William Turner
1775-1851

Turner fut le "personnage" le plus marquant de la génération d'artistes anglais qui a radicalement transformé la tradition de la peinture de paysage durant les première années du XIXe siècle. Son influence sur les impressionnistes et sur la peinture américaine fut déterminante.

Tout de suite admiré et couvert d'honneur en Angleterre. Il est influencé par Le Lorrain surtout Didon bâtissant Carthage (1794) les Hollandais : Le môle de Calais (1803). Il est le peintre du sublime au sens où l'entend Edmund Burke dans son traité : De la notion de la beauté et du sublime. Pour Burke, le sublime ce sont les manifestations les plus fortes de la nature, proches parfois de l'horreur : précipices, orage, avalanches, tempête de neige. Autant de situations peintes par Turner (Hannibal franchissant les alpes, Avalanche dans les grisons). La Montagne comme nature vierge, non domestiquée par l'homme y est privilégiée (Saussure et Cohen vainqueurs du mont blanc en 1780 seulement, Mary Shelley envoyant dans la montagne le monstre de Frankenstein). Chez Turner la nature domine l'homme : il ne reste plus que des ruines, Vésuve en éruption (1877), Incendie du parlement (1834), Venise qui s'enfonce dans l'eau.

William Turner, peintre typographe de formation en gardera longtemps le goût de la précision. A la fin de sa vie tout au contraire, il sera sensible au sublime des machines et abandonnera la précision pour la dissolution des formes.

Les voyages jouèrent un rôle prépondérant dans le développement de l'art de Turner, lui offrant les sujets des nombreuses gravures auxquelles il travailla (presque 900 au total). Jusqu'à la fin des guerres napoléoniennes, ses déplacements hors de la Grande-Bretagne furent très rares. Il fut donc contraint de limiter ses voyages aux sites les plus pittoresques du Royaume-Uni avec un intérêt marqué pour les paysages les plus romantiques du Pays de Galles et de l'Écosse. La paix revenue cependant, il fit un voyage annuel à l'étranger en été. Entre 1817 et 1845 il parcourut l'Europe en tous sens. Il visita ainsi : les Pays-Bas, la Belgique, l'Allemagne, la France, l'Italie, la Suisse, l'Autriche, le Danemark et poussa même une pointe à l'Est jusqu'à Prague, dans l'actuelle République tchèque. En 1819,1833 et 1840, il se rend à Venise.

Les sources d'inspirations de Turner s'inscrivaient également dans un contexte international, renvoyant à sa profonde admiration pour des artistes comme le Titien, Poussin et Rembrandt. Il voua un culte particulièrement durable aux paysages de Claude Gellée, dont l'influence sur plusieurs de ses toiles est manifeste. La profonde admiration de Turner, chantre du paysage romantique pour cet artiste du XVIIe siècle qui s'inscrivit pourtant dans la grande tradition classique était telle qu'il demanda dans son testament que deux de ses œuvres soient accrochées à côté de deux toiles du "Lorrain" à la National Gallery.

Les deux artistes ont chacun entrepris un véritable voyage depuis l'ombre jusqu'au soleil. Un embarquement particulièrement explicite dans les fameux ports antiques du Lorrain où des vaisseaux en partance attentent la reine de Saba, sainte Ursule, Ulysse ou Cléopatre, tandis, qu'au milieu du tableau, le disque rougeoyant domine immuablement à l'horizon. Une quête qui suggère donc des "ailleurs" plus heureux, les "vastes portiques que les soleils marins teignent de mille feux", imaginés bien plus tard par Baudelaire.

Chez le Lorrain comme chez Turner, le travail du premier plan sombre jusqu'au point incandescent au centre de la toile est une constante. L'éclairage est donc perpétuellement le contre-jour, puisque l'œil du spectateur doit être mené vers le soleil. Pour le rendre palpable, les deux peintres utilisent trois éléments : un ou plusieurs arbres au tronc sombre et au faitage noir auréolé de clarté; une forteresse, histoire de décliner ces jeux de rayonnment sur des formes géométriques; enfin l'eau, rivière ou mer, qui à tout moment du parcours agit comme miroir du ciel et amplificateur de lumière.

Mais si les procèdes sont communs, les manières diffèrent. Le maître Lorrain raffine à plaisir dans un subtil "mille-feuilles" d'ombre et de lumière, ménageant pour l'œil quantité de haltes auprès d'un pont, sous une haie, contre un buisson, un muret, au-delà desquels tout coin de prairie éclairée, presque phosphorescent, agit comme un instant de magie avant l'éblouissement comblé de l'horizon.

Radical, Turner, lui, pousse cette quête à l'extrême, supprimant petit à petit l'anecdote qui servait de prétexte à la scène, adaptant même un "Débarquement d'Enée" du Lorrain, sans flotte, ni Enée ! Mais tout en conservant l'arbre, la forteresse et la mer… Jusque bientôt même abandonner ces éléments, à lâcher l'ombre pour mieux saisir la proie. Ce soleil qui alors n'est plus astre mais lumière pure emplissant l'aire, pour une vision irradiée de l'espace.

Malgré les liens profonds qui le liaient avec les maîtres anciens, Turner fut à l'avant-garde de la peinture moderne, poussant sa manière de peindre et sa compréhension des couleurs dans des voies qui inquiétèrent et effrayèrent la critique. Celle-ci lui devint progressivement hostile, s'agissant de sa peinture à l'huile à partir des années 1820. Malgré tout, les critiques ne détournèrent pas ses commanditaires et les organisateurs d'expositions, qui continuèrent à lui demander d'illustrer des recueils de poésie, assurés, sans aucun doute, que sa participation aux ouvrages gonfleraient substantiellement les ventes de noms déjà célèbres comme Lord Byron et Sir Walter Scott. Dans les années 1820 et 1830, de remarquables estampes de paysages de Turner furent également intégrées dans des ouvrages à la mode connus sous le nom de " Keepsakes " qui aidèrent à mieux faire connaître son art à travers l'Europe.

Les sources d'inspiration de Turner sont souvent tirées de la vie contemporaine. Il célébra aussi bien Trafalgar que Waterloo, fasciné par l'ascension et la chute de Napoléon. Il comprit aussi très vite l'importance des progrès techniques et les saisit sur le vif : les bateaux à vapeur apparaissent très tôt dans ses œuvres et il fut le premier artiste à peindre avec enthousiasme et réalisme les voyages en chemin de fer.

L'expérimentation a soutenu la plus grande partie de son travail, soit en incluant une approche directe à partir du motif - comme ce fut le cas chez d'autres artistes anglais entre 1800 et 1810 - soit en lui permettant une utilisation particulièrement expressive de la couleur. Il y a ainsi une réelle progression dans son œuvre vers une plus grande économie dans la présentation des sujets, certains étant très flous. Les adversaires de sa dernière manière trouvèrent face à eux dans le jeune John Ruskin un défenseur également fervent. Son Peintres modernes (1843) influença la critique de Turner jusqu'à la fin du XIXe siècle.

 

Biographie:

1775 : 23 avril (?) : naissance de Joseph Mallord William Turner près de Covent Garden à Londres. Il passa son enfance dans un milieu assez modeste : son père était barbier et perruquier à Covent Garden. Dès son jeune âge il était résolu à embrasser la carrière artistique. Il apprit les rudiments du métier en travaillant comme dessinateur pour divers architectes avant d'entreprendre des études plus spécialisées dans les ateliers de la Royal Academy of Arts.

1790 : Expose pour la première fois à la Royal Academy de Londres (une aquarelle). En tant que salon principal de l'art contemporain, l'Académie a joué un rôle essentiel dans la vie de Turner. Bien qu'il exposât aussi ses œuvres dans sa propre galerie, dans Queen Anne St., et à l'Institut britannique, la plupart de ses œuvres - environ 260 - furent exposées tour à tour sur les murs de l'Académie pendant environ soixante ans. Tout jeune homme il se distingua à l'Académie, devint "Associé" en 1799, et "Académicien" en 1802, au plus jeune âge possible. Par la suite, il devint membre de nombreux comités, puis fut élu professeur de perspective (1807-1837).

1794 : Autoportrait

1796 : Première exposition de peintures à l’huile à la Royal Academy.

1800-1802 : Les premières œuvres exposées de Turner furent des aquarelles (View towards Snowdon), et il étonna très vite ses collègues par des réalisations pleines de force avec un rendu des conditions atmosphériques très vivant grâce à cette méthode. Son espoir de gagner une reconnaissance plus importante pour l'art de l'aquarelle ne le quittera pas même s'il diversifia sa pratique artistique et commença à peindre à l'huile. En dépit de ses techniques jugées parfois peu orthodoxes, de nombreux connaisseurs en virent vite les possibilités et lui passèrent commande. En 1802 plusieurs d'entre eux s'associèrent pour lui offrir son premier voyage sur le "Continent". Il visita les Alpes et le Louvre (alors rempli des prises de guerres amassées à Paris par les agents de Napoléon).

1804 : Commence à exposer certaines de ses toiles dans sa propre galerie de Queen Anne Street.

1807 : Publication de la première partie de son Liber Studiorum. Soleil montant de la brume

1819 : Premier voyage en Italie, séjourne brièvement à Venise.

1820 : Structure de couleurs

1833 : Deuxième séjour à Venise.

1834 : L’Incendie des Chambres des Lords et des Communes

1833-1835 : Publication du Turner’s Annual Tour en plusieurs volumes, avec des gravures de ses vues de la Loire et de la Seine.

1837 : Nouvelle publication de l’ensemble de ses gravures des rivières françaises sous le titre The Rivers of France, accompagnées de textes en français et en anglais.

1838 : Le Téméraire

1840: Juin : Turner fait la connaissance du jeune John Ruskin; un peu plus tard cette année-là, il se rend pour la dernière fois à Venise. Scarlet Sunset , Venise vue depuis la lagune


1841-1844 : Séjours annuels en Suisse.

1843 Publication du premier volume des Modern Painters de Ruskin, surtout consacré à la défense de Turner.

1844 : Exposition de Pluie, vapeur et vitesse à la Royal Academy.

1845 : Turner effectue ses derniers séjours en France au début de l’automne. Paysage avec une rivière et une baie au loin , Soleil couchant sur un lac

1846: Octobre : Turner emménage au 6, Davis Place, Cremorne New Road, dans le quartier de Chelsea à Londres, où il vit sous le nom d’Admiral Booth.

1847 : Robert Vernon fait don à la National Gallery d’œuvres de peintres contemporains, parmi lesquelles figure la première peinture à l’huile de Turner à entrer dans la collection nationale britannique.

1850 : Exposition à la Royal Academy de ses dernières œuvres, une série de quatre peintures dans la manière Claude Lorrain.

1851 : 19 décembre : Turner meurt chez lui, à Chelsea; il est enterré dans la cathédrale Saint-Paul à côté d’autres membres illustres de la Royal Academy.

1852: Décembre : conformément aux dernières volontés de Turner, deux de ses tableaux, Didon construisant Carthage et Lever de soleil dans la brume, sont exposés à la National Gallery, à côté de tableaux de Claude Lorrrain.

1856: Fin de la longue querelle juridique entre les héritiers (le testament avait été rédigé avec un manque regrettable de clarté). Toutes les peintures, aquarelles et ébauches trouvées dans son atelier, et qu'on lui attribuait, devinrent alors propriété de la Nation. C'est ainsi que 300 huiles environ et 20 000 ébauches furent transférées à la National Gallery, à laquelle l'ampleur sans précédent de ce legs posa de graves problèmes. La collection "Turner" ne put jamais être vue dans son intégralité mais par "fragments" et ce n'est que récemment, dans les années 1970, que les derniers objets de la collection furent enregistrés. C'est ainsi que certaines de ces œuvres qui sont considérées aujourd'hui comme des chefs-d'œuvre, comme " Norham Castle, Sunrise " (vers 1845) ne furent jamais exposées avant les premières années du XX e siècle.



1857 : L’exposition Art Treasures présente 24 peintures à l’huile et 83 aquarelles de Turner (toutes achevées).

1857-1858 : Ruskin est autorisé à sélectionner des aquarelles et des dessins du legs Turner pour une présentation publique à Marlborough House :400 sont encadrés, d’autres exposés tels quels et le reste conservé dans des caisses.

1859 : Décembre : ouverture de la British School Gallery au South Kensington Museum; les toiles des legs Vernon et Turner (y compris les aquarelles sélectionnées par Ruskin), jusque là conservées à Marlborough House, y sont transférées.

1861 : Octobre : la première galerie entièrement consacrée à Turner ouvre dans l’aile ouest de la National Gallery; y sont exposés 94 tableaux et 6 aquarelles.
Au musée de South Kensington, deux salles restent consacrées aux études de Turner (dont 194 sont encadrées).

1869 : Janvier : d’autres aquarelles de Turner sont mises à la disposition des étudiants (qui doivent solliciter une autorisation pour les étudier) au sous-sol de la National Gallery.

1872 : Tous les tableaux du legs Turner qui étaient au South Kensington Museum réintègrent la National Gallery.

1874 : Mars-avril : des tableaux de Turner sont vendus aux enchères à Paris; ce seraient les premières œuvres de Turner présentées au public dans la capitale française.

Avril : une eau-forte de Félix Bracquemond d’après Pluie, vapeur et vitesse est présentée à la première exposition impressionniste.

1876 : Fin des travaux entrepris depuis 1872 à la National Gallery ; les aquarelles de Turner qui étaient restées au musée de South Kensington, sont présentées dans 60 vitrines au sous-sol.

1878 : 300 aquarelles de Turner sont retirées des vitrines et accrochées aux murs du sous-sol de la National Gallery.

Mars : des aquarelles du peintre provenant de la collection de Ruskin sont exposées à la Fine Art Society de Londres.

1887 : Les peintures à l’huile de Turner sont exposées dans deux salles du rez-de-chaussée de la National Gallery.

Février-mars : des tableaux de Turner sont présentés à Paris dans le cadre d’une exposition dont le produit est destiné aux victimes des inondations du Midi.

1890 : Quelques-unes des dernières œuvres de Turner sont visibles dans la collection Camille Groult à Paris.

1899 : Avril-juillet : grande exposition de peintures à l’huile et d’aquarelles de Turner prêtées à la Guildhall Art Gallery de Londres.

1906 : Les œuvres inachevées du legs Turner sont cataloguées et exposées à la Tate Gallery.

1987 : La nouvelle aile de la Tate Gallery (œuvre de Stirling et Wilford) a été inaugurée pour accueillir la collection dans un environnement digne d'elle. Depuis, de nombreuses expositions ont permis d'examiner les différents aspects de la vie de l'artiste, ouvrant de nouveaux renseignements et assurant à la Galerie nouvelle la maîtrise sur les études de Turner.

 


Sources :