Compte rendu de la séance du jeudi 15 juin,
en partenariat avec l'atelier de philosophie d'Herouville-saint-Clair
 
 

19h30 : Nous étions huit à nous retrouver autour d'une tarte salée au restaurant du Café des Images pour préparer la présentation du film avec des membres du ciné-club et de l'atelier de philosophie d'Hérouville-Saint-Clair.

30 entrées payantes pour La pyramide humaine (Jean Rouch, 1961, 1h30)

1 - Présentation du film par Anne-Marie Sibireff et Jean-Luc Lacuve

Séance du 15 juin 2017 : La pyramide humaine (Jean Rouch, 1961, 1h30)

Jean Rouch (1917-2004) dont on fête le centenaire de la naissance : 100 films terminés, 179 films possibles, inventeur de quelques concepts majeurs du cinéma documentaire : Cinéma vérité, Anthropologie partagée, Anthropologie inversée et Documentaire de fabulation.

Un jeune homme déjà exceptionnel :

1933 : Il rencontre Dali, Breton, Aragon, Tanguy et De Chirico 
1935 : carte d'adhérent au cercle du cinéma, la proto-cinémathèque, Algérie, Maroc.
1941 : Il arrive à Niamey, ingénieur pour construire des routes. Ethnographe guidé par Marcel Griaule et Theodore Monod. C'est en pays Songhay, le long du fleuve Niger.
1946 : Il descend en pirogue, de la source à la mer, les 4 184 kilomètres du Niger

De ce voyage, il revint avec un premier film, Au pays des mages noirs, diffusé en complément de Stromboli de Rossellini.

Deux diapositives pour situer la pyramide humaine dans la filmographie de Jean Rouch
Attirer l'attention sur : le dispositif, le son (direct ou voix off), l'explication du titre

2- Débat en salle après la projection (Compte-rendu d'Alain Lambert de l'atelier philo d'Hérouville-Saint-Clair)

Jean-Luc Lacuve rappelle ce qu'a de particulier ce film de Jean Rouch, entre l'une des premières expériences d'ethnographie partagée de Moi, un noir (scénario en partie guidé par celui qui est l'objet du documentaire et le cinéma-vérité (la célèbre citation de Chronique d'un été, voir l'extrait vidéo).

Dans La pyramide humaine, Rouch provoque une expérience d'improvisation collective entre deux groupes de lycéens blancs et noirs de la classe de première du lycée français d'Abidjan en Côte d'Ivoire en 1959, qui ne se fréquentent pas d'habitude. Ce que montrent les premières images du film, sa discussion avec chacun des groupes pour exposer son projet, comme on le reverra plus tard avec eux visionnant les trois quarts du film déjà tournés, avant de leur proposer de dramatiser la suite à venir, et de l'improviser, afin d'en finir. On peut donc penser qu'il y a bien eu une construction collective. Ces images sont importantes parce qu'elles fixent la règle du jeu et leur appropriation par les jeunes acteurs amateurs, selon l'un et pose d'emblée qu'il s'agit bien d'une fiction, selon l'une, au contraire des actuels docu-fiction où l'on ne sait plus où est le vrai et le faux.

Même s'il est possible « de manipuler des gamins de première » comme le pense un des participants du débat, dont l'idée principale est que Rouch renouvelle l'ethnocentrisme avec ce film, en montrant des « clichés essentialistes » dès le début, et qu'une fois passée la commémoration du centenaire de sa naissance cette année, des analyses moins unanimement dithyrambiques vont se développer, comme cela commence à se faire avec Godard, son « concurrent ».

Pour l'animateur du ciné-club, Jean Luc Lacuve, s'inspirant de Gilles Deleuze commentant le québécois Pierre Perrault et Jean Rouch : « Ce qui s'oppose à la fiction, ce n'est pas le réel, ce n'est pas la vérité, qui est toujours celle des maîtres ou des colonisateurs, c'est la fonction fabulatrice des pauvres, en tant qu'elle donne au faux la puissance qui en fait une mémoire, une légende, un monstre .Alors le cinéma peut s'appeler "cinéma vérité" d'autant plus qu'il a détruit tout modèle du vrai pour devenir créateur, producteur de vérité : ce ne sera pas un cinéma de la vérité, mais la vérité du cinéma. "

Sans doute la fiction d'un individu, y compris d'un cinéaste, n'est jamais anodine mais le reflet d'une idéologie, officielle ou officieuse. Or quand elle se construit à plusieurs, la mise au clair de l'inconscient collectif est plus facile, d'où l'intérêt de la fiction partagée, une des dimensions de la fabulation collective à la base de la mémoire populaire, même légendaire.

Pour en revenir au film présenté, il est bien une fiction expérimentale, et non un documentaire ethnographique à critiquer comme tel. Et malgré ses limites, comme le jeu quelquefois hésitant ou outré des acteurs amateurs, qui s'en tirent plutôt bien dans l'ensemble, comme leur appartenance aux classes dirigeantes du pays simplement à cause du contexte, une classe mixte du lycée français, comme les scènes de "patronage" parfois ou comme la tentative de psychodrame finale qui n'apporte rien, sinon du spectaculaire.... Il reste un film surprenant, qui en annonce d'autres dans la Nouvelle Vague, dont ceux “politiques” de Godard, et datés comme eux, liés à un moment du monde, celui de la fin de la colonisation.

Comme le signifie l'un des jeunes africains, la France (des droits de l'Homme) ne peut rien faire dans l'ONU contre l'apartheid en Afrique du Sud, inadmissible, tant qu'elle est en guerre coloniale en Algérie. Ce qui perturbe tellement son interlocuteur qu'il s'emmêle dans ses arguments. Quant aux “clichés essentialistes” tel “les Européens ne savent pas danser” ou “Ils sont meilleurs que nous parce qu'ils apprennent par coeur”, il est évident que ce n'est pas le propos du film mais seulement de certains ou d'un moment donné, il s'agit bien d'une question d'apprentissage et non de qualités innées. Les uns préfèrent danser leurs danses à eux, jusqu'à ce que les autres les convient aux leurs. Et ils sont conscients que leurs condisciples ont dû bien bosser pour accéder à leur culture et y gagner la première place...

Il s'agit aussi d'un film poétique imprégné de surréalisme (écriture automatique, cadavre exquis, collage, improvisation...) où le poème d'Eluard qui donne le titre et ceux de Rimbaud donnent le ton, à l'image du bateau ivre échoué... Les deux scènes de soirées dansées, la traditionnelle et la “surprise party” sont très réussies dans leur contraste cinématographique. Et l'image du coeur africain ouvert à de nombreuses amours, avec ses deux oreillettes et ses deux ventricules, est à la fois poétique et humoristique, puisque visiblement les coeurs européens sont constitués pareils. L'humanisme généreux et curieux de Jean Rouch en fait un adepte du “Je est un autre” de Rimbaud (deux extraits des Illuminations dans La pyramide humaine) n'est pas étranger à cette expérience existentielle et existentialiste.

(Les liens ci-après ouvrent dans une nouvelle fenêtre des fichiers video en mp4. Si vous n'obtenez que le son, les télécharger et les relancer avec votre lecteur vidéo préféré. Ces fichiers seront retirés en juillet 2017).

Le débat en salle se termine avec de courts extraits de Chronique d'un été (la célèbre phrase de Jean Rouch sur le cinéma-vérité que suivront Chris Marker (Le joli mai ou Pasolini, Enquête sur la sexualité), de deux courts extraits de Gare du Nord, segment de Paris vu Par où l'actrice de La pyramide humaine, Nadine Ballot va être tentée de suivre un inconnu mystérieux), de Petit à Petit, ethnographie inversée, (c'est cette fois Damouré qui étudie les Parisiens et leurs immeubles à étages) et Cocorico ! Monsieur Poulet (road-movie plein d'humour et de magie).

 

Après le film et le débat, un pot était offert par le Café des Images pour discuter des prochains films à voir.

Jean-Luc Lacuve

 

 

De septembre 2007 à juin 2017, ce sont 102 séances de ciné-club qui se sont tenues, au rythme d'une par mois de septembre à juin-juillet avec le public du Café des Images. Le film qui est analysé en salle est l'un de ceux de la programmation normale du cinéma.  Il s'agit de recueillir le plus de façons différentes de voir le film et de proposer  à partir de là deux ou trois angles d'analyses. Je synthétise ensuite ces approches au sein d'une critique, mise en ligne sur le site.

 
Séance du 7 juin 2016 : La chair et le sang (Paul Verhoeven,1985)
Présentation (video de 8')
Débat (vidéo de 27'30)

Depuis 2013, des extraits de films d'autres œuvres du metteur en scène sont projetés pour permettre de dégager les angles d'analyse. Il s'agit, en s'appuyant sur la tradition de la politique des auteurs, de vérifier la permanence et les variations d'un style au travers d'une filmographie.

Certains débats sont coanimés par un partenaire : Festival des Boréales, Musée des beaux-arts, Centre Chorégraphqiue, UFR des arts du spectacle, de lettres et de géographie de l'Université, Club Chine-Normandie, atelier philo d'Hérouville-saint-Clair,critique ou spécialiste musical.

Le choix des films reflète la qualité et la diversité de la programmation du Café des images. Près d'un tiers des films (31) sont des films de patrimoine, reprises officielles ou demande d'un partenaire et un peu plus des deux tiers (71) sont des films d'actualité. 25 films sont américains, 22 films français ; 9 japonais; 6 canadiens; 4 italiens, allemands et anglais ; 4 chinois, 3 espagnols ; 2 russes, suédois, coréens et 1 taïwanais, thaïlandais, brésilien, argentin, polonais, roumain, hongrois, hollandais, portugais, palestinien, tchadien, sénégalais, danois, norvégien et islandais.

Le jeudi 4 février 2016 : projection des Délices de Tokyo avec dégustation de sushis, offerts par le restaurant Saveur Sushi, rue de Strasbourg à Hérouville Saint-Clair et confections maisons de dorayakis
19h30 : les sushis de Saveur Sushi
dorayakis maison par les membres du ciné-club
 
Le samedi 23 janvier 2016 : Le Club Chine-Normandie et le Ciné-club de Caen s'associent pour proposer de découvrir Black Coal (Yi’Nan Diao, 2014), précédé d'un Café Mandarin
19h45 : accueil
les verres circulent
 
Photographies du débat de juin 2015 à propos
de L'ombre des femmes (Philippe Garrel, 2015).
Présentation de L'ombre des femmes
Animation du débat après la projection
Projection d'extraits de films du réalisateur :
La cicatrice intérieure, Elle a passé tant d'heures sous les sunlights, La jalousie.
Fin de soirée conviviale autour d'un pot pour ceux qui ne craignent pas de prolonger la soirée jusqu'à la fermeture du cinéma
Photographies du débat d'octobre 2015 à propos de Vers l'autre rive (Kiyoshi Kurosawa, 2015)

Lors de cette séance de ciné-club, nous avons bien entendu parlé de fantômes japonais : de leur façon d'apparaître et de disparaître... et de faire la cuisine. Mais le débat s'est vite déplacé dans le hall du Café des Images... après l'annonce que le buffet de Maki préparés par Michelle et Anne était ouvert.

Au total, une très sympathique et animée soirée qui a augmenté un peu plus encore le cercle des ciné-clubiens : la cotisation annuelle n'est que de deux euros...


Séances 2007-2008 : La fille coupée en deux (Claude Chabrol), Sicko (Michael Moore), Les promesses de l'ombre (David Cronenberg), Paysages manufacturés (Beichal), La graine et le mulet (Abdletif Kechiche), Sweeney Todd (Tim Burton), L'orphelinat (Bayona) , Grizzly man (Werner Herzog), Je t'aime, je t'aime (Alain Resnais), Un conte de Noël (Arnaud Desplechin).

Séances 2008-2009 : Gomorra , La belle personne, L'échange , La corde , Le miroir magique ,Woman on the beach , Bellamy , Tokyo Sonata ,Yella , La femme sans tête.

Séances 2009-2010 : Non ma filles tu n'iras pas danser, Fish tank , Les herbes folles, De l'eau tiède sous un pont rouge ,Invictus , Les amours d'une blonde , Shutter island ,Ajami , Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle Orléans ,Les chausssons rouges

Séances 2010-2011 : L'homme à la caméra, Un homme qui crie, Thirst , La nuit du chasseur , New York Miami , I wish I knew , Je suis un no man's land , Pina , Le journal d'une femme de chambre, Tomboy

Séances 2011-2012 : Habemus Papam , L'Apollonide-souvenirs de la maison close, Au seuil de la vie, Carnage , A dangerous method , Le cheval de Turin , Despair, Colonel Blimp , I wish nos voeux secrets, Sur la route.

Séances 2012-2013 : Like someone in love, Oslo 31 août , Gigi , The master, Mundane history , Camille Claudel 1915, Les amants passagers , The grandmaster, Shokuzai, celles qui voulaient se souvenir, La grande Bellezza.

>

Séances 2013-2014 : Jimmy P. , Une chambre en ville, Nói albínói , La jalousie, Mère et fils , Lettre d'une inconnue , Les fraises sauvages , Les chiens errants , Touki-bouki , Maps to the stars , Johnny got his gun, Le soleil brille pour tout le monde.

septembre
Noi Albinoi
La jalousie
Lettre d'une inconnue
Les fraises sauvages, ciné-club mars
Les chiens errants, ciné-club avril 1
Touki Bouki, ciné-club avril 2
Maps to the stars
Johnny got his gun
Le soleil brille pour tout le monde, ciné-club de juillet

 

Séances 2014-2015 : Sils Maria, Mommy, Alexandre Nevski, We can't go home again, Whiplash, Les merveilles, La isla minima, Kommunisten, Trois souvenirs de ma jeunesse, L'ombre des femmes.

Sils Maria
Mommy
Alexandre Nevski
We can't go home again
Whiplash
Alexandre Nevski
Marshland (La isla minima)
Kommunisten
Trois souvenirs de ma jeunesse
L'ombre des femmes

Séances 2015-2016 : In the family, Vers l'autre rive, Gertrud, Caravaggio, Black coal, Les délices de Tokyo , Antonio das Mortes , Everybody wants some , Nos souvenirs, La chair et le sang.

In the family
Vers l'autre rive
Gertrud
Carravagio
Black coal
Les délices de Tokyo
Nos souvenirs
La chair et le sang

Séances 2016-2017 : Juste la fin du monde, Mirage de la vie, Menilmontant, The limits of control, La socièté du spectacle, Les rendez-vous de Paris, Un merveilleux dimanche, The world, Après la tempête, La pyramide humaine

Juste la fin du monde
Mirage de la vie
Menilmontant
The limits of control
Société du spectacle
Les rendez-vous de Paris
Un merveilleux dimanche
The world
première phase : débat de trois quarts d'heures
ici dans la salle coupole

La séance se déroule en deux phases successives après le film projeté à 20 heures : trois quarts d'heures de débat dans la salle puis prolongation, pour ceux qui ne craignent pas de se coucher un peu plus tard, autour d'un pot offert par le Café des images dans le hall du cinéma.

débat
de 22 heures à 23 heures

débat
de 22 heures à 23 heures
Après le débat, le bureau du ciné-club
invite les cinéphiles acharnés à prolonger la dicussion et à faire connaissance...

Ouest-France du Jeudi 12 septembre 2013

 voir la vidéo (3m47)
New York Miami présenté par Jacques Perrotte et Jean-Luc Lacuve au Café des Images le 6/01/2011
Voir la vidéo (3m47)
Retour à la page d'accueil