Majorité / Minorités
Multiplexe / salles d'art et d'essai
Version Française/ Versions Originales
La censure dont le texte de Mathieu Amalric a été victime lors de la cérémonie des Césars en dit long sur les pressions qu'exercent certains grands groupes industriels du cinéma. Pour ceux-ci, le cinéma doit toujours pouvoir s'adresser à tous pour ramasser les plus gros gains possibles.
Les voix minoritaires de Mathieu Amalric (qui sait lui concilier cinéma minoritaire et cinéma grand public) et Abdellatif Kechiche seront bientôt aussi inaudibles que celui du secteur art et essai de l'agglomération caennaise, l'un des plus dynamiques de l'hexagone, menacé par l'installation en 2009 d'un multiplexe de14 salles, sur l'emplacement de l'ancienne Criée près de la gare.
Ce qui menace, c'est que la commission crée en septembre par le Ministère de la culture pour étudier les règles de concurrence dans l'exploitation attendra que les élections municipales soient passées pour dérouler, en mai 2008 à Cannes, une nouvelle grille de fonctionnement que l'on peut aisément prévoir : fin des sorties nationales et de l'accès aux films porteurs grand public pour les salles Art et Essai en zone de concurrence. Ce sera probablement la fin de la programmation en V.O. des films d'Almodovar, Allen, Burton, Loach... au Lux et au Café des images
La stratégie que mène actuellement le Pathé sur les films porteurs de Sean Penn et Joël Coen "afin d'expérimenter la version originale dans ses salles du centre ville de Caen" n'a rien d'une initiation à la V.O. d'un public qui s'en passe d'habitude très bien. Elle suffira juste à "prouver" l'intérêt commercial de la V.O. sur des films porteurs en essayant de faire croire qu'il y aurait intérêt à la maintenir pour tous les films étrangers.
Ce sont les 260 000 spectateurs du Lux et du Café des Images qui, très probablement, encouragent le groupe Pathé à lorgner du côté de l'art et essai et à expérimenter la version originale dans la perspective de l'implantation du futur multiplexe dont il pourrait être l'opérateur Nul doute que si le multiplexe en question s'aventure sur leurs plates-bandes, Lux et Café des Images seront rapidement fragilisés et ne pourront pas maintenir longtemps la richesse et la pluralité de leurs activités.
Lorsque le Pathé aura étouffé l'un de ses concurrents voir les deux, il est certain qu'il en reviendra à sa logique majoritaire qui consiste à donner la même chose pour tous. Ce sera alors la fin de la programmation de tout film en VO car le public cinéphile aura progressivement déserté ces salles qui ne sont pas faites pour lui.
L'existence d'une exploitation exigeante (formation des scolaires, invitation des cinéastes, débats cinéphiles et de société, films en VO, salles sans pop-corn et spectateurs respectueux de ses voisins-voisines) dépend du soutien des collectivités publiques, mais, également, de la capacité pour le Lux et le Café des images de maintenir un niveau de ressources propres important et, donc, les niveaux de fréquentation qui sont les leurs et qu'ils ont atteint à force de conquête des publics.
Un article récent de Télérama a prouvé la redoutable finesse économique du groupe Pathé. Sachons nous monter vigilents pour repousser ces mises à mort préméditées des salles d'art et essai. Seul leur travail de fonds assure le maintien d'un public capable de soutenir un cinéma qui sache faire preuve de diversité culturelle.
J.-L. L. le 29/02/2008
Voir :
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Menaces sur le cinéma en 2008
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