Et pour quelques dollars de plus
1965

Après avoir encaissé la somme offerte pour la mort d'un homme dont la tête était mise à prix, le colonel Douglas Mortimer, un chasseur de primes, arrive à El Paso. Il y retrouve un autre chasseur de primes, L'"Étranger" et les deux hommes décident de travailler ensemble. Leur objectif commun est Indio, un tueur fou, échappé d`un pénitencier et qui sème la terreur autour de lui avec l'aide d`une bande d'aventuriers. Il semble qu'Indio et ses hommes se préparent à attaquer la banque d'El Paso. Le colonel Mortimer suggère à L'"Étranger" d'aider à s'évader de prison le meilleur ami d'Indio ce qui lui permettra de s'introduire dans la bande. Mais Indio et ses hommes sont plus rapides que les deux chasseurs de primes et ils attaquent la banque. L'"Étranger" conseille à Indio de partir vers le sud, sachant que le colonel Mortimer est persuadé que les bandits partiront vers le nord...

Prévoyant avec raison une trahison de son allié provisoire, le colonel ne se laisse pas prendre au piège et c'est lui qui tuera Indio. Il révèle alors que son unique motif était de venger sa sœur assassinée par Indio et il laisse à L'"Étranger" le soin de réclamer la prime offerte pour la mort du tueur.

Leone cherche quelque chose de plus solide que la parodie et le sadisme. Goût quasi archéologique pour les armes d'époque, hobby très répendu en Italie. Il faut ajouter le soin dans le choix des lieux et des costumes. Mais surtout, Leone définit mieux les personnages que dans le film précédent.

Cette fois il y a deux héros. Clint Eastwood a son métier, il est chasseur de primes. On retrouve aussi chez Anthony Mann des chasseurs de primes (L'âppat, Du sang dans le désert) mais ils avaient honte de ce qu'ils faisaient. Par contre, chez Leone, le Manchot n'a aucun scrupule à se faire payer, et c'est justement le côté vénal du personnage qui plaira au public nottament le happy-end où il transporte les cadavres des hors la loi pour toucher les primes.

L'autre héros est interprété par un obscur acteur américain, spécialisé dans les rôles de composition, Lee Van Cleef (Le train sifflera trois fois, L'homme qui tua Liberty Valance..) dont Leone a fait une vedette en lui inventant un rôle qui convenait à son profil. Il joue ici le colonel Mortimer, genre "Bible et pistolet", qui cache derrière son self-control de belliqueux projets de vengeance.

Le vilain, le plus fantaisiste des trois est un mexicain cyclothymique attiré par l'autodestruction interprété par Gian Maria Volonté.

La morale des westerns américains était souvent fondée sur un compromis entre le libre-arbitre et la prédestination : les amis-ennemis sont libres de choisir entre le bien et le mal, de céder ou pas aux tentations disséminées le long de leur chemin, même s'il est facile de comprendre dès le début ce qu'ils feront. Leone choisit un manicheisme plus élémentaire, ses héros ont des visages semblables à des masques. Il suffit de voir ce qu'ils fument pour deviner leur caractère. La pipe du colonel signe un tempérament obstiné et réfléchi, le cigare commencé du Manchot lui donne un air insolent et la cigarette de marijuana explique le regard halluciné de l'Indio.

Une des nouveautés de ce film est l'exaltation sans complexe de la vengeance, selon le goût latin pour le mélodrame. Tout l'épisode de la vengeance est entouré d'une atmosphère vaguement gothique ; dans le flash-back, il y a des images de viol virées en rose, et un gros plan de la femme qui s'est suicidée qui fait penser à Edgar Poe. De plus l'épisode est décrit au moyen de flash-back espacés, comme dans le mélodrame psychanalytique (Marnie). Sa valeur traumatique est soulignée par le fait que l'Indio prend un étrange plaisir à s'en souvenir, en écoutant la musique d'un carillon, incorporé dans une montre dont Mortimer possède un exemplaire identique. C'est là, l'annonce du style opéra des films suivants.

C'est dans les duels que se manfeste le goût léonien du cérémonial. Alors que Hawks, Ford ou Mann s'efforcent de doser la fréquence des fusillades et cherchent à en justifier la présence dans le récit, Leone paraît surtout interessé à en varier chaque fois le rituel. Il y a :

S'agissant de rituels, on peut les apprécier à la fois comme des drames et comme des parodies. Cette ambiguïté a suffi à faire reconnaître Leone comme un héritier des grands peintres maniéristes, capables de reprendre des sujets traditionnels avec un regard moderne et désenchanté.

Genre : Western
(Per qualche dollaro in più) Avec : Clint Eastwood (le manchot), Lee van Cleef (colonel Douglas Mortimer), Gian Maria Volonte (El Indio), Rosemarie Dexter (la soeur du colonel), Klaus Kinski (Wild, le bossu). 2h10.