1854-1948
 
   
   
   

Les frères Lumière sont les inventeurs mais aussi les premiers producteurs et exploitants du cinématographe. Ce sont aussi les premiers metteurs en scène du cinéma.

Originaire de Haute-Saône, Antoine Lumière, le père des inventeurs, fût receuilli, après la mort de sa mère, par un peintre vivant à Paris, nommé Auguste Constantin. Antoine devient ainsi peintre d'enseigne. Quelques années plus tard, il y rencontre Jeanne-Joséphine Costille. Il quitte la capitale et part s'établir à Besançon où il ouvre un magasin de photographie. Il aura trois enfants : d'abord une fille, puis Louis (le 10 avril 1854) et enfin Auguste (le 19 octobre 1862).

En 1870, toute la famille part à Lyon pour s'associer avec Fatalo, un photographe de la rue de la Barre. L'affaire est bientôt rentable et Antoine devient célèbre pour avoir immortalisé, sur "plaque sensible" les célébrités lyonnaises. Ses enfants peuvent ainsi entrer à l'école industrielle de la Martinière. Auguste et Louis obtiennent respectivement, un diplôme de chimie et de physique.

En 1880, Louis commence ses recherches pour améliorier les plaques photographiques de son père. Ce dernier lui refusait alors l'utilisatiion de balances de précision et l'on raconte que Louis été obligé d'aller chez le pharmacien d'en face pour doser ses produits. Après de nombreuses journées passées dans la pénombre du sous sol, il met au point des plaques photographiques perfectionnées. Les ventes sont très satisfaisantes et devant la croissance de la clientèle, Antoine Lumière cède les fonds et s'installe à Montplaisir convaincu des capacités scientifiques de son fils.

En 1872, Louis crée une usine, employant une dizaine de personnes, destinée à la fabrication de plaques photographiques au gélatino-bromure d'argent. Vingt ans plus tard, sa production annuelle dépasse la barre des 15 millions de plaques en employant plus de 300 ouvriers. En 1883, il crée une pellicule qu'il nomme "étiquette bleue", qui connait un succès fulgurant en partie grâce à sa sensibilité (4ASA) qui permet d'obenir une vitesse d'obturation de 1/60 de seconde.

En 1891, les frères Lumière orientent leurs recherches vers la photographie couleur. Se basant sur le procédé de Gabriel Lippmann, ils perfectionnent cette technique qui montre malheureusement ses limites : les temps de poses restent trop longs et les couleurs ne sont pas toujours reproductibles. Louis abandonne ce procédé, pour privilégier ses recherches en matière de photochimique, et présente lors de l'exposition universelle(1900) des clichés couleurs prometteurs. En 1904, la majeure partie de problèmes liés à la réalisation de plaque autochrome est résolue et ils publient un compte rendu sur sa fabrication à l'Académie des sciences. La première production industrielle de plaques autochromes commence en 1907, et durera une trentaine d'années. En 1914, elle atteignait 6 000 plaques par jour.

L'invention du cinématographe

En 1894, Antoine Lumière va à Paris où il découvre le kinétoscope d'Edison. De retour à l'usine familiale, il explique ce qu'il a vu à ses fils en insistant sur les bénéfices énormes qu'ils pourraient tirer. Préférant travailler seul, Louis refuse l'association avec Georges Demenÿ pour améliorer le phonoscope de ce dernier. Après des mois de recherches, il parvient à créer un appareil qui pourrait marcher mais il se heurte au problème d'entrainement de la pellicule.

Après de longues nuit blanches, Louis parvient à trouver la solution : utiliser le même principe que les machines à coudre : adapter au condition de la prise de vue, le mécanisme connu sous le nom de « pied de biche » dans le dispositif d’entraînement des tissus dans les machines à coudre. Dispositif réalisé d’abord à l’aide d’un excentrique circulaire remplacés ensuite par un organe triangulaire. Ce système est donc monté sur une manivelle qui permet d'éviter l'utilisation de l'électricité et ainsi d'alléger l'appareil.

Louis confie au fur et à mesure de ses avancés ses croquis à Etienne Moisson, le chef mécanicien de ses usines qui finit par établir le premier appareil. Comme il était alors impossible de se procurer, en France, les films sur celluloïd transparent, les premiers essais sont réalisés des bandes de papier photographique fabriquées par les usines Lumière. Louis les découpe et les perfore lui-même. Les premiers résultats sont excellents.

Les deux frères parviennent à se procurer du celluloïd transparent. Le cinématographe permet de prendre des vues (le terme "film" n'existait pas à l'époque) de 40 a 55 secondes (environ 25m de pellicule). Antoine Lumière aurait préféré que l'invention se nomme "Domitor" mais ses fils ont choisi un apellation scientifique qui est composé de "kinêma" qui veut dire mouvement en grec et de "graphein" qui signifie écrire.

 

 

Cet appareil possède de nombreuses qualité : en plus de ne peser que 5 kilos, il fait également office de projecteur et de tireuse. Il sera breveté le 13 février 1895 sous le nom des deux frères.

Le 22 mars 1895, il donne une conférence sur la photographie en couleur et présente en exclusivité son premier film, (lui aussi breveté) : La sortie des usines Lumière. Puis il réalise une quinze de films qu'il présente au congrès des photographes, à Lyon, à Bruxelles et enfin à la Sorbonne.

La première projection cinématographique publique et payante

les frères Lumière organisent la première projection cinématographique publique et payante. Elle eut lieue dans le salon indien, au sous-sol du Grand Café, à Paris. Le billet d'entrée coûtait un franc et donnait le droit de voir une dizaine de bandes d'environ une minute chacune (Place Bellecour à Lyon, La sortie des usines Lumière, Le congrès des photographes, Le goûter de bébé, La partie d'écarté, L'enfant et le chat, Promenade en mer, La démollition d'un mur, Les forgerons, Le maréchal Ferrant, L'arroseur arrosé, L'arrivée d'un train en gare de la Ciotat).

Le public se montre d'abord méfiant, il redoute une simple projection de lanterne magique, est trop occupé par la préparation des festivités du nouvel an mais il est immédiatement séduit en voyant l'arrivée d'un train en gare de la Ciotat et il paraîtrait même que des spectateurs on fait un sursaut de recul pour éviter le train, pensant qu'il fonçait réellement sur eux.

Tentre trois personnes ont donc, pour leur plus grands plaisir, assitées à cette première projection. On notera que Georges Méliès en faisait partie et l'on raconte même qu'il aurait proposé aux frères Lumière d'acheter leur invention contre une forte somme d'argent. Ceux-ci ont refusé, expliquant que le cinématographe n'était en aucun cas un divertissement mais bien une technique scientifique moderne.


"Dès la fin de la séance, je faisais des offres à M. Lumière pour l'achat de l'un de ses appareils pour mon théâtre. Il refusa. J'avais été pourtant jusqu'à 10 000 francs, ce qui me semblait une somme énorme. M. Thomas, directeur du musée Grévin, obéissant à la même idée, lui offrait 20 000 francs, sans plus de résultats. Enfin M. Lallemand, directeur des Folies-Bergères, également présent, allait jusqu'à 50 000 francs. Peine perdue..."Extrait de l'interview de Méliès, le 26 décembre :


Finalement, le public ne tarde pas à venir en masse : on compte rapidement 2 500 spectateurs quotidiens. Les Lumière se transforment rapidement en producteurs et en distributeurs.

 

Le succès mais l'échec industriel

Le succès soudain des Lumière à fait de nombreux jaloux, principalement chez les amis de Marey, Reynaud, Demeny et surtout d'Edison qui voyaient la notoriété de leur pays soudainement écrasée. Aucun de ses concurrents à part peut-être Edison, n'avait les moyens dont les frères disposaient. Ceux-ci tournent, en une année, plus de cinquante films, tous projettés avec succès devant le public parisien.

Les films Lumière seront projettés, pendant plus d'un an, dans le salon Indien du Grand Café. Cette salle peut acceuillir 120 spectateurs qui paient chacun 1 franc la place. Une vingtaine de films d'une minutes chacun sont projetté par séance. Si les premiers soirs sont déçevants au niveau du nombre d'entrée, au bout d'une semaine la file d'attente mesure plus de 300 mêtres ! En cinq ans, le bénéfice atteindra la somme astronomique de trois millions de francs. En 1896, Antoine ouvre une seconde salle de cinéma boulevard Saint Denis.

Dès 1895, la parution de compte-rendus élogieux décrivant le bien-fondé de l'invention suscite des demandes d'achat pour le Cinématographe. Mais les Lumière préfèrent conserver la main-mise sur son exploitation, en mettant en place début 1896 un système où des concessionnaires achètent l'exclusivité des projections dans une ville française ou dans un pays étranger Ce sont souvent des distributeurs de produits photographiques Lumière tentés par la nouveauté des images animées. En échange d'un fort pourcentage des recettes (50%), ils reçoivent en prêt un Cinématographe avec son équipement de projection et des films, ainsi que du personnel formé à Lyon pour sa mise en œuvre, personnel rémunéré par les concessionnaires. Seule une partie des opérateurs envoyés par la firme est habilitée à effectuer des prises de vues, et dispose donc du matériel nécessaire et de bandes vierges. D'autres, non liés à un concessionnaire en particulier, effectuent de véritables tournées à travers un continent Des images tournées un peu partout en France et dans le monde, de l'Autriche-Hongrie au Mexique en passant par l'Australie et l'Indochine (soit 31 pays étrangers actuels) viennent ainsi nourrir les programmes des projections. Un des plus connus reste Mesguish à qui Louis a dit, en l'embauchant, que "le cinéma est une invention sans avenir".



L'année suivante, le système des concessions est abandonné, sans doute en raison de la multiplicité des postes de projection et de leur éloignement géographique qui rendait difficile la centralisation depuis Lyon, mais aussi en raison de la concurrence qui discute âprement à Lumière le monopole des premiers mois. Le matériel de projection, de prise de vue et les films sont alors mis en vente, d'abord aux concessionnaires et à des opérateurs désirant se mettre à leur compte, puis au public à partir de mai 1897. Divers catalogues de vente sont édités en plusieurs langues et présentent la liste des vues et du matériel cinématographique disponibles.

En avril 1897, l'opérateur de Lumière, Félix Mesguich, est arrêté aux États-Unis sous le prétexte qu'il ne disposait pas d'autorisation pour filmer. Il était en train de filmer une bataille de boules de neige. C'est en fait la conséquence d'une attitude protectionniste, demandée notamment par Edison… La première compagnie Lumière aux États-Unis est contrainte de stopper ses activités sur le territoire américain.


La production connaît ensuite un net ralentissement (815 vues tournées de 1895 à 1897, 613 de 1898 à 1905), et se nourrit essentiellement des vues rapportées par quelques opérateurs encore en liaison avec la maison Lumière, comme Alexandre Promio ou Gabriel Veyre, et de celles envoyés à Lyon par d'anciens concessionnaires ayant acquis des Cinématographes, comme Vittorio Calcina en Italie.

Le véritable déclin de la production commence à partir de 1901, année où moins de 50 films - de moins d'une minute, rappelons-le - sont tournés. Ensuite, les nouveautés seront seulement quelques actualités et quelques tentatives de films à trucs en plusieurs bobines qui ne suffiront pas à renouer avec les faveurs du public. Les projections du Cinématographe à Lyon cessent en juillet 1902, et en 1907 paraît le dernier catalogue de vues Lumière, en fait la simple réedition de celui de 1905. Dès lors, le seul lien de la société Lumière avec le cinéma sera la fabrication de pellicule, dorénavant au standard de 4 perforations rectangulaires de chaque côté de l'image.


Dans les années 30, Louis Lumière continuera de son côté à inventer des procédés de cinéma en relief puis de cinéma en couleurs par l'Autochrome pour tenter d'améliorer la reproduction de la réalité à l'écran.

Lors de l'exposition universelle, les Lumière ont proposé de projetter leurs vues sur écran géant. Pour des raisons de sécurité, celui-ci ne mesurera que 16m sur 21m. La toile est immergée entre chaque séance pour que le poids de l'eau la maintienne tendue. Les spectateurs se placent des deux cotés de l'écran, sur le Champ-de-Mars.

Mais le public finit pas se lasser des vues Lumière pour se tourner vers des productions prommetteuses comme Pathé, Gaumont et surtout Méliès. Louis fait baisser les entrées de son cinéma à 50 centimes et tourne un film plus long intitulé "Passion de Jésus" qui sera sans succès. Il finit par abandonner la producton filmique : "faire des films ce n'est plus mon affaire".

Louis se consacre au marché de la pellicule couleur et au cinéma en relief. Il invente un haut parleur de papier plissé et, pendant la guerre, il met au point un réchaud catalyse fonctionnant à l'essence pour réchauffer l'habitacle des avions. En 1919, il est élu membre de l'académie des sciences et abandonne la direction de son usine un an plus tard.

À soixante ans Auguste décide de se consacrer à des recherches médicales. Certaines de ses réflexions (celle concernant l'utilisation du tulle gras sur des brûlures, par exemple) montrent sa pertinence, mais d'autres sont plus douteuses et sa notoriété est mise en doute. Sa fortune lui permet de publier de nombreux ouvrages. Son usine prépare même 150 spécialités pharmaceutiques qui seront utilisées dans la clinique Lumière, construite en 1936, où l'on soigne selon les principes tirés des recherches d'Auguste.

En 1946, Louis lègue à la cinémathèque française plus de 1800 vues qu'il a réalisées avec ses opérateurs. Il meurt deux ans plus tard. Auguste décède en 1956.

 

Sources :