La société du spectacle

1974

Dans le détournement des films préexistants, il a été fait usage des œuvres de  john ford, rio grande; nicholas ray, johnny guitar; josef von sternberg, shangaï gesture; raoul walsh, la charge fantastique; orson welles, arkadin, sam wood, pour qui sonne le glas... ainsi que celles d'un certain nombre de cinéastes bureaucratiques des pays dits socialistes.

Puisque chaque sentiment particulier, n'est que la vie partielle, et non la vie toute entière, la vie brûle de se répandre à travers la diversité des sentiments et ainsi de se retrouver dans cette somme de la diversité. Dans l'amour, le séparé existe encore, mais non plus comme séparé, comme réuni et le vivant rencontre le vivant.

Ce film est dédié à Alice Becker Ho (Fille d'Anisset Becker, marin lorrain et déserteur de l'armée allemande, engagé plus tard dans la légion étrangère puis banquier en Chine, et d'une mère chinoise, Alice Becker-Ho arrive en France en 1947. En 1963, sympathisante de Socialisme ou barbarie, elle rencontre par le biais de ce groupe Guy Debord, alors marié avec Michèle Bernstein ; Alice et Guy s'installent rapidement ensemble et se marient le 2 août 1972)

I. La notion de spectacle (I- La séparation achevée)

- 1- (Plan de conquête spatiale) Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de spectacles. (Danse primitive par une jeune femme noire dénudée).Tout ce qui était directement vécu s'est éloigné dans une représentation. 

- 2- Les images qui se sont détachées de chaque aspect de la vie fusionnent dans un cours commun, où l'unité de cette vie ne peut plus être rétablie. La réalité considérée partiellement se déploie dans sa propre unité générale en tant que pseudo-monde à part, objet de la seule contemplation. (Métro en gare/ différence entre réalité et caméra de vidéo surveillance) La spécialisation des images du monde se retrouve, accomplie, dans le monde de l'image autonomisé, où le mensonger s'est menti à lui même. (caméras de surveillance du trafic urbain) Le spectacle en général, comme inversion concrète de la vie, est le mouvement autonome du non-vivant. 

- 3- (meurtre en direct de Lee Harvey Oswald) Le spectacle se représente à la fois comme la société même, comme une partie de la société, et comme instrument d'unification. En tant que partie de la société, il est expressément le secteur qui concentre tout regard et toute conscience. (Valéry Giscard d'Estaing et JJSS). Du fait même que ce secteur est séparé, il est le lieu du regard abusé et de la fausse conscience; et l'unification qu'il accomplit n'est rien d'autre qu'un langage officiel de la séparation généralisée. 

- 4- (George Séguy a négocié sous l'oeil méfiant des ouvriers réunis dans une immense assemblée). Le spectacle n'est pas un ensemble d'images, mais un rapport social entre des personnes, médiatisé par des images. 

- 6P - (des mannequins se font photographier essayant des robes chez Courrèges). Le spectacle, compris dans sa totalité, est à la fois le résultat et le projet du mode de production existant. Il n'est pas un supplément au monde réel, sa décoration surajoutée. Il est le coeur de l'irréalisme de la société réelle. Sous toutes ses formes particulières, information ou propagande, publicité ou consommation directe de divertissements, le spectacle constitue le modèle présent de la vie socialement dominante. Il est l'affirmation omniprésente du choix déjà fait dans la production, et sa consommation corollaire...


- 7P- (Des ouvriers dans une usine automobile) La séparation fait elle-même partie de l'unité du monde, de la praxis sociale globale qui s'est scindée en réalité et en image. La pratique sociale, devant laquelle se pose le spectacle autonome, est aussi la totalité réelle qui contient le spectacle. (grand magasin) Mais la scission dans cette totalité la mutile au point de faire apparaître le spectacle comme son but.

- 9-(Jeune femme en maillot de bain dans la mer) Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux. 

- 10P - ... Considéré selon ses propres termes, le spectacle est l'affirmation de l'apparence et l'affirmation de toute vie humaine, c'est-à-dire sociale, comme simple apparence. Mais la critique qui atteint la vérité du spectacle le découvre comme la négation visible de la vie; comme une négation de la vie qui est devenue visible. 

- 12- (navires de guerre, Fidel Castro à la télévision) Le spectacle se présente comme une énorme positivité indiscutable et inaccessible. Il ne dit rien de plus que «ce qui apparaît est bon, ce qui est bon apparaît». L'attitude qu'il exige par principe est cette acceptation passive qu'il a déjà en fait obtenue par sa manière d'apparaître sans réplique, par son monopole de l'apparence. 

- 16- (missiles sur avions) Le spectacle soumet les hommes vivants dans la mesure où l'économie les a totalement soumis. Il n'est rien que l'économie se développant pour elle-même. Il est le reflet fidèle de la production des choses, et l'objectivation infidèle des producteurs. 

- 18 P -(terrain bombardé au Vietnam) Là où le monde réel se change en simples images, les simples images deviennent des êtres réels, et les motivations efficientes d'un comportement hypnotique...


- 21-(bombardements sur l'eau au Vietnam) A mesure que la nécessité se trouve socialement rêvée, le rêve devient nécessaire. Le spectacle est le mauvais rêve de la société moderne enchaînée, qui n'exprime finalement que son désir de dormir. Le spectacle est le gardien de ce sommeil. 


- 22-(sur la lune) Le fait que la puissance pratique de la société moderne s'est détachée d'elle-même, et s'est édifié un empire indépendant dans le spectacle, ne peut s'expliquer que par cet autre fait que cette pratique puissante continuait à manquer de cohésion, et était demeurée en contradiction avec elle-même. 


- 23- (la bourse) C'est la plus vieille spécialisation sociale, la spécialisation du pouvoir, qui est à la racine du spectacle. Le spectacle est ainsi une activité spécialisée qui parle pour l'ensemble des autres. C'est la représentation diplomatique de la société hiérarchique devant elle-même, où toute autre parole est bannie. Le plus moderne y est aussi le plus archaïque. 

- 24 P-(CRS chargeant en France, aux USA) ... La scission généralisée du spectacle est inséparable de l'Etat moderne, c'est-à-dire de la forme générale de la scission dans la société, produit de la division du travail social et organe de la domination de classe. 

- 29 P- (Spectacle érotique)... Dans le spectacle, une partie du monde se représente devant le monde, et lui est supérieure. Le spectacle n'est que le langage commun de cette séparation. Ce qui relie les spectateurs n'est qu'un rapport irréversible au centre même qui maintient leur isolement. (Image publicitaire d'un jeune couple hédoniste devant la télévision)Le spectacle réunit le séparé, mais il le réunit en tant que séparé. 

- 31P- (Construction d'immeuble à la Defense) Le travailleur ne se produit pas lui-même, il produit une puissance indépendante. Le succès de cette production, son abondance, revient vers le producteur comme abondance de la dépossession. Tout le temps et l'espace de son monde lui deviennent étrangers avec l'accumulation de ses produits aliénés. .. Les forces même qui nous ont échappé se montrent à nous dans toute leur puissance.
 
- 33- L'homme séparé de son produit, de plus en plus puissamment produit lui-même tous les détails de son monde, et ainsi se trouve de plus en plus séparé de son monde. D'autant plus sa vie est maintenant son produit, d'autant plus il est séparé se sa vie. 

- 34- (Terre vue de la lune) Le spectacle est le capital à un tel degré d'accumulation qu'il devient image.

13'15".On pourrait reconnaitre encore quelque valeur cinématographique à ce film si le rythme se maintenait; il ne se maintiendra pas"13'30"

II (VIII. La négation et la consommation dans la culture)
La charge fantastique
Raoul Walsh (1941)
Les marins de Cronstadt
Efim Dzigan (1936)

- 204 -(Raoul Walsh, la charge fantastique et Efim Dzigan, Les marins de Cronstadt) La théorie critique doit se communiquer dans son propre langage. C'est le langage de la contradiction, qui doit être dialectique dans sa forme comme il l'est dans son contenu. Il est critique de la totalité et critique historique. Il n'est pas un «degré zéro de l'écriture» mais son renversement. Il n'est pas une négation du style, mais le style de la négation. 

- 205 -Dans son style même, l'exposé de la théorie dialectique est un scandale, et une abomination selon les règles du langage dominant, et pour le goût qu'elles ont éduqué, parce que dans l'emploi positif des concepts existants, il inclut du même coup l'intelligence de leur fluidité retrouvée, de leur destruction nécessaire. 

- 206 P-Ce style qui contient sa propre critique doit exprimer la domination de la critique présente sur tout son passé. Par lui le mode d'exposition de la théorie dialectique témoigne de l'esprit négatif qui est en elle. «La vérité n'est pas comme le produit dans lequel on ne trouve plus de trace de l'outil». (Hegel). Cette conscience théorique du mouvement, dans laquelle la trace même du mouvement doit être présente, se manifeste par le renversement des relations établies entre les concepts et par le détournement de toutes les acquisitions de la critique antérieure...

- 207 -Les idées s'améliorent. Le sens des mots y participe. Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l'idée juste. 

- 208 P -... Le détournement est le langage fluide de l'anti-idéologie. Il apparaît dans la communication qui sait qu'elle ne peut prétendre détenir aucune garantie en elle-même et définitivement. Il est, au point le plus haut, le langage qu'aucune référence ancienne et supra-critique ne peut confirmer. C'est au contraire sa propre cohérence, en lui-même et avec les faits praticables, qui peut confirmer l'ancien noyau de vérité qu'il ramène. Le détournement n'a fondé sa cause sur rien d'extérieur à sa propre vérité comme critique présente. 

- 209 -Ce qui, dans la formulation théorique, se présente ouvertement comme détourné, en démentant toute autonomie durable de la sphère du théorique exprimé, en y faisant intervenir par cette violence l'action qui dérange et emporte tout ordre existant, rappelle que cette existence du théorique n'est rien en elle-même, et n'a à se connaître qu'avec l'action historique, et la correction historique qui est sa véritable fidélité. 

16'30 ."Ce que le spectacle a pris de la réalité il faut le lui reprendre. Les expropriateurs spectaculaires doivent à leur tour être expropriés. Le monde est déjà filmé. Il s'agit maintenant de le transformer"


- 187 P-... (Embarquement de la reine de Saba du Lorrain) Il s'agit de posséder effectivement la communauté du dialogue et le jeu avec le temps qui ont été représentés par l'oeuvre poético-artistique. 

- 188 -(Photos de stars) Quand l'art devenu indépendant représente son monde avec des couleurs éclatantes, un moment de la vie a vieilli, et il ne se laisse pas rajeunir avec des couleurs éclatantes. Il se laisse seulement évoquer dans le souvenir. La grandeur de l'art ne commence à paraître qu'à la retombée de la vie.

Extrait de johnny guitar . Citation de August von Cieszkowski

- 195 -(Programme commun, Georges Marchais, François Mitterrand Robert Fabre) La pensée de l'organisation sociale de l'apparence est elle-même obscurcie par la sous-communication généralisée qu'elle défend. Elle ne sait pas que le conflit est à l'origine de toutes choses de son monde. Les spécialistes du pouvoir du spectacle, pouvoir absolu à l'intérieur de son système du langage sans réponse, sont corrompus absolument par leur expérience du mépris confirmé par la connaissance de l'homme méprisable qu'est réellement le spectateur. 

III. La marchandise

II La marchandise comme spectacle

-35 -(photos de femmes dénudées) A ce mouvement essentiel du spectacle, qui consiste à reprendre en lui tout ce qui existait dans l'activité humaine à l'état fluide, pour le posséder à l'état coagulé, en tant que choses qui sont devenues la valeur exclusive par leur formulation en négatif de la valeur vécue, (Pompidou au salon de l'auto) nous reconnaissons notre vieille ennemie qui sait si bien paraître au premier coup d'oeil quelque chose de trivial et se comprenant de soi-même, alors qu'elle est au contraire si complexe et si pleine de subtilités métaphysiques, la marchandise.

-36 - (jeunes femmes en maillots de bain) C'est le principe du fétichisme de la marchandise, la domination de la société par «des choses suprasensibles bien que sensibles», qui s'accomplit absolument dans le spectacle, où le mode sensible se trouve remplacé par une sélection d'images qui existe au-dessus de lui, et qui en même temps s'est fait reconnaître comme le sensible par excellence. 

-41 - (raffinerie, grande ville, déchets) La domination de la marchandise s'est d'abord exercée d'une manière occulte sur l'économie, qui elle-même, en tant que base matérielle de la vie sociale, restait inaperçue et incomprise, comme le familier qui n'est pas pour autant connu. Dans une société où la marchandise concrète reste rare ou minoritaire, c'est la domination apparente de l'argent qui se présente comme l'émissaire muni des pleins pouvoirs qui parle au nom d'une puissance inconnue. Avec la révolution industrielle, la division manufacturière du travail et de la production massive pour le marché mondial, la marchandise apparaît effectivement, comme une puissance qui vient réellement occuper la vie sociale. C'est alors que se constitue l'économie politique, comme science dominante et comme science de la domination. 

-44 - (répression policière USA, Emeutes de Watts de 1965) Le spectacle est une guerre de l'opium permanente pour faire accepter l'identification des biens aux marchandises; et de la satisfaction à la survie augmentant selon ses propres lois. Mais si la survie consommable est quelque chose qui doit augmenter toujours, c'est parce qu'elle ne cesse de contenir la privation. S'il n'y a aucun au-delà de la survie augmentée, aucun point où elle pourrait cesser sa croissance, c'est parce qu'elle n'est pas elle-même au delà de la privation, mais qu'elle est la privation devenue plus riche.

-46 - La valeur d'échange n'a pu se former qu'en tant qu'agent de la valeur d'usage, mais sa victoire par ses propres armes a créé les conditions de sa domination autonome. Mobilisant tout usage humain et saisissant le monopole de sa satisfaction, elle a fini par diriger l'usage. Le processus de l'échange s'est identifié à tout usage possible, et l'a réduit à sa merci. La valeur d'échange est le condottiere de la valeur d'usage, qui finit par mener la guerre pour son propre compte. 

-48 - La valeur d'usage qui était implicitement comprise dans la valeur d'échange doit être maintenant explicitement proclamée, dans la réalité inversée du spectacle, justement parce que sa réalité effective est rongée par l'économie marchande surdéveloppée: et qu'une pseudo-justification devient nécessaire à la fausse vie. 

-50 - (CRS) Le résultat concentré du travail social, au moment de l'abondance économique, devient apparent et soumet toute réalité à l'apparence, qui est maintenant son produit. Le capital n'est plus le centre invisible qui dirige le mode de production: son accumulation l'étale jusqu'à la périphérie sous formes d'objets sensibles. Toute l'étendue de la société est son portrait. 

 III. Unité et division dans l'apparence

-54 - (CRS etudiants en 68) Le spectacle, comme la société moderne, est à la fois uni et divisé. Comme elle, il édifie son unité sur le déchirement. Mais la contradiction, quand elle émerge dans le spectacle, est à son tour contredite par un renversement de son sens; de sorte que la division montrée est unitaire, alors que l'unité montrée est divisée.

- 55 -C'est la lutte de pouvoirs qui se sont constitués pour la gestion du même système socio-économique, qui se déploie comme la contradiction officielle appartenant en fait à l'unité réelle; ceci à l'échelle mondiale aussi bien qu'à l'intérieur de chaque nation. 

- 56 P- (Nixon et Mao) Les fausses luttes spectaculaires des formes rivales du pouvoir séparé sont en même temps réelles, en ce qu'elles traduisent le développement inégal et conflictuel du système, les intérêts relativement contradictoires des classes ou des subdivisions de classes qui reconnaissent le système, et définissent leur propre participation dans son pouvoir... Ces diverses oppositions peuvent se donner, dans le spectacle, selon les critères tout différents, comme des formes de société absolument distinctes. Mais selon leur réalité effective de secteurs particuliers, la vérité de leur particularité réside dans le système universel qui les contient: dans le mouvement unique qui a fait de la planète son champ, le capitalisme. 

- 59 - (Guerre du Vietnam, sous-marin nucleaire français béni, trafic routier, foule en délire devant Johnny Hallyday) Le mouvement de banalisation qui, sous les diversions chatoyantes du spectacle, domine mondialement la société moderne, la domine aussi sur chacun des points où la consommation développée des marchandises a multiplié en apparence les rôles et les objets à choisir. Les survivances de la religion et de la famille - laquelle reste la forme principale de l'héritage du pouvoir de classe -, et donc de la répression morale qu'elles assurent, peuvent se combiner comme une même chose avec l'affirmation redondante de la jouissance de ce monde, ce monde n'étant justement produit qu'en tant que pseudo-jouissance qui garde en elle la répression. A l'acceptation béate de ce qui existe peut aussi se joindre comme une même chose la révolte purement spectaculaire: ceci traduit ce simple fait que l'insatisfaction elle-même est devenue une marchandise dès que l'abondance économique s'est trouvée capable d'étendre sa production jusqu'au traitement d'une telle matière première.

- 60 - (Les Beatles, Mitchell, Monroe) En concentrant en elle l'image d'un rôle possible, la vedette, la représentation spectaculaire de l'homme vivant, concentre donc cette banalité. La condition vedette est la spécialisation de vécu apparent, l'objet de l'identification à la vie apparente sans profondeur, qui doit compenser l'émiettement des spécialisations productives effectivement vécues. Les vedettes existent pour figurer des types variés de styles de vie et de styles de compréhension de la société, libres de s'exercer globalement. Elles incarnent le résultat inaccessible du travail social, en mimant des sous-produits de ce travail qui sont magiquement transférés au-dessus de lui comme son but: le pouvoir et les vacances, la décision et la consommation qui sont au commencement et à la fin d'un processus indiscuté. Là, c'est le pouvoir gouvernemental qui se personnalise en pseudo-vedette; ici c'est la vedette de la consommation qui se fait plébisciter en tant que pseudo-pouvoir sur le vécu. Mais, de même que ces activités de la vedette ne sont pas réellement globales, elles ne sont pas variées.

- 63 - (charnier au Vietnam). C'est l'unité de la misère qui se cache sous les oppositions spectaculaires. Si des formes diverses de la même aliénation se combattent sous les masques du choix total, c'est parce qu'elles sont toutes édifiées sur les contradictions réelles refoulées. Selon les nécessités du stade particulier de la misère qu'il dément et maintient, le spectacle existe sous une forme concentrée ou sous une forme diffuse. Dans les deux cas, il n'est qu'une image d'unification heureuse environnée de désolation et d'épouvante, au centre-tranquille du malheur. 

- 64 P -(Hitler Nuremberg, Brejnev 1er mai, Char d'assaut) Le spectaculaire concentré appartient essentiellement au capitalisme bureaucratique, encore qu'il puisse être importé comme technique du pouvoir étatique sur des économies mixtes plus arriérées, ou dans certains moments de crise de capitalisme avancé. La propriété bureaucratique en effet est elle même concentrée en ce sens que le bureaucrate individuel n'a de rapports avec la possession de l'économie globale que par l'intermédiaire de la communauté bureaucratique, qu'en tant que membre de cette communauté. En outre la production des marchandises, moins développée, se présente aussi sous forme concentrée: la marchandise que la bureaucratie détient, c'est le travail social total, et ce qu'elle revend à la société, c'est sa survie en bloc. La dictature de l'économie bureaucratique ne peut laisser aux masses exploitées aucune marge notable de choix, puisqu'elle a dû tout choisir par elle-même, et que tout autre choix extérieur, qu'il concerne l'alimentation ou la musique, est donc déjà le choix de sa destruction complète....

- 65 -(voitures, diable et femmes en cage, métro en gare) Le spectaculaire diffus accompagne l'abondance des marchandises, le développement non perturbé du capitalisme moderne. Ici chaque marchandise prise à part est justifiée au nom de la grandeur de la production de la totalité des objets, dont le spectacle est un catalogue apologétique. Des affirmations inconciliables se poussent sur la scène du spectacle unifié de l'économie abondante; de même que différentes marchandises-vedettes soutiennent simultanément leurs projets contradictoires d'aménagement de la société, où le spectacle des automobiles veut une circulation parfaite qui détruit les vieilles cités, tandis que de la ville elle-même a besoin des quartiers musées. (Tahitiennes dénudées) Donc la satisfaction, déjà problématique, qui est réputée appartenir à la consommation de l'ensemble est immédiatement falsifiée en ceci que le consommateur réel ne peut directement toucher qu'une succession de fragments de ce bonheur marchand, fragments d'où chaque fois la qualité prêtée à l'ensemble est évidemment absente.


- 66 - (Photos de femmes dénudées) Chaque marchandise déterminée lutte pour elle-même, ne peut pas reconnaître les autres, prétend s'imposer partout comme si elle était seule. Le spectacle est alors le chant épique de cet affrontement, que la chute d'aucune illusion ne pourrait conclure. Le spectacle ne chante pas les hommes et leurs armes, mais leurs marchandises et leurs passions. C'est dans cette lutte aveugle que chaque marchandise, en suivant sa passion, réalise en fait dans l'inconscience quelque chose de plus élevé: le devenir-monde de la marchandise, qui est aussi bien le devenir-marchandise du monde. Ainsi, par une ruse de la raison marchande, le particulier de la marchandise s'use en combattant, tandis que la forme-marchandise va vers sa réalisation absolue.

- 69 - (Photos de femmes dénudées / Salon de l'auto) Dans l'image de l'unification heureuse de la société par la consommation, la division réelle est seulement suspendue jusqu'au prochain non-accomplissement dans le consommable. Chaque produit particulier qui doit représenter l'espoir d'un raccourci fulgurant pour accéder enfin à la terre promise de la consommation totale est présenté cérémonieusement à son tour comme la singularité décisive. Mais comme dans le cas de la diffusion instantanée des modes de prénoms apparemment aristocratiques qui vont se trouver portés par presque tous les individus du même âge, l'objet dont on attend un pouvoir singulier n'a pu être proposé à la dévotion des masses que parce qu'il avait été tiré à un assez grand nombre d'exemplaires pour être consommé massivement. Le caractère prestigieux de ce produit quelconque ne lui vient que d'avoir été placé un moment au centre de la vie sociale, comme le mystère révélé de la finalité de la production. (industrie des gateaux) L'objet qui était prestigieux dans le spectacle devient vulgaire à l'instant où il entre chez ce consommateur, en même temps que chez tous les autres. Il révèle trop tard sa pauvreté essentielle, qu'il tient naturellement de la misère de sa production. Mais déjà c'est un autre objet qui porte la justification du système et l'exigence d'être reconnu. 


- 70 - (Course de Formules 1) L'imposture de la satisfaction doit se dénoncer d'elle-même en se remplaçant, en suivant le changement des produits et celui des conditions générales de la production. Ce qui a affirmé avec la plus parfaite impudence sa propre excellence définitive change pourtant, dans le spectacle diffus mais aussi dans le spectacle concentré, et c'est le système seul qui doit continuer: Staline comme la marchandise démodée sont dénoncés par ceux-là mêmes qui les ont imposés. Chaque nouveau mensonge de la publicité est aussi l'aveu de son mensonge précédent. (Propagande chinoise et soviétique) Chaque écroulement d'une figure du pouvoir totalitaire révèle la communauté illusoire qui l'approuvait unanimement, et qui n'était qu'un agglomérat de solitudes sans illusion. 

- 71 -(Usine d'emballage en carton/ Photo de femme érotisée) Ce que le spectacle donne comme perpétuel est fondé sur le changement, et doit changer avec sa base. Le spectacle est absolument dogmatique et en même temps ne peut aboutir réellement à aucun dogme solide. Rien ne s'arrête pour lui; c'est l'état qui lui est naturel et toutefois le plus contraire à son inclination. 

- 72 -L'unité irréelle que proclame le spectacle est le masque de la division de classe sur laquelle repose l'unité réelle du mode de production capitaliste. Ce qui oblige les producteurs à participer à l'édification du monde est aussi ce qui les en écarte. Ce qui met en relation les hommes affranchis de leurs limitations locales et nationales est aussi ce qui les éloigne. Ce qui oblige à l'approfondissement du rationnel est aussi ce qui nourrit l'irrationnel de l'exploitation hiérarchique et de la répression. Ce qui fait le pouvoir abstrait de la société fait sa non-liberté concrète.

36' "vivons-nous, prolétaires, vivons nous ? Cet âge que nous comptons et ou tout ce que nous comptons n'est plus à nous, est-ce une vie et pouvons nous n'apercevoir pas ce que nous perdons sans cesse avec les années" et "Le repos et la nourriture ne sont-ils pas de faibles remèdes de la continuelle maladie qui nous travaille ? Et celle que nous appelons la dernière, qu'est-ce autre chose, à la bine entendre, qu'un redoublement et comme le dernier accès du mal que nous apportons au monde en naissant"Bossuel, l'oraison funaibre de Marie thérèse d'Autriche en cadré par les dénégations de l'anarchiste espagnol Buenaventura Durruti grde russe de Octobre (Eisenstein)

IV L'espace (chapitre 7. L'aménagement du territoire )

- 165 - (navire de guerre, marins français en Chine). La production capitaliste a unifié l'espace, qui n'est plus limité par des sociétés extérieures. Cette unification est en même temps un processus extensif et intensif de banalisation. L'accumulation des marchandises produites en série pour l'espace abstrait du marché, de même qu'elle devait briser toutes les barrières régionales et légales, et toutes les restrictions corporatives du moyen âge qui maintenaient la qualité de la production artisanale, devait aussi dissoudre l'autonomie et la qualité des lieux. Cette puissance d'homogénéisation est la grosse artillerie qui a fait tomber toutes les murailles de Chine. 

- 166 - C'est pour devenir toujours plus identique à lui-même, pour se rapprocher au mieux de la monotonie immobile, que l'espace libre de la marchandise est désormais à tout instant modifié et reconstruit. 

- 167 -Cette société qui supprime la distance géographique recueille intérieurement la distance, en tant que séparation spectaculaire. 

- 168 - (Touristes à Paris) Sous-produit de la circulation des marchandises, la circulation humaine considérée comme une consommation, le tourisme, se ramène fondamentalement au loisir d'aller voir ce qui est devenu banal. L'aménagement économique de la fréquentation de lieux différents est déjà par lui-même la garantie de leur équivalence. La même modernisation qui a retiré du voyage le temps, lui a aussi retiré la réalité de l'espace.

38'30. "La société fondée sur l'expansion du travail industriel aliéné devient, bien normalement, de part en part, malsaine, sale, bruyante, laide et sale comme une usine

- 169 -La société qui modèle tout son entourage a édifié sa technique spéciale pour travailler la base concrète de cet ensemble de tâches: son territoire même. L'urbanisme est cette prise de possession de l'environnement naturel et humain par le capitalisme qui, se développant logiquement en domination absolue, peut et doit maintenant refaire la totalité de l'espace comme son propre décor. 

- 171 -Si toutes les forces techniques de l'économie capitaliste doivent être comprises comme opérant des séparations, dans le cas de l'urbanisme on a affaire à l'équipement de leur base générale, au traitement du sol qui convient à leur déploiement; à la technique même de la séparation. 

- 173 P -Pour la première fois une architecture nouvelle, qui à chaque époque antérieure était réservée à la satisfaction des classes dominantes, se trouve directement destinée aux pauvres. La misère formelle et l'extension gigantesque de cette nouvelle expérience d'habitat proviennent ensemble de son caractère de masse, qui est impliquée à la fois par sa destination et par les conditions modernes de construction. La décision autoritaire, qui aménage abstraitement le territoire en territoire de l'abstraction, est évidemment au centre de ces conditions modernes de construction... le seuil franchi dans la croissance du pouvoir matériel de la société, et le retard de la domination consciente de ce pouvoir, sont étalés dans l'urbanisme. 

- 178 - (Octobre) L'histoire qui menace ce monde crépusculaire est aussi la force qui peut soumettre l'espace au temps vécu. La révolution prolétarienne est cette critique de la géographie humaine à travers laquelle (La "petite" tour de Babel Pieter Bruegel 1563) les individus et les communautés ont à construire les sites et les vénements correspondant à l'appropriation, non plus seulement de leur travail, mais de leur histoire totale. Dans cet espace mouvant du jeu, l'autonomie du lieu peut se retrouver, sans réintroduire un attachement exclusif au sol, et par là ramener la réalité du voyage, et de la vie comprise comme un voyage ayant en lui-même tout son sens. 

- 179 -La plus grande idée révolutionnaire à propos de l'urbanisation n'est pas elle-même urbanistique, technologique ou esthétique. C'est la décision de reconstruire intégralement le territoire selon les besoins du pouvoir des Conseils de travailleurs, de la dictature anti-étatique du prolétariat, du dialogue exécutoire. Et le pouvoir des Conseils, qui ne peut être effectif qu'en transformant la totalité des conditions existantes, ne pourra s'assigner une moindre tâche s'il veut être reconnu et se reconnaître lui-même dans son monde.

V Le temps

VI. Le temps spectaculaire

- 147 P -Le temps de la production, le temps-marchandise, est une accumulation infinie d'intervalles équivalents. C'est l'abstraction du temps irréversible, dont tous les segments doivent prouver sur le chronomètre leur seule égalité quantitative. Ce temps est, dans toute sa réalité effective, ce qu'il est dans son caractère échangeable. ..

- 148 -Le temps général du non-développement humain existe aussi sous l'aspect complémentaire d'un temps consommable qui retourne vers la vie quotidienne de la société, à partir de cette production déterminée, comme un temps pseudo-cyclique

- 150 -Le temps pseudo-cyclique est celui de la consommation de la survie économique moderne, la survie augmentée, où le vécu quotidien reste privé de décision et soumis, non plus à l'ordre naturel, mais à la pseudo-nature développée dans le travail aliéné; et donc ce temps retrouve tout naturellement le vieux rythme cyclique qui réglait la survie des sociétés pré-industrielles. Le temps pseudo-cyclique à la fois prend appui sur les traces naturelles du temps cyclique, et en compose de nouvelles combinaisons homologues: le jour et la nuit, le travail et le repos hebdomadaire, le retour des périodes de vacances. 

- 153 P -Le temps pseudo-cyclique consommable est le temps spectaculaire, à la fois comme temps de la consommation des images, au sens restreint, et comme image de la consommation du temps, dans toute son extension. Le temps de la consommation des images, médium de toutes les marchandises, est inséparablement le champ où s'exercent pleinement les instruments du spectacle, et le but que ceux-ci présentent globalement, comme lieu et comme figure centrale de toutes les consommations particulières (...) L'image sociale de la consommation du temps, de son côté, est exclusivement dominée par les moments de loisirs et de vacances, moments représentés à distance et désirables par postulat, comme toute marchandise spectaculaire. Cette marchandise est ici explicitement donnée comme le moment de la vie réelle, dont il s'agit d'attendre le retour cyclique. Mais dans ces moments même assignés à la vie, c'est encore le spectacle qui se donne à voir et à reproduire, en atteignant un degré plus intense. Ce qui a été représenté comme la vie réelle se révèle simplement comme la vie plus réellement spectaculaire. 

- 155 -Tandis que la consommation du temps cyclique des sociétés anciennes était en accord avec le travail réel de ces sociétés, la consommation pseudo-cyclique de l'économie développée se trouve en contradiction avec le temps irréversible abstrait de sa production. Alors que le temps cyclique était le temps de l'illusion immobile, vécu réellement, le temps spectaculaire est le temps de la réalité qui se transforme, vécu illusoirement. 

- 156 -Ce qui est toujours nouveau dans le processus de la production des choses ne se retrouve pas dans la consommation, qui reste le retour largi du même. Parce que le travail mort continue de dominer le travail vivant, dans le temps spectaculaire le passé domine le présent. 

- 157 -Comme autre côté de la déficience de la vie historique générale, la vie individuelle n'a pas encore d'histoire. Les pseudo-événements qui se pressent dans la dramatisation spectaculaire n'ont pas été vécus par ceux qui en sont informés; et de plus ils se perdent dans l'inflation de leur remplacement précipité, à chaque pulsion de la machinerie spectaculaire. D'autre part, ce qui a été réellement vécu est sans relation avec le temps irréversible officiel de la société, et en opposition directe au rythme pseudo-cyclique du sous-produit consommable de ce temps. Ce vécu individuel de la vie quotidienne séparée reste sans langage, sans concept, sans accès critique à son propre passé qui n'est consigné nulle part. Il ne se communique pas. Il est incompris et oublié au profit de la fausse mémoire spectaculaire du non-mémorable.

(3e extrait de Johny Guitar et Pour qui sonne le glas sur les thèses 158 et 162) 

- 158 -Le spectacle, comme organisation sociale présente de la paralysie de l'histoire et de la mémoire, de l'abandon de l'histoire qui s'érige sur la base du temps historique, est la fausse conscience du temps. 

- 162 -Sous les modes apparentes qui s'annulent et se recomposent à la surface futile du temps pseudo-cyclique contemplé, le grand style de l'époque est toujours dans ce qui est orienté par la nécessité évidente et secrète de la révolution. 

Debord apparait pour la première fois à la 47' minutes. Le cliché photographique, recadré au banc-titre, correspond à l'image déjà employée en ouverture de sur le passage. Ne reste plus que son visage tramé, placé entre deux extraits de film, l'horloge du palais d'hiver de saint Petersburg dans Octobre (1928) et la scène de rencontre entre Omar et Poppy dans The Shanghai Gesture. La phrase qui sous titre son portrait photographique est : "ainsi puisque je ne puis être l'amoureux qui séduirait ces temps beaux parleurs, je sui déterminé à y être le méchant et le trouble-fête de ces jours frivoles" détournement du Richard III de William Shakespeare, souligne que Debord s'affirme le dissident de son siècle lui qui devient dans la suite de la séquence un docteur en rien au même titre qu'Omar joué par Victor Mature.

 VI L'histoire

V. Temps et histoire

- 134 p -Le raisonnement sur l'histoire est, inséparablement, raisonnement sur le pouvoir. La Grèce a été ce moment où le pouvoir et son changement se discutent et se comprennent, la démocratie des maîtres de la société. Là était l'inverse des conditions connues par l'Etat despotique, où le pouvoir ne règle jamais ses comptes qu'avec lui-même, dans l'inaccessible obscurité de son point le plus concentré: par la révolution de palais, que la réussite ou l'échec mettent également hors de discussion...

- 133 -Quand la sèche chronologie sans explication du pouvoir divinisé parlant à ses serviteurs, qui ne veut être comprise qu'en tant qu'exécution terrestre des commandements du mythe, peut être surmonté et devient histoire consciente, il a fallu que la participation réelle à l'histoire ait été vécue par des groupes étendus. De cette communication pratique entre ceux qui se sont reconnus comme les possesseurs d'un présent singulier, qui ont éprouvé la richesse qualitative des événements comme leur activité et le lieu où ils demeuraient - leur époque -, naît le langage général de la communication historique. Ceux pour qui le temps irréversible a existé y découvrent à la fois le mémorable et la menace de l'oubli: «Hérodote d'Halicarnasse présente ici les résultats de son enquête, afin que le temps n'abolisse pas les travaux des hommes...» 

- 141 -La victoire de la bourgeoisie est la victoire du temps profondément historique, parce qu'il est le temps de la production économique qui transforme la société, en permanence et de fond en comble. Aussi longtemps que la production agraire demeure le travail principal, le temps cyclique qui demeure présent au fond de la société nourrit les forces coalisées de la tradition, qui vont freiner le mouvement. Mais le temps irréversible de l'économie bourgeoise extirpe ces survivances dans toute l'étendue du monde. L'histoire qui était apparue jusque-là comme le seul mouvement des individus de la classe dominante, et donc écrite comme histoire événementielle, est maintenant comprise comme le mouvement général, et dans ce mouvement sévère les individus sont sacrifiés. L'histoire qui découvre sa base dans l'économie politique sait maintenant l'existence de ce qui était son inconscient, mais qui pourtant reste encore l'inconscient qu'elle ne peut tirer au jour. C'est seulement cette préhistoire aveugle, une nouvelle fatalité que personne ne domine, que l'économie marchande a démocratisée. 

- 143 -(Emeutes à Londonderry) Ainsi la bourgeoisie a fait connaître et a imposé à la société un temps historique irréversible, mais lui en refuse l'usage. «Il y a eu de l'histoire, mais il n'y en a plus», parce que la classe des possesseurs de l'économie, qui ne peut rompre avec l'histoire économique, doit aussi refouler comme une menace immédiate tout autre emploi irréversible du temps. La classe dominante, faite de spécialistes de la possession des choses qui sont eux-mêmes, par là, une possession des choses, doit lier son sort au maintien de cette histoire réifiée, à la permanence d'une nouvelle immobilité dans l'histoire. Pour la première fois le travailleur, à la base de la société, n'est pas matériellement étranger à l'histoire, car c'est maintenant par sa base que la société se meut irréversiblement. Dans la revendication de vivre le temps historique qu'il fait, le prolétariat trouve le simple centre inoubliable de son projet révolutionnaire; et chacune des tentatives jusqu'ici brisées d'exécution de ce projet marque un point de départ possible de la vie nouvelle historique.

- 145 -Avec le développement du capitalisme, le temps irréversible est unifié mondialement. L'histoire universelle devient une réalité, car le monde entier est rassemblé sous le développement de ce temps. Mais cette histoire qui partout à la fois est la même, n'est encore que le refus intra-historique de l'histoire. C'est le temps de la production économique, découpé en fragments abstraits égaux, qui se manifeste sur toute la planète comme le même jour. Le temps irréversible unifié est celui du marché mondial, et corollairement du spectacle mondial. 

- 146 -Le temps irréversible de la production est d'abord la mesure des marchandises. Ainsi donc le temps qui s'affirme officiellement sur toute l'étendue du monde comme le temps général de la société, ne signifiant que les intérêts spécialisés qui le constituent, n'est qu'un temps particulier. 

VI Le prolétariat

IV. Le prolétariat comme sujet et comme représentation

- 75 -Comme un même courant se développent les luttes de classes de la longue époque révolutionnaire inaugurée par l'ascension de la bourgeoisie et la pensée de l'histoire, la dialectique, la pensée qui ne s'arrête plus à la recherche du sens de l'étant, mais s'élève à la connaissance de la dissolution de tout ce qui est; et dans le mouvement dissout toute séparation. 

- 76 P -... Cette pensée historique n'est encore que la conscience qui arrive toujours trop tard, et qui énonce la justification post festum. Ainsi, elle n'a dépassé la séparation que dans la pensée. Le paradoxe qui consiste à suspendre le sens de toute réalité à son achèvement historique, et à révéler en même temps ce sens en se constituant soi-même en achèvement de l'histoire, découle de ce simple fait que le penseur des révolutions bourgeoises des XVII° et XVIII° siècles n'a cherché dans sa philosophie que la réconciliation avec leur résultat. ...

- 77 -Quand le prolétariat manifeste par sa propre existence en actes que cette pensée de l'histoire ne s'est pas oubliée, le démenti de la conclusion est aussi bien la confirmation de la méthode.

- 85 P -Le défaut dans la théorie de Marx est naturellement le défaut de la lutte révolutionnaire du prolétariat de son époque. La classe ouvrière n'a pas décrété la révolution en permanence dans l'Allemagne de 1848; la Commune a été vaincue dans l'isolement. La théorie révolutionnaire ne peut donc pas encore atteindre sa propre existence totale. ...

- 86 -Toute l'insuffisance théorique dans la défense scientifique de la révolution prolétarienne ne peut être ramenée, pour le contenu aussi bien que pour la forme de l'exposé, à une identification du prolétariat à la bourgeoisie du point de vue de la saisie révolutionnaire du pouvoir. 

- 88 -Les deux seules classes qui correspondent effectivement à la théorie de Marx, les deux classes pures vers lesquelles mène toute l'analyse dans le Capital, la bourgeoisie et le prolétariat, sont également les deux seules classes révolutionnaires de l'histoire, mais à des conditions différentes: la révolution bourgeoise est faite: la révolution prolétarienne est un projet, né sur la base de la précédente révolution, mais en différant qualitativement. En négligeant l'originalité du rôle historique de la bourgeoisie, on masque l'originalité concrète de ce projet prolétarien qui ne peut rien atteindre sinon en portant ses propres couleurs et en connaissant «l'immensité de ses tâches». La bourgeoisie est venue au pouvoir parce qu'elle est la classe de l'économie en développement. Le prolétariat ne peut être lui-même le pouvoir qu'en devenant la classe de la conscience. Le mûrissement des forces productives ne peut garantir un tel pouvoir, même par le détour de la dépossession accrue qu'il entraîne. La saisie jacobine de l'Etat ne peut être son instrument. Aucune idéologie ne peut lui servir à déguiser des buts partiels en buts généraux, car il ne peut conserver aucune réalité partielle qui soit effectivement à lui.

- 90 P -... Les formes d'organisation du mouvement ouvrier développées sur ce renoncement de la théorie ont en retour tendu à interdire le maintien d'une théorie unitaire qu'elle a trahie, quand une telle vérification surgit dans la lutte spontanée des ouvriers: elle peut seulement concourir à en réprimer la manifestation et la mémoire. Cependant, ces formes historiques apparues dans la lutte sont justement le milieu pratique qui manquait à la théorie pour qu'elle soit vraie. Elles sont une exigence de la théorie, mais qui n'avait pas été formulée théoriquement. Le soviet n'était pas une découverte de la théorie. Et déjà la plus haute vérité théorique de l'Association Internationale des Travailleurs était sa propre existence en pratique.

Le même moment historique, où le bolchevisme a triomphé pour lui-même en Russie, et où la social-démocratie a combattu victorieusement pour le vieux monde, marque la naissance achevée d'un ordre des choses qui est au coeur de la domination du spectacle moderne: la représentation ouvrière s'est opposée radicalement à la classe. 

- 104 P- l'époque stalinienne révèle la réalité dernière la bureaucratie: elle est la continuation du pouvoir de l'économie, le sauvetage de l'essentiel de la société marchande maintenant le travail-marchandise. C'est la preuve de l'économie indépendante, qui domine la société au point de recréer pour ses propres fins la domination de classe qui lui est nécessaire: ce qui revient à dire que la bourgeoisie a créé une puissance autonome qui, tant que subsiste cette autonomie, peut aller jusqu'à se passer d'une bourgeoisie. La bureaucratie totalitaire n'est pas «la dernière classe propriétaire de l'histoire» au sens de Bruno Rizzi, mais seulement une classe dominante de substitution pour l'économie marchande. La propriété privée capitaliste défaillante est remplacée par un sous-produit simplifié, moins diversifié, concentré en propriété collective de la classe bureaucratique. Cette forme sous-développée de classe dominante est aussi l'expression du sous-développement conomique; et n'a d'autre perspective que rattraper le retard de ce développement en certaines régions du monde. C'est le parti ouvrier, organisé selon le modèle bourgeois de la séparation, qui a fourni le cadre hiérarchique-étatique à cette édition supplémentaire de la classe dominante.

- 106 -La classe idéologique-totalitaire au pouvoir est le pouvoir d'un monde renversé: plus elle est forte, plus elle affirme qu'elle n'existe pas, et sa force lui sert d'abord à affirmer son inexistence. Elle est modeste sur ce seul point, car son inexistence officielle doit aussi coïncider avec le nec plus ultra du développement historique, que simultanément on devrait à son infaillible commandement. Etalée partout, la bureaucratie doit être la classe invisible pour la conscience, de sorte que c'est toute la vie sociale qui devient démente. L'organisation sociale du mensonge absolu découle de cette contradiction fondamentale. 

- 107 -Le stalinisme fut le règne de la terreur dans la classe bureaucratique elle-même. Le terrorisme qui fonde le pouvoir de cette classe doit frapper aussi cette classe, car elle ne possède aucune garantie juridique, aucune existence reconnue en tant que classe propriétaire, qu'elle pourrait étendre à chacun de ses membres. Sa propriété réelle est dissimulée et elle n'est devenue propriétaire que par la voie de la fausse conscience. La fausse conscience ne maintient son pouvoir absolu que par la terreur absolue, où tout vrai motif finit par se perdre. Les membres de la classe bureaucratique au pouvoir n'ont pas le droit de possession sur la société que collectivement, en tant que participant à un mensonge fondamental: il faut qu'ils jouent le rôle du prolétariat dirigeant une société socialiste; qu'ils soient les acteurs fidèles au texte de l'infidélité idéologique. Mais la participation effective à cet être mensonger doit se voir elle-même reconnue comme une participation véridique. Aucun bureaucrate ne peut soutenir individuellement son droit au pouvoir, car prouver qu'il est un prolétaire socialiste serait se manifester comme le contraire d'un bureaucrate; et prouver qu'il est un bureaucrate est impossible, puisque la vérité officielle de la bureaucratie est de ne pas être. Ainsi chaque bureaucrate est dans la dépendance absolue d'une garantie centrale de l'idéologie, qui reconnaît une participation collective à son «pouvoir socialiste» de tous les bureaucrates qu'elle n'anéantit pas. Si les bureaucrates pris ensemble décident de tout, la cohésion de leur propre classe ne peut être assurée que par la concentration de leur pouvoir terroriste en une seule personne. Dans cette personne réside la seule vérité pratique du mensonge au pouvoir: la fixation indiscutable de sa frontière toujours rectifiée. Staline décide sans appel qui est finalement bureaucrate possédant; c'est-à-dire qui doit être appelé «prolétaire au pouvoir» ou bien «traître à la solde du Mikado et Wall Street». Les atomes bureaucratiques ne trouvent l'essence commune de leur droit que dans la personne de Staline. Staline est ce souverain du monde qui se sait de cette façon la personne absolue, pour la conscience de laquelle il n'existe pas d'esprit plus haut. «Le souverain du monde possède la conscience effective de ce qu'il est - la puissance universelle de l'effectivité - dans la violence destructrice qu'il exerce contre le Soi des sujets lui faisant contraste». En même temps qu'il est puissance qui définit le terrain de la domination, il est «la puissance ravageant ce terrain». 

- 114 P- ...quand le prolétariat découvre que sa propre force extériorisée concourt au renforcement permanent de la société capitaliste, non plus seulement sous la forme de son travail, mais aussi sous la forme des syndicats, des partis ou de la puissance tatique qu'il avait constitués pour s'émanciper, il découvre aussi par l'expérience historique concrète qu'il est la classe totalement ennemie de toute extériorisation figée et de toute spécialisation du pouvoir. Il porte la révolution qui ne peut rien laisser à l'extérieur d'elle-même, l'exigence de la domination permanente du présent sur le passé, et la critique totale de la séparation; et c'est cela dont il doit trouver la forme adéquate dans l'action. Aucune amélioration quantitative de sa misère, aucune illusion d'intégration hiérarchique, ne sont un remède durable à son insatisfaction, car le prolétariat ne peut se reconnaître véridiquement dans un tort particulier qu'il aurait subi ni donc dans la séparation d'un tort particulier, ni d'un grand-nombre de ses torts, mais seulement dans le tort absolu d'être rejeté en marge de la vie.

- 115 P -Aux nouveaux signes de négation, incompris et falsifiés par l'aménagement spectaculaire, qui se multiplient dans les pays les plus avancés économiquement, on peut déjà tirer cette conclusion qu'une nouvelle époque s'est ouverte: après la première tentative de subversion ouvrière, c'est maintenant l'abondance capitaliste qui a échoué. Quand les luttes anti-syndicales des ouvriers occidentaux sont réprimées d'abord par les syndicats, et quand les courants révoltés de la jeunesse lancent une première protestation informe, dans laquelle pourtant le refus de l'ancienne politique spécialisée, de l'art et de la vie quotidienne, est immédiatement impliqué, ce sont là les deux faces d'une nouvelle lutte spontanée qui commence sous l'aspect criminel. Ce sont les signes avant-coureurs du deuxième assaut prolétarien contre la société de classes. ..

- 122 -Quand la réalisation toujours plus poussée de l'aliénation capitaliste à tous les niveaux, en rendant toujours plus difficile aux travailleurs de reconnaître et de nommer leur propre misère, les place dans l'alternative de refuser la totalité de leur misère, ou rien, l'organisation révolutionnaire a dû apprendre qu'elle ne peut plus combattre l'aliénation sous des formes aliénées

- 123 P -... Le développement même de la société de classes jusqu'à l'organisation du spectaculaire de la non-vie mène donc le projet révolutionnaire à devenir visiblement ce qu'il était déjà essentiellement. 

- 124 -La théorie révolutionnaire est maintenant ennemie de toute idéologie révolutionnaire, et elle sait qu'elle l'est.

Arkadin : seules comptent les années où une amitié a existé. Buvons à l'amitié et au caractère et trois fois la charge fantastique. Clausewitz

Eisenstein rêvait d'adapter le Capital de Marx. Guy Debord a préféré adapter lui-même son livre porte-étendard des évènements de mai 1968, La société du spectacle, paru en novembre 1967. La première proposition du livre est :

Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était directement vécu s'est éloigné dans une représentation.

La première phrase détourne la première phrase du Capital "La richesse des sociétés dans lesquelles règne le mode de production capitaliste s'annonce comme une immense accumulation de marchandises". Les changements sont primordiaux : l'analyse porte, non plus sur le domaine de la simple richesse, mais sur la vie même. Ce que produit le capitalisme n'est pas seulement des marchandises mais un système aliénant, le spectacle. Celui-ci (seconde phrase) nous éloigne de la vie pour ne plus en proposer qu'une représentation.

Ce qui caractérise le spectacle, c'est qu'il s'oppose au mouvement de la vie, "à ce qui est directement vécu" par l'individu Tout est désormais "représentation". La vie ne se présente pas dans son immédiateté, elle se re-présente par l'intermédiaire ou la médiation d'images qui en garantissent la valeur. On peut prendre comme exemple les informations données au journal télévisé. Les informations sont des marchandises comme les autres, produites, achetées par les chaînes de télévision. Ces informations que personne parmi les spectateurs ne vit directement mais qui concernent tout spectateur, sont mises en scène de telle sorte qu'on nous en garantit d'une part l'authenticité, d'autre part comme ayant un impact direct sur nos conditions concrètes de vie. Donc de façon caricaturale, le spectateur vit sa vie  à travers l'écran de son téléviseur en consommant des marchandises qui satisfont des besoins.

En 1974, les conditions politiques ont changé et l'espoir de la gauche s'incarne dans le programme commun qui n'empêchera pas l'élection de Valery Giscard d'Estaing. Debord est resté fidèle à son intransigeance politique et le film qui sort dans les salles françaises le 1er mai, La société du spectacle, reprend 86 des 221 thèses des neuf chapitres du livre : I. La séparation achevée II. La marchandise comme spectacle III. Unité et division dans l'apparence IV. Le prolétariat comme sujet et comme représentation V. Temps et histoire VI. Le temps spectaculaire VII. L'aménagement du territoire VIII. La négation et la consommation dans la culture IX. L'idéologie matérialisée.

Les 221 propositions du livre y sont néanmoins réorganisées. Ce nouvel agencement va de pair avec la disparition de leur numérotation : à la fragmentation initiale se substitue une continuité due à leur énonciation. La voix de Guy Debord, blanche, précise et posée relie l'ensemble des images détournées à travers la description clinique du fonctionnement de cette société. Elle implique une maitrise et un savoir, celui de la pensée dialectique, loin des paroles libérées en mai 68 dans un cinéma direct.

La révolution d'abord

Si le film se donne à travers la voix off de Debord comme une unité dépourvue de parties, il est néanmoins possible d'y trouver une articulation dans l'enchainement des thèses. Ainsi le premier bloc reprend le premier chapitre du livre et correspond à une définition de la notion de spectacle. Le deuxième s'appuie sur le huitième chapitre en revenant sur le principe d'une négation de la culture existante qui s'incarne dans l'œuvre elle-même. Le troisième bloc est dévolu à la marchandise (2e chapitre). Le quatrième est consacré à l'espace (7e) et le cinquième au temps (6e). Vient ensuit une partie consacrée à l'histoire (5e)  avant que ne soit évoqué la révolution et le prolétariat (4e)

Le film La société du spectacle est une arme de combat qui ne peut se conclure sur l'idéologie matérialisée, objet du 9e chapitre, mais doit mettre en avant le sujet révolutionnaire qui s'est exprimé à la fois dans le soulèvement de Mai 68 et dans l'aventure situationniste

Détournement et amour

La négation et le détournement sont les deux esthétiques privilégiées. Est énoncé au générique : Dans le détournement des films préexistants, il a été fait usage des œuvres de (sans majuscule)  john ford, rio grande; nicholas ray, johnny guitar; josef von sternberg, shangaï gesture; raoul walsh, la charge fantastique; orson welles, arkadin, sam wood, pour qui sonne le glas... ainsi que celles d'un certain nombre de cinéastes bureaucratiques des pays dits socialistes.

Dès Sur le passage.. (1959), Debord avait cherché à acquérir les droits du western de Ray qui était une forte référence pour l'ancien situationniste. Et plus généralement, ce genre hollywoodien -constitutif du mythe américain- parait prendre une place prépondérante, alors que les films d'aventures sont également bien représentés avec Robin des bois, Les chevaliers de la table ronde, Prince vaillant ou Le prisonnier de Zenda. Ces derniers ne pourront être obtenus, mais ils signent la une continuité avec Critique de la séparation et l'imagerie héroïque de la revue Internationale situationniste. Ils laissent comprendre que si le collectif a été dissout, le combat continue.

Dans une lettre datée du 20 octobre 1973, Debord remarque que ce film sera aussi choquant dans la forme que dans le contenu. Cette volonté de déplaire ne rejoint pas la grossièreté du  film de Viénet (La dialectique peut-elle casser des briques ?) et adopte au contraire une approche qui en relève en rien de la décontraction relâchée.

Le mode de détournement des images n'est pas symbolique mais allégorique : il ne suppose aucun sens ontologique pour les images mais un travail d'articulation qui a pour but de les charger. Ainsi les femmes dévêtues, les voitures, les vedettes de yé-yé, Staline même deviennent tour à tour les incarnations de la marchandise.(Raoul Walsh, la charge fantastique et Efim Dzigan, Les marins de Cronstadt). Il a choisi de détourner deux scènes de batailles, la première durant la guerre de Sécession, la seconde de l'assaut des partisans de la révolution bolchevique contre les blancs. L'opposition idéologique entre les deux blocs capitaliste et communiste est évoquée, pour être renvoyés dos à dos

Le film est aussi traversé par l'amour que porte Debord à Alice Becker Ho, épousée en aout 1972, dont sept photographies ouvrent le film ainsi que la thèse suivante : Puisque chaque sentiment particulier, n'est que la vie partielle, et non la vie toute entière, la vie brûle de se répandre à travers la diversité des sentiments et ainsi de se retrouver dans cette somme de la diversité. Dans l'amour, le séparé existe encore, mais non plus comme séparé, comme réuni et le vivant rencontre le vivant.

Sortie exclusive du film au studio Gît-le cœur à Paris le 1er mai 1974 en plein enter deux tours de l'élection présidentielle qui oppose Mitterrand et Valery Giscard D'Estaing, durant cinq semaines. La sixieme semaine avec moins de 1800 places entre le mercredi et le dimanche, le film est retiré de l'affiche.

En 1975, Debord réalise Réfutation de tous les jugements, tant élogieux qu’hostiles, qui ont été jusqu’ici portés sur le film « La société du spectacle ». Comme l’indique ce long titre, l’enjeu est bien, ici, parallèlement au commentaire d’un certain nombre de points de l’actualité politique (du programme commun de la gauche française à la révolution portugaise), d’attiser le conflit recherché avec le film précédent. La Société du spectacle privait les spectateurs d’images gratifiantes. Avec son nouveau film, Debord va plus loin en les privant non seulement d’images, mais aussi de tout droit de regard sur ses films

Jean-Luc Lacuve le 15/01/2017

Bibliographie : Fabien Danesi, Le cinéma de Guy Debord (1952-1994), Edition, Paris-Exprimental, 2011.