The lost city of Z

2016

Genre : Biopic

Avec : Charlie Hunnam (Percival Fawcett), Robert Pattinson Robert Pattinson (Henry Costin), Sienna Miller (Nina Fawcett), Tom Holland (Jack Fawcett), Angus Macfadyen (James Murray), Franco Nero (Baron de Gondoriz), Ian McDiarmid (Sir Georges Goldie), Clive Francis (Sir John Scott Keltie), Edward Ashley (Arthur Manley),. 2h21.

1906. Percy Fawcett est un major de l'armée britannique instructeur dans une garnison en Irlande. Lors de la chasse à courre organisée pour le gouverneur, c'est lui qui abat le cerf après une remarquable chevauchée et un non moins remarquable tir. Néanmoins lors de la réception donnée par le gouverneur, il n'est pas invité à sa table. Il a suffit à celui-ci d'apprendre qu'il a le tord de n'avoir pas eu des aïeuls irréprochables. Heureusement Fawcett trouve réconfort auprès de Nina, son épouse aimée et aimante.

Percy est bientôt convoque par la Société de Géographie de Londres (SGL) afin d'établir une cartographie des frontières entre le Brésil et la Bolivie. Les deux pays se disputent la culture du caoutchouc dans la région car les limites territoriales n'y ont pas encore été établies avec certitude. Leurs gouvernements ont décidé de faire appel à un Britannique afin d'assurer une neutralité. Fawcett attendait une mission plus risquée qui lui aurait enfin permis de décocher une médaille. Mais le président la SGL lui assure qu'il gagnera ainsi la médaille militaire qui lui a toujours été refusée. Mieux même, ce qui bloque sa carrière sera aussi pardonné : son père alcoolique et joueur invétéré... que Percy ne connu jamais. Sa femme accepte de voir partir son mari loin de leur enfant, Jack, tout en regrettant aussi qu'il ne puisse assister à la naissance de leur second enfant.

Sur le bateau qui le conduit au Brésil, Percy fait la connaissance d'Henry Costin, son aide de camp avec lequel il sympathise immédiatement. Ils savent tous les deux la dimension prométhéenne de leur exploration de la jungle. Fawcett descend le fleuve Amazone et atteint le dernier poste britannique. Plus bas sur le fleuve, ils tombent sur un opéra. C'est le Baron de Gondoriz qui l'a fait venir. Il est le roi du caoutchouc dans cette ville. Il traite les indiens comme des esclaves mais accepte de l'aider en lui en prêtant quelques uns. Le radeau descend le fleuve. Des sauvages attaquent et comme l'équipage se jette à l'eau pour échapper aux flèches, ils sont attaqués par des piranhas. Ensuite, ils sont sur le point de mourir de faim mais arrivent enfin à la source du fleuve. En tuant un phacochère, Fawcett découvre des poteries anciennes.

De retour à Londres, Percy est accueilli en héros. Seul son jeune fils se montre un peu froid. Percy réussit convaincre la SGL de le laisser repartir découvrir sa mystérieuse cité Z, la pièce du puzzle qui donnerait une image de la civilisation mondiale. James Murray, un riche explorateur de la SGL qui a déjà accompagné une expédition polaire, est le seul à ne pas se montrer sceptique au sujet de cette cité Z. Cette fois, sa femme veut l'accompagner. Après tout, c'est elle qui a découvert un manuscrit à la bibliothèque nationale daté de 1753 qui a convaincu la SGL. Mais Percy refuse de prendre ce risque.

L'expédition de 1911 commence mal avec James Murray, trop gros, dont la condition physique insuffisante retarde l'expédition. Sa couardise lors de la traversée d'un rapide fait perdre le tiers de la nourriture. Lors d'une attaque des Indiens, Fawcett se comporte héroïquement. Il s'avance au milieu des flèches pour solliciter l'amitié des Indiens. Ceux-ci la lui accordent. Murray, qui là non plus ne s'est pas montré à son avantage, exige de partir lorsqu'il s'aperçoit que la tribu est cannibale. Fawcett gagne l'amitié des indiens et découvre une agriculture assez avancée. Mais Murray s'est blessé en se saoulant. Sa cuisse s'est infectée et ils doivent le laisser partir vers un camp de mineurs avec des provisions et leur dernier cheval. Haineux, Murray a couvert de paraffine leurs réserves de nourriture et l'expédition doit se résoudre à revenir en Angleterre après cet échec alors que le but semblait proche.

Nina est heureuse de revoir son mari mais Jack en veut à son père de les avoir abandonnés d'autant plus qu'il dit repartir bientôt pour combattre les allemands. A la SGL, Murray exige des excuses publiques si bien que Fawcett démissionne de l'institution scientifique. Il part au combat où il se comporte héroïquement. On ne lui donne que le grade de lieutenant-colonel mais il se réconcilie avec son fils.

Fawcett, gazé, met longtemps à retrouver la vue entouré de l'amour des siens. Son fils est pris de la même passion que lui et l'encourage à entreprendre une troisième expédition. En 1925, financés par des journaux, la fondation Rockefeller et, in extremis, la SGL, Percy et Jack Fawcett prennent le chemin de l'Amazonie soutenus par des millions de lecteurs, avides de leurs exploits.

Après avoir retrouvé des Indiens amis, ils tombent néanmoins face à des Indiens sauvages, leur échappent mais pour se retrouver face à d'autres guerriers indiens. Ceux-ci leur font boire un liquide anesthésiant et peut-être mortel lors d'une cérémonie tribale nocturne.

Des années plus tard, Nina vient demander au président de la SGL de poursuivre les recherches. Elle lui donne la boussole ramenée par un Brésilien dans laquelle le président reconnait le signe que lui avait promis Fawcett s'il découvrait Z. Nina s'éloigne, perdue dans son imaginaire, celui de la jungle de laquelle elle espère le retour de son mari et de son fils.

Un carton informe que l'on n'a jamais retrouvé Fawcett et que des traces de civilisation avancée ont été trouvées là où l'explorateur avait localisé Z.

Pour ce biopic, adapté de l'ouvrage de David Grann consacré aux aventures de l’explorateur Percival Harrison Fawcett, Gray ne semble pas avoir choisi d'angle. Il commence par le sentiment de déclassement du héros, bascule vers l'étouffement de la condition féminine avec Nina à laquelle Percy refuse le droit de l'accompagner lors de la seconde expédition. Puis vient le différend avec Murray, sa couardise et sa vengeance. La perte de contact avec ses enfants ou sa femme, entretenue jusqu'à la moitié du film, bascule lors de la blessure de 1916.

L'ensemble est néanmoins tenu par l'acceptation de la défaite, même lorsque l'on a tout essayé pour vaincre. Contrairement au fou qu'était Aguirre (Werner Herzog, 1972) Percy Fawcett sait attendre ou renoncer lorsque les conditions sont contraires, même si c'est pour mieux revenir. La beauté du film tient peut-être à l'assurance tranquille d'un homme raisonnable à la poursuite d'un but déraisonnable, à sa façon de se heurter aux idées préconçues pour aller jusqu'au bout de la défaite.

Plastiquement, le film démarre aussi superbement que Voyage au bout de l'enfer (Michael Cimino, 1978) avec le cerf cette fois abattu pour obtenir la médaille convoitée qui ne viendra pas. Mais cet héroïsme ne convient pas à la thématique de la demi-teinte chère à Gray. Le plus réussi consiste dans les instants de séparation. La première fois, c'est dans les hautes herbes avec Jack enfant. La dernière séparation est exaltée avec un travelling en fondu-enchainés mêlant le mouvement du train au lit de Nina laissée sur place perdue dans ses rêves de son fils et de son mari partis en exploration.

Si bien que restent surtout de la jungle de belles images illustratives avec la musique dynamique de Ravel,  la suite n°2, Le Lever du jour, de  Daphnée et Chloé. Planante, parfois menaçante aussi, la musique de Christopher Spelman accompagne les moments de tension dans l'exploration ou ceux de repos en Angleterre. L'approche des conditions de vie des Indiens reste superficielle. Seules les photographies en noir et blanc insérées donnent une impression de réel. Le reste restant du domaine du vraisemblable, pas désagréable mais insipide.

Jean-Luc Lacuve le 19/03/2017