Si le hasard tient une place importante dans la thématique de Kieslowski, il n'a aucune place dans sa mise en scène. Les films de Kieslowski sont toujours impeccablement construits, avec un goût pour les suites, les échos et les passerelles entre les films. Le sens qui les parcourt de bout en bout relève des mathématiques, du pessimisme et, malgré une certaine tendresse envers ses personnages, de beaucoup de froideur.
L'homme y apparaît comme le jouet d'un destin, d'une conscience morale qu'il ne perçoit pas obligatoirement. Il occupe une humble place dans le monde. L'homme serait fou de croire pouvoir maîtriser son destin, rien n'est jamais sur, le hasard est toujours là. Dans Le hasard, au troisième épisode, l'homme équilibré (ni le dignitaire, ni le contestataire) voit son avion exploser en vol. Dans le premier épisode du décalogue, un homme décide, à l'aide d'ordinateurs sophistiqués, que son petit garçon peut, sans danger, aller patiner sur le lac gelé. Pourtant contre toute logique, contre toute raison, la glace se rompt, l'enfant meurt.
La mort, qui n'est rien d'autre que l'apogée du hasard, parcourt l'oeuvre de Kieslowski. Elle est présente dans Sans fin, La double vie de Véronique ou"Bleu. Quant au meurtre, ce hasard provoqué, il est bien sûr au coeur de Tu ne tueras point, cette rencontre imprévue, aveugle entre un chauffeur de taxi et l'homme qui va le tuer. Comme mourir est insoutenable le meurtre le sera aussi. Le jeune homme pleure sur sa victime mais s'acharne. Tout comme s'acharneront plus tard, mais sans pleurer, ceux qui le condamneront à mort. Comme si la réponse à un meurtre pouvait en être un autre.
Kieslowski fut formé, comme déminents condisciples, Andrzej Wajda ou Roman Polanski, à lÉcole de Cinéma de Lodz. Les documentaires de ses débuts témoignaient avec une grande liberté de ton sur les mécanismes sociaux de la Pologne au moment de la chute du communisme.
Alors quil simposait enfin dans son pays et au plan international, grâce à une collaboration privilégiée avec la France, Krzysztof Kieslowski, né le 27 juin 1941 à Varsovie, avait surpris en décidant de se retirer du cinéma début 1994. Il est mort le 13 mars 1996 à Varsovie, après une opération du cur, au terme dune carrière bien remplie, au moment où il préparait, pour son producteur français Marin Karmitz, une nouvelle trilogie, Le paradis, Le purgatoire et Lenfer, écrite avec son complice et ami, Krzysztof Piesiewicz, ex-avocat devenu scénariste.
Il avait reçu de nombreuses distinctions : grands prix à Moscou
et Gdansk pour Lamateur en 1976, Prix du jury et de la critique
internationale pour Tu ne tueras point à
Cannes en 1988, Prix dinterprétation féminine à
Cannes en 1991 pour Irène Jacob, révélation de La
double vie de Véronique, Lion dor à Venise pour Bleu
en 1992, Ours dargent à Berlin pour Blanc
en 1994.
Bibliographie :
Filmographie :
| 1975 | Le personnel |
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(Personel) Un jeune homme de dix-sept ans vient travailler dans l'atelier de costumes de l'Opéra. Alors qu'il rêve de héros magnifiques, ses idéaux artistiques et humains se trouvent confrontés à une réalité plus sordide, faite de rivalités et de coup bas. Ce monde qu'il imaginait si merveileux n'existe pas. Les gens chatent et dansent comme s'ils expédiaient n'importe quel travail routinier. Tout n'est que disputes, marchandages, hurlements et ambitions. A la suite d'un conflit, il doit dénoncer l'un de ses collégues sur ordre de la direction |
| 1976 | La cicatrice |
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(Blizna). Avec : Franciszek Pieczka (Stefan Bednarz), Mariusz Dmochowski , Jerzy Stuhr (l'assistant de Bednarz), Jan Skotnicki , Stanislaw Igar (Le religieux). 1h52. Bednarz se voit confier la direction de l'implantation d'un complexe chimique dans une petite ville de Pologne. Fort, décidé et honnête, Bednarz, malgré ses réticences à retourner dans la ville qu'il avait habitée autrefois, se lance dans cette entreprise avec pour objectif de cosntruire non seulement l'usine, mais un site où les gens vivront avec bonheur. Rien ne se passe comme il l'avait prévu. Il démissionne, confronté à des pressions des habitants de la ville et des politiques |
| 1979 | L'amateur |
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(Amator). Avec : Jerzy Stuhr (Filip Mosz), Malgorzata Zabkowska (Irka Mosz), Ewa Pokas (Anna Wlodarczyk), Stefan Czyzewski (le réalisateur), Jerzy Nowak (Osuch). 1h52. Filip est employé d'une fabrique dans une petite ville. Ses collègues lui offrent une caméra super-8 pour la naissance de son fils. Il se découvre une passion envahissante qui va le pousser à filmer tout ce qu'il voit. Il filme ainsi son usine et gagne un prix à un concours amateur de Lodz. Sa passion tourne à l'obsession, ce qui provoque l'incompréhension de son entourage et de sa femme. |
| 1982 | Petite journée de travail |
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(Krotki Dzien Pracy) |
| 1984 | Sans fin |
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(Bez Konca). Avec : Grazyna Szapolowska (Urszula Zyro), Maria Pakulnis (Joanna Stach), Aleksander Bardini (Mieczyslaw Labrador, l'avocat), Jerzy Radziwilowicz (Antek Zyro), Artur Barcis (Darek Stach). 1h49. Le fantôme d'un jeune avocat observe le monde des vivants et la réalité telle qu'elle est après l'entrée en vigueur de la loi martiale : son ancien client dorénavant défendu par un avocat qui a préféré ne pas se compromettre, sa veuve qui prend conscience de l'amour qu'elle lui portait et essaie de survivre à son absence. |
| 1986 | Le hasard |
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(Przypadek). Avec : Boguslaw Linda (Witek), Tadeusz Lomnicki (1. Werner), Zbigniew Zapasiewicz (1. Adam). 2h02. Witek Dlugosz est un jeune homme de 24 ans. Il cherche sa voie bien que celle-ci soit en partie imposée par le poids des traditions familiales et la volonté de son père. Il entreprend des études de médecine sans véritable conviction. À la mort de son père, il interrompt ses études, peut-être pour les reprendre par la suite, mais plus certainement pour connaître dans limmédiat le hasard dune autre vie. Il se rend à la gare. Il ignore que son destin dépend peut-être de ce train après lequel il court |
| 1988 | Tu ne tueras
point |
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(Krotki Film o Zabijaniu). Avec : Miroslaw Baka (Jacek), Krzysztof Globisz (Piotr), Jan Tesarz (un chauffeur de taxi). 1h24. Dans un grand ensemble de Varsovie, un chauffeur de taxi, venu tôt le matin chercher dans la cave un seau pour laver sa voiture, découvre le cadavre d'un chat noir, mort pendu. Il lave méticuleusement sa voiture. Jacek, un jeune garçon, âgé peut-être d'une vingtaine d'années, le visage fermé, rôde dans la ville... |
| 1988 | Brève
histoire d'amour |
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(Krotki Film o Milosci), Avec : Grazyna Szapolowska (Magda), Olaf Lubaszenko (Tomek), Stefania Iwinska (la logeuse de Tomek), Piotr Machalica (Roman), Artur Barcis (le jeune homme). 1h27. Tomek jeune garçon timide, est très occupé le jour, par l'étude des langues rares et un travail à la Poste. La nuit aussi : il habite un grand ensemble un peu triste, chez la mère de son meilleur ami, parti comme "Casque Bleu" en Syrie. Après le dîner, il n'a qu'une hâte : quitter sa logeuse, toujours prête à s'intéresser un peu trop à ce fils de substitution, et s'enfermer dans sa chambre, devant la fenêtre, pour regarder intensément, avec des jumelles, Magda, la belle jeune femme qui habite en face... |
| 1989 | Le décalogue
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(Dekalog). Henryk Baranowski (Krzysztof), Wojciech Klata (Pawel), Maja Komorowska (Irena).5 x57 minutes environ. 10 épisodes basé chacun sur l'un des 10 commandements qu'ils mettent en scène : Un seul Dieu tu adoreras. Tu ne commettras point de parjure. Tu respecteras le jour du Seigneur. Tu honoreras ton père et ta mère. Tu ne tueras point. Tu ne seras pas luxurieux. Tu ne voleras pas. Tu ne mentiras pas. Tu ne convoiteras pas la femme d'autrui. Tu ne convoiteras pas les biens d'autrui. |
| 1991 | La double vie de Véronique |
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Avec : Irène Jacob (Véronique / Weronika), Halina Gryglaszewska (La tante), Kalina Jedrusik (La femme bariolée) . 1h28. En Pologne, à Cracovie, Weronika, une jeune fille d'aujourd'hui, douée pour le chant, souffre (elle a le coeur fragile), étudie, aime comme tout être de son âge, sans doute, mais avec, en plus, la curieuse impression de ne pas être seule, d'avoir, loin d'ici, un double et d'en ressentir les mystérieux appels.... |
| 1993 | Trois couleurs
: bleu |
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Avec : Juliette Binoche (Julie), Benoît Régent (Olivier), Florence Pernel (Sandrine), Charlotte Véry (Lucille). 1h40. Une route de campagne, un accident de voiture. Julie survit, mais a perdu ceux quelle aime, sa fillette et son mari Patrice, célèbre compositeur. Elle songe au suicide, se ravise et, après sêtre donnée à lassocié de Patrice, Olivier, qui laimait secrètement, elle décide de tout abandonner et de refaire sa vie, seule, à Paris... |
| 1993 | Trois couleurs
: blanc |
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Avec : Zbigniew Zamachowski (Karol), Julie Delpy (Dominique), Janusz Gajos (Mikolaj), Jerzy Stuhr (Jurek). 1h31. Au Palais de Justice de Paris, Karol, coiffeur vedette polonais, époux de Dominique, française et elle aussi coiffeuse, avoue au juge quil est impuissant depuis quil vit à lOuest. Le divorce est prononcé. Comble dhumiliation, Dominique jette Karol à la rue, sans un sou. Dans le métro, où il joue du peigne musical, il est abordé par un compatriote, Mikolaj, aventurier désabusé. Ils décident de rentrer en Pologne, Mikolaj en avion et Karol caché dans sa malle... |
| 1994 | Trois couleurs : rouge
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Avec : Irène Jacob (Valentine), Jean-Louis Trintignant (le juge), Frédérique Feder (Karin), Jean-Pierre Lorit (Auguste), Samuel Le Bihan (Le photographe). 1h36. Genève, deux étudiants, Valentine, qui est aussi mannequin, et Auguste, futur magistrat, sont voisins et se croisent sans se connaître. Un soir, Valentine blesse avec sa voiture une chienne dont elle retrouve le propriétaire, un juge retraité habitant en banlieue.. |
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(1941-1996)
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| 13 films | ||
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