quitte le village où leurs aieux ont toujours vécus pour aller vivre dans une grande ville, Bénares. Une pure merveille (5 coeurs).

Closer (entre adultes consentants) de Mike Nichols : 3 coeurs. Dan (Jude Law) est un romancier râté qui travaille au service nécrologie d'un journal londonien. Il rencontre par hasard Alice (Nathalie Portman), jeune new-yorkaise et stripsteaseuse à ses heures : les deux jeunes gens tombent amoureux. Dan rencontre Anna (Julia Roberts), jeune photographe envers qui il ressent une attirance. Un soir de déseouvrement, Dan fait du "chat" sur internet, se faisant passer pour une femme en chaleur, et pose un canular à Larry (Clive Owen), dermatologue qui se rend au lieu de rendez-vous fixé (un aquarium), et fait la connaissance d'Anna. Voilà donc les deux couples constitués : Dan-Alice et Anna-Larry. Mais le film ne fait que commencer, il va se jouer un marivaudage très pervers, où les partenaires vont circuler d'un couple à l'autre... Que dire de ce film réalisé par un vétéran habitué des adaptations théatrâles (Mike Nichols avait déjà fait jouer Richard Burton et Elizabeth Taylor dans les années 1960, dans le très impressionnant Qui a peur de Virginia Woolf ?, déjà une adaptation théatrale)? Je dirais que j'en ai eu pour mon argent, et que j'ai vu exactement le film que j'étais allé voir : une comédie de moeurs très brillante et cruelle mettant aux prises quatre trentenaires incarnés par des acteurs très glamours et très beaux (surtout Jude Law et Nathalie Portman, très agréable à regarder....). Dans ce film, on ne voit pas de sexe, mais ça ne parle pratiquement que de ça. Ce film trahit son origine théatrale, et ne brille pas specialement par l'originalité de sa mise en scène, mais Nichols a du métier dans la direction d'acteur. Tout l'intérêt du film réside dans des dialogues très cruels et dans une très bonne interprétation. Bref, pas du tout un film fondamental, mais un film léger et très distrayant, à voir absolument en version originale sous-titrée.

Les corps impatients de Xavier Giannoli (France) : Ce film explore les arcanes d'un trio unis et séparés par une relation d'amour-haine. Paul et Charlotte (L'excellent Nicolas Duvauchelle révélé par Eric Zoncka dans Le petit voleur et Laura Smet, fille de Johnny Halliday et de Nathalie Baye) s'aiment fougeusement comme on peut s'aimer à 20 ans. Mais le drame survient : Charlotte est atteinte d'un cancer au poumon. Ninon, une cousine éloignée, reprend contact avec elle. Ninon et Paul devienne bientôt amant....ce que Charlotte finit par deviner. Ce film sur l'amour et la mort est un film très physique, incarné : le titre annonce la couleur, disant l'impatience des corps à s'etreindre, à se serrer l'un contre l'autre fougeusement. Les scènes d'amour physiques sont nombreuses dans le film (y compris une très troublante scène de trio sexuel), et dans ces scènes, le réalisateur ne triche pas. Les jeunes acteurs sont tous étonnants de spontanéité et de naturel (Nicolas Duvauchelle n'a jamais suivi de cours de comédie, c'est sans doute le cas des deux autres actrices). Au total, un film intense, même s'il est loin d'être parfait. ( 3 coeurs)

Cria cuervos de Carlos Saura (Espagne, 1976): Ce film est devenu un classique du cinéma espagnol contemporain. Il s'agit d'abord de la chronique d'une enfance, celle d'Anna, fille de famille bourgeoise affublée de de deux soeurs et qui a vu mourir ses deux parents dans des circonstances sordides. Sa mère (jouée par la magnifique Geraldine Chaplin) est morte avant tout de chagrin et de dépit de voir son mari la tromper ouvertement, son père est mort alors qu'il faisait- l'amour à une amie de la famille ( la jeune Anna a assisté à la scène). Anna se refugie alors dans un monde onirique, voyant réapparaitre sa mère : il y a certaines scène de ce film où l'on se demande s'il s'agit de flash-back où d'apparitions fantômatiques dans l'esprit de la jeune enfant. Ce film cherche d'abord à detruire le mythe de l'enfance comme âge d'or du bonheur : l'enfance d'Anna est obsédée par l'idée de la mort, du regret de ses parents, et marquée par l'ennui. En même temps le film est une critique sous-jacente du franquisme finissant. Autre chose à signaler : la "mascotte" du film est une chanson qui a fait le tour du monde, "porqué te vas", chanson qui doit évoquer quelque chose à beaucoup d'entre-vous. Un film bouleversant (4coeurs).

D  

Damnation de Bela Tarr, film hongrois datant de 1987, et qui ne sort en France que maintenant. Le film, se passe dans le decors lugubre de désolation d'un trou perdu, d'une zone industrielle grisâtre où il pleut tout le temps, le tout filmé en noir et blanc. La mince intrigue du film tourne autour d'un homme désoeuvré et de sa maîtresse, une chanteuse d'un bar ou il va tromper sa solitude. Film sur la vacuité des rapports humains, film qui est surtout un magnifique objet formel et esthétique, avec ses lents mouvements de caméra et ses plans-séquences hypnotisant. Belà Tarr manifeste un art de filmer les paysages désolés, les objets, les intérieurs, les visages. Il faut se laisser entraîner par la lenteur hypnotique de ce film splendide. (un grand 4 coeurs, 16)

Danger travail de Pierre Carles (France, film inédit) : Et oui, pour une fois je ne vous parlerai pas d'une antiquité cinéùmatographique, mais au contraire d'un film non encore sorti en salle et qui n'a eu jusqu'ici qu'une vie de festival. Pour présenter Pierre Carles, je vous dirais que c'est l'auteur d'un film commandé puis censuré par Canal +, "Pas vu pas pris", film qui dénonçait les complaisances des médias. Le film dont je vais vous parler maintenant est un formidable documentaire qui nous invite à une reflexion et une remise en cause des bases sur lesquelles repose notre société : le travail et la consommation. Pierre Carles, par des reportages hallucinants, nous montre ce que sont les conditions de travail dans le monde du tertiaire marchand où les méthodes tayloriennes de travail se sont implantées : un reportage nous montre ce que c'est que le monde du télémarketting, un autre filme les conditions de travail dans une entreprise de livraison de pizza à domicile. Mais l'essentiel du film est constitué d'entretien avec des "déserteurs du marché du travail", des gens qui, à la suite de circonstances diverses, ont décidé de ne plus travailler et qui remettent en cause l'obligation du travail et de consommer qui fonde notre société. Ces gens disent avoir redecouvert la vie, le temps de s'enrichir culturellement, socialement, relationnellement. Evidemment, tout ça est peu utopique, il n'empêche que ce formidable documentaire pousse à la reflexion . ( 5 coeurs).

Dans ma peau de et avec Marina de Van (France) : Esther, une jeune femme travaillant dans un poste à responsabilité dans une importante société, se blesse gravement à la jambe alors qu'elle se promenait seule dans un chantier pendant une fête. Elle se découvre bientôt une etrange fascination pour les plaies de sa blessure, et une pulsion obscure la pousse bientôt à sombrer dans les jeux de l'automutilation, allant même jusqu'à s'arracher des morceaux de peau avec les dents, morceaux qu'elle garde précieusement. On aurait pu attendre, avec un tel sujet, une plongée dans le "trash" et le gore le plus extrême, un délire baroque et maniériste, une variation sur le thème de la plongée dans les affres de l'auto-destruction. Ors, le film est tout différent : mêrme s'il comporte des images trés dures (gros plans sur les plaies, images de sang), Marina de Van traite son sujet, et c'est trés surprenant, avec une certaine retenue, voire, osons le mot, avec pudeur. Selon ses propres dires, elle a voulu éviter de sombrer dans le trash et la problématique de son film n'est pas la haine de soi, l'autodestruction et le desespoir (même si ces composantes sont présentes dans le personnage), mais plutôt la découverte du corps, la réapropriation de son corps, en des jeux qui relève de l'autoérotisme. Autre point à signaler : même si le film, notamment vers la fin, acquiert une dimension fantastique, une bonne partie de ce long metrage reste ancré dans une réalité sociale et psychologique : de nombreuses scènes nous montrent Esther au travail, et par ailleurs le personnage a une vie amoureuse. Vincent (excellent Laurent Lucas), son compagnon, ne comprend plus le comportement qu'il juge étrange de sa compagne, et le film nous montre les tensions grandissantes qui minent leur couple. Pour résumer, on pourrait dire que le personnage incarné par Marina de Van oscille entre l'ancrage dans des référents qui la ramènent à la réalité (son compagnon, son travail, sa vie sociale), et la pulsion irrationnelle d'automutilation qui, par bouffée, s'empare d'elle totalement. Un des meilleurs films de cette fin d'année (4 coeurs).

Délivrance de John Boorman (Etats-Unis, 1971) : Ce film consacra Boorman, futur réalisateur d'Excalibur. Le film raconte le cauchemar vécu par quatre américains moyens venus faire une virée en canoé dans une rivière en passe d'être absorbé par un lac artificiel : venu fuir la civilisation urbaine pour se ressourcer dans la nature, nos quatre américains découvrent bientôt que la dite nature peut receler une violence incroyable. Deux membres du groupe se font menacer par des paysans démeurés, et l'un des membres de la bande subit un viol, et nos deux compères doivent la vie sauve au personnage de Burt Reynolds qui tue un des paysan. Et le cauchemar ne fait que commencer. Comme vous l'avez saisi, ce film est une fable anti-rousseauiste, retournant le discours écologique traditionnel sur la "nature-havre-de-paix-et-de-sérénité" pour montrer qu'en fait "l'état de nature" recèle une violence potentielle exacerbée. En plus de son discours philosophique sous-jacent, le film est une incroyable performance physique, et l'on devine qu'il a été beaucoup demandé aux acteurs. Clou du film : la scène où Eddy, un des membres du groupe, escalade une paroi rocheuse afin de tuer le paysan survivant qui continue de les menacer. Un classique du cinéma américain des années 1970. (4 coeurs)

Le dernier des hommes de F.W. Murnau (Allemagne, 1924, muet) : F.W.Murnau fut l'un des plus grands noms du cinéma muet et l'un des maîtres de l'expressionisme allemand. Nosferatu le vampire, adaptation non officielle du "Dracula" de Bram Stocker, fut un immense succès à sa sortie, et livra à la mémoire des cinéphiles des images inoubliables. Le dernier des hommes, son film suivant, ne fut pas un succès public, mais stupéfia littéralement les milieux du cinéma. Le film raconte comment un portier dans un grand hôtel de luxe dans le Berlin des années 1920 se voit à la suite d'une faute commise relégué aux toilettes de l'hôtel, devenant ainsi "le Dernier des hommes" : il tente de cacher sa déchéance à son entourage et à son quartier, en continuant de se pavanner avec son bel uniforme de portier, mais la chose est bientôt connue de tous. Cependant ce drame social très noir se termine par un happy end absolument rocambolesque : l'ex-portier hérite de la fortune d'un milliardaire qui l'avait pris en sympathie, et les dernières images du film nous montre l'ex-portier maintenant milliardaire se baffrer dans le restaurant de l'hôtel. Ce film mérite de rester surtout par sa mise en scène absolument stupéfiante pour l'époque : on n'oubliera pas, surtout, la caméra sans cesse en mouvement parmi la clientèle riche et cosmopolite de l'hôtel. ( 4 coeurs).

Depuis qu'Otar est parti... de Julie Bertuccelli (France) : Ce film est d'une jeune réalisatrice française, mais se passe surtout en Georgie, suivant trois personnages, trois générations de femmes, la grand-mère, très francophile et fidèle à Staline, la mère et la fille. Toutes sont aux aguets de nouvelles d'Otar, fils de la vieille femme qui est parti en France. Mais la soeur d'Otar et sa nièce apprennent bientôt qu'Otar est mort d'un grave accident : elles décident de cacher la nouvelle à la grand-mère, qui continue à recevoir des lettres soi-disant ecrites par Otar. Le sujet du film est très émouvant, pourtant j'ai eu du mal à m'attacher à ces personnages et à leur detresse. ( 2 coeurs)

Les deux anglaises et le continent de François Truffaut ( France, 1971): Ce film est l'adaptation d'un roman de Pierre Henri Roché, déjà inspirateur de Jules et Jim tourné par François Truffaut en 1963. Le sinopsis est le suivant : à la Belle Epoque, Claude, fils de bonne famille, fait la connaissance de deux jeunes filles anglaises, Anne, l'aînée, et Muriel, la cadette. Les deux femmes sont amoureuses de Claude mais se jugent chacune indigne de son amour, aussi les deux soeurs "offrent" successivement Claude à leur soeur. Aussi Claude ira-t'il successivement de l'une à l'autre. Ce film est trés déroutant car il est filmé selon un parti pris d'adaptation littéraire assumé. C'est un "roman cinématographique" comme a pu le dire un critique. Notamment, la diction de Jean-Pierre Léaud, monocorde et plate, accentue le côté "littéraire" du film. Mais ce long métrage n'en devient pas moins fort et passionnant au fil de la projection. Certaines scènes trés fortes me resteront dans la mémoire : ainsi la surprenante "confession" écrite de Muriel, avouant des jeux érotiques qu'elle a eue dans l'enfance avec une amie et l'habitude qu'elle a prise depuis de la masturbation ; ou encore le dépucelage, à 30 ans, de la même Muriel par Claude. Bref un film à part et déconcertant de la filmographie de Truffaut (3 coeurs).

Les diables de Ken Russel (Grande Bretagne, 1971) : Ken Russel est un metteur en scène de cinéma un peu oublié aujourd'hui. Ce réalisateur anglais connut pourtant son heure de gloire dans les années 1970, grâce à un certain nombre de films-choc caractérisés par un style baroque et psychédélique totalement délirant. Les diables, qui nous occupe ici, fut un grand succès à sa sortie en 1971 : il faut dire que Ken Russel avait trouvé là un sujet en or, tout à fait adapté à son " tempérament " de cinéaste. Le sujet en question, c'est la célèbre affaire dite des " possédées de Loudun ", qui passionna la France des années 1630, avant de fasciner des générations d'historiens. Quelques mots de cadrage historique s'imposent : en 1632, dans la ville de Loudun (située aux confins du Poitou, de la Touraine et de l'Anjou), une épidémie de possession diabolique frappe le couvent féminin des Ursulines. La mère supérieure du couvent, Jeanne des Anges, désigne le coupable, le " sorcier " : Urbain Grandier, curé à Loudun et célèbre personnalité locale. Il apparaît aujourd'hui que Urbain Grandier fut sans doute victime d'un règlement de compte local. On ne peut pas non plus isoler cette affaire du contexte national : le démantèlement ordonné par Rchelieu des fortifications des " places fortes " protestantes (Ors Loudun était l'une d'elles). En tout cas Urbain Grandier fut accusé de sorcellerie et condamné à périr sur le bûcher ; quant aux " possédées ", elles firent l'objet d'exorcismes publics spectaculaires dans les églises de la ville. Que dire du film de Ken Russel ? Que c'est un film qui tient encore le coup, et où le cinéaste anglais s'en donne à cœur joie, nous offrant des images terrifiantes et morbides (ainsi les visions d'apocalypses de la ville de Loudun ravagée par la peste ou les scènes finales horribles du supplice d'Urbain Grandier), des scènes fascinantes d'hystéries collectives (ainsi les séquences de possessions et celles retraçant les exorcismes publics). Au total le film retient la thèse du complot politique, Urbain Grandier, symbole de la volonté d'autonomie de Loudun, étant immolé à la Raison d'Etat. Bref un grand film contre tous les fanatismes, d'Etat ou d'Eglise. ( 4 cœurs).

Le Dictateur de et avec Charlie Chaplin (USA, 1940): Ce film fit l'effet d'un véritable brûlot à l'époque de sa sortie, fut attaqué par les ligues isolationnistes et même le gouvernement américain se plaignit de ce que le film allait dégrader les relations américano-allemandes ! C'est que si L'Europe était alors à feu et à sang, L'Amérique n'était pas encore entrée officiellement dans le conflit. Il est vrai que ce portrait-charge de Hitler, caricaturé en la personne de Hynkel, dictateur d'un pays imaginaire, la Tomanie, était d'une violence inouïe, et le film s'attarde aussi sur le sort des juifs dans la Tomanie qui ne ressemble que trop à l'Allemagne hitlérienne. Certaines scènes sont restées célèbre : les discours hystériques de Hynkel (joué par Chaplin lui-même), parodiant ceux de Hitler, ou encore ces longues scènes où Hynkel reçoit son frère en dictature, Benzoni Napaloni (véritable Mussolini d'opérette). Quant au ressort dramatique du film, il est basé sur l'existence d'un sosie de Hynkel en la personne d'un barbier du ghetto, qui à la fin du film, par un quiproquo, est pris pour Hynkel lui-même et prononce un vibrant discours humaniste célébrant la démocratie, la tolérance et la paix. Revenons quand même sur le culôt extrême de Chaplin de se payer la tête de chefs d'Etats en exercice, dans un film qui arrive à faire rire d'un sujet grave. L'un des meilleurs films de Chaplin ( 4 coeurs).

Le Docteur Folamour ( ou comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la bombe) de Stanley Kubrick ( USA, 1964) : Ce chef-d'oeuvre n'a rien perdu de sa force même si le contexte politique auquel se réfère le film a disparu. Stanley Kubrick, par cette farce "hénaurme" et d'un burlesque délirant, a voulu dénoncer la logique absurde et suicidaire de la course aux armements et de la Guerre Froide . Le Général Ripper, militaire psychopate et paranoïaque, lance une attaque nucléaire contre l'Union Soviétique sans en référer à ses supérieurs. Immédiatement, les plus hautes autorités militaires et politiques américaines (dont le président des Etats-Unis), se réunissent en cabinet de crise pour éviter l'irréparable. Il n'empêcheront pas l'holocauste nucléaire généralisé.... Le film arrive à faire rire avec l'un des sujets les plus terrifiants qui soient, et est porté par de formidables numéros d'acteurs : les monologues délirants et paranoïaque sur le "complot" communiste de Sterling Hayden dans le rôle du Général Ripper, les discours belliqueux et truculent de l'officier incarné par Georges Scott, et bien sur les trois rôles joués par Peter Sellers, dont celui du délirant Docteur Folamour, ancien nazi devenu physiciens américains et ne pouvant s'empêcher de lacher des "Mein Fuhrer" et de faire le salut nazi. L'un des plus grands films de Kubrick ( 5 coeurs)

Dogville de Lars Von Trier (Danemark) : J'ai décidement un problème avec Lars von Trier en tant que réalisateur. Mis à part son premier film, Element of crime, je n'ai aimé aucun des longs métrages que j'ai pu voir de lui : j'avais trouvé Breaking the waves franchement sordide et malsain, et je m'étais fortement étonné de l'aveuglement collectif devant Dancer in the Dark, me demandant comment un film aussi laid et surfait avait pu avoir la Palme d'or du Festival de Cannes en 2000. Son dernier opus, Dogville, a été un des événements du présent festival, et il est probable qu'il se retrouvera au palmares (on peut imaginer par exemple un prix d'interprétation pour Nicole Kidman). Je ne l'ai pourtant pas plus aimé que les précédents. J'étais pourtant relativement bien disposé envers ce film, décidé à donner à Lars von Trier sa chance. Cette idée de tourner tout le film dans un studio unique représentant une ville avec un parti pris d'abstraction totale (les maisons sont juste matérialisés par des marques à la craie sur le sol) m'avait paru séduisante. Le sinopsis m'avait aussi attiré : une jeune fugitive fuyant des gangsters trouve refuge dans les années 1930 à Dogville, petite ville dans les Rocheuses. Les habitants de Dogville, pour prix de leur protection, exige de la jeune femme qu'elle soit une bonne à tout faire, et l'on assiste à la dépendance croissante de Grace ( c'est le nom du personnage), dépendance qui finit par se muer en esclavage pur et simple (y compris en esclavage sexuel). Pourtant, rien à faire, la mayonnaise n'a pas pris. Premier reproche : une voix-off envahissante, procédé que je trouve en général anticinématographique. Plus généralement, le "dispositif" mis en place par Lars von Trier tourne vite au procédé, n'echappe pas au piège du théâtre filmé, et par son abstraction même empêche toute émotion. Enfin, le film est beaucoup trop long (3 heures). Bref je me demande si j'irais voir d'autre films de Lars von Trier (1 coeur).

Le dossier 51 (Michel Deville, France, 1978) : ce film est inspiré d'un roman de Gilles Perrault, qui racontait comment un service secret étranger cherchait à manipuler un haut fonctionnaire français et pour cela faisait une enquête biographique poussé sur cet homme. La particularité du roman consistait en ce qu'il était uniquement constitué d'une suite de rapports de filatures et d'enquête et de notes administratives internes au service, ce procédé stylistique visant à dénoncer la froide mécanique des services secrets. Comment trouver un équivalent cinématographique de ce parti-pris stylistique ? Michel Deville a trouvé la solution par l'usage systématique de la "caméra subjective": on voit, " à travers les yeux" des agents du service, l'enquête se dérouler (le film est souvent une suite d'"interview" de proches ou d'anciens amis de l'enquêté), et fasciné, nous voyons le mystère de la personnalité de "51" (nom de code de Dominique Auphal, l'homme qui fait l'objet de l'enquête) s'eclaircir peu à peu : la "faille" de "51" finit par être mis à jour, le service a percé un secret familial (51 est un fils naturel) et a découvert un trait de personnalité latent de 51 dont il n' a lui-même pas conscience ( à savoir qu'il s'agit d'un homosexuel refoulé). Mettant en marche une "manoeuvre d'approche" pour exploiter les tendances secrètes de Domnique Auphal afin de le faire chanter, le service secret provoque en fait son suicide : Auphal, qui s'était construit une personnalité factice, n'a pas supporté de voir la vérité en lui-même. Une dénonciation trés puissante des méthodes des services secrets en même temps qu'un film sur les félûres intimes que tout un chacun cache au fond de soi.( 4 coeurs)

Du bout des doigts (Yves Angélo) : Là je vais être expéditif. Cette histoire de mère et fille pianistes ne va nulle part, on se demande constamment quelles sont les intentions du réalisateur et ce qu'il veut montrer. Certes, dans ce film, on entend de beaux morceaux de Schubert et de Mozart joués au piano, mais on finitpar s'en lasser. Bref un film pendant la projection duquel je me suis mortellement ennuyé et que j'ai trouvé sans aucun intérêt. (0coeur )

Les duellistes de Ridley Scott (Grande Bretagne, 1977) : Peu de gens savent que Ridley Scott, mondialement connu pour des films comme Alien et Blade Runner, a commencé sa carrière de cinéaste avec l'adaptation de cette nouvelle de Joseph Conrad. Il faut savoir qu'auparavant, il s'était fait les armes dans la publicité, en tournant un nombre considérable de spots publicitaires : ce passé explique le grand soin que Ridley Scott apporte à l'aspect visuel de ses films. C'est déjà le cas dans Les duellistes, très raffiné esthétiquement. Quant au thème du film, c'est l'histoire d'une obsession, d'une querelle qui se perpétue entre deux officiers de l'armée de Bonaparte qui ne peuvent s'empêcher de se battre en duel chaque fois qu'ils se rencontrent, l'analyse d'un conflit absurde et vide de sens, d'un rituel devenu mécanique. Pendant 15 ans, soit pendant toute la période napoléonienne, Ferraud (Harvey Keitel) va poursuivre de sa vindicte d'Hubert (Keith Carradine), l'obligeant à se battre six fois en duel avec lui. Napoléon définitivement renversé, d'Hubert, devenu général, se marie avec une aristocrate et devient un dignitaire de la Restauration. Mais Ferraud, fidèle à ses convictions bonapartistes, vient le défier une dernière fois. (4 cœurs).

E  

L'Eclipse de Michelangelo Antonioni (Italie, 1962) : ce film constitue le troisième volet d'un triptique consacré à la crise du couple, après L'Avventura et La Nuit. Dés le début, l'univers d'Antonioni est immédiatement reconnaissable. Nous sommes à l'aube, un couple vient de se parler toute la nuit, et les plans sur les objets factices qui parsèment leur appartenance dit toute la vacuité de leur univers. Vittoria, interprétée par l'égérie du cinéaste, Monica Vitti, quitte son amant et va rendre visite à sa mère qui boursicote. Elle en vient à faire la connaissance de Piero (le jeune et fringuant Alain Delon), et avec lui, elle va réapprendre à aimer. Mais une incertitude pèse à la fin sur l'avenir du couple. Comme dans La Nuit, il ne se passe pas grand chose dans ce film, où l'essentiel est la façon dont Antonioni filme les êtres évoluer, les choses, les objets. A cet égard, les dix dernières minutes du film sont du grand cinéma d'Avant-Garde : Antonioni abandonne son semblant de récit pour filmer des gens dans la rue, des buildings, des lampadaires. C'est du très grand cinéma signifiant la vanité d'un monde envahi par les choses et la technologie. (5 coeurs)

Edvard Munch. 4*. Peter Watkins (1973, ressortie "nationale", au moins pour les chanceux qui habitent Paris ou Lyon). Le réalisateur britannique Peter Watkins est un enfant terrible du cinéma mondial. Formé au documentaire, il est l'auteur de films qui transcendent les frontières du cinéma-vérité, et son oeuvre est une inlassable dénonciation du pouvoir manipulateur de l'image. Dans ses films, il brouille la frontière entre documentaire et fiction et fait jouer des acteurs amateurs. Edward Munch, tourné en 1973, fut qualifié par Ingmar Bergman comme un "travail de génie", et je vous assure que cette appréciation n'est pas du tout exagérée. Cette biographie filmée du grand peintre norvégien Munch (l'auteur du célèbre tableau "Le cri", et plus généralement, le créateur d'une oeuvre passablement tourmentée) est vraiment le film le plus important que j'ai vu depuis longtemps. Il melange les conventions du film de fiction avec celles du documentaire : une voix-off en anglais commente le film, présente les personnages, le contexte social, politique et idéologique qui a vu la genèse de l'oeuvre du peintre, tandis que les dialogues sont en norvégiens. Parfois, acteurs et figurants parlent à la caméra, comme s'ils étaient interviewés. Peter Watkins eclaire la génèse tout à la fois familiale et sociale de l'oeuvre de Munch : la mort qui frappe plusieurs membres de sa famille de façon précoce (sa mère est morte à trente ans, une de ses soeurs à 15 ans, sa grand-mère avait vu mourir la moitié de ses 8 enfants avant l'âge de 16 ans), la révolte de Munch contre l'hypocrisie sociale et sexuelle de la bourgeoisie norvegienne de la fin du XIXeme siècle (Le jeune peintre se retrouve dans des brasseries autour d'un cénacle de jeunes artistes et intellectuels en rupture contre l'ordre puritain et pronant l'amour libre et une sexualité libéré), l'influence des impressionnistes, des symbolistes. En même temps, le film s'attarde longuement sur la sexualité perturbée de Munch et son rapport malheureux aux femmes. Enfin, le film montre le scandale provoqué de son vivant par l'oeuvre de Munch. Au fond, le film traite du thème éternel du génie affrontant préjugés et conventions de son temps, mais le fait de façon profondement originale, par un montage véritablement révolutionnaire, fait de réminiscence obsessionnelle, faisant éclater toute notion de récit traditionnel. Un film de 2h45 où je n'ai pas vu le temps passer, un pur chef-d'oeuvre

El Bola de Achero Mañas (Espagne) : j'avais bien besoin de ce film après une série de déception qui commençait à tourner à la série noire, après la sophistication vaine et glacée du dernier Lars von Trier. El bola ne prétend pas révolutionner le cinéma, mais ce "petit" film traite d'un sujet délicat, l'enfance maltraitée, sans misérabilisme ni mélodrame, et au total l'émotion est au rendez-vous. Pablo, dit "El Bola", enfant renfermé, se lie d'amitié avec Fernando, et, à travers la famille de celui-ci, va connaître un milieu beaucoup plus tolérant et ouvert que sa propre famille (le personnage du père de Fernando, tatoueur de profession, est l'un des plus attachant du film). Bientôt Fernando découvre que "El Bola" est maltraité par son père. Cette réalité, qui perce par des allusions subliminales au début du film, éclate soudain dans une scène d'une rare violence. Bref un film sur l'enfance d'une rare justesse et finesse psychologique, qui ne tombe jamais dans le pathos et qui nous présente des personnages attachants et incarnés. ( 4 coeurs)

El bonaerense de Pablo Trapero (Argentine) : je serais bref. Cette histoire d'un serrurier qui quitte son petit village à la suite d'une sale histoire pour s'engager dans la police de Buenos Aires n'a vraiment aucun intérêt. Sans cesse on se demande ce que le film raconte, quels en sont les enjeux, où veux en venir le metteur en scène. Bref une immense déception. ( 0 coeurs).

Elephant de Gus Van Sant (Etats-Unis) : Ce film, qui obtint la Palme d'or au Festival de Cannes cette année, m'a laissé assez perplexe. Inspiré de la tragédie de Colombine aux Etats-Unis, il nous montre une journée "ordinaire" dans un grand lycée américain, avant que cette dite journée ne bascule dans l'horreur : deux élèves (ou anciens élèves) s'introduisent dans le lycée et y commettent un carnage. Le parti-pris du réalisateur est vite évident : montrer sans rien expliquer, sans chercher d'explications psychologiques au drame, afin de suggérer le non-sens de ce massacre. Derrière la facade lisse de l'Amérique, et l'univers aseptisé de l'environnement dans lequel évoluent les adolescents américains, l'horreur peut surgir à tous moment : l'essentiel du film est constitué de long travellings et de plan-séquences virtuoses pendant lequel on voit les adolescents évoluer dans le lycée, déambuler dans ses long couloirs, manger dans son immense cantine, se livrer à des activités diverses. Gus Van Sant nous propose en quelque sorte un voyage distancié dans la "planète adolescente", filmant cet univers sans proposer d'explications ou de commentaires sociologisants ou psychologisants. Encore une fois, le parti-pris est de montrer, rien de plus. Le résultat est un film extrêmement virtuose sur le plan formel (pour ma part, je suis toujours bluffé par ces longs plan-séquences pendant lesquels on évolue dans différents décors remplis à chaque fois de nombreux figurants), mais qui justement, c'est le revers de la médaille, n'échappe pas à l'esthétisme.(3 coeurs);

L'Ennemi public de William Wellman (Etats-Unis, 1931) : ce film est, avec Little Caesar et Scarface (la version d'Howard Hawks des années 1930), l'un des plus célèbres fleurons de ce genre qui fit la fortune des studios hollywodiens ( et de la Warner Bross en particulier) pendant quelques années : le film de gangster. Le film narre les agissements de Tom Powers (James Cagney), gangster qui s'enrichit grâce à la prohibition et qui affronte un gang rival. Ce long metrage raconte aussi l'antagonisme entre Tom et Mike, son frère, paragon d'honnêteté et de vertus et qui ne supporte pas que son frère soit un criminel. Ce long métrage se signale par ses qualités formelles : trés beau noir et blanc, fluidité des mouvements de caméra, prises de vues de Chicago d'un réalisme surprenant et plus généralement atmosphère urbaine très prenante ( le film de gangster est le genre "urbain" par excellence). L'histoire, bien évidemment, se termine trés mal pour Tom Powers : voulant venger la mort de son ami Matt, abattu par un gang rival, son cadavre sera finalement "déposé" devant la maison familiale. ( 3 coeurs)

L'équipée sauvage de Laslo Benedek (Etats-Unis, 1954): Sorti un an avant La fureur de vivre, ce film fit de Marlon Brando une idole pour la jeunesse qui s'identifia à ce personnage de loubard fruste mais au grand coeur et incapable de trouver des mots et une cause pour exprimer sa révolte. Ce long-metrage fut le troisième de Brando, après C'étaient des hommes de Fred Zinneman et Un tramway nommé désir d'Elia Kazan, et il contribua à enfermer le génial acteur américain, aux yeux du grand public, dans un certain type de rôle : les personnages frustes et primaires de grosse brute aux grand coeur. L'argument du film est le suivant : une bande de motards mené par Johnny (Marlon Brando) s'arrête provisoirement dans une petite bourgade californienne, semant la consternation parmi les habitants. Mais ces jeunes loubards ne sont pas méchants au fond, et le film oppose la révolte sans cause et sans objet de ces jeunes au fascisme ordinaire d'une partie des "bons citoyens" de la bourgade, qui ne tardent pas à monter une milice d'autodéfense. Le jeune loubard incarné par Marlon Brando est incapable quant à lui d'exprimer son amour pour Cathy, la fille du shérif local : tentant d'abord de la séduire, Johnny s'enferme ensuite dans une attitude de "dur" et dans sa carapace et son inaptitude à communiquer. La fin, où Johnny et sa bande quittent enfin la bourgade, voit cependant le jeune motard s'ouvrir un instant à ces émotions dans l'émouvante scène d'adieu avec Cathy. Un film très daté, mais interressant pour comprendre la genèse du mythe Brando. ( 3 coeurs)

L'Esquive de Abdellatif Kechiche (France) : Attention chef-d'oeuvre ! Jamais depuis Etre et avoir je n'ai eu une telle impression d'authenticité. Pourtant L'Esquive est un film de fiction, tourné à base d'un scénario et de dialogue écrits : mais Abdellatif Kechiche a fait jouer, dans cette évocation des jeunes de banlieue, des jeunes qui faisaient du cinéma pour la première fois, et le réalisateur connaît de l'intérieur ce dont il parle. Le film raconte un téléscopage, celui du parler des jeunes de banlieue parisienne aujourd'hui, et le français classique du XVIIIème siècle : "krimo" (alias Abdelkrim), jeune ado banlieusard, est en instance de rupture avec sa "meuf"; voyant sa copine d'enfance Lydia essayer un costume pour une pièce qu'elle va jouer à la fin de l'année scolaire dans son lycée (il s'agit du "Jeu de l'amour et du hasard" de Marivaux), il en tombe secretement amoureux. Le jeune maghrebin, après avoir assisté à une répétition d'une scène de la pièce, se met en tête de séduire Lydia et pour ce obtient de remplacer un des "acteurs" : et voilà krimo, qui n'a jamais lu un livre de sa vie, en train d'essayer d'apprendre du Marivaux ! Voilà pour le "pitch". Le film est une formidable restitution du parler des jeunes de banlieue, et à chaque instant le spectateur a l'impression qu'une micro-caméra cachée enregristre à leur insu de ce que disent et ce que font ces jeunes, tellement ce qui est filmé est naturel, spontané, authentique. "Je suis fasciné par le langage de ces jeunes quand ils sont entre eux. Je trouve que leur langue est belle, ambiancée, riche de symboles, nourris de mots de leur langue d'origine, pleine de gestes, d'expressions qui se mélangent, dit Abdellatif Kechiche dans Télérama.(...)Je ne pense pas que le langage de ces adolescents soit moins intéressant que celui de Marivaux. Leur expression, leur façon d'être sont une véritable culture en elle-même. Ces jeunes Français d'origine africaine ou asiatique sont riches de leur double culture et de leur culture commune puisqu'ils vivent ensemble.(...). Il y a dans les cités une véritable effervescence culturelle. Je pense que ces jeunes vont transformer la langue, l'enrichir, l'empêcher de se figer." Un critique de France-Inter a fait une comparaison très juste, quand il a évoqué Pagnol à propos de ces extraordinaires scènes entres ados banlieusard : la verve, la gouaille, la verdeur de ces dialogues ne font-ils pas de Abdellatif Kechiche le Pagnol des banlieue ? (5coeurs).

Etre et avoir (film de Nicolas Philibert) : Ce film est à mon avis l'un des plus important de l'année voire des dernières années, il s'agit en tout cas de mon coup de coeur de la rentrée cinématographique. Parler de chef d'oeuvre serait inadéquat car il s'agit d'un documentaire et non d'un film de fiction, mais il s'agit d'une pure merveille qui nous replonge dans la fraicheur et la spontanéité de l'enfance, en même temps qu'elle constitue un vibrant hommage à ce très noble et trés humble métier, celui d'instituteur. Le sujet du documentaire est le suivant : Nicolas Philibert a filmé pendant quelque mois une classe unique de primaire au fin fond du Massif Central, et nous montre au jour le jour les enfants(les "petits", en maternelle ou en CP, et les "grands", à la porte du collège) avec toute leur innocence et leur spontanéité : les moments drôles ou émouvants sont légion dans ce film, et je puis témoigner que la salle quasi-comble dans laquelle j'ai vu le film riait souvent. La caméra de Philibert montre tantôt des moments drôles et cocasses (ainsi cette séquence où les enfants apprennent à faire des crêpes), tantôt des séquences graves et poignantes (citons en vrac la scène où l'instit essaye de reconcilier deux "grands" qui se sont battus, cette autre séquence où le maître s'entretient avec l'un de ses élèves au bord des larmes car son père est gravement malade). En dehors de ça, ce film nous montre ce que c'est que le metier d'enseigner à de jeunes enfants, et nous fait toucher du doigt les compétences trés spécifiques que doit exercer un instituteur, et qui sont à l'opposé des compétences académiques des enseignants de Lycée ou d'Université : un instit doit être tout à la fois pédagogue, être un conseiller psychologique (en tout cas dans cette classe unique rurale où il n'y a pas de psychologue professionnel), donner un aspect ludique à son enseignement. Bref le film est un formidable document sur ce que c'est que d'apprendre les savoirs fondamentaux (lire, ecrire, compter) à des élèves de primaires. Un conseil : précipitez vous vite pour prendre un bain de jouvence....(5 coeurs)

F  

Family Life (Grande-Bretagne, Ken Loach, début des années 1970) : ce film est, avec Vol au dessus d'un nid de coucou, la plus célèbre dénonciation cinématographique de la psychiatrie traditionnelle. Mais là où le film de Milos Forman jouait la carte du spectaculaire, Ken Loach, lui, reste dans le cadre d'un naturalisme et d'un réalisme en demi-teinte. Ce film a été réalisé alors que "l'anti-psychiatrie", ce courant visant à remettre en question les théories et les pratiques de la psychiatrie traditionnelle, était en vogue. A travers l'histoire de Janice, jeune schizoprhène rendue folle par des parents étouffants et qui lui ont donné une éducation repressive et conformiste, le cinéaste anglais ne fait d'ailleurs qu'illustrer l'un des credo de l'antipsychiatrie, à savoir que la folie est souvent engendrée par le milieu social et familial. Nous suivons ainsi, au cours du film, Janice, traitée successivement par un psychiatre aux idées libérales puis par les méthodes "éprouvées" de la psychiatrie traditionnelle : électrochocs, médicaments. Un Film souvent pénible à regarder, mais très utile et salutaire. ( 3 coeurs).

Le fils des frères Dardennes (Belgo-français): Ce film fut l'un des moments forts du dernier festival de Cannes, et Olivier Gourmet, l'acteur principal du film, reçut le prix d'interprétation masculine. Après La promesse et Rosetta, Le fils consacre définitivement les frères Dardennes parmi les cinéastes majeurs de notre époque. L'argument est le suivant : Olivier, professeur en menuiserie, reçoit un nouvel apprenti et l'on dévine très vite qu'un secret lie ces deux êtres. Olivier traite un peu son apprenti comme son fils, et le suit en dehors de l'atelier. En fait, le dit secret est vite éventé au premier quart du film par l'ex-épouse d'Olivier : le jeune apprenti sort de prison pour le meurtre du fils d'Olivier. Dés lors le suspense se déplace : pourquoi le professeur en menuiserie traite de manière filiale l'assassin de son fils, ce jeune apprenti qui ignore que son professeur est le père du garçon qu'il a tué jadis ? Quand Olivier va-t-il révéler à son jeune apprenti que c'est son fils qu'il a tué ? Ce film, au style très sec et très épuré, filmé souvent caméra sur l'épaule, se refuse à toute explication psychologique facile des motivations des personnages, et allie suspense métaphysique et réalisme social ( je pense à toutes les scènes dans l'atelier, très prenantes). Ce long-métrage est un peu déconcertant au début, mais ce trés beau film sur la rédemption et le pardon devient très vite prenant une fois livrées les données de l'intrigue. (3 coeurs)

La fleur de mon secret (Pedro Almodovar, Espagne) : Ce film, avant Tout sur ma mère, marquait un jalon vers la maturité esthétique d'Almodovar. On n'y retrouve pas la faune (travestis, homosexuels..etc) qui peuple beaucoup de ces films, ni le coté "roman photo" de beaucoup de ces films. Cette oeuvre raconte la crise existentielle d'une femme écrivain, sorte de Barbara Cartland ibérique( qui ecrit sous le pseudonyme d'"Amanda Gris"), soudain làs du type de littérature qu'elle écrit, et par ailleurs se débattant dans d'insurmontables problèmes conjugaux (son mari militaire travaille pour l'OTAN et ne la voit jamais : leurs rares rencontres dégénèrent en dispute). Dans le film, elle va rencontrer le responsable de la rubrique littéraire du journal "El Pais" (cf le principal quotidien espagnol) pour lui proposer d'écrire des rubriques littéraires, le tout en lui cachant son identité d'écrivain. Mais le journaliste perce bientôt le secret de son interlocutrice (et ira même jusqu'à ecrire lui-même deux romans sous le pseudo d'Amanda Gris !) et en tombe amoureux. Abandonant ses outrances habituelles, Almodovar nous offre un magnifique portrait de femme. ( 4 coeurs)

Frida de Julie Taymor : Ce film raconte l'histoire vraie de Frida Kalho, femme mexicaine d'exception, peintre, mariée à Diego Riviera, l'un des plus grands peintres mexicains de la première partie du siècle dernier, avec qui elle aura des rapports orageux. Frida Kalho aura par ailleurs des amours féminines scandaleuses et une liaison avec Trotsky alors que ce dernier était en exil au Mexique. En bref, ce film, dans lequel Salma Hayek s'est totalement investie, est le portrait d'une femme libre qui vécut sa vie intensément, malgré un accident qui lui laissa des séquelles de plus en plus douloureuses au cours du temps. Beaucoup de place est accordé dans le film aux rapports entre Frida et som mari, personnage attachant mais incapable de fidélité. Le film est porté par l'interprétation de Salma Hayek et par la force de son sujet, simplement il ne brille pas par la force et l'originalité de sa mise en scène (même si certaines trouvailles sont bienvenues). (3 coeurs)

Le furet de Jean-Pierre Mocky (France) : Jean-Pierre Mocky occupe une place à part dans le cinéma français. Ses films, toujours tourné trés rapidement et pour un budget ridicule, ont en général une diffusion très confidentielle, mais il ne s'agit pas pour autant de films d'art et essai : son oeuvre essaie de renouer avec un certain cinéma populaire français, et Mocky emploie des acteurs ayant une "gueule" et une gouaille. Dans ce film-ci, le cinéaste tente de retrouver la truculence du Milieu, et emploie des acteurs au physique très "typé" (Jacques Villeret, Michael Lonsdale, Michel Serrault, Dick Rivers, Karl Zéro - ce dernier ayant un jeu très appuyé) pour une histoire de tueurs nous permettant de revisiter la mythologie populaire des gangsters. C'est le premier film de Mocky que je voyais, il n'est pas dit que j'irais en voir d'autres, mais la vision du Furet fut une expérience très intéressante. (2 coeurs)

G  

Garçon stupide, de Lionel Baier (suisse). Loïc est un jeune garçon de 20 ans, homosexuel affirmé qui drague des mecs sur Internet pour des etreintes sexuelles sans lendemain et sans sentiment. Venant d'un petit village, il se fait héberger à Lausanne par Marie, jeune étudiante travaillant dans un musée d'histoire naturelle, jeune fille à qui il confie sa vie sexuelle agitée. Ce "garçon stupide", comme le dit le titre, bosse le jour dans une chocolaterie, et ne s'intéresse à rien d'autre qu'au sexe et à lui-même (apercevant chez un de ces partenaires de passage un livre sur l'impressionnisme, il se dépeche, une fois rentré chez Marie, d'ouvrir un dictionnaire..). Mais, grâce à Marie et à Lionel, un garçon rencontré comme tant d'autres sur Internet, mais qui, à la différence des autres, s'intéresse à lui en tant que personne et pas comme objet sexuel, Loïc va peu à peu sortir de lui-même. Ce film, tourné manifestement dans l'urgence, avec une camera vidéo, avec visiblement un budget ridicule, est une oeuvre très attachante malgré ses multiples défauts. Le film assume, pour ainsi dire, sa naïveté et son symbolisme un peu voyant, ses métaphores cinématographiques trop "téléphonées" : ex, une scène où l'on voit simultanément une partouze homo et les machines de l'usine de chocolat, tout ça pour dénoncer, bien sûr, le sexe à la chaîne....Certaines scènes de sexe homosexuelles assez crues pourront choquer, ainsi que certains dialogues entre Loïc et Marie ("je lui ai bouffé le cul", "il m'a vidé les couilles", et autres dialogues très poëtiques.....). Les scènes les plus réussies du film sont d'ailleurs celle décrivant la relation entre Marie et Loïc, la relation quasi-maternelle que la jeune étudiante entretient avec le jeune homosexuel. Bref, un film imparfait, naïf, parfois raté, parfois mièvre, mais d'une évidente sincerité et sacrement culotté. Finalement, pour récompenser l'audace et la générosité de ce "petit" film, je met un "petit" trois coeur.

Gladiator de Ridley Scott (Etats-Unis, 2000) : à la fin du millénaire, la carrière de Ridley Scott, du moins du point de vue artistique, était au plus bas, après des films considérés unanimement comme des navets comme 1492 ou A armes égales. Gladiator permit à son réalisateur de faire un surprenant " come-back ", sur les deux plans artistique et commercial. Je pense que la plupart d'entre vous ont vu le film, inutile donc de me lancer dans un résumé. Disons un mot de la vraisemblance historique de ce long-métrage : il met en scène des personnages historiques de premier plan (les empereurs Marc-Aurèle et Commode) et le moins que l'on puisse dire est que l'histoire y est sacrément malmenée : Marc-Aurèle est mort de la peste, et non pas assassiné par son fils. Cependant, il y a des éléments qui se rapprochent de la réalité historique : Commode a effectivement été assassiné par un ancien gladiateur. Disons ensuite que, le temps, d'un film, Ridley Scott ressuscite et révolutionne un genre moribond depuis des lustres, le " péplum " : la nouveauté du film est l'extrême réalisme des scènes de combats et de batailles, qu'il s'agisse des combats dans l'arène ou de l'époustouflante bataille du début contre les Germains. Au total, Ridley Scott a apporté beaucoup de soin au spectacle et au style, au détriment des personnages lui reprocha Russel Crowe, l'acteur principal du film. Au total un très bon divertissement, auquel on prend un réel plaisir physique. ( 4 cœurs).

H  

Happy end de Amos Kollek (Etats-Unis) : le cinéaste new-yorkais d'origine israëlienne Amos Kollek est l'une des figures du cinéma américain "indépendant", et il illustre à la fois les qualités et les défauts de cette cinématographie. A son meilleur (Sue perdue à Mannathan, Fast food, fast women), Amos Kollek sait faire des films pleins d'intelligence et de sensibilité. Au pire, et c'est le cas de Happy end, son cinéma est sinistre, baclé, sans intérêt, ennuyeux. Dans ce film, le cinéaste s'essaye à la comédie, genre dans lequel il avait excellé avec Fast food, fast women après deux films très noirs ( Sue... et Fiona, les deux films avec Anna Thomson) : mais cette histoire d'une jeune française (incarnée par Audrey Tautou) venu mener une carrière d'actrice à Hollywood et qui commence par vivre la galère à New York, vivant de boulots de femme de ménage, cette histoire donc ne m'a pas du tout convaincu. Le film se veut aérien, leger, sympathique, sans prétention : en fait, les "gags" et les séquences qui se veulent comiques ne m'ont pas fait rire ni sourire un seul instant. (0 coeurs).

Histoire de Marie et Julien de Jacques Rivette (France) : Les films de Jacques Rivette exigent beaucoup du spectateur et ne sont pas des oeuvres qui se "donnent" facilement. Pour qui veut se donner la peine, ses films, en général, procurent une immense satisfaction. Ce fut le cas pour moi avec La belle noiseuse, avec-déjà- Emmanuelle Béart, ainsi qu'avec le récent Va savoir. Mais dans ce film-ci, la magie n'a pas opéré sur moi : cette histoire d'amour entre un homme, horloger, et une femme, entre Julien (incarné par un acteur polonais dont je ne me rappelle plus le nom, mais qui fut l' Homme de marbre et L'Homme de fer d'Andrej Wajda) et Marie (Emmanuelle Béart), histoire d'amour qui vire au conte de mort, ne m'a pas convaincu entièrement. Certes il faut mettre au crédit du film l'atmosphère envoutante de ses décors - notamment la maison de Julien, avec ses horloges-, ses virées vers le fantastique, ainsi que les scènes d'amour physique entre ses deux protagonistes -scènes très intenses, et pourtant jamais voyeuristes et racoleuses. Mais le film s'embarasse d'une intrigue policière totalement inutile - Julien faisant chanter le personnage incarnée par Anne Brochet. Par ailleurs, cette fois-ci, le tempo très lent ne m'a pas paru aboutir à un résultat cinématographique intense. En bref, le temps m'a paru bien long. (2 coeurs)

Historias minimas de Carlos Sorin (Argentine) : Autant vous le dire tout de suite, ce film est un pur enchantement, une merveille de finesse où les touches d'humours incongrus cotoyent parfois la gravité, un délice cinématographique qui fait oublier un cinéma anglo-saxon à la mise en scène voyante et clinquante. Ce long métrage tient pourtant sur un bout de ficelle au niveau de l'intrigue : trois personnes habitant une petite localité au fin fond de la Patagonie décident de se rendre à la ville lointaine de San Julian. A savoir une jeune mère de famille qui est conviée à la finale d'un jeu télévisé ridicule (ce qui nous vaut vers la fin du film une satire de ces jeux télévisé), un voyageur de commerce qui décide de séduire une veuve en apportant un gâteau d'anniversaire à son fils, enfin, et c'est l'histoire centrale, un très vieil homme qui va à San Julian à la recherche de son chien parti trois ans plus tôt. Les moments de pure poésie, de grâce et d'humour se succèdent : ainsi, les multiples transformations subies par le gâteau d'anniversaire exigées par le voyageur de commerce à chaque fois qu'il passe dans une boulangerie, l'incongruité même du voyage de Don Justo, le vieillard, et les conversations surréalistes qu'il engage avec des personnes de rencontre (dont le voyageur de commerce). La sobriété de l'intrigue et de la mise en scène font merveille. Bref un film à aller voir toute affaires cessante : aux histoires minimales, je donne la note maximale ! (5 coeurs)

 

L'homme qui aimait les femmes (France,1977) de François Truffaut : Ce film commence par une scène des plus etranges et cocasses. Lors de l'enterrement d'un homme, son cerceuil est suivie par un cortège funéraires constitués par toutes les femmes qu'il a aimées. Car ce long-métrage nous conte en effet l'histoire de Bertrand (extraordinaire Charles Denner), séducteur frénétique et obsessionnel qui ne peut littéralement pas se passer de la présence des femmes et qui, lorsqu'il se promène dans la rue, ne peut s'empêcher de regarder les jambes de la gent féminine. Mais Truffaut a l'intelligence de ne pas faire de son personnage un "dragueur" et un macho ordinaire. Bertrand est tiraillé de doutes et tenaillé par la peur de la solitude, et son donjuanisme frénétique, qui s'explique par son enfance (élevé uniquement par sa mère, celle-ci multipliait les aventures, et le jeune Bertrand lisait souvent en cachette les lettres que sa mère envoyait à ses amants), l'amène à user des stratagèmes les plus tordus pour conquérir certaines des femmes qu'il désire. Bientôt, Bertrand se met à écrire le roman de sa vie, et c'est par ce biais, par de nombreux flash-back, que le spectateur reconstitue l'histoire de sa vie amoureuse. Il faut prendre ce film pour une autobiographie déguisée : Truffaut a été un coureur de jupon notoire, et fréquenta assidument les prostituées pendant une longue période de sa vie. ( 3 coeurs)

L'homme sans passé d'Aki Kaurismaki (Finlande, 2002) : Le film dont je vais vous parler est assez étrange, j'ai moi-même mis un certain temps à entrer dans l'histoire, commencant par m'ennuyer ferme, puis j'ai été pris peu à peu par la magie du film et j'en suis ressorti finalement charmé et content.Le film raconte l'histoire d'un homme qui, en sortant d'un train, se fait tabasser violemment par de jeunes voyous. A son reveil, l'homme est devenu complétement amnésique : le film nous montre la progressive renaissance à la vie et à l'espoir de cet homme, grâce à une série de personnage qui vont croiser sa route( une famille pauvre vivant dans une cabane en feraille le long de la zone portuaire d'Helsinki, l'Armée du Salut, dont une recrue plus toute jeune va tomber amoureux de lui). Les moments caucasses (ainsi ces scènes où l'amnésique organise un groupe de rock avec l'orchestre de l'Armée du Salut) alternent avec les moments émouvants et les scènes angoissantes ou absurdes ( où le personnage principal fait l'expérience de ce que c'est de ne pas avoir d'état-civil dans une société hautement bureaucratisée dont les organismes -Agence pour l'Emploi, Banques- ne peuvent fonctionner sans l'identification de leurs clients). Finalement, malgré la noirceur a priori du sujet, il s'agit d'une oeuvre humaniste pleine d'espoir et remplie de touches d'humour tantôt absurdes tantôt émouvantes. La conclusion finale (que je ne vous révèlerais pas dans l'hypothèse très improbrable où l'un d'entre vous irait voir le film) est très touchante. (3 coeurs).

8 mile de Curtis Hanson (USA) : ce film est d'abord un faire-valoir pour Eminem, star américaine du rap et qui a l'originalité d'être un blanc dans un genre musical défini traditionnellement par sa « négritude ». Eminem, dont je n'avais jamais entendu parler avant la sortie de ce film, est un personnage très controversé aux Etats-Unis, pratiquant un rap très trash et trainant une réputation de macho sexiste et homophobe. Dans ce film inspiré de son adolescence et de ses débuts, on dirait qu'Eminem a essayé de se refaire une virginité, son personnage, Jimmy Smith, jeune blanc pauvre de la banlieue de Detroit vivant avec sa mère déglinguée (Kim Basinger formidable dans un rôle à contre-emploi) dans une roulotte, étant présenté comme un petit saint. Jimmy Smith traîne avec une bande de noirs dont Future, qui anime un club de hip-hop où des rappeurs s'affrontent sur scène par la seule arme de leur prose. Future voit en Jimmy un grand rappeur potentiel et le pousse à affronter en combat singulier le leader du groupe de rap rival. Ces scènes dans le groupe de hip-hop sont véritablement euphorisantes et comptent parmi les meilleures du film. Le reste du film est une chronique sociale, où l'on suit les pérégrinations de la « bande » de Jimmy et les malheurs du personnage de Kim Basinger. Quant à Eminem, c'est une véritable révélation en tant qu'acteur ; il porte le film à lui tout seul. Un film à conseiller autant aux amateurs de rapp qu'à ceux qui ne connaissent rien à cette musique ( c'est mon cas), ils passeront tous un très bon moment à la fois musical et cinématographique. (3 cours).

I  

L'impasse de Brian de Palma (USA, 1993) : 10 ans après Scarface Brian de Palma réengage Al Pacino pour un film de gangster, mais qui est cette fois-ci très différent du premier: Scarface en rajoutait dans l'action et l'ultraviolence, et Al Pacino cabotinait sans arrêt. Au contraire, avec L'impasse, nous avons affaire à un polar nostalgique, mélancolique et crépusculaire, au tempo beaucoup plus lent : Al Pacino y joue le rôle de Carlito Brigante, truand portoricain qui sort de taule et qui ne veut plus replonger dans la pègre. Il devient gérant d'une boîte de nuit et rêve que d'amasser les 75 000 dollars qui lui permettront de s'associer avec un partenaire pour une affaire de location de voiture. Mais le rêve se dérobera et, par un concours de circonstances Carlito sera poursuivi par la fatalité de la violence. La dernière demi-heure du film est un pur morceau de cinéma, surclassant largement la fusillade dans la gare des Incorruptibles : on assiste à une poursuite dans le metro et une fusillade dans la gare de New York, dont Carlito sort apparemment vainqueur, mais un des ses amis l'a trahi, et le film se termine en boucle, par la mort de Carlito, qui nous était montré dès le générique de début du film, faisant de celui-ci un long flash-back. Un film virtuose, à l'intrigue prenante et qui se distingue par la virtuosité de ses mouvements d'appareils.(4 coeurs)

Insomnia de Christopher Nolan (Etats-Unis) : Ce polar atypique se passe en Alaska, à la saison où le soleil ne se couche jamais : ce décor est pour beaucoup dans l'atmosphère prenante de ce film, où un vieux routier de la police de Los Angeles(Al Pacino) vient avec son adjoint aider la police locale à élucider le meurtre d'une lycéenne. Alors qu'ils tendent un traquenard au tueur, le personnage d'Al Pacino tue accidentellement son adjoint, et, tentant de maquiller sa bavure, bascule lentement dans l'illégalité. Il en viendra à accepter un pacte avec l'assassin de la lycéenne (Robin Williams, étonnant dans un rôle à contre-emploi). Au total, Christopher Nolan nous offre un polar trés bien mené, avec une atmosphère prenante, nous faisant ressentir le poids de la culpabilité qui pèse sur la conscience d'Al Pacino. Mais Nolan a prouvé dans d'autres films qu'il pouvait faire oeuvre personnelle, notamment dans Le Suiveur, formidable moyen-metrage en noir et blanc qui jouait sans cesse avec la temporalité, ce que faisait de façon plus systématique encore Memento. Nous avons donc là une oeuvre mineure de ce jeune cinéaste prometteur(3 coeurs).

Intervention divine de Eila Suleiman (film palestinien, 2002): Je dois d'emblée avertir le lecteur : ce film trés déroutant n'a rien d'un film grand public. L'argument est bien connu : un palestinien vivant à Jérusalem est amoureux d'une de ses compatriote vivant à Ramallah, en Cisjordanie, et les deux amoureux se rencontrent quotidiennement au "check-point" israëlien qui sépare l'accès à ces deux villes. Dit comme ça, on pourrait croire que le film est une romance classique. En fait, Eila Suleiman, qui joue lui-même le rôle principal( l(habitant de Jérusalem), ne met pas du tout en place un récit traditionnel, pour instaurer à la place une poësie visuelle et burlesque, basée sur des gags visuels et/ou sonores totalement incongrus et qui manifestent un sens de l'absurde qui a été trés justement comparé à celui de Jacques Tati ou de Buster Keaton. On ne redira jamais que, dans ce film, les dialogues sont trés rares (notamment, les deux amoureux ne se disent pas un mot lorsqu'ils se retrouvent dans la même voiture, se contentant de se serrer la main), si bien qu'on pourrait presque dire que par moment Suleiman retrouve l'essence du cinéma muet. Le propos du film est bien sur de dénoncer l'occupation israëlienne des territoires occupés, mais au lieu de choisir la voie du film réaliste et pamphlétaire, Eila Suleiman a préféré l'humour et la poësie. Cependant, l'Intifada est évoquée à la fin, dans une scène de délire pur, ou de jeunes recrues israëlienne s'entrainent au tir sur des mannequin représentant des palestiennes voilées, et qui voient soudain apparaître une amazone vêtue en keffief, insensible aux balles et qui tue un à un les tireurs israêliens. Il faut aussi évoquer la scène dont vous avez du entendre parler, celle ou le personnage de Suleiman gonfle un ballon à l'effigie deYasser Arafat, le dit ballon survolant Jérusalem et les lieux saints. Bref, un film que je ne met pas au pinacle, mais une "expérience" cinématographique très intéressante. (3 coeurs).

L'invaincu de Satyajit Ray (Inde, 1957): Après La complainte du sentier, voici les suites des aventures d'Apu, que nous avons quitté dans l'enfance dans le premier opus de la trilogie alors que ses parents décidaient de se déplacer dans la ville sacrée de Bénares. Ce film-ci est plus riche en événements et péripéties, et sa thématique générale est l'opposition entre l'Inde eternelle et la modernité, entre un milieu familial traditionnel et l'émancipation par le savoir et les études. Le début du film à Bénares, ville traditionnelle où les gens se baignent dans le fleuve sacré et où le père Hari, lit les saintes écritures, est une fascinantes plongée dans l'Inde éternelle, au travers de cérémonie religieuses magnifiquement filmées. Bientôt Hari en vient à mourir et la famille- mère et fils- se déplace chez un oncle à la campagne. La destinée du jeune Apu, qui n' alors que 10 ans, est toute trouvée : il sera prêtre. Mais le jeune enfant manifeste le désir de faire des études et obtient d'excellents résultats. Après une ellipse, nous retrouvons Apu adolescent, partant à Calcutta, ville symbole de la modernité comme Bénarés était symbole de la tradition, pour faire des études à l'Université. Mais qui dit études lointaine dit déracinement par rapport à ses racines familiales, et la mère d'Apu finit par mourir littéralement de ne plus voir son fils. Bref, au total un film extrêmement émouvant, et esthétiquement très raffiné, où l'on retrouve le sens de la composition picturale de Satyajit Ray qui fait de ses films un véritable plaisir pour les yeux.

Les invasions barbares de Denys Arcand (Canada) : en 1986, un film québécois(rediffusé ce jeudi sur Arte) faisait sensation. Il s'agissait du Declin de l'empire américains, où l'on suivait pendant une journée un groupe d'universitaires québécois-des historiens- et leurs épouses et compagnes : le sujet de conversation favori de ces Messieurs Dames étaient le sexe, ce qui nous valait des dialogues parfois très crus, à la limite de la vulgarité, mais toujours très drôles. 17 ans après, Denys Arcand reprend ses personnages, bien veillis : l'un d'entre eux est aux portes de la mort, et son fils reunit ses amis pourqu'il meurt entouré. On retrouve dans cette suite bien des traits du film original -des intellectuels qui font le bilan de leurs erreurs idéologiques, et qui tiennent des propos de corps de garde très droles. En même temps le propos est plus grave, puisque le film traite de la mort. Ce film a divisé la presse, certains le trouvant nul, d'autre criant au génie : je me situe entre les deux. C'est un film sensible et attachant, parfois très drôle - mais les passages les plus drôles sont presque tous dans la bande-annonce- mais qui est loin d'égaler Le declin de l'Empire Américain, que je vous conseille tous de regarder dare-dare ce soir jeudi 9 octobre sur Arte.(3 coeurs)

J  
Journal d'un curé de campagne de Robert Bresson (1950) : Bresson a ecrit lui-même l'adaptation du célèbre roman de Georges Bernanos. Le film nous raconte le chemin de croix, on pourrait presque dire La Passion, d'un jeune curé nommé dans sa première paroisse dans l'Artois. Le jeune ecclésiastique est passablement tourmenté, au physique comme au moral. Victime de douleurs à l'estomac (on apprendra au cours du film qu'il s'agit d'un cancer), il se nourrit exclusivement de pain sec et de vin. Spirituellement, il doute sans cesse de sa foi. Par ailleurs, il se heurte à l'incompréhension de plus en plus grande de ses paroissiens, et notamment à l'hostilité grandissante du chatelain du lieu, qui apprecie peu de voir le jeune curé se mêler de ses affaires de famille (lors d'une séquence centrale du film, le curé fait retrouver la foi à la Comtesse, qui l'avait perdue après la mort de son fils). Le film se termine par la mort du jeune curé. Au total, un film important dans l'histoire du cinéma français, mais qui a bien vieilli. ( 2 coeurs).
K  

Ken Park de Larry Clark et Ed Lachman (Etats-Unis) : Ce film nous arrive en France précédé d'un parfum de scandale. En effet, la bande-annonce du film nous martèle qu'il a été interdit en Australie et censuré aux Etats-unis, et les scènes explicitement sexuelles mettant en scène des adolescents ont fait beaucoup pour l'aura sulfureuse qui entoure ce film. Il faut savoir qu'il y a une grande constance dans le travail de Larry Clark : en plus d'être réalisateur de cinéma, ce dernier est aussi, et depuis longtemps, un photographe très provocateur, et les adolescents, notamment leur sexualité, a été depuis longtemps un thème de prédilection de Clark. Un de ces livres de photographie s'appelait d'ailleurs Teenage lust : vaste programme ! Au cinéma, Larry Clark avait déjà évoqué la sexualité des jeunes ados dans un véritable brûlot, Kids. Le film qui nous occupe aujourd'hui se situe dans cette lignée. C'est une plongée brutale dans l'univers des adolescents, le leur propre et leur environnement familial : on a notamment droit à des portraits au vitriol de certains des parents des ados du film, notamment un père qui fait de la gonflette et avale bière sur bière, un autre fanatiquement religieux et puritain. Les scènes sexuelles en elle-même sont effectivement très fortes et crues, mais elles occupent au total une petite partie du film. Je me suis surtout intéressé au portrait en filigrane de l'Amérique que fait Larry Clark à travers l'évocation de quelques destinées adolescentes. ( 3 coeurs).

Kes de Ken Loach ( Grande Bretagne, 1969) : Ce film adapté d'un roman est l'un des premiers de Ken Loach, et il contribua à le révéler au public et à la critique. Dans ce long métrage, le réalisateur anglais nous conte l'histoire d'un garçon solitaire et qui est le souffre douleur de ses camarades en raison de la faiblesse de sa constitution physique. Il souffre aussi d'une mère qui ne l'aime pas vraiment et d'un grand frère qui le brutalise. Mais le jeune garçon, aux portes de l'adolescence, a un jardin secret : il a capturé et dressé un jeune faucon, et l'art de la fauconnerie n'a plus de secret pour lui. L'un de ses professeurs va s'intéresser à lui et encourager sa passion pour la fauconnerie. Cette histoire profondément émouvante se situe, comme dans la plupart des films de Loach, dans un arrière plan social précis : une ville minière du nord de l'Angleterre, où les perspectives d'avenir sont plutôt sombre. Ce film déjà ancien est devenu avec le temps un classique du cinéma britannique. A redécouvrir de toute urgence. ( 4 coeurs)

Kill Bill de Quentin Tarantino : Je vais m'inscrire en faux contre la critique de Jean-Sébastien. Oui, ce film est un immense recyclage d'un certain cinéma ("black exploitation", films de sabres et de yakuza, séries B et Z diverses) mais pour qui ne connaît pas les références brassées par Tarantino le film paraît fade, relever du j'm'en foutisme et du n'importe quoi. Le film s'organise en un zig-zag temporel permanent, mais sans la maîtrise que manifestait Tarantino dans Pulp fiction. Au total cette oeuvre m'a parue très ennuyeuse, je me suis seulement réveillé aux 20 dernières minutes, avec la bagarre générale au sabre, puis lors d'un sublime combat au sabre sous la neige. Mais tout ça est finalement bien peu...(1 coeur)

King Kong (Scoedsack). Par le côté bricolé des trucages, par la poésie des décors (fabuleux travellings dans la jungle plongée dans la brûme), par l'érotisme echevelé que dégage la relation entre le Gorille et la blonde, ce film atteint des sommets d'onirisme.

King Kong (Peter Jackson): quel plaisir à regarder un film à grand spectacle américain, mais là pour le coup, c'est un feu d'artifice. Il faut admirer la econstitution du New York de 1933, la progression du récit. Toute la partie centrale du film (se passant dans l'île du crâne) est vraiment un sommet. (4 coeurs).

Les listes ci-desssous permettent de retrouver tous les films critiqués par Serge Maury.

Les films de A à K (voir : de L à Z)
Les dix meilleurs films de ces dix dernières années :

1) Eyes wide shut, Stanley Kubrick
2) Seul contre tous, Gaspard Noë
3) Dans ma peau, Marina de Van
4) L'esquive, Abdellatif Kechiche
5) Conte d'automne, Eric Rohmer
6) The Yards, James Gray
7) Magnolia, Paul Thomas Anderson
8) Oublie moi, Noëmie Lovski
9) La vie ne me fait pas peur, Noëmie Lovski
10) La liste de Schindler, Steven Spielberg

Top 10 pour 2005

1) Damnation de Belà Tar
1) Edvard Munch de Peter Watkins.
3) Matrubhoomi, un monde sans femme de Jha Manish
4) Million dollar baby de Clint Eastwood.
5) Mar adentro de Alejandro Amenabar
6) Closer de Mike Nichols
7) Les poupées russes de Cedric Klapisch
8) Sin city de Roberto Rodriguez
9) King kong de Peter Jackson
10) Star Wars III : la revanche des Siths de Georges Lucas

Top flop :
1) Crazy Kung fu, de Stephen Chow
2) Last days de Gus van Sant
3) Aviator, Martin Scorsese
4) Gabrielle, Patrice Chéreau
5) Assaut sur le central 13, Jean-François Richet