Mouvement très actif entre 1890 et 1905, à Orsay mouvement situé au niveau médian avec le Naturalisme, le Symbolisme, les Nabis.

L'Art nouveau se désigne aussi par des qualifications péjoratives "style nouille" ou par des noms se rapportant à un artiste précis "style Horta" ou à une réalisation précise "style métro". Il est très tôt question de "Modern style", ce qui implique, en France, le sentiment d'une influence anglaise, ou de "stile inglese" en Italie, où l'on emploie également les dénominations de "stile floreale" ou de "style Liberty" du nom d'un célèbre marchand anglais.

Malgré la diversité des oeuvres et des caractères nationaux persistants, un certain nombre de traits communs caractérisent l'Art nouveau : le culte de la ligne, la forme organique de la plante et l'ornement comme symbole de la structure. On met l'accent sur la courbure de la tige des joncs ou des roseaux, sur les ondulations des algues. Le bouton de fleur, le bourgeon sont des symboles de l'avenir. L'arbre fait aussi partie du répertoire comme symbole de fécondité. La blancheur du lys, comme celle du cygne est symbole de pureté. Flore et faune aquatiques, insectes légers, comme la libellule, serpents sont choisis aussi pour leurs effets décoratifs.

L'Art nouveau rassemble des personnalités ayant en commun le refus du modernisme industriel et qui cherchent refuge dans les valeurs éternelles du symbolisme pour construire un idéal de beau raffiné et bourgeois. Cette mentalité "Art nouveau" rassemble des mouvements plus précis nationalement et historiquement: Nabis, deuxième génération de symbolistes, post-impressionnistes, Gaugin décorateur, le cloisonnisme, la Sécession autrichienne avec Gustav Klimt, Toulouse-Lautrec, Mucha...

Le terme "Art Nouveau" fut employé dans les pays de langue anglaise et de langue française pour désigner le style qui se développa en Europe et aux Etats-Unis entre 1890 et 1905. Il a pour origine le nom que Siegfried Bing, marchand d'art ancien chinois et japonais, donna le 26 décembre 1895 à sa boutique parisienne du 22 rue de Provence, lorsqu'il en consacra une partie à l'art européen contemporain. Dès sa création la boutique fut un lieu de rencontre pour les artistes de toutes nationalités et l'un des symboles de ce nouveau style international. Les très nombreuses revues créées à cette époque contribuèrent à la diffusion rapide d'œuvres nouvelles. Les Belges font figure de pionniers avec la revue l'Art Moderne, fondée en 1881, où s'expriment Henry van de Velde et l'architecte Victor Horta. Mais c'est la revue anglaise The Studio, traduite en français dès 1893, qui se pose comme l'initiatrice et la propagatrice du "mouvement si moderne qui se manifeste dans l'Europe entière". Parait à Vienne Ver sacrum (1898-1903), organe de la Sécession, association fondée en 1897, présidée par Gustav Klimt et dont le nom reste attaché à la variante autrichienne de l'Art nouveau. Plus populaire est l'hebdomadaire munichois, satirique, littéraire et artistique: Jugend. Le journal est illustré par les vignettes florales d'Otto Eckmann et est à l'origine du terme "Jugendstil", qui désigne en Allemagne le nouveau mouvement. C'est à son imitation que fut fondée à Barcelone la revue Joventut, à laquelle Picasso collabora à ses débuts, témoignant du modernisme de la ville, où s'édifiaient les constructions d'Antonio Gaudi (1852-1926). Enfin à Paris paraissent Art et décoration en 1897 et l'Art décoratif en 1898. On y retrouve certaines formules mises à la mode par The Studio, comme les concours pour la création d'objets usuels.

Une des préoccupations du moment est en effet le renouveau de l'architecture et des arts décoratifs, et l'on assiste à la réhabilitation de ces derniers qui sont accueillis dans les expositions jusqu'ici réservées aux arts nobles. A Paris les arts appliqués apparaissent en 1891 au salon du champ de Mars organisé par la Société nationale des beaux-arts. La même année le salon des Indépendants présente trois céramiques de Gauguin et un ensemble décoratif de Bonnard. En 1893 la Société des artistes français, héritière du vénérable Salon officiel, accueille timidement une rubrique "Objets d'art" transformée en "Art décoratif" à partir de 1895. En Angleterre ces idées de l'unité de l'art s'étaient développées depuis le milieu du siècle avec les Préraphaélites. Les quatre numéros de The Germ, parus en 1850, s'intéressaient aux tissus, au mobilier et à la création de motifs industriels nouveaux. En 1888 le mouvement "Arts and Crafts" organise des expositions spécialisées dans l'artisanat d'art. Par le retour à l'artisanat, William Morris, comme Ruskin, voulaient supprimer les méfaits de "l'éclectisme". A cette époque, la copie des styles de tous les temps et tous les pays était considérée comme une garantie de vente par les industriels en pleine possession de moyens techniques permettant d'imiter, en les abâtardissant, n'importe quelle matière, n'importe quel décor. Il y a en contrepartie une volonté d'honnêteté du travail, du respect de la matière et de la fonction de l'objet, mais l'utilité du décor n'est pas mise en doute. Cette réforme devait aboutir à un nouveau style mais pas au résultat social attendu. Avoir perdu de vue les idées sociales sur le beau à la portée de tous, en produisant des objets faits à la main et d'un luxe raffiné est l'une des raisons du déclin rapide de l'Art nouveau. D'ailleurs d'autres tendances, essentiellement liées à l'architecture et à son renouveau fonctionnel, déjà défendu par Violet-le-Duc, se font jour à cette époque et proposent une solution industrielle. En Angleterre même, Charles Robert Ashbee (1863-1942), architecte et décorateur, membre du mouvement Arts and Crafts, proclame que la civilisation moderne repose sur la machine, cette dernière étant pour l'Américain Frange Lloyd Wright (1869-1959), "le précurseur de la démocratie, qui est notre espoir le plus cher". Déjà, dans cet esprit, l'ornementation n'est plus nécessaire, aussi bien à l'Américain Louis Sullivan (1856-1924) en 1892 qu'à l'Allemand Adolf Loos (1870-1933) qui déclare en 1902 que "l'ornement est un crime".

L'accueil fait à l'Art nouveau dans les grandes expositions internationales est significatif de cette évolution: à Paris en 1900, le style français a un brillant succès, tant avec le pavillon de Bing, qu'avec les dernières créations de Gallé, chef de l'école de Nancy. Mais en 1902 à Turin où les pays autres que la France sont mieux représentés qu'en 1900, un style plus simple, plus linéaire, plus géométrique, où la sobriété exclut presque le décor, est la caractéristique des produits écossais, anglais, belges et surtout allemands et autrichiens: Olbrist (1867-1908), Behrens (1868-1940), Hoffmann (1870-1956) y représentent la nouvelle tendance. En 1905 à Liège, la France ne présente rien et, en 1908, à Londres, il n'y a plus trace de l'Art nouveau.

 

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