Tomboy
2011

Un enfant d'une dizaine d'années conduit une voiture sur les genoux de son père. Ils arrivent dans leur nouvel appartement en banlieue parisienne où ils rejoignent la mère et la plus jeune sœur. La famille est habituée aux déménagements du fait du travail du père. L'installation sera sans doute cette fois plus durable car la mère est enceinte. C'est l'été et la rentrée ne s'annonce que dans quelques semaines.

Les enfants jouent, se chamaillent et la plus jeune finit par s'endormir. Le plus grand sort alors pour rejoindre la bande de garçons qui jouaient au bas de l'immeuble. Lisa, une fille du quartier, l'interroge sur son nom. "Mikaël" répond le nouvel arrivant. Lisa présente MikaŽl à sa bande de copains et le laisse gagner au jeu de l'attrape foulard.

Lors du bain du soir, les deux enfants jouent dans la baignoire. La mère les appelle pour déjeuner, Jeanne la plus jeune et Laure, l'ainée. Celle-ci se couvre d'une serviette, le MikaŽl de l'après midi était donc une fille, séduisante androgyne plus que garçon manqué (Tomboy en anglais).

MikaŽl est bien décidé à profiter de son identité de garçon pour s'intégrer à la bande du quartier. Lisa, qui a vu MikaŽl s'assoir à coté d'elle, impose une nouvelle fois le jeu de la vérité et accepte, en guise de gage, de donner son chewing-gum à mâcher à MikaŽl. Lors du match de foot qui suit, où MikaŽl préfère regarder les autres jouer, elle lui déclare avec émotion le trouver différent des autres garçons.

Le lendemain, Laure joue avec sa sœur, l'accompagnant sur un piano pour enfant pendant qu'elle danse. Il rejoint ensuite la bande pour une partie de foot. Il finit par jouer torse nu, par cracher par terre comme ses camarades et par marquer de nombreux buts sous l'œil admiratif de Lisa. Celle-ci lui a amené à boire et les garçons ne manquent pas de pisser dans l'herbe. MikaŽl n'a d'autre choix que de s'enfuir dans les bois pour uriner en paix. Un des garçons l'a suivi et MikaŽl, en se relevant précipitamment, inonde son pantalon.

Il rentre précipitamment pour le laver. Le soir, MikaŽl redevenu Laure joue aux cartes avec son père qui, lorsqu'il remarque qu'elle suce son pouce, la câline tendrement. La nuit, Laure est réveillée par les gouttes de son pantalon qu'elle a mise à sécher sur un fil.

Laure sert de modèle à sa sœur qui la dessine avec le plus grand sérieux, une patate avec un nez, une bouche et des yeux marron perdus dans les tâches de rousseur. Et Lisa vient sonner à la porte pour chercher MikaŽl qu'elle sait honteux de s'être "pissé dessus". Elle l'invite chez elle, ils dansent. Lisa maquille MikaŽl et le trouve très beau en fille. Elle lui annonce que, demain, la bande a décidé d'aller nager dans le lac tout proche aménagé en aire de baignade. Laure transforme son maillot de fille en slip de bain, s'examine et trouve qu'il manque quelque chose. Elle sort son attirail de pâte à modeler et, devant Jeanne interrogative, se confectionne un petit bâton. Ce sera son sexe de garçon dont elle orne son maillot de bain.

Le lendemain, Laure doit se résigner à abandonner Jeanne pour rejoindre les autres à la baignade. Les garçons jouent au plus fort, à celui qui poussera l'autre hors de la barge. Si MikaŽl perd un premier combat, il gagne le suivant sous les encouragements de Lisa. Elle le conduit ensuite, lui ayant demandé de garder les yeux fermés, dans un lieu secret prés du lac et l'embrasse. MikaŽl lui sourit.

Le lendemain, Lisa vient chercher MikaŽl. C'est Jeanne qui lui ouvre et qui lui explique qu'elle est seule à la maison pour la renvoyer précipitamment. Et lorsque Laure rentre des courses avec sa mère, Jeanne, abasourdie, lui dit qu'elle va révéler la supercherie à leurs parents. Laure l'en empêche en lui promettant de l'amener dorénavant avec elle.

Le jour suivant, les enfants jouent à la bataille d'eau et Jeanne s'intègre parfaitement à la petite bande grâce à l'une des jeunes sœurs de l'un des enfants. Le soir, Laure lui fait promettre de ne rien dire à leurs parents. Jeanne tient le coup mais, devant l'insistance de ses parents, finit par déclarer que, dans la bande, c'est MikaŽl qu'elle préfère. Elle suscite le fou rire des enfants sous l'œil interrogatif des parents.

Le lendemain, les enfants s'amusent encore et lorsque l'un des enfants bouscule Jeanne, MikaŽl la défend en se battant avec lui. Il gagne en, comme il l'explique ensuite à Jeanne, fermant les poings puis les yeux, et en frappant au hasard. La mère de l'enfant corrigé par MikaŽl n'est toutefois pas contente et vient se plaindre à la mère de Laure qui découvre alors que sa fille s'est fait passer pour un garçon. Le conseil de famille qui suit met en accusation Laure qui demande à son père de déménager au plus vite.

Sa mère ne l'entend pas ainsi. Le lendemain, elle exige que Laure s'habille d'une robe pour faire le tour du quartier et révéler sa véritable identité. Ils voient d'abord la famille de l'enfant battu puis celle de Lisa. Laure s'enfuit alors dans les bois. Elle s'assoie au pied d'un arbre et enlève sa robe pour l'accrocher à la branche d'un arbre. Redevenue MikaŽl, elle surprend la conversation de ses amis, incrédules devant cette révélation qui s'est promptement rependue. L'un des enfants l'aperçoit et c'est une chasse qui s'organise. MikaŽl est rattrapé et l'un des garçons demande à Lisa de s'assurer qu'elle est fille en vérifiant son sexe. Meurtrie, les yeux rougis, Laure rentre chez elle.

Le bébé est né. La famille est de nouveau réunie avant la rentrée scolaire du lendemain. Laure, depuis son balcon, regarde dehors Lisa qui est venue l'attendre. Elle descend et quand Lisa, toujours troublée, lui demande son nom, elle lui répond, simplement, Laure.

Tomboy possède le rythme d'un thriller, ou comment une faussaire qui a usurpé une identité de garçon va se débrouiller pour ne pas se faire prendre, en tirer expérience et avantage. Sur cette ligne mélodique finement écrite et toujours vue à hauteur d'enfant, Céline Sciamma construit une série d'harmoniques, plans superbes et émouvants. Ils emportent le film du domaine des verts paradis des amours enfantines vers celui en devenir de l'adolescence. A jouer avec le faux, Laure a fini par découvrir une vérité qui n'aura plus à s'encombrer d'accessoires.

Une fille infiltrée chez les garçons

La découverte d'une main tendue vers les arbres, d'un visage androgyne, concentré et souriant, ainsi commence Tomboy que tous les anglicistes et les lecteurs du synopsis du film savent être une fille. La scène de la baignoire où Laure, appelée ainsi pour la première fois par sa mère, sert ainsi moins de révélation qu'elle met en scène la délicate beauté de Laure, enveloppée dans sa serviette mauve et s'examinant dans la glace. A partir de là, Laure va user d'accessoires, slip de bain, sexe en pâte à modeler, crachats, technique footballistique, acceptation des combats de petits coqs, pour s'infiltrer chez les garçons. Comme on joue aux indiens, aux voleurs, Laure joue au garçon. Comme lorsqu'on joue, on apprend, aussi, des attitudes, des mouvements qui définissent une identité. Parfois, la camera se permet des flous pour exprimer la confusion de Laure-MikaŽl mais bien d'autres plans vont discrètement proposer une lecture de cette aventure d'enfance où les corps n'imposent pas encore leurs exigences.

Sainte famille, conte cruel et réel modifié

Laure va tenter une aventure en dehors du milieu hyper protégé de son enfance. Elle est entourée par l'amour de ses parents comme le dit ce plan de la famille en contre-jour réunie, allongée sur le grand lit où repose la mère. La fonction protectrice des parents reviendra avec la partie de cartes suivie du suçage de pouce ou du câlin, lové en position fœtale comme l'enfant à naitre, avec la mère. Le plan de Laure derrière le papier peint dit l'admiration dont elle l'objet pour sa soeur comme le lent travelling arrière fera ressentir l'abandon de celle-ci lorsqu'elle se retrouve seule à sa table, Laure étant partie jouer. L'amour de Laure pour sa soeur, constant, atteint son point le plus émouvant avec le cœur déssiné au mercurochrome. L'attitude des parents est toute aussi aimante après la révélation du subterfuge. Le travelling arrière avec le père dit que celui-ci s'est retiré du combat en ayant confiance que tout va s'arranger tout seul. La mère affronte le réel, durement d'abord pour sa fille, mais en ayant ensuite des paroles tendres et réconfortantes qui s'avéreront salutaires.

Que devient Laure ? Elle remise son sexe de garçon avec les dents de lait, objets utiles un temps mais rapidement obsolètes. Le long panoramique circulaire de la robe enlevée avec le plan s'élevant ensuite vers le ciel, retournant vers la forêt où la robe est désormais posée à l'abandon sur une banche, et recadrant, in fine, MikaŽl marchand dans la forêt affirme avec lyrisme la résolution qui est prise. Le jeu cruel qui termine les séances de forêt, où Laure et Lise se regardent dans les yeux, les oblige aussi à amorcer un attouchement sexuel qui n'est pas de leur âge. In fine, ce n'est pas parce qu'elle renonce au prénom de MikaŽl que Laure oublie ce qui s'est passé en elle. C'est même probablement le contraire. Laure n'a plus besoin du prénom de MikaŽl pour séduire Lisa. La musique du générique, qui reprend celle de la chanson sur laquelle ont dansé les deux filles, confirme ce hors champ heureux d'une relation à venir.

Jean-Luc Lacuve le 24/04/2011.

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Avec : Zoť Hťran (Laure / MikaŽl), Malonn Levana (Jeanne), Jeanne Disson (Lisa), Sophie Cattani (la mŤre), Mathieu Demy (le pŤre), Yohan Ventre (Vince), Noah Ventre (Noah). 1h24
Genre : Drame de l'enfance