| Madame Matisse au chapeau | 1905 | coll. part |
| Madame matisse à la raie verte | 1905 | Copenhague |
| La joie de vivre | 1905 | Merion |
| Nu bleu (Souvenir de Biskra) | 1906 | Baltimore |
| Luxe 1 | 1907 | MNAM |
| La desserte rouge | 1908 | Hermitage |
| Jeu de boules | 1908 | Hermiatge |
| La danse | 1909 | Hermitage |
| L'atelier rouge | 1911 | MOMA |
| Poissons rouges et palette | 1914 | MOMA |
| Vue de Notre-Dame | 1914 | MOMA |
| Porte fenêtre à Collioure | 1914 | MNAM |
| Les marocains en prière | 1916 | MOMA |
| Laurette dans son fauteuil | 1916 | MNAM |
| Nature morte aux oranges | 1916 | c. p. Paris |
| Intérieur au violon | 1918 | Copenhague |
| Figure décorative sur fond ornemental | 1925 | MNAM |
| Odalisque, harmonie en rouge | 1928 | |
| Odalisque sur un sofa | 1928 | |
| Nu de dos IV | 1931 | MNAM |
| La musique | 1939 | Buffalo |
| La blouse roumaine | 1940 | MNAM |
| Jazz, cirque | 1943 | |
| Jeune femme à la pelisse blanche | 1944 | MNAM |
| Chapelle du Rosaire à Vence | 1950 | Vence |
| La tristesse du roi | 1952 | MNAM |
Ce sont toujours des problèmes formels qu'affronte Matisse. Au delà de la provocation fauviste du portrait de Madame Matisse au chapeau, c'est le problème des ombres colorées qui travaille le peintre à la manière de Renoir pour son Torse de femme nue au soleil (Orsay) dont les ombres portées, qui n'ont rien à voir avec l'académisme, avaient été traitées de "tas de chair en décomposition".
De même, dans Madame Matisse à la raie verte la provocation tient au massacre du visage, dernier tabou de la peinture. Mais la recherche formelle est plus importante encore, la couleur se substitue à la ligne pour marquer le volume, l'opposition entre les deux taches rouge et mauve, chaudes à gauche et le vert à droite suffisent pour exprimer la profondeur. Nul besoin non plus d'accessoire pour suggérer la profondeur comme dans la peinture classique de portrait. Le traitement du nez prouve, qu'au clair-obscur et au modelé, on peut opposer une simple ligne verte pour marquer l'ombre et deux taches vertes pour le modelé.
La joie de vivre (1905, Fondation Barnes, Pennsylvanie) présenté au salon des indépendants de 1906 est le plus éclatant manifeste de l'immersion de Matisse dans le monde de la peinture. Les personnages vivent durant l'âge d'or, ils dansent s'embrassent et écoutent de la musique. Cette immense toile dont les personnages sont inspirés des Baigneuses de Cézanne est mal reçue par la critique. Pour Felix Feneon "Matisse se fourvoie inutile, à ne pas suivre" on le critique pour ses couleurs qui n'ont rien à voir avec la réalité, ses figures blanches et vides. Le tableau est acheté par Léo Stein mais il ne sera plus vu à partir de 1913 où il rentre dans des collections privées jusqu'à la Fondation Barnes qui en interdit les reproductions (seulement en noir et blanc jusqu'à une date encore récente avant que des problèmes financiers ne les rendent plus libéraux). Mais cette toile, exposée chez les Stein, est beaucoup vue par Picasso. Il la reçoit comme un défi, lui qui se montre mal à l'aise avec les grands formats. La famille de saltimbanques (1905, National Gallery of Art, Washington) est un tableau émouvant que Rilke et Apollinaire adoraient. La Joie de vivre de Matisse est le premier des deux jalons qui va susciter le défi des Demoiselles d'Avignon.
En 1906, Matisse effectue un voyage à Biskra en Algérie. Il exécute ensuite le Nu bleu (Souvenir de Biskra) qui est présenté au Salon des Indépendants en 1907 et est mal accueilli. Il schématise le corps de la femme, il rabat la fesse qui est une masse peinte en blanc et cette zone contrastée donne du volume. La critique systématiquement mauvaise touche cette fois durement Matisse qui va délaisser pour un temps les problèmes plastiques. A l'inverse, Picasso comprend tout l'enjeu du tableau et décide plus que jamais d'y répondre avec Les demoiselles, caractérisé par la destruction du visage et l'absence de perspective. Matisse voit le tableau dans l'atelier de Picasso, comprend la réponse à ses tableaux mais ne dit rien. Mais, au Salon des Indépendants où Les Demoiselles d'Avignon est exposé en 1908, les Cubistes vont suivre Picasso. Matisse, bien que défendu encore par Apollinaire est abandonné comme chez de file de l'avant garde. Il rompt avec Picasso jusqu'en 1913.
En 1907, Matisse va rebrousser le chemin de l'avant-garde et peindre des corps encore légèrement déformés mais dont la pose est immédiatement lisible : Luxe 1 (MAM, Paris). Dans la deuxième version du Luxe, le fauve s'est totalement assagi. La ligne prend le pas sur la couleur qui n'est plus arbitraire et redevient réaliste : les Baigneuses à la tortue, 1909, les Joueurs de boule. Ces peintures marquent un replis dans l'Age d'Or, le bleu du ciel, le vert du gazon et des corps simplifiés qui concourent à une vision paradisiaque. Ce replis stylistique est sensible jusque dans La danse peinte pour Chtchoukine à Moscou en 1909.
La desserte rouge marque le retour à des traitements de problèmes formels. Même motif de bas en haut du tableau et, à gauche, une fenêtre qui pourrait être un tableau. Le personnage est lui aussi traité comme un motif décoratif. Dans L'Atelier rouge (1911) il est difficile de distinguer l'espace perspectiviste, les frontières entre objets dsiparaissent. Seuls une ligne blanche et les cadres des tableaux permettent de se figurer l'espace en perspective. Grâce à ce que l'on a appelé un traitement négatif de la ligne (orange sur fond rouge et non noire), le tableau devient bi-dimensionnel, il supprime la profondeur.
La réconcilliation entre Matisse et Picasso a lieu en 1913, quand Picasso rend visite à Matisse gravement malade. Matisse avait néanmmoins déjà intégré les leçons du cubisme, utilisé les signes cubistes et simplifié les formes en s'inspirant des collages cubistes. L'exposition Matisse / Picasso en 1918 scelle d'autant plus officiellement leurs retrouvailles qu'ils s'accordent sur "le retour à l'ordre" (le mot est de Cocteau qui s'en désole) consécutuif à la première guerre mondiale. Matisse s'en va à Nice et Picasso renoue avec la couleur dans ses portraits de Marie-Thérèse Walter.
En 1910, La leçon de piano intègre déjà le cubisme. On retrouve le signe cubiste dans forme triangulaire du métronome rappelé dans la zone de verte du jardin. En 1914, Matisse est à la limite de l'abstraction avec Porte- fenêtre à Collioure. Dans Vue de Notre-Dame (1914), les formes se réduisent à des figures géométriques et dénotent l'influence du cubisme comme dans Les Marocains en prière (1916) dont le fond noir rappelle les papier collés du cubisme (1912-1913 : premiers collages de Picasso et Braque)
Lorsqu'il découvrit le célèbre Arlequin de Picasso, de 1915 (Museum of Modern Art, New York), Henri Matisse confia à son voisin : " Mes poissons rouges ont conduit Picasso ". Il se référait précisément à Poissons rouges et palette de l'automne 1914 (Museum of Modern Art, New York), où la force du noir et la puissante articulation des surfaces rectangulaires préfigurent en effet certains aspects de l'Arlequin. Cependant, Poissons rouges et palette est l'une des uvres où l'influence du cubisme sur Matisse commence à se faire sentir ; la rigueur de la structure y témoigne de l'enseignement que le peintre avait pu tirer des collages et peintures de Picasso des années 1913-1914. Poissons rouges et palette et Arlequin sont des autoportraits symboliques, empreints l'un et l'autre d'une gravité liée aux heures noires de la guerre et qui représentent chacun, pour son auteur (comme les admirateurs s'en sont avisés), une de ses réussites majeures les plus originales. C'est l'un des exemples les plus lumineux du bénéfice que tirèrent Matisse et Picasso de l'attention soutenue qu'ils se portaient réciproquement et qui, pour chacun, favorisa la création d'un tableau profondément personnel au sein de son uvre tout en étant extrêmement novateur.
Les années 20 sont marquées par le retour à la tradition, le retour à l'Antiquité grecque et romaine, à Poussin. Picasso entreprend la peinture de personnages colossaux de style romain Trois femmes à la fontaine (1921). Sa femme assise dans un fauteuil (1921) est une réponse à Laurette dans son fauteuil (1916) de Matisse.
Matisse travaille l'espace décoratif dans sa période Niçoise ses femmes dans un intérieur sont toutes des réflexions sur l'espace Figure décorative sur fond ornemental (1925) peut être rappochée de La grande baigneuse (1921) de Picasso. 1928 : trois odalisques de Matisse : profusion décorative, sensualité
Lorsqu'ils traitent de la femme Picasso s'interesse à la femme réelle
et Matisse à la peinture. Picasso vit dans le monde et réagit
violemment à la guerre d'Espagne puis à la seconde guerre mondiale
alors que Matisse peint Fenêtre à Tahiti (1936) et, gravement
malade, ne peut réaliser que des oeuvres de petits formats durant la
guerre et nottament la série jazz (1943, publié en 1947)