Editeur : Carlotta-Films, juin 2008. Nouveau master restauré, version originale, sous-titres français. Format 2.35. 20 euros.

Suppléments:

  • L’Au-delà des interdits (25 mn) un film-analyse de Jean Douchet.
  • Bande-annonce.

 

Devenu assassin pour venger Shoko, la femme qu’il aime en secret, Wakizaka doit accepter le marché que lui propose l’unique témoin du meurtre, un fonctionnaire coupable d’avoir détourné 30 millions de yen : garder le butin jusqu’à sa sortie de prison. Mais Shoko s’est mariée avec un autre, et Wakizaka décide de dépenser tout l’argent en un an, puis de se suicider…

En 1965, Nagisa Oshima fonde sa propre société de production, la Sozosha. Avec Les Plaisirs de la chair, le réalisateur multiplie les expériences formelles en alternant avec virtuosité plans séquences et surimpressions. Objet cinématographique singulier, ce film radical est aussi le témoignage direct d’un cinéaste explorant les notions d’érotisme et de déchéance dans le Japon des années 60. Un chef-d’œuvre du nouveau cinéma japonais.

 

L’Au-delà des interdits (25 mn) un film-analyse de Jean Douchet

Pour Jean Douchet, c'est dans ce film que Oshima met en place sa théorie de la subjectivité comme témoin du réel. Il s'agit de filmer objectivement un point de vue subjectif en montrant comment les puissantes contraintes de la société produisent des tensions violentes dans le vécu mental.

Ici, le premier plan (l'héroïne masquée par ce qui semble être un gâteau de mariage à l'occidental) renvoie au dernier (le visage dur et impassible de Shoko); la boucle est bouclée et montre comment Wakizaka n'a jamais été, autrement que dans ses rêves, capable d'accéder à Shoko.

L'éxagération dans le filmage du repas du violeur montre que Wakizaka tente d'éliminer cette part de lui-même qui l'effraie et lui répugne. Oshima exacerbe le montage, toujours heurté, en rupture perpétuelle. La séquence avec les parents, depuis son entrée par la petite porte, montre que jamais il ne pourra être admis dans famille aristocratique.

Wakizaka fait son malheur pour avoir crû aux valeurs de la société, avoir montré une grandeur d'âme surannée. Le fonctionnaire le ramène à la banale corruption généralisée. C'est un produit subjectif de l'imaginaire comme le prouve le filmage en plan-séquence.

Le héros utilise l'idéalisation d'un amour sublimé, chevaleresque, pour laisser libre cours à la montée de ses désirs refoulés. Il se sert de l'interdit social pour lever ses propres interdits sexuels. C'est ce que signifie la séquence où une Shoko rêvée vient chez lui. Alors qu'il décide de se livrer aux plaisirs de la chair, la présence subjective de Shoko s'estompe, d'abord visuellement, puis vocalement.

Il rencontre successivement Itomi, la fille de bar. Dans le grand appartement bourgeois qu'il lui offre trône un grand lit nuptial. Il aurait dû être l'endroit où Shoko aurait perdu sa virginité. C'est celui où il perd son pucelage.

Avec Shizuko, on passse de la comédie de mœurs au mélodrame naturaliste. Cet épisode évoque ce qu'aurait été un mariage sans argent avec Shoko. Elle n'apparaît pas dans cet épisode car la cruauté exige de prendre ses distances avec l'objet de jouissance.

Keiko est une femme libre, indépendante, moderne, classe moyenne. Elle exige le mariage. Elle empiète sur le désir d'une Shoko aristocratique. Mari est la la femme parfaite, femme du peuple, muette et esclave sexuelle.

 

Carlotta-Films
 
présente
 
Les plaisirs de la chair de Nagisa Oshima