Un jour avec, un jour sans

2015

(Ji-geum-eun-mat-go-geu-ddae-neun-teul-li-da). Avec : Jeong Jae-yeong (Ham Cheon-soo), Kim Min-Hee (Yoon Hee-jeong), Ko Ah-Sung ( Yeom Bo-ra). 2h01.

Titre du film et générique. Ham Cheonsoo visite un palais de la ville de Suwon où il remarque une jolie jeune femme. Il se rend ensuite à son hôtel et voit de la fenêtre de sa chambre la jeune et jolie Bora qui assure la logistique de son déplacement. Il est réalisateur et rencontrera le lendemain les spectateurs de son film. Bora lui dit toute son admiration et sollicite un poste d'assistante sur son prochain film. Cheonsoo ne lui répond pas sur cela mais lui propose une partie de luge sur la patinoire voisine. Alors que Bora voulait l'inviter à diner, il retourne au palais où il rencontre à nouveau la jolie jeune femme rencontrée plus tôt, Yoon Heejeong, venue déjeuner. Il se présente et Heejeong reconnait immédiatement en lui le célèbre réalisateur de films d'art et d'essai. Il lui dit être arrivé un jour trop tôt dans la ville où il a été invité à parler de ses films. Il a profite de cette journée d’attente pour visiter le palais. Yoon Heejeong, est désœuvrée même si elle tente de s'astreindre à pratiquer la peinture chaque jour.

Cheonsoo invite Heejeong à prendre un café où elle lui parle se son ancien métier de mannequin et de sa volonté de travailler dorénavant à quelque chose qui a du sens pour elle. Charmé, Cheonsoo l'accompagne dans son atelier et la complimente sur sa façon de peindre : elle ne sait pas où elle va quand elle commence à peindre. Cela l'oblige à prendre des risques, à découvrir en chemin ce que l'on n'avait pas prévu. Il faut un grand courage et une grande sensibilité pour y arriver mais il remarque combien elle est douée déjà.

Heejeong accepte ensuite de diner avec lui dans un bar à sushis où Cheonsoo boit trois bouteilles de soju. Ivre malgré ses dénégations, il dit la désirer et être amoureux d'elle. Gênée Heejeong le repousse gentiment et Cheonsoo part fumer une cigarette. Cheonsoo le rejoint bientôt pour lui annoncer qu'elle doit se rendre à une soirée organisée dans son café par une amie. Tous deux s'y rendent et elle tourne bientôt au cauchemar pour Cheonsoo. L'amie de Heejeong, qui connait bien son cinéma lui fait remarquer que ce qu'il adit à propos de la peinture de Heejeong n'est que la répétition de ce qu'il dit toujours à propos de ses films. Elle ajoute qu'il est bien connu qu'il accumule les conquêtes féminines et qu'il est marié. C'en est trop pour Heejeong qui part s'allonger dans la pièce voisine. Quand Cheonsoo revient vers elle, elle le repousse et rentre seule chez elle où sa mère l'accueille en lui faisant des reproches sur sa conduite.

Le lendemain, l'amie de Heejeong arrive en retard à la rencontre de Cheonsoo avec les spectateurs de ses films. Cheonsoo y débite son discours habituel sur la nécessité de ne pas savoir au départ où l'on va. Il s'irrite vite d'une question de l'animateur et quitte la salle. Quand l'amie le rejoint pour lui offrir l'un de ses livres, il dit sa rage d'avoir été interviewé par un critique aussi inculte. Bora l'enlace mais il repousse acceptant tout juste qu'elle vienne le voir lorsqu'il sera de retour à Séoul.

Titre du film. Ham Cheonsoo visite un palais de la ville de Suwon où il remarque une jolie jeune femme. Il se rend ensuite à son hôtel et retourne au palais où il rencontre à nouveau la jolie jeune femme rencontrée plus tôt, Yoon Heejeong, venue déjeuner. Il se présente et Heejeong reconnait immédiatement en lui le célèbre réalisateur de films d'art et d'essai. Il lui dit être arrivé un jour trop tôt dans la ville où il a été invité à parler de ses films. Il a profite de cette journée d’attente pour visiter le palais. Heejeong, est désœuvrée même si elle tente de s'astreindre à pratiquer la peinture chaque jour.

Cheonsoo invite Heejeong à prendre un café où elle lui parle se sa difficulté passée à se sortir de son addiction à l'alcool et la cigarette. Charmé, Cheonsoo l'interroge sur sa famille. Il l'accompagne dans son atelier mais se montre réticent sur sa peinture. Il perçoit d'abord une volonté de l'artiste de se réconforter ce qui donne un coté trop timoré à sa peinture qui aurait besoin d'être plus novatrice. Heejeong se montre d'abord fâchée de sa réaction puis l'accompagne sur son balcon où il fume une cigarette et lui indique la maison en haut de la colline où elle habite avec sa mère. Une grande statue de Bouddha surplombe cette maison ce qui, après l'avoir irritée, la réconforte désormais. Cheonsoo trouve adorable cette confidence.

Heejeong accepte ensuite de diner avec Cheonsoo dans un bar à sushis. Cheonsoo est dehors à fumer lorsqu'il trouve quelque chose par terre. Lorsqu'il rentre, trois bouteilles de soju sont près de lui mais il ne semble pas ivre. Il avoue à Heejeong être amoureux d'elle et vouloir l'épouser même s'il ne le peut pas. Il est en effet marié et père de deux enfants. Néanmoins il lui offre la bague qu'il a précédemment trouvée par terre. Heejeong émue, le remercie alors que Cheonsoo part fumer une nouvelle cigarette. Cheonsoo le rejoint bientôt pour lui annoncer qu'elle doit se rendre à une soirée organisée dans son café par une amie. Tous deux s'y rendent. Lorsque la soirée est bien entamée et Heejeong partie se reposer dans la pièce voisine, Cheonsoo qui s'ennuie fait semblant d'être ivre mort et va même jusqu'à se déshabiller complètement devant ses hôtesses, scandalisées. Quand Cheonsoo revient vers Heejeong dans la pièce voisine, elle accepte qu'il la raccompagne chez elle. Sur le chemin, Heejeong reçoit un appel de sa mère l'informant de l'attitude odieuse de Cheonsoo. Heejeong s'en amuse trouvant très drôle et normal que Cheonsoo se soit ennuyé sans elle. Arrivée chez elle, elle l'embrasse et lui demande de l'attendre pour continuer de discuter. Dès que sa mère sera rassurée, elle reviendra. Cheonsoo attend dans le froid.

Le lendemain, alors que la rencontre avec les spectateurs est terminée, Bora et le critique-animateur remercient chaleureusement Cheonsoo de ses réponses brillantes et réfléchies. Alors que la neige commence à tomber, Cheonsoo voit venir vers lui Heejeong venue assister à la projection de son prochain film. Elle s'excuse de n'avoir pu ressortir la veille. Cheonsoo lui affirme être parti tôt à cause du froid, la salue, et rejoint les critiques pour leur dire au revoir. Il revient ensuite saluer Heejeong dans la salle qui se dit heureuse de leur rencontre et promet de voir désormais tous ses films. Quand elle sort de la salle, un beau manteau neigeux a recouvert la ville.

Le titre du film promet déjà un diptyque. Hong Sang-soo l'offre crânement à son spectateur en découpant ses deux fois une heure de film par un retour du titre en son milieu et en reprenant, dans sa seconde partie, les mêmes principales étapes de la rencontre sans lendemain entre le cinéaste Cheonsoo et la jeune peintre Heejeong. Ces deux versions d'une rencontre sont pourtant très différentes. Certes Hong Sang-soo resserre l'intrigue sur le couple dans la seconde partie mais ce sont les procédés formels, multiples et jamais appuyés, qui magnifient de lyrisme et d'innocence cette rencontre qui avait été seulement banale et ratée dans sa première version.

Une seconde intrigue resserrée sur le couple

Les deux parties du film sont rythmées par les mêmes principales étapes : la double rencontre au temple, l'invitation au café, la discussion dans l'atelier, la soirée dans le bar à sushis puis dans le café de l'amie, le retour de Heejeong chez elle et, le lendemain, la rencontre avec le public.

Néanmoins, la première partie compte quelques épisodes qui n'apparaissent pas dans la seconde : la conversation avec Bora au pied de l'hôtel et leur jeu avec la luge sur la patinoire, l'interrogation sur l'achat du café par Heejeong, le retour de l'amie le lendemain qui offre un livre. Les épisodes qui remplacent ces rencontres périphériques au couple principal sont, en revanche, centrés sur lui : la discussion sur le balcon de l'atelier, le retour vers la maison dans le froid et le double adieu dans la rue et dans salle de cinéma le lendemain.

En plus de ce resserrement sur l'intrigue principale, Cheonsoo est beaucoup plus sympathique : il arrive à ne pas être saoul et se montre sincère et courtois avec Heejeong. Néanmoins, dès la séquence dans le café, ses questions sont aussi plus personnelles, centrées sur les difficultés d'Heejeong pour arrêter de boire et de fumer et de la séparation de ses parents. Dans l'atelier, il a ensuite le courage de, non pas flatter pour séduire, mais de dire ce qu'il pense. En contrepartie, il n'aura plus le pénible moment d'être mis à nu par les amies de Heejeong qui le dépouillent de ses mensonges. C'est lui qui se mettra à nu pour une réjouissante séquence burlesque.

Un jeu des différences multiple et peu appuyé

Les différences formelles parfois très visibles (détail amusant du pinceau trempé dans la peinture orange dans la première partie puis dans la peinture verte dans la seconde.) n'ont pourtant rien de systématique et jouent sur plusieurs registres. Il n'est pas ici question de jouer du "ou bien", "ou bien" du Smoking/ No smoking de Resnais qui s'appuyait souvent sur des objets en gros plans. Hong Sang-soo, fidèle à son habitude, refuse les plans courts, les champs-contrechamps et aligne une séries de plans-séquences captant de longues conversations. Seuls de rares zooms-arrière ou avant et quelques panoramiques viennent changer, élargir ou resserrer parfois le cadre. C'est ainsi un zoom-arrière qui indique que Heejeong est vue par Cheonsoo dans la première partie alors qu'un discret panoramique accompagne Heejeong dans le champ de vision de Cheonsoo dans la seconde. Les rencontres dans le temple ou dans l'atelier sont aussi filmées sous deux angles différents.

La première partie est rythmée par la voix of de Cheonsoo qui commente sa présence dans le palais, sa peur de tomber sous le charme de la jeune et jolie Bora, son dépit de voir s'arrêter une soirée jusque là parfaite pour lui. La voix off disparait de la seconde partie qui est rythmée par la musique du titre dont le thème, très reconnaissable, intervient ensuite deux fois.

Le jeu avec les ellipses permet aussi d'éviter les répétitions. Ainsi de l'absence de Heejeong en fin de soirée chez ses amies ou de la rencontre avec les spectateurs absente de la seconde partie. Dans les deux cas, le fil de l'intrigue est repris plus en aval. C'est la conséquence seule qui importe : une séquence burlesque ou un jeu de questions-réponses ressenti comme satisfaisant. La seconde partie vient en contrepartie parfois expliquer ce qui avait pu paraitre mystérieux dans la première. Elle comble ainsi l'interrogation sur le plan du bouddha qui clôturait la première partie, indiquant que la maison en haut de la colline est placée sous sa protection. Il est aussi confirmé que Heejeong vit avec sa mère.

En faisant l'éloge de l'épure amoureuse tout en déployant une vaste gamme de moyens formels sans esprit de système, Hong Sang-soo, attentif aux infimes variations du sentiment, rend joyeuse cette simple histoire d'amour platonique sans lendemain.

Jean-Luc Lacuve le 18/02/2016.