né en 1960
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1 - Mise en scène

Desplechin se reconnaît lui-même comme un héritier de la nouvelle vague. On retrouve dans ses films un équilibre entre le documentaire et la dramaturgie. Une attention aux gestes du quotidien comme une passion pour un imaginaire emplis de citations cinématographiques et culturelles. Comme Truffaut ou Hitchcock, Desplechin propose sous une trame narrative heurtée qui absorbe l'attention consciente du spectateur une seconde lecture cachée, psychanalytique où revient tout un passé qu'il faut réarranger pour transformer ce qui pourrait n'être qu'un règlement de compte en une œuvre d'art.

Au cours du déroulement de ses films, l'esprit du spectateur est sollicité par deux modes de perception différents et complémentaires. Tandis que notre attention est mobilisée par le réseau complexe d'un récit qui, à force d'ellipses, de rebondissements et d'énigmes narratives, retient toute notre énergie, une lecture inconsciente est suscitée par une série de rimes, répétitions, retours, parallélismes qui provoquent le plaisir et l'émotion.

La nouveauté de Desplechin est de travailler moins les rapports parents-enfants ou les rapports de couple que ceux de la relation fraternelle ou confraternelle (entre gens du même monde qui se heurtent pour se connaître).

On reprendra la thèse de David Vasse exprimée dans son tout récent livre Le nouvel âge du cinéma d'auteur français (Klincksieck, 2008) , qui discerne dans le cinéma des années 90 et 2000 l'omniprésence du thème de la reconstruction centré autour de groupes, de générations avec ses règlements de comptes et l'importance accordée au réalisme des corps et le genre documentaire.

Ce thème de la reconstruction, après la chute du mur de Berlin et, partant, des idéologies s'oppose au cinéma des années quatre-vingt, marqué par le néo, le look, le clip et la publicité et incarné avec plus ou moins de bonheur par le trio Besson, Beneix, Carax. A cette idéologie du visuel répond un souci de filmer sa génération, d'interroger un autre qui appartient à la même communauté et donc avec qui l'échange soit possible pour interroger la perception du réel, sa remise en cause et dégager un avenir.

On sera ainsi toujours attentif dans ses films à tout ce qui revient : les morts, les haines (les pères trahis, les mères sans amours, les femmes mal chosies), le ressentiment devant un monde qui pourrait être autre si les juifs y avaient une plus grande part, les films anciens, les films de Desplechin lui-même. Ces retours bousculent la trame narrative tout autant que les sentiments jusqu'alors solidement établis.

 

2- Biographie

Un moyen métrage, La Vie des morts, lui valut tout de suite, en 1991, l'éloge passionné de la critique et une image de jeune prodige. En fait, Arnaud Desplechin avait déjà intégré l'Idhec (devenu la Femis) dix ans auparavant et affichait une grande maîtrise du cinéma et de sa théorie. De ce premier film, où quatre familles réunies attendent la mort d'un jeune suicidé, il affirmait qu'il s'agissait d'un western. Un peu comme l'année d'après, il qualifia de film d'espionnage La Sentinelle, récit initiatique, estudiantin et méandreux autour d'une tête de mort façon Jivaro, entre un laboratoire de médecine légale et les coulisses de l'ENA.

" J'ai déjà fait un film pour dire du mal de ma famille (la Vie des morts), j'ai déjà fait un film pour dire du mal de mon pays (La Sentinelle), maintenant, j'aimerais bien faire un film pour dire du mal de mes fiancées", déclarait Desplechin aux Inrockuptibles en 1996 à propos de la genèse Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle). Avec son seul vrai succès public à ce jour, Desplechin devient le symbole du "jeune cinéma français", leader supposé d'un bande de cinéastes amis (Noémie Lvovsky, Pascale Ferran, Eric Rochant...) et d'une troupe d'acteurs (Emmanuelle Devos, Marianne Denicourt, Jeanne Balibar, Mathieu Amalric, Emmanuel Salinger...). Impressionnant, le film fait un sort au genre florissant de l'époque, ce "cinéma de chambre de bonne" peuplé de trentenaires parisiens et lettrés, accumulant ruptures sentimentales et crises existentielles.

Comme son maître François Truffaut avait tourné outre-Manche Fahrenheit 451, Arnaud Desplechin a lui aussi "fait [son] film anglais", Esther Kahn, adapté d'une nouvelle de Symons, subtile réflexion costumée sur le théâtre et le statut d'actrice , mais mal aimé à Cannes en 2000, et peu vu en salles. Le théâtre est de nouveau au coeur de son adaptation d'Edward Bond, Léo en jouant "Dans la compagnie des hommes". film quasi-expérimental qui intègre au récit les répétitions des comédiens tournées en vidéo. La même année, il retrouve deux de ses acteurs-fétiches Emmanuelle Devos et Mathieu Amalric pour le virtuose Rois et reine, oeuvre tragi-comique présentée à Venise et lauréate du Prix Louis-Delluc.

Thème de prédilection du cinéaste, la famille, ses secrets et ses névroses, est au coeur de son tout premier documentaire (L'Aimée, 2007), et de son film suivant Un conte de Noël, nouveau film-fleuve à la distribution étincelante , présenté en 2008 au Festival de Cannes.

 

3 - Filmographie :

 

1991 La vie des morts

Avec : avec : Thibault de Montalembert (Christian MacGillis), Roch Leibovici (Yvan), Marianne Denicourt (Pascale). 0h54

A la suite de la tentative de suicide de Patrick, un des cousins de Christan, la famille se réunit en province. Tandis que Patrick lutte contre le coma, la famille et les invités s'installent. Les langues se délient, la complicité s'établit, mais la tristesse demeure...

   
1992 La sentinelle

Avec : Emmanuel Salinger (Mathias Barillet), Emmannuelle Devos (Claude), Thibault de Montalembert (Jean-Jacques). 2h19.

Mathias, fils de diplomates français en poste outre-Rhin, revient en France pour suivre des études de médecine légale. Dans le train où il retrouve Jean-Jacques, un ami, il est agressé sans raisons apparentes par Bleicher, de la Police des Frontières. Il découvre ensuite dans sa valise une tête humaine momifiée...

   
1997 Comment je me suis disputé - ma vie sexuelle

Avec : Mathieu Amalric (Paul Dédalus), Emannuelle Devos (Esther), Marianne Denicourt (Sylvia) Jeanne Balibar (Valérie). 2h58.

Paul Dédalus, presque trente ans, végète comme assistant de philosophie à la faculté de Nanterre. Il n'arrive ni à terminer sa thèse, ni à quitter Esther, qui partage sa vie depuis dix ans mais qu'il n'aime plus...

   
2000 Esther Kahn

Avec : Summer Phoenix (Esther Kahn), Ian Holm (Nathan Quellen), Fabrice Desplechin (Philippe Haygard). 2h30.

L'East End à Londres, à la fin du xixe siècle. Esther vit avec ses frères et sœurs dans une modeste famille de couturiers juifs. Elle est timide, se tait quand tous bavardent le soir, après le repas. Lorsqu'elle assiste à une représentation théâtrale, c'est le choc.

   
2003 En jouant dans la compagnie des hommes

Avec : Sami Bouajila (Léonard), Jean-Paul Roussillon (Henri Jurrieu), László Szabó (Claude Doniol), Anna Mouglalis (Ophélie). 1h58.

C'est l'histoire d'un cinéaste qui souhaite adapter la pièce d'Edward Bond, "Dans la compagnie des hommes ". Il convoque les acteurs pour des essais et des répétitions qu'il filme en vidéo.

   
2004 Rois et reine

Avec : Emmanuelle Devos (Nora Cotterelle), Mathieu Amalric (Ismaël Vuillard), Maurice Garrel (Louis Jennsens). 2h30.

Deux histoires disjointes : d'une part le couronnement de Nora Cotterelle, qui s'apprête à se marier, et d'autre part la déchéance d'Ismaël Vuillard, interné par erreur dans un asile psychiatrique et sur le point d'en sortir en piètre état. Ces deux intrigues se rejoignent quand Nora propose à Ismaël l'adoption de son fils Elias

   
2007 L'aimée

1h05.

Arnaud Desplechin filme son père alors que celui-ci vient de vendre la grande maison familiale. Le déménagement est l'occasion d'ouvrir des tiroirs, de regarder de vieilles photos et de lire des correspondances. C'est l'occasion pour ce père de parler de sa propre mère, Thérèse, morte quand il avait 18 mois. De cette mère dont il ne garde aucun souvenir et qu'il a pourtant l'air de connaître si bien.

   
2008 Un conte de Noël

Avec : Catherine Deneuve (Junon, la femme d’Abel), Jean-Paul Roussillon (Abel), Anne Consigny (Elizabeth, l’aînée), Mathieu Amalric (Henri, le cadet), Melvil Poupaud (Ivan, le benjamin). 2h23.

Junon apprend qu’elle est atteinte d’une leucémie qu’aucune chimiothérapie ne pourrait guérir. Il lui faut maintenant trouver un donneur de moelle potentiel parmi les membres de sa famille. Enfants et petits-enfants se mettent chacun à effectuer les tests.