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Voici
venu le temps où les guerriers d'Obitanie sont à nouveau sur
le qui-vive, lancés à la poursuite de Manjas-Kébir, le
bandit qui a enlevé la fille de Rixo Lomadis Bron, un riche propriétaire
terrien qui règne en maître sur les bergers de la Montagne Pourpre.
Voici venu le temps où Rixo Lomadis Bron, accusant Manjas-Kébir d'avoir tué sa fille, exhorte tous les habitants du pays à traquer l'assassin... Et où Radovan Rémila Stoï, le plus grand guerrier de la contrée, s'élève contre cet acte insensé qui a toutes les chances de les mener à la guerre.
Voici venu le temps où Fogo Lompla, guerrier de recherche hors pair et héros de l'histoire, commence à se poser des questions : sur l'introuvable Manjas-Kébir, sur son combat en faveur de la libération des bergers, sur sa vie de guerrier qui le voue à une perpétuelle errance, et sur ses histoires d'amour impossibles...Voici venu le temps se cognent ainsi à la réalité et aux frontières géographiques ou sociales. Chacun espère sortir de sa condition mais tous sont finalement forcés de reprendre leur triste vie d'avant. Le guerrier d'attente attend en vain que sa proie passe sous son arbre, le brigand d'escapade revient au pays malgré les dangers qui le guettent. L'action violente et radicale est également sans issue, elle légitime les programmes sécuritaires et l'arrêt des négociations.
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Voici
venu le temps de
l'île aux enfants. Pour les temps qui changent
probablement qu'il faudra encore attendre. Les guerriers du film habitent
un monde qui relève à la fois de Thierry la fronde, du western
et d'un moyen-age entre Les visiteurs et Jacques Demy. Comme les chevaliers
Jedei, les protecteurs des bergers d'ounaye condamnés à donner
leur sang pour survivre se sentent garant d'un ordre social qu'il faudrait
améliorer mais qui menace d'être pire encore. Que faire alors
?
Mais qu'importe le constat d'échec de la révolution auquel aboutit le film puisque l'énergie, la poésie et l'humour sont sans cesse renouvelés et réinventés. La mort rôde pour les guerriers de combat et la démission s'empare du guerrier d'attente mais le guerrier de recherche continuera son chemin. Sous une autre forme, le film reprend les conclusions politiques d'Ettore Scola dans Nous nous sommes tant aimés : "Nous voulions changer le monde et c'est le monde qui nous a changé " concluait tristement Nino Manfredi qui semblait pourtant oublier que, des trois amis, c'est lui qui s'en était le mieux tirer en cherchant d'autres voies pour rester fidèle aux combats politiques de sa jeunesse sans renoncer à la sphère intime.
Or c'est aussi tout l'enjeu de Voici venu le temps que d'articuler les enjeux mondialistes et les relations privées entre les personnages. Les premiers y sont toujours introduit avec le plus grand humour - le boycott devra s'étendre à l'étranger, appel à John Fitzgerald Kennedy- alors que les seconds font l'objet de longues scènes aux dialogues savoureux (faut-il être guerrier ou agriculteur) qui parlent d'amitié ou interrogent la gestion du quotidien dans une vie de couple.
La lumière magnifique qui baigne le film permet de retrouver une unité
formelle sans cesse menacée d'écartèlement du fait des nombreux genres
parodiés : le western, (pendaison, chasseurs de prime, traversée
du fleuve frontière, marches et bivouacs) le conte (les fleurs exubérantes,
la machine impossible) ou le film d'aventures (assaut du château, le
bar parodie de celui de La guerre des étoiles avec ses ampoules
et ses boissons manifestement non alcoolisées).
Aussi intransigeant sur ses choix sexuels que politiques ou formels, Guiraudie
imprègne son film d'une sensualité fortement marquée
par l'homosexualité du personnage principal qui empêche probablement
le film d'atteindre le succès public qu'il mérite.
J.-L. L. le 16/09/2005
