La Charité romaine   Charles Mellin    
 
 

La Charité romaine
Charles Mellin ,
Huile sur toile, 102 x 82
Musée d'Art et d'histoire, Genève

 

Le sujet est tiré des Facta et dicta memorabilia de Valère Maxime, un recueil populaire d'anecdotes vertueuses depuis le Moyen Age. Dans une énumération d'exemples de piété filiale, Valère Maxime rapporte le cas d'une femme qui allaita sa mère en prison, puis le cas similaire de Pero qui donna le sein à son père Cimon. L'abondante iconographie de cet épisode (et l'absence totale d'image pour le premier) trouve un parallèle dans le long commentaire que l'auteur antique consacre à cette anecdote brièvement contée : les hommes restent émerveillés par cette histoire lorsqu'ils la voient figurée en peinture, une représentation qui, avec des formes muettes, redonne vie à cette scène antique et suscite à nouveau l'admiration. La représentation de Pero en pur profil manifeste une recherche de dignité héroïque pour un sujet souvent d'une sensualité ambigüe. Pero n'est pas ici une jeune fille apeurée mais une impassible allégorie de la Charité.

Probablement né à Nancy vers 1598, il reçoit une première formation en Lorraine où vient d’être dévoilée l’Annonciation du Caravage, oeuvre extrêmement moderne pour l’époque. Il se fixe à Rome vers l’âge de 20 ans et va dès lors mener une carrière toute italienne entre Rome et Naples. Il devient l’une des personnalités importantes des foyers romains et napolitains aux côtés d’artistes prestigieux tels que Simon Vouet, Nicolas Poussin, Giovanni Lanfranco et Andrea Sacchi. Charles Mellin bénéficie se nourrit de l'influence de Simon Vouet lors de son séjour à Rome et connaît une rapide faveur. En 1630, il obtient la commande de la Chapelle de la Vierge à Saint-Louis-des-Français à Rome pour laquelle l’artiste lorrain sera préféré à Poussin. Par la suite, Mellin travaille à des tableaux d'autel et pour des chantiers décoratifs importants : fresques pour l’infirmerie et le cloître de la Trinité-des-Monts à Rome, puis pour l’abbaye de Montecassino à partir de 1634, ensemble malheureusement détruit pendant la seconde guerre mondiale. L’artiste meurt à Rome le 21 septembre 1649. Il est connu et cité par les plus fameux historiographes du XVIIème siècle et ses oeuvres sont gravées. Il semble donc doté de tous les atouts qui permettent d’ordinaire à la mémoire d’un artiste de parvenir jusqu’à nous sans éclipse. Par une suite de malchances et de destructions, les oeuvres de Mellin, prématurément disparu sans descendant ni héritier proche, devaient au contraire connaître une longue période d’oubli.

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