C'est Georgio Vasari, dans "Les vies" (1550 puis 1568) qui propose le terme rinascita, renaissance, pour qualifier le renouvellement artistique. Il distingue trois époques, en analogie avec les âges de la vie : l'enfance (XIII et XIVème), avec Cimabue et Giotto, l'adolescence (XVème) avec Brunelleschi, Donatello et Masaccio et la maturité (XVIéme) avec Vinci et Michel Ange, l'homme universel. Encore aujourd'hui on ditingue habituellement la pré-renaissance, la première renaissance de l'apogée de la renaissance.

Mais bien avant Georgio Vasari, les artistes et humanistes ont conscience de vivre une nouvelle époque. C'est déjà le cas dans l'enfance de la renaissance avec Dante, Pétrarque et Boccace qui sont les contemporains toscans de Cimabue et Giotto. Dans "La Divine Comédie" (1307-1321), Dante soutient que Cimabue a longtemps eu le "cri" en peinture mais que c'est maintenant Giotto qui l'a. Boccace fait l'éloge de Giotto, vantant son talent d'imitation qui l'éloigne de la beauté figée des grecs.

En 1447, Lorenzo Ghiberti dans "I Commentari" définit le nouvel âge comme s'opposant au moyen-âge avec un retour à la nature pour la peinture, un retour à l'antiquité classique pour l'architecture et une forme médiane pour la sculpture. Mais c'est surtout Leon Battista Alberti qui consacre les trois maîtres de l'adolescence de la renaissance dans "De pictura", son traité de la peinture paru en version latine 1435 puis italienne en 1436. Il est alors dédicacé à Brunelleschi. Sont mis en avant, outre l'architecte, trois sculpteurs dont Donatello et Ghiberti et un seul peintre Masaccio. La perspective y est décrite comme l'apport majeur de Brunelleschi. Elle est l'ensemble des règles pour retranscrire sur une surface binaire des objets en trois dimensions.

Il y avait déjà de la perspective avant Brunelleschi, qui retranscrit des vues de ville sur des panneaux, mais les règles n'avaient pas été découvertes. Giotto avait ainsi trouvé des solutions empiriques pour figurer la profondeur avec des lignes de fuite. Ambrogio Lorenzetti est même probablement l'auteur de la première perspective monofocale (Annonciation, avec dallage en perspective, 1344 Pinacoteca Nazionale, Sienne).

 

La "Pré-Renaissance" désigne l'art toscan entre 1300 et 1400 (Trecento - XIVe siècle).

Les artistes de l'époque opèrent une transition entre l'art primitif byzantin et un style naturel que l'on associait alors à la Rome antique.

Giotto fut considéré comme celui qui initia cette transition. Son oeuvre la mieux préservée, Les fresques de la chapelle des Scrovegni à Padoue, en est une illustration exemplaire. La façon dont il traite l'expression des visages et les attitudes des personnages leur confère une remarquable puissance psychologique. Les peintres qui sont venus après Giotto, et plus particulièrement les grands peintres siennois Simone Martini, les frères Ambrogio et Peitro Lorenzetti, poursuivent et développent jusqu'à un degré étonnant l'étude des phénomènes de la réalité d'ici-bas. A cet égard, il est très significatif que le grand concept de l'époque de Giotto, celui qui visait à la grandeur et au regroupement des formes ait été tout à la fois enrichi et dissout par l'étude précise du détail.

Cette renaissance dans la peinture est parallèle à celle entreprise dans les lettres par Dante (1265-1321), auteur de la Divine Comédie, Pétrarque (1304-1374), auteur du Canzoniere et premier et plus grand des poètes lyriques de la Renaissance, Boccace (1313-1375), auteur du Décaméron et maître de la satire.

La guerre de cent ans et surtout la peste à Florence vont mettre un terme à cette pré-renaissance.

(voir oeuvres)

 

La "Première Renaissance" désigne l'art toscan entre 1400 et 1500 (Quattrocento - XVe siècle).

Les recherches dans les domaines de la perspective et des proportions, la conception nouvelle du portrait comme représentation de l'individu et les débuts du paysage sont les grandes innovations de cette période. Du point de vue artistique, la voie entreprise est celle du "naturel", d'une représentation destinée à la profonde "compréhension de la nature".

Tout au long du XVe siècle, Milan est entièrement dominée par le "gothique international". Après le retour des papes d'Avignon (1376) et le schisme qui s'en suivit (1378-1417), Rome joue tout d'abord un rôle négligeable. Par sa situation géographique, la Lombardie est davantage liée aux pays d'Europe du Nord qu'avec le centre de l'Italie. Les Sforza y sont les commanditaires les plus importants. Quant à la République de Venise, qui est en fait une souveraineté féodale, elle subit une forte influence byzantine en raison de son ouverture économique. Depuis le XIIe siècle, Florence est en revanche gouvernée par les citoyens de la ville. C'est l'administration municipale qui passe les commandes de grande envergure. Ainsi contrairement à ce qui se passe dans le Nord de l'Italie, la culture florentine est marquée par la bourgeoisie. En revanche, pour la noblesse et le clergé, la tradition est toujours un gage de légitimité et elles entendent la perpétuer; la préservation des formes héritées est donc pour elles un propos naturel. Ainsi, la Première Renaissance est un mouvement porté essentiellement par la bourgeoisie. Ce mouvement va mener l'art d'une conception théocentrique du monde, qui prend donc le divin pour référence, à une image anthropocentrique du monde, où c'est l'homme qui est passé comme mesure.

1401 - Le concours pour la deuxième porte en bronze du baptistère de Florence est considéré comme l'acte fondateur de la Renaissance artistique.

Chronologiquement, ce sont tout d'abord des sculpteurs (Ghiberti, Donatello) qui substituent à la statue habillée la figure en pied de l'époque moderne et qui créent un type de relief permettant la représentation naturelle d'un très grand nombre de figures composant des scènes d'une spatialité jusqu'alors inconnues. Les emprunts à l'Antiquité sont évidents dans les trois disciplines artistiques; ainsi, les statues de Donatello font revivre la statue en pied qui distingue le côté de la jambe d'appui, tendue et le côté de la jambe libre détendue.

Vers 1420, Brunelleschi remplace l'architecture gothique par des concepts qui d'une part ramènent les oeuvres à des dimensions plus humainement compréhensibles et qui reprennent d'autre part les différents éléments de l'architecture antique de Rome.

A partir de 1424 et pendant une période très brève de cinq ans, suivent les peintures de Masaccio dont les oeuvres montreront la voie à tout le XVe siècle par leur représentation de l'espace et des corps. Alors qu'au XIVe siècle, le traitement de l'espace et du corps s'appuie avant tout sur des valeurs empiriques, à partir de 1420 on explore les lois qui les régissent (perspective, proportions) et de nombreux traités donnent des outils théoriques à la pratique. Ainsi, Alberti présente la théorie la plus approfondie de la perspective renaissante dans son traité De Pictura (De la peinture, 1425).

Lorsqu'à la fin des années 1430, Piero della Francesca arrive de sa province natale pour travailler à Florence, il est confronté à une diversité déroutante de courants artistiques : certains comme Fra Angelico s'attachent à doter la peinture sacrée d'une valeur humaniste, d'autres comme Uccello construisent des univers de fantasmes logiques; d'autres encore préfèrent explorer en profondeur les capacités mimétiques de l'art : c'est le cas de Masaccio dont les fresques avaient provoqué un véritable choc culturel. Il se mit alors en quête d'un système de peinture universel, synthétique, susceptible d'unifier les oppositions formelles et de proposer un modèle reproductible. La foi qu'il avait dans les capacités des mathématiques à rationaliser la perception du monde se retrouve dans la Flagellation du Christ (1444-1450), l'un des exemples les plus éclatants de l'emploi d'un théorème dans la peinture.

Après le milieu du siècle, on assiste à des transformations stylistiques dans tous les genres artistiques, transformations qui sont marquées par les signes nombreux d'une "regothisation" : - le grand "jaillissement" qui caractérise les premières décennies du siècle - représentation convaincante du corps, de l'espace et du paysage dans leur manifestation globale - est suivi de la minutieuse élaboration du détail dans le domaine du rendu exact des corps, de l'environnement architectural et du paysage. Le moyen approprié est la ligne et non le modelé des grandes formes. Cette voie s'annonce dans l'oeuvre de Botticelli, Filippino Lippi et Luca Signorelli - avec l'accroissement de ses richesses et de son pouvoir, la bourgeoisie a soif de briller du même éclat que les cours. La décoration de la chapelle du Palazzo Médici par Gozzoli est l'oeuvre la plus significative de ce revirement.

(voir oeuvres)

 

L'apogée de la Renaissance fait référence aux arts de la Rome papale, de Florence et de la République de Venise entre 1500 et 1530.

La transformation de l'image du monde par les sciences naturelles et les grandes découvertes, les tensions religieuses et politiques ainsi que les troubles sociaux se reflètent dans la peinture. Le réel et l'idéal, le profane et le sacré, le mouvement et le repos, l'espace et la surface, la ligne et la couleur se réconcilient dans une bienfaisante harmonie. C'est Léonard de Vinci qui franchit le pas décisif en abolissant l'équilibre entre la ligne et la couleur au profit de la modulation chromatique des contours. La Cène du réfectoire de Santa Maria delle Grazie comporte différents systèmes de perspective, elle est pensée jusqu'aux moindres détails. Léonard remplace de plus en plus la ligne de contour et de démarcation - c'est à dire le dessin - par la modulation chromatique; les transitions entre les figures et les objets se font fluides. L'espace n'est plus actualisé principalement par l'emploi de la perspective mathématique, mais par l'éclaircissement des couleurs et la dissolution progressive des contours. Raphaël et Michel-Ange suivent ses traces et créent des formes artistiques qui seront des modèles pour toute l'Europe.

 

Pendant le XVe siècle, c'est Florence qui fut le centre incontesté du renouvellement des arts en Italie. Vers 1500, le centre de gravité de l'art italien se déplace vers Rome et Venise. Les raisons décisives ont sans aucun doute été en première ligne politiques et sociales. La chute des Médicis en 1494 et le gouvernement du moine dominicain aux visions apocalyptiques, Savonarole (1452-1498), mirent un terme brutal à l'épanouissement culturel qui avait trouvé son apogée sous Laurent le Magnifique (1449-1492). Après l'exécution de Savonarole en 1498, Florence devint l'enjeu de puissances rivales jusqu'au retour des Médicis en 1512. C'est très exactement dans les deux décennies qui virent naître les oeuvres maîtresses de l'art classique que les inspirateurs et les mécènes manquèrent à Florence.

C'est surtout la papauté qui entendait à présent restaurer Rome dans sa position de centre culturel de l'Occident. Avec la nomination de Bramante à la direction des travaux de construction de la nouvelle église Saint-Pierre en 1504, avec celle de Michel-Ange pour la réalisation du tombeau de Jules II en 1505 et avec l'installation de Raphaël à Rome en 1509, la prédominance de Rome dans l'art italien est momentanément assurée.

Les oeuvres maîtresses de la Renaissance en Italie, la Cène de Léonard de Vinci, l'Ecole d'Athènes de Raphaël, la Vénus endormie de Giorgone communiquent un sentiment d'évidence et d'aboutissement qui ne permet plus aucune évolution et aucun développement. Raphaël, dont l'oeuvre est considérée comme l'incarnation la plus pure de tous les idéaux de la Renaissance, atteint et fixe une fois pour toutes l'apogée de la haute Renaissance dans les fresques de la chambre de la Signature (1509-1511).

Venise invente une expression lumineuse et colorée, plus sensuelle que celle de Florence, plus intime que celle de Rome. Giovanni Bellini fonde cette lignée de peintres vénitiens. L'art de Titien achève la synthèse du naturalisme, de la culture classique dominée par la pensée néo-platonicienne et des aspirations nouvelles vers une manière somptueuse et luministe, aux vastes effets spatiaux.

L'oeuvre la plus difficile à classer dans les normes idéales de la Renaissance est celle de Michel-Ange, exception faite des sculptures qu'il réalise à 30 ans à peine (par exemple, son David, 1501-1504). Dès l'époque de la décoration de la chapelle Sixtine (1508-1512), il fait éclater le cadre de la Renaissance : chaque partie du gigantesque cycle a son propre système de perspective, les contrastes d'échelle (par exemple, entre les sibylles et les prophètes, les adolescents et les figures de la Genèse) effacent toute impression d'avoir affaire à un ordre achevé. Dans les figures d'adolescents, les "ignudi", Michel-Ange déborde complètement les cadres formel et sémantique de la tradition iconographique. Dans ses dernières oeuvres, l'ainé de la triade de la Renaissance italienne, Léonard de Vinci, franchira lui aussi la frontière entre Renaissance et Maniérisme en mettant ses figures et ses objets comme derrière un voile en dissolvant les contours au profit de transitions.

Toute oeuvre qui excelle dans le rendu des belles matières, des fleurs, des bijoux ou des tissus est le fait d'un artiste du nord. Tandis qu 'une peinture aux contours audacieux, à la perspective nette, exprimant la beauté du corps humain avec maîtrise est l'œuvre d'un Italien. (Gömbrich) Ame du Sud = Classique organique calme repos Ame du Nord = Expressionniste, inorganique, inquiète, angoissée

(voir oeuvres)

 

Après la mort de Léonard, de Raphaêl et de Michel-Ange la peinture italienne évolue vers le manièrisme.