I Origine

Terme forgé par l'architecte Charles Jenks lors d'une conférence à Eindhoven en 1975. Le terme est utilisé pour clore symboliquement l'ère de l'architecture moderne. Il est repris par le philosophe français Jean-François Lyotard qui publie, en 1979, La condition post-moderne. Avec Jean Baudrillard et l'américain Hal Foster il défend une conception exigeante de cette notion. Sont admis comme artistes modernes au sens strict Daniel Buren ou Ricardo Bofill, au sens large et... inexact, tous ceux qui utilisent dans leur oeuvre une référence au passé.

II Définitions

Pour certain est post-moderne une structure, ou une oeuvre, qui permet de lire aujourd'hui, le réel d'hier. Face à l'exigence de pureté, de table rase, de progrès de l'art moderne, le post modernisme revendique l'impureté, la séduction avouée et le plaisir. Le danger est de tomber dans un néo-conservatisme qui ne consiste plus qu'à citer et citer encore, sans modifier le passé par une lecture contemporaine. On aboutit alors au pastiche à l'éclectisme, à la citation gratuite ou trop lourde.

De manière plus complexe le post-modernisme se définit à partir du modernisme. Ce dernier aurait pour but, selon Lyotard, de présenter l'imprésentable : faire voir qu'il y a quelque chose qu'on ne peut pas voir. Mais le modernisme permet à l'imprésentable de n'être allégué que comme un contenu absent, alors que la forme continue à offrir au spectateur matière à consolation et à plaisir, grâce à sa consistance reconnaissable. Le post-modernisme serait ce qui, dans le moderne, allègue l'imprésentable dans la présentation elle-même. Assez curieusement le post-modernisme de Lytotard et de Baudrillard est a-historique; c'est le mélange des temps qui permet la forme instable.

III Chances de succès

Les mots d'ordre du modernisme : abstraction et pureté sont en perte de vitesse. Il fut un temps où la volonté de pureté était subversive : elle rendait l'art critique et l'artiste autonome, aujourd'hui elle fait figure d'incitation à la division du travail à l'intérieur de la culture. La technique est-elle aussi devenue abstraite et échappe à l'homme. Le retour de l'abondance et la fin de la crise, pour certains, sont propices au post-modernisme. Le retour en arrière est une prise de distance avec l'immédiat. A l'inverse d'une modernisation aveuglément tendue vers le futur, le temps présent requiert et autorise mémoire (ordinateurs), généalogie, conscience d'une continuité mais établie sur la base de la perpétuelle remise en cause moderne.

IV Conclusion

Le post-modernisme est une notion valable pour quelques millions d'occidentaux pour qui la vie est rapide, rationnelle, efficace, propre, désenchantée et magique; pour qui la modernité est assumée et existentielle (Rimbaud : "il faut être absolument moderne", Baudelaire : "saisir l'éternel dans le transitoire") et non vécu sur le mode de l'imposition d'un quotidien technique et instrumental. La prolifération des post, néo, high tech révèle ce sentiment d'une modernité assumée et vécue au second degré. Est post-moderne ce qui permet le retour du passé sur le mode de l'instable, du changement et du progrès propre au modernisme; le retour du passé n'est pas le retour au passé.

V artistes post-modernes

Daniel Buren, Ricardo Bofill, Raoul Ruiz, Penck (RDA 1939)

Le réel n'est pas restitué tel quel, sur un mode imitatif, mais réduit à une sorte d'alphabet élémentaire qui l'apparente à l'écriture et au signe. Tout en instituant une logique plastique de la transformation des figures l'œuvre de Penck rend compte des processus de la mémoire face à la saturation de messages et de signes qui composent notre espace psychique et politique. Penck est l'un des seuls artistes dans ce retour à l'image, à reprendre une problématique du signe, hérité des avant gardes du début du siècle (Paul Klee). Originaire de R.D.A Penck inscrit fortement dans son oeuvre le lieu et l'histoire. L'extrême "simplification analytique" de sa figuration agressive et sauvage porte la marque de la coupure Est/Ouest. La mémoire, le passé ou l'histoire ne concourent pas à une forme nostalgique ou citationnelle; elle reste violemment libre moderne et vivante. "Le comportement est guidé par des signaux, par des informations. Les signaux stimulent ou restreignent, ils causent l'excitation, l'atmosphère du tonus entier."