Dans la nuit
Charles Vanel
1929
Avec : Charles Vanel (l'ouvrier carrier), Sandra Milowanoff (sa femme). 1h15

Un ouvrier carrier se marie. Quelques temps après il est défiguré par une explosion accidentelle. Pour cacher ses plaies, il est obligé de porter un masque. Sa femme prend un amant. Un jour, ce dernier s'affuble lui-même d'un masque et est surpris par le mari. Au cours de la bataille qui s'ensuit, l'un des deux hommes masqués meurt. La femme aide à se débarrasser du cadavre, mais va découvrir que le meurtrier n'est pas celui qu'elle croyait…

 

M. Gorel dans La revue du Cinéma, 1er juin 1930 déclarait :

"Ce qui me séduit dans ce film, c'est un ferme désir de gêner. Pour employer une expression aussi ingénue que définitive (et qui est, je crois, de Zola), le metteur en scène Vanel dit son fait à la vie. Il le dit grossièrement, sans concession, brutalement. Aux amateurs de gros plans, du sang. Aux innocents admirateurs de montage, des lambeaux de viande. Aux friands de carte postale artistique, toute la cruauté de la vie. Et qu'il y ait aussi dans ce film une fureur de réunion publique et de barricades, en somme une suite de coups de poing assez sauvages, toujours vigoureux, dignes d'un débardeur, voilà qui, pour moi, arrange tout à fait les choses. Car, enfin, le cinéma n'est que trop souvent dérision, mièvrerie… Pour amadouer la censure (qui voulait, paraît-il, interdire le film), le producteur a ajouté une "bonne fin" qui fait croire que toute la sombre histoire imaginée par M. Vanel n'était qu'un rêve. Mais le public, j'espère, ne s'y trompera pas."

Si cette analyse peut faire espérer un film naturaliste à la Stroheim ou à la Murnau il n'en est hélas rien. L’action se déroule à Jujurieux en Bugey, près de Lyon et le début constitue un excellent documentaire sur le travail ouvrier. La description du bonheur du couple est ensuite conventionnelle et sans ampleur. La même description par petites touches du désir amoureux frustré de la jeune femme et de son dégoût de son mari s'accorde mal avec la puissance des sentiments qui sont censés être en jeu.

La fin imposée à Charles Vanel par le producteur est effectivement ridicule.


Version restaurée par la cinémathèque française, présentée à Cannes dans le cadre de des réalisateurs 1983