Parmi les peintres hollandais du 17ème siècle, il vient en renommé juste après Rembrandt, mais avec beaucoup moins de faits marquant dans sa vie et après une longue période d'obscurité. C'est le Français Etienne Thoré qui le redécouvrit en 1866. Sous le nom de William Büger, il publia en effet une étude passionnée qui allait susciter l'intérêt des historiens d'art et valoir à Vermeer une étonnante gloire posthume. Admirée par plusieurs peintres impressionnistes, son oeuvre - particulièrement La Vue de Delft - allait ensuite inspirer Proust et Claudel. Le retentissant scandale provoqué par le faussaire Van Meegeren dont le procès eut lieu en 1947 contribua à rendre populaires le nom et l'oeuvre de Vermeer.

Presque toutes les références contemporaines sur le peintre apparaissent dans des documents officiels sans la moindre saveur et sa carrière est, par bien des points, énigmatique. Il ne semble jamais avoir quitté Delft, sa ville natale sauf pour une visite à La Haye en 1672 pour expertiser un groupe de peintures italiennes dont l'authenticité était contestée. En 1653, il se maria et, probablement, se convertit au catholicisme. La même année, il fut reçu maître à la guilde d'Anvers, puis en devint vice-président à deux reprises (1662 et 1669). Cependant son professeur n'est pas connu. Bien que son nom soit souvent associé avec celui de Carel Fabritius, il est douteux que celui-ci ait été son maître. Il pourrait s'agir de Leonaert Bramer bien qu'il n'y ait aucune similitude dans leurs travaux.

Vermeer n'a laissé aucun document de travail et sa méthode ne nous ait pas connue. Il est pratiquement certain, cependant, qu'il s'est servi d'une chambre noire comme celle d'un appareil-photo. La perspective exagérée de certaines de ses images (dans laquel figure au premier plan le manche d'un objet un peu trop grand) et la façon dont les points les plus éclairés de la toile apparaissent parfois légèrement flous sont des effets reproduits par des objectifs peu sophistiqués. Le scientifique Antony van Leeuwenhoek (1632-1723), célébre pour son travail sur les microscopes, fut son exécuteur testamentaire et il est possible qu'un semblable intérêt pour l'optique les ait réuni.

Seulement environ trente-cinq à quarante peintures de Vermeer sont connues, et bien que quelques oeuvres de jeunesse aient pu être détruites dans l'explosion désastreuse d'un magasin de Delft en 1654, il est peu probable que le chiffre en soit un jour beaucoup plus grand. La majeure partie des Vermeer mentionnés dans de premières sources peut en effet être identifiée avec des œuvres aujourd'hui connues, et seulement quelques tableaux actuellement attribués ne sont pas mentionnés dans ces sources. Il y a ainsi assez peu de possibilité de découvertes nouvelles. Ce petit nombre d'oeuvres s'explique au moins partiellement par le fait que Vermeer a certainement gagné sa vie autrement qu'au moyen de la peinture. Son père tenait une auberge et vendait des tableaux et gravures et il ait probable que Vermeer ait continué ces deux activités. Malgré tout, Vermeer connaît des ennuis financiers graves à partir de 1672. Lent dans son travail de peintre, il a du mal à entretenir sa nombreuse famille (quinze enfants ?). Son épouse fut déclarée insolvable après sa mort.

Seulement trois des peintures de Vermeer sont datées - L'entremetteuse (Gemäldegalerie, Dresde, 1656), L'astronome (Louvre, Paris, 1668), et son pendant Le géographe (Städelsches Kunstinstitut, Francfort, 1669). L'autre œuvre signée et datée, sainte Praxede épongeant le sang des martyres de 1655, est apparue dans les années 70, mais, conservée dans une collection privée, il est d'authenticité douteuse. Il est assez difficile de dater ses autres tableaux selon une chronologie certaine, mais son travail se divise néanmoins en trois phases assez claires.

La première est représentée par seulement trois tableaux - Le Christ dans la chambre de Marie et Martha (galerie nationale de l'Ecosse, Edimbourg) et Diane et ses compagnons (Mauritshuis, la Haye) Sainte Praxede épongeant le sang des martyres. Ils datent probablement d'une année ou de deux avant L'entremetteuse. Ils sont si différents des autres tableaux de Vermeer par leur taille comparativement plus grande et leurs thèmes que Diane et ses compagnons a été longtemps attribuée à l'obscur Jan Vermeer d'Utrecht (c.1630-after 1692), malgré sa signature véritable. Ces oeuvres dénotent l'intérêt que Vermeer portait à la peinture italienne, notamment vénitienne, ainsi qu'une certaine parenté avec les sujets d'histoire de Metsu. Dans ces compositions amples, la fluidité de la matière et le traitement des volumes par larges pans produisent un effet de mobilité.

L'entremetteuse marque la transition vers la phase médianne de la carrière de Vermeer. Bein qu'assez grande et chaude dans ses tonalités - comme les peintures d'histoire - c'est une scène de la vie contemporaine de la vie comme pratiquement toute celles Vermeer dorénavant.

Dans la partie médiane de sa carrière (dans laquelle figurent la plupart de ses œuvres !) Vermeer a peint de sereines et harmonieuses images de la vie domestique qui valent par la beauté de la composition, la manipulation, et le traitement de léger l'élèvent dans une classe différente de n'importe quel autre peintre hollandais de genre. Les personanges sont en général ou ou deus en majorité dans uen chambre écalirée par uen fenêyter se situant à gauche du spectateur. Ils sont occupés à des tâches domestiques ou récréationnelles. Les couleurs prédominantes sont le jaune, le bleu, et le gris, et les compositions ont une simplicité abstraite qui leur confère un impact dispropoirtionné à aluer pette taille. Dans les reproductions elles peuvent semblées toute à fait lisses, mais Vermeer applique souvent largement la peinture en variant les épaisseurs pour faire vibrer la lumière sur les textures de façon toute à fait exceptionnelle. Le critique Jan Veth a très bien décrit la surface de ses peintures en disant qu'elels donanit l'impréssion qu'il 'écrasait des perles fondues'. Si son répertoire thémaique diffère peu de ceux de peintres tels que Pieter de Hooch, F. Van Mieris, G. Metsu et parfois Maes, deux thèmes reviennet avec insistance : celui de la femme occupée à lire ou à écrire une lettre (La liseuse à la fenêtre, v.1659; La femme en bleu lisant une lettre, v.1662-1665; Une femme écrivant une lettre, v.1666; Une dame écrivant une lettre et sa servante, v.1671; La maîtresse et la servante, v.1666-1667), et celui de la femme parfois en compagnie galante (L'officier et la jeune fille riant, v.1658; Le verre de vin, v.1660-1661; La jeune fille au verre de vin, v.1662), occupée à faire de la musique (La femme au luth, v.1662; Le concert, v.1664; La leçon de musique, v.1664; Une femme jouant de la guitare, v.1671-1672; Une dame assise au virginal, v.1674-1675; Une dame debout au virginal, v.1670; La leçon de musique interrompue, v.1660-1661), les thèmes de la musique et de la lettre étant parfois réunis comme dans La lettre d'amour (v.1667).

Il présenta rarement une femme occupée à une tâche quotidienne précise, excepté dans La laitière (v.1660-1661) et dans La dentellière (v.1670-1671), oeuvres où il parvient à exprimer une extrême concentration; mais le plus souvent les scènes sont assez imprécises et évoquent un climat d'oisiveté rêveuse (La jeune femme à l'aiguière, v.1662; La dame au collier de perles, v.1662-1665; La femme portant une balance, v.1662-1665). L'extrême économie du geste, la retenue de l'expression concourent à créer une atmosphère souvent nostalgique et mystérieuse, chargée de sous-entendus, les allusions à l'amour étant les plus fréquentes comme en témoigne la présence d'objets et de tableaux qui, en multipliant les significations connexes, amplifient le thème, le chargeant d'une dimension symbolique parfois morale : instruments de musique symboles de l'amour profane, représentation d'un Jugement dernier, d'un Cupidon, etc.

De cette période du plus grand accomplissement de Vermeer date également ses seuls paysages - La vue incomparable de Delft (Mauritshuis), dans laquelle il a surpassé même les plus grand spécialistes contemporains dans la vérité de l'atmosphère ainsi que le tableau qu'il aimaite particulièrement La ruelle (Rijksmuseum, Amsterdam). Une autre peinture de cette période est légèrement plus grande avec une sujet pour lui peu commu - L'atleier de l'ariste (musée de Kunsthistorisches, Vienne), dans lequel Vermeer montre un peintre vu de derrière et qui pourrait être lui.

Vermeer peignit d'ailleurs quelques sujets allégoriques, notamment deux tableaux où figure exceptionnellement un unique personnage masculin et qui procèdent en partie de la scène de genre (L'astronome, v.1668 et Le géographe, v.1669, qui symboliseraient l'un la terre et l'autre le ciel),et L'allégorie de la Foi (v.1672-1674). On entre pourtant là dans la troisième et dernière phase de l'oeuvre de Vermeer où sa magie s'estompe un peu car son dessin devient légèrement plus dur. Le naturel de ses travaux antérieurs s'en est allé.

(Delft, 1632 - Delft, 1675)
36 oeuvres
   
  1
  5

Le Christ dans la maison de Marthe et Marie (v.1654-1656)
Sainte Praxède (v.1655)
Diane et ses compagnes (v.1654 - 1656)
L'entremetteuse (1656)
Une jeune femme assoupie (v.1657)
La liseuse à la fenêtre (v.1657)
L'officier et la jeune fille riant (v.1658)
La laitière (v.1658)
Femme buvant un verre de vin avec un homme (v.1658)
La ruelle (v.1658-59)
Femme buvant avec deux hommes (1659)
La femme au luth (v.1660)
La leçon de musique interrompue (v.1660-1661)
Vue de Delft (v.1661)
Femme au collier de perles (v.1662-1665)

La jeune femme avec un pichet d'eau (à l'aiguière)
(v.1662)
La femme en bleu lisant une lettre (v.1662-1665)

La femme portant une balance (v.1662-1665)
L'art de la peinture (v.1662-1665)
Le concert (v.1664)
La leçon de musique (v.1664)
La jeune femme à la flûte (v.1665)
La jeune fille à la perle (au turban) (v.1665-1666)
Une femme écrivant une lettre (v.1666)
La maîtresse et la servante (v.1666-1667)
La lettre d'amour (v.1667)
L'astronome (v.1668)
La fille au chapeau rouge (v.1668)
Le géographe (v.1669)
Une dame debout au virginal (v.1670)
La dentellière (v.1670-1671)
Une dame écrivant une lettre et sa servante (v.1671)
Une femme jouant de la guitare (v.1671-1672)
L'allégorie de la Foi (v.1672-1674)
Portrait d'une jeune fille (v.1672-1674)
Une dame assise au virginal (v.1674-1675)