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Employé
de banque modèle, Henri Verdoux est licencié, victime de la
crise, avec une femme infirme et un enfant à charge. Comme il a acquis
une expérience certaine, il se lance dans la spéculation boursière
: pour obtenir l'argent nécessaire, il épouse, parfois simultanément,
des dames un peu mûres, mais point très futées dont il
se débarrasse discrètement. Cependant, il ne parvient pas à
se défaire d'Annabella Bonheur, échoue avec Marie Grosnay...,
se laisse attendrir par une jeune fille prête au suicide... Malgré
tout, il réussit chaque fois à s'en sortir et continuerait si
sa femme et son fils ne disparaissaient. Alors qu'il a facilement éliminé
un inspecteur de la police pourtant perspicace, il se laisse arrêter
et condamner à mort. Il boit le verre de rhum - parce qu'il n'en avait
jamais bu - et auréolé de lumière, retrouvant la démarche
dansante de Charlot, marche à la guillotine.
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A
priori le vagabond et le tueur de femmes n'ont aucun point commun. Un examen
plus attentif révèle qu'ils en on. Verdoux conserve au moins deux caractéristiques
de Charlot, l'une anémiée et inutile, l'autre monstrueusement grossie. Comme
Charlot, Verdoux est un être sensible, doué de compassion, montrant à l'occasion
un cœur gros comme ça. Il possède aussi le sens de l'adaptation sociale et
la férocité de Charlot, si caractéristique des premiers courts métrages. En
fait, il tend à la société un miroir : affairisme diabolique, extermination.
"Von Clausewitz a dit que la guerre était l'extension logique de la diplomatie.
M. Verdoux pense que le meurtre est l'extension logique des affaires" commentaire
de Chaplin peu avant la sortie du film. Verdoux est le produit logique - et
lucide- de la société et de l'époque où il vit. Parce que Verdoux est lucide
justement, qu'il se dédouble et se regarde agir, le film peut devenir comique
en particulier à cause de cetet étrange sérénité que le héros manifeste dans
ses crimes, à son procès et devant la mort. Sans doute se conçoit-il comme
innocent et Chaplin parfois, n'est pas éloigné de partager ce point de vue