1973
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Emmi
est une veuve d’une soixantaine d’années. Pour s’abriter de la pluie, elle
entre, attirée par un air de musique arabe, dans un café où se réunissent
des travailleurs immigrés. Par défi, Barbara, l’une des filles du bar, propose
à Ali, un jeune Marocain, d’inviter à danser la vieille femme. Il accepte.
Ali et Emmi se parlent, dansent ensemble. Ali la raccompagne chez elle. Ils
échangent leur solitude. Ali s’installe chez Emmi.
Bientôt, ils veulent se marier. Mais les voisins d’Emmi, qui jasaient déjà, ne l’admettent pas. Ses trois enfants, mariés, renient leur mère… Ses amies, comme elle femmes de ménage, l’écartent de leurs conversations, la méprisent. L’épicier refuse de servir Ali et interdit à Emmi de mettre les pieds dans sa boutique.
À leur retour de voyage de noces, Emmi et Ali observent un changement d’attitude à leur égard. Changement lié à de sombres calculs de la part des enfants, des voisins, des collègues et de l’épicier. Tous profitent d’Emmi et de son bon cœur. Ali se pose des questions. Il part et s’installe chez Barbara. Ils font l’amour. Un soir, Emmi vient le rechercher. Ali s’approche d’elle, l’invite à danser, comme lors de leur première rencontre. Soudain, il s’effondre. Hospitalisé d’urgence, le diagnostic révèle un ulcère gastrique, probablement lié au stress. Dans l’une des chambres de l’hôpital, Ali semble dormir paisiblement sur un lit. Emmi est assise à ses côtés…
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Le
film met en scène l'impossible échange entre argent et sentiment
que Stéphane Bouquet repère frequemment dans le cinéma
de Fassbinder (Cahiers du cinéma n°600 avril 2005).
Un personnage de Fassbinder se trouve souvent en position de vendre ou offrir quelque chose qu'il détient (son corps ou son travail) contre quelque chose qui n'a pas de valeur marchande mais une intense valeur affective et sentimentale. Mais chez Fassbinder les sentiments ne s'échangent pas et le vendeur qui espérait s'enrichir humainement s'est juste bêtement appauvri sans rien gagner en échange.
Ali comprend soudain que si la société allemande alentour l'accepte et accepte son mariage avec Emmi c'est parce qu'il peut rendre (gratuitement, ça va sans dire) des services. Il peut par exemple bricoler ou par exemple baiser.
Il comprend qu'il doit cloisonner le monde du commerce et celui des sentiments, que les faire communiquer est un leurre tragique. Pour être sur de ne pas se faire avoir une fois de plus, il dépense tout son argent et renoue avec son ancienne amie une tenancière de bar. Mais trop tard, si Ali a su raison garder, il n'a pas su corps garder. Ce corps est devenu irrécupérable et moribond, gangrené de l'intérieur (ulcère).
