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Générique sur un ciel sobscurciçcant jusqu'à la
nuit noire. Le matin 'une journée d'automne dans l'Oregon. dans une
allée bordée d'arbre ueun voiture zigzague.
John, jeune homme très blond habillé de blond. Prend
les clés de la voiture conduite par son père manifestement ivre
et s'installe comme conducteur.
Elias, dans le parc du lycée, rencontre un couple de punks qu'il
persuade de poser devant son objectif.
John arrivé au lycée. Il téléphone à son frère pour qu'il vienne chercher leur père trop saoul pour rentrer. Constatant qu'il est arrivé en retard, M. Luce, le convoque dans son bureau.
Sur le stade, des garçons jouent au rugby. Michelle en survêtement regarde le ciel s'assombrir. Nathan, survetemnt rouge et croix lifeguard dans le dos, termine son entraînement de football américain et rejoint sa petite amie dans le bureau du proviseur. Ils sont Nathan et Carrie.
John est lâché par M. Luce. Il laisse les clés au secrétariat. Dans la salle de détente (11h10). Il semble accablé. Une jeune fille entre dans la salle de détente et vient l'embrasser sur la joue. Il s'agit d'Acadia. Elle rejoint son groupe de paroles. Nathan et Carrie sortent du bureau du proviseur. John croise dans le couloir Elias qui le prend en photo et se dirige dans le laboratoire photo. John continue son chemin, joue avec un chien. Il croise les tueurs
Saute temporelle. Eric et Alex. Alex subit les brimades de ses camarades en cours de physique. Il se rend dans la cafétéria et prend des notes.
Retour au présent. Michelle termine son cours de gymnastique où sa professeur l'exhorte sous peine de sanction de se mettre en short lors du prochain cours. Elle passe par le gymnase désert
Elias est dans son laboratoire photo. Michelle évite la douche dans le vestiaire. Alex rentre chez lui. Elias dans le laboratoire de photo avec d'autres étudiants. Il sort du laboratoire, il croise John (répétition 2) et se rend à la bibliothèque. Il y a été devancé par Michelle qui les a doublés lui et John lorsqu'il prenait la photo et qui est maintenant occupée à mettre des livres en rayonnage
Brittany, Jordan, et Nicole, trois copines, se racontent les derniers potins et se plaignent de la curiosité indiscrète de leurs mères. 12h20 Dans la cafétéria. Elles voient John jouer avec le chien et se rendent dans les toilettes
Saute temporelle. Alex chez lui joue du piano. Il est rejoint par Eric qui joue à un jeu vidéo. Dehors le ciel s'assombrit ; Alex et Eric reçoivent les armes et s'essayent au tir.
Michelle est dans la bibliothèque.
Eric et Alex prennent une douche consultent le plan et arrivent au lycée lourdement armés.
John les voit approcher. Les trois filles sont toujours aux toilettes.
Dans la bibliothèque, Michelle et Elias sont les premières victimes. Eric accuse M. Luce de ne pas avoir écouté ses problèmes dit vouloir l'épargner puis l'exécute
Benny aide Acadia à s'enfuir par la fenêtre. John retrouve son père. Benny croise Eric qui l'abat. Eric retrouve Alex dans la cafétéria. Alex l'abat, erre dans les couloirs et entend le bruit fait par Nathan et Carrie. Il les traque dans la chambre froide et chantonne une comptine pendant qu'il les met en joue.
Générique sur le ciel d'orage qui se dégage.
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Le
titre du film est une référence au documentaire Elephant
d'Alan Clarke, série d'exécutions sommaires par des activistes
d'Irlande du Nord. Au départ, Gus van Sant pensait que le titre choisi
par Alan Clarke faisait référence à la vieille parabole
des aveugles et de l'éléphant (voir : détails
plus bas) où personne ne voit la réalité dans sa
globalité. Le thème de cette parabole semblait pour Gus van
Sant, correspondre au contexte des fusillades dans les écoles.
Un film cosmique : l'orage et l'atome
Le déchaînement de violence qui clôt le film s'inscrit pour Gus van Sant dans une dimension cosmique comme en témoignent les génériques de début et de fin : un ciel qui s'obscurcit puis qui se dégage après l'orage. La sieste que font Eric et Alex avant de partir, armés, vers le lycée est précédée de plans de ciel d'orage et, lorsqu'ils arrivent au lycée, le sol est trempé de l'orage qui vient d'éclater.
Seconde métaphore cosmique, celle proposée par Youri Deschamps pour qui le film s'organise comme un atome avec le lycée au centre, les étudiants, électrons proches du noyaux solidaires et Eric et Alex, les deux électrons libres. A l'appui de cette thèse, Youri Deschamps remarque que le cours de physique que suit Alex porte sur ce thème. La métaphore atomique donne aussi une image de la structure du film faite de répétitions et croisements, d'accélérés et de ralentis multiples. Gus van Sant reprend en parti la structure du film d'Alan Clark faite systématiquement de plus ou moins longues errances de chacun des tueurs jusqu'à leur cible, de l'exécution de la victime, de la fuite du tueur, puis du retour sur le cadavre.
Gus van Sant va cependant beaucoup plus loin que son modèle. Il semble promouvoir d'une part la solidarité objective des étudiants avec un montage parallèle de leurs actions : Michelle après le sport évite la douche alors que Elias développe la photo puis au laboratoire avec une amie puis croise John. A l'inverse, les tueurs, Eric et Alex, semblent rejetés dans une bulle hors du temps des autres.
La majeure partie du film se déroule entre 11h00 et 12h30. Une première pendule est visible lors de l'entrée de John dans la salle de repos, elle marque alors 11H10. Une seconde pendule est visible dans la cantine. Les trois filles ont terminé leur déjeuner à 12h20 et elles voient alors John dehors jouer avec le chien où il croisera les tueurs. Elles se rendent aux toilettes se refaire le maquillage. C'est là que Alex viendra les abattre.
Empathie de Gus Van Sant avec Alex. Dans la douche : ça y est, ce coup là on va mourir aujourd'hui. Dire que je n'ai jamais embrassé personne !Ignoble et pur et le jour qui s'achève Les plus belles cibles : les sportifs et toux ces cons là. Tenir toute la journée maintenant mon pote éclate toi un max. Casse-toi direct et ne revient pas, ça va chier à mort.
Des plans-séquences comme une image-cristal
Ici les errances sont de longs plans-séquences qui atteignent la performance. Ce sont d'abord les deux plans séquences pour suivre Nathan d'abord quittant le terrain de sport (3 mn) puis dans les couloirs où il croise Jordan, Nicole et Brittany (2mn40). Ce sont ensuite, point nodal du film, les trois points de vus de la photo de John prise par Elias dans le couloir vers 11h15. C'est d'abord John qui quitte le bureau du proviseur (1mn40). Ce sera ensuite qui Elias sort du laboratoire de photo, croise John au bout de une minute, prend la photo alors que Michelle surgit derrière lui ... et qu'il retrouve dans la bibliothèque (2mn30). Troisième reprise, cette fois du point de vue de Michelle (2mn15). Mais la performance la plus magistrale est le long plan séquence qui suit Jordan, Nicole et Brittany qui se plaignent de ce que leur mère fouille leurs affaires et que l'on retrouve, après un passage dans les cuisines, en train de déjeuner dans la cantine pour finir à 12h20 pour aller dans les toilettes (5mn 50). A ces 2+3+1 plans remarquables s'en ajoutent trois autres : le premier retour de Elias vers son laboratoire (2mn 30), Michelle rentrant par le couloir extérieur avant d'atteindre le gymnase désert (45 s) et les trois tours circulaires dans la chambre des tueurs (3mn).
Ces deux derniers plans-séquences sont aussi des références cinéphiles. Le premier rappelle le dernier plan de Elephant de Clark où deux tueurs conduisent un prisonnier dans un gymnase désert et l'exécutent. Le second fait référence à La chambre, court métrage de Chantal Akerman.
Jean-Marc Lalanne dans les inrockuptibles du 17 avril 2007 rappelle que Gus van Sant a découvert Jeanne Dielman de Chantal Akerman durant ses études d'arts plastiques, peu de temps après sa sortie et le tient comme une des scènes originelles de son cinéma.
"Quand j'étais enfant, j'ai observé ma mère très
longuement dans sa cuisine et voilà qu'une cinéaste vous communiquait
quelque chose à travers cette expérience, vous montrait directement
une expérience, une expérience banale qui vous laisse sans voix."
Et Jean-Marc Lalanne de continuer : "De fait, Elephant peut être envisagé comme un remake et indirect et transposé de Jeanne Dealman. On y retrouve cette répétition des mêmes gestes jusqu'à ce qu'une giclée de violence vienne en perturber l'ordonnance, cet usage de la caméra comme un il mécanisé qui perd parfois les personnages et même La lettre à Elise que Jeanne écoute à la radio le second soir et que joue au piano le jeune tueur de Elephant.
Ce sont donc au total neuf plans séquences s'étageant de 45
secondes à 5mn50 qui viennent ponctuer le film. Chacun d'eux est comme
une suspension du temps, véritable image-cristal selon Gilles Deleuze
où sous les gestes banals tout peut surgir : écroulement, rupture
ou monstruosité.
Ralentis et répétitions
Un bonheur aussi, parfois, éphémère, sorte d'épiphanie du quotidien est évoqué par les trois légers ralentis du film. Ainsi lorsque Michelle levant la tête sur le terrain de sport voit l'orage approcher ; lorsque les trois filles regardent Nathan dans le couloir ; lorsque John joue avec le chien avant qu'il ne croise les tueurs.
Dernier effet, les redoublements d'action, outre l'action de la photo, on
notera aussi la sortie du bureau de l'administration de Nathan et Carrie juste
après la remise des clés par John puis après le groupe
de parole.
J.-L. L. le 13/11/2003
Le titre du film est une référence au documentaire Elephant d'Alan Clarke. Ce film diffusé sur la BBC en 1989 montrait la violence sectaire en Irlande du Nord comme une marche acharnée et anonyme de meurtriers. Au départ, Gus van Sant pensait que le titre choisi par Alan Clarke faisait référence à la vieille parabole des aveugles et de l'éléphant. Dans cette histoire, dont une version apparait dans les canons boudhistes datant de l'an 2 avant Jésus Christ, plusieurs aveugles examinent différentes parties d'un éléphant - une oreille, une patte, la queue, le corps, une défense, etc. Chaque aveugle est convaincu qu'il comprend la vraie nature de l'éléphant grâce à la partie qu'il a touché : l'éléphant représente pour l'un un éventail, pour l'autre un arbre, ou encore une corde, un serpent, ou une lance. Mais aucun d'entre eux ne le voit dans sa globalité. Le thème de cette parabole semblait pour Gus van Sant, correspondre au contexte des fusillades dans les écoles.
Elephant et Bowling for Columbine et L'Ange exterminateur
Produit par la chaîne câblée HBO, le film a été tourné en vingt jours avec de jeunes acteurs de la région de Portland. Inspiré de la même tragédie du lycée Columbine de Littletown (Colorado) que Moore traite dans Bowling for Columbine. Celui-ci accumule les explications possibles de la tuerie de Littletown, principalement la libre circulation des armes à feu qui va de paire avec la paranoïa sécuritaire, mais aussi la pression de la réussite, le goût de la célébrité et l'absence des parents pris par leur travail. Pamphlet politique, il ne donne pas d'explication définitive au geste des deux adolescents. Devant ce trou noir, Moore étend son propos au drame parallèle survenu quelques jours plus tard dans une école de la banlieue de Flint, sa ville natale où une fillette de six ans s'est fait tuer par un camarade de son âge. La force du film tient alors au surinvestissement de Moore lui-même dans son film, à la colère froide qui le porte.
Pareillement, Elephant, incapable de donner une explication définitive - mais qui le pourrait ?- au massacre élargit son propos à la vie personnelle des "modèles" qu'il filme. Les boucles concentriques autour du drame concernent moins la géographie et la politique comme chez Moore que la question adolescente et la question de la représentation
Tout comme dans Bowling for Columbine, des explications du drame sont proposées. Les adultes sont formidablement absents (le père de John alcoolique, la mère d'Eric expéditive, le proviseur, M Luce pris pour tête de turc : "Ils vous descendront si vous les faites chier comme vous avez fait chier moi et Alex", la professeur d'éducation physique répressive, celui de physique laissant Eric se faire humilier par ses camarades qui lui lancent des boules de papier, celui de sociologie animant le débat sur l'homosexualité assez creux) et les armes sont faciles à commander par Internet. En sus de ces deux explications principales, van Sant laisse aussi entendre que les discours idéologiques moulinés au travers des médias modernes favorisent le passage à l'acte, soit par les jeux vidéo soit par la mise à disposition, via la télévision, du discours nazi. Le reportage sur les nazis est toutefois violemment critiqué par Alex qui trouverait crétin de se procurer un drapeau nazi et trouve effrayant l'embrigadement des enfants dans la propagande. Ces mises en suspension du discours et des moyens sans cadrage symbolique par les parents, laisse possible le plus grand crime par ceux qui sont le plus cultivés (Eric et Alex sont les deux seuls que l'on voit lire ou jouer de la musique) mais l'on connaît bien le haut niveau de culture de certains dirigeants nazis. La capacité d'absorption et de recyclage pour le meilleur (la photographie avec Elias) ou pour le pire serait ainsi la première caractéristique de l'adolescence. Les symboles ne renvoient d'ailleurs jamais à une réalité univoque. La croix "Lifegard" de Nathan est évidemment dérisoire, le taureau noir du tee-shirt de John ne traduit pas sa personnalité et la petite figurine du diable, accrochée à la voiture des deux meurtriers, n'en faisait pas l'incarnation du diable qu'ils finissent par évoquer.
Si le recyclage est une valeur positive (avec ses conséquences "bonnes" ou "mauvaises"), c'est le vide qui hante Elephant faisant de ce film un ballet mortuaire.. Ce vide est évidemment symbolisé par ses longs couloirs que van Sant prend le temps de filmer. Le premier de ses longs intermèdes est assez représentatif du choix délibéré de van Sant. John inquiet de l'état de son père laisse les clés pour son frère et est renvoyé en cours par le proviseur ; il traverse le couloir. Une jeune fille vient s'inquiéter de ses larmes et l'embrasser sur la joue. Il aurait été facile à van Sant de jouer sur la corde romanesque d'une famille en remplaçant une autre dans le cur de John. Mais non, de la jeune fille il n'en sera plus question et le père ne réapparaîtra qu'à la fin, toujours aussi hébété. Entre temps, des couloirs et des scènes répétées sous différents axes n'apportant pas d'explications supplémentaires si ce n'est cette impression d'inquiétante étrangeté au sein d'un monde adolescent où tout à l'impression de se répéter tout en étant jamais exactement la même chose.
Après tout, ce mal existentiel, Bunuel ne l'avait-il pas déjà traité dans L'Ange exterminateur sous une forme laissant apparaître bien des points communs avec celle-ci ?
Avec : John Robinson (John), Elias McConnell (Elias), Alex Frost (Alex), Eric Deulen (Eric), Jordan Taylor (Jordan), Kristen Hiks (Michelle). 1h21.
