Les mots réalisme, réaliste, réalité sont d'une utilisation courante, mais assez délicate ; ils peuvent en effet définir plusieurs degrés de référence au réel. Souvent, ils sous-entendent simplement l'observation scrupuleuse faite par l'artiste du modèle représenté qu'il soit figure, visage ou nature morte, même si cette étude aboutit à une composition allégorique ou religieuse.
Le terme réalisme s'emploie plus volontiers lorsque l'artiste, dans ses uvres ajoute au rendu fidèle des choses un désir d'ennoblissement du monde quotidien. Il en va ainsi des "peintres de la réalité" -l'expression est de Champfleury - qui évoquent avec une gravité subtile les scènes familières de la vie paysanne. Ce réalisme des frères Le Nain, loin de toute revendication sociale, est fait d'attention et de ferveur de même pour Murillo avec Les jeunes mendiants (Munich Alte Pina.), les ménagères pensives de Vermeer, les infirmes de Ribeira. Caravage élève jusqu'au grand goût, ses truands, et ses femmes de mauvaise vie.
Le mouvement historique du réalisme est lui plus circonscrit encore, il recouvre tout ce qui à partir de 1820 réagit par rapport au Classicisme et au Romantisme par un retour à l'étude de la nature et aux sujets quotidiens. Au sens large il pourrait englober les études d'après nature de Géricault, les paysages des maîtres de Barbizon peignant sur le motif dans la forêt de Fontainebleau et les toiles en plein air de Boudin ou de Lepine et tout l'impressionnisme
Pourtant le mot Réalisme ne recouvre qu'un groupe assez étroit d'artistes qui gravitent autour de Courbet. Le mot même de Réalisme apparaît, en 1836 dans la chronique de Paris, sous la plume de Gustave Planche.
Influencé par Balzac, Planche y voit une possibilité de régénération de l'art. Cependant dix ans plus tard, il sera un des adversaires les plus acharnés de Courbet et de son goût du laid. On retrouve ensuite le terme dans les critiques de Champfleury, qui est un des promoteurs du roman réaliste et qui prône le retour au réel pour se libérer de la peinture littéraire troubadour et s'opposer à l'art pour l'art de Théophile Gautier. Il trouve un écho favorable chez Castagnary et Edmond Duranty, qui fonde en 1856 la revue réalisme avec Jules Assezat, alors que face aux paysans de Millet et au goût social de Courbet, certains prédisent la révolte et la jacquerie. Vers 1838, Thoré-Bürger utilise le terme dans un sens péjoratif, synonyme d'imitation matérielle et c'est seulement après 1855 qu'il y verra une définition presque élogieuse. Baudelaire, ami de Courbet dès 1847 encourage les débuts du réalisme puis s'en éloigne quand il découvre Egar Allan Poe et son surnaturalisme.
Courbet adopte définitivement le terme, sur le plan historique, dans son catalogue qu'il rédige pour son exposition particulière dans une baraque de l'avenue Montaigne "Exhibition de quarante tableaux" de son uvre à proximité de l'Exposition universelle de 1855 qui avait repoussé L'enterrement à Ornans. Pour lui, qui exalte le sens social de l'uvre d'art et l'allégorie réelle, c'est plus un constat qu'une profession de foi : "le titre de réaliste m'a été imposé comme on a imposé aux hommes de 1830 celui de romantique".
Ce qualificatif apparaîtra un peu plus tard, chez les critiques littéraires pour définir la littérature française du XIX, de Balzac à Zola, qui s'oppose au Romantisme d'imagination et explore le monde quotidien : réalistes les frères Goncourt, Alphonse Daudet. Plus peut-être que Zola apôtre du naturalisme qui vers 1871 mêle à sa description du monde ouvrier un goût pour le grossier des préceptes socialistes qui l'éloigne du véritable constat réaliste, qui ne prend pas position .
Si l'influence de Courbet se sent encore dans certains aspect de l'expressionnisme européen et des réalismes politiques du XXème, on ne peut qualifier de réalistes tous ceux qui cherche à sauvegarder coûte que coûte l'art figuratif comme vers 1950, les peintres misérabilistes du Néo-réalisme, l'école de la Réalité poétique ou les Peintres témoins de leur temps et qui se rattacheraient plutôt aux traditions formelles antérieures comme les véristes ou les peintres du trompe l'il. Seuls ans doute les artistes du Pop'Art et du Nouveau réalisme qui, à travers l'exposition de l'objet et l'exaltation de l'acte matériel veulent depuis 1962 poser le problème du matérialisme peuvent en un sens relever du Réalisme social de Courbet par leur conception de l'art comme manifeste et prise de parti.