Les huit salopards

2015

Genre : Western

(The Hateful Eight). Avec : Samuel L. Jackson (Major Marquis Warren), Kurt Russell (John Ruth), Jennifer Jason Leigh (Daisy Domergue), Walton Goggins (Chris Mannix), Demián Bichir (Bob), Tim Roth (Oswaldo Mobray), Michael Madsen (Joe Gage), Bruce Dern (General Sandy Smithers), James Parks (O.B Jackson), Channing Tatum (Jody), Dana Gourrier (Minnie Mink), Zoë Bell (Six-Horse Judy), Gene Jones (Sweet Dave), Keith Jefferson (Charly), Craig Stark (Chester Charles Smithers). 2h48.

Chapter 1: Last Stage to Red Rock.  Wyoming, quelques années après la Guerre de Sécession. Le chasseur de primes John Ruth, dit Le Bourreau, fait route vers Red Rock, où il conduit sa prisonnière Daisy Domergue se faire pendre. Sur leur route, ils rencontrent le Major Marquis Warren, un ancien soldat lui aussi devenu chasseur de primes, encombré de trois cadavres à livrer à la justice. Bon prince, Ruth le laisse monter dans la diligence conduite par O.B Jackson.

Chapter 2: Son of a Gun. Un peu plus loin, c'est Chris Mannix qui demande le secours de la diligence contre le blizzard. Il se présente comme le futur shérif de Red Rock, obligeant ainsi les chasseurs de primes à l'embarquer avec eux pour être payés. Marquis est afro-américain, Mannix a combattu dans les rangs confédérés, la tension monte dans la diligence qui s’arrête enfin chez Minnie, auberge rustique afin de laisser passer le blizzard.

Chapter 3: Minnie's Haberdashery. Là, point de Minnie, mais Bob, un aubergiste intérimaire mexicain et trois passagers d'une autre diligence : Oswaldo Mobray, un Anglais bavard censé être le bourreau qui pendra Domergue ; Joe Gage, un grand cow-boy taiseux qui affirme sans conviction se rendre au chevet de sa mère et Sandy Smithers, un vieux général sudiste. Marquis Warren qui dételle les chevaux avec Bob ne croit guère aux paroles de celui-ci. Dans l'auberge, Chris Mannix est tout heureux de trouvé le vieux général sudiste qui lui dit rechercher son fils parti faire fortune dans ces montagnes, il y a deux ans. John Ruth sait qu'il ne peut faire confiance à personne et compte toutefois sur l'appuie de Marquis Warren pour préserver les primes mutuelles qui les attendent à Red Rock. Au cours du premier repas, Mannix n'a toutefois aucune peine à dévoiler que Marquis Warren n'a pu recevoir une lettre amicale d'Abraham Lincoln. Lors de son évasion, il avait aussi provoqué aussi la mort de 37 soldats nordistes. Marquis Warren en rit puis s'en va provoquer le général sudiste en lui narrant combien il humilia son fils, il y a deux ans, l'obligeant à une fellation avant de le tuer. Le général tente de le tuer mais Marquis Warren l'abat froidement comme il en avait l'intention.
C'est O.B Jackson  et Oswaldo qui transportent le cadavre dehors. Pendant ce temps Bob joue au piano ; Daisy Domergue sourit

Chapter 4 : Domergue got a secret. Si Daisy Domergue sourit, c'est qu'elle a vu quelqu'un mettre du poison dans le café. Tel est son secret. Quand O.B Jackson  rentre, il s'en sert une bonne tasse puis John Ruth s'en sert également une tasse quand Daisy se met à chanter à la guitare. O.B Jackson  crache le sang puis John Ruth. Ils meurent tous deux empoisonnés. Marquis Warren fait alors immédiatement alliance avec Chris Mannix, qui était sur le point de borie son café, afin de savoir qui, des trois salopards qui restent, a bien pu verser le poison. Joe Gage finit par se dénoncer mais c'est Marquis Warren qui est alors abattu avec une balle tirée au travers du plancher. Ses parties génitales sont ensanglantées.

Chapter 5 : The four passengers.  Le matin se sont en effet quatre salopards qui étaient arrivés avec une diligence tirée par Ed et Six-Horse Judy. Celle-ci leur avait fait l'éloge de Minnie et son nonchalant compagnon, Sweet Dave, qui tenaient la taverne, aidés de Charly et Gemma. Les quatre salopards  avaient abattu les deux cochers et les quatre aubergistes. Joe Gage après avoir tué Six-Horse Judy allant chercher Charly, réfugié dans les toilettes extérieures. Seul le général avait échappé au massacre pour contribuer à une atmosphère plus crédible pour l'arrivée de Daisy. Les quatre salopards avaient effet l'intention de la tirer des griffes de John Ruth. Bob devait alors jouer le rôle du tavernier; Oswaldo Mobray celui du bourreau, Joe Gage, un voyageur alors que Jody allait se cacher au sous-sol. Une fois les quatre salopards conduits par John Ruth, ils devaient attendre le moment propice pour libérer Daisy.

Last chapter : Black man, white hell. Mais les choses ne se passèrent pas comme prévu et c'est un tir nourri d'armes à feu  qui suit le tir de Jody sur Marquis Warren depuis le sous-sol. Bien que grièvement blessés, Marquis Warren et Chris Mannix tiennent Judy et sa bande en respect. Bob est tué le premier puis Jody trop sarcastique à sa sortie du sous-sol, puis c'est au tour de Joe Gage. Oswaldo Mobray et Daisy tentent alors de retourner Chris Mannix contre Warren mais leur tentative échoue. Chis à bout s'évanouit. Daisy pense alors prendre le dessus sur Marquis soudain à court de munition. Dans un sursaut, Chris la blesse grièvement. Chris et Warren décident alors de pendre Daisy comme l'aurait souhaité John Ruth. Daisy meurt bientôt, pendue. Chris lit la fausse lettre de Lincoln qu'il a demandé à Warren. Ils regrettent à peine qu'elle ne soit qu'un faux. Sa chaleur est devenue la seule chose humaine dans cette auberge qui n'attend plus, pour achever le carnage, que leur mort prochaine.

Le film débute par un plan à la grue en travelling arrière du christ en croix en gros plan puis perdu dans la neige. C'est une figure ironique des thèmes et motifs du film. Les huit salopards procède bien davantage par rétrécissement que par l'élargissement de l'espace de l'action mais est bien moins désespéré qu'il ne le parait.

Des montagnes du Wyoming au lit des agonisants.

La première partie du film, ses trois premiers chapitres, étonnamment linéaires alternent grands espaces menacés par le blizzard et intérieurs chaleureux de la diligence ou chacun parvient plus ou moins à prouver ce qu'il est : deux chasseurs de primes, une chef de bande et un ancien renégat sudiste devenu shérif. Les plans de chevaux caracolant dans la neige, une femme traitée avec la même violence qu'un homme et les histoires racontées dont la fameuse lettre de Lincoln assurent l'essentiel de la narration. Le deuxième chapitre s'achève par les chevaux à dételer dans la grange où Warren met en doute les paroles de Bob. Le troisième chapitre amorce le huis clôt dans la taverne mais comporte encore une belle scène d'extérieur, celle des cordes reliant la taverne  à la grange... et aux toilettes. On reconnait dans cette scène gratuite narrativement, l'humour un peu puéril de son auteur.

La chevauchée de la diligence et l'ensemble des extérieurs sont portés par le thème menaçant qu’Ennio Morricone. Celui-ci est sorti de sa retraite pour composer pour son admirateur, qui avait par le passé si souvent utilisé ses compositions existantes. Zélateur du support argentique, Tarantino a imposé la projection au  format 2,76 grâce à un tournage en Ultra Panavision 70mm, format qui n’avait plus été employé depuis 1966 et dont l’utilisation a entraîné la nécessaire restauration de plusieurs objectifs anamorphiques. La restitution telle quel de ce format dans une version jouissant de 8 minutes supplémentaires, d’une ouverture musicale et d’un entracte n'est possible, en France, qu'au Gaumont Marignan de Paris.

La seconde partie amorce, au début du quatrième chapitre,  un second flash-back qui reprend les quinze dernières minutes de l'épisode 3 mais vu du point de vue de Daisy. On y reconnaît là la virtuosité attendue de Tarantino d'autant plus que le chapitre s'achève par la surprise du coup de feu tiré depuis le sous-sol. Le quatrième chapitre est un long flash-back sanglant et le cinquième une négociation inaboutie. L'espace de l'action s'y est rétréci à l'espace d'un lit où agonisent Warren et Mannix, non sans avoir pu, rassemblant leurs maigres forces, pendre Daisy et relire la fausse mais belle lettre de Lincoln.

Solidarité de l'action

Le western est le film de la conquête et de l'initiation par excellence auquel Django unchained répondait magnifiquement. Les huit salopards pourrait former le second volet d'un diptyque, inversé : l'espace du film s'y rétrécissant et la violence s'y exacerbant jusqu'au grand guignol, semblant réduire à néant toute transcendance. Mais c'est probablement parce que Tarantino fait semblant, dans son titre, de rassembler dans un unique ensemble les huit salopards que le spectateur ne se révèle pas très attentif aux différences entre eux ; c'est parce qu'ils font couler des flots hémoglobine qu'on les juge un peu trop vite.

Les quatre passagers de la première diligence sont des tueurs animés du seul désir de sauver la sœur de leur chef. Ils n'ont aucune compassion mais non plus aucune cruauté pour ceux qu'ils tuent. La solidarité qu'ils manifestent les uns envers les autres ne se dément jamais. Seule Daisy atteint peut être un niveau de démence meurtrière qui en fait l'unique et magnifique anti-héros du film, la digne successeuse de Django.

En effet, le major Marquis Warren est bien moins triomphant que le héros noir qu'était Django. Il a besoin d'une fausse lettre de Lincoln pour s'attirer le respect des blancs. Et sa vengeance cruelle sur le fils du général est probablement une affabulation destinée à abattre le bourreau de Bâton-rouge qui, en 1862, extermina les prisonniers noirs. 

Une fraternité se trouvera finalement au bout du compte, le noir et le sudiste renégat tirent ensemble la corde pour pendre Daisy et communient dans la chaleur de la fausse lettre de Lincoln. John Ruth doit son surnom au soin qu’il met à livrer les criminels vivants, quand bien même la prime serait versée qu’il soit mort ou vif. C'est le plus droit de tous les salopards : il  exige que ses proies soient jugées avant d’être pendues. Sortant de The Thing (Carpenter, 1982) Ken Russel est l'âme du film, influencé par ailleurs par le western glacial Le Grand Silence (Sergio Corbucci, 1968) ou le paranoïaque Reservoir Dogs de l'auteur.

Jean-Luc Lacuve, le 13/01/2016