Le film policier : vers trois genres distincts

Le film policier sous entend un délit et trois types essentiels de personnages : celui qui commet le délit (assassin ou voleur), celui qui cherche à découvrir comment a été commis le délit et/ou à mettre hors d'état de nuire le responsable (policier ou détective privé) et la victime, réelle ou présumée.

Au début, les serials

Les premiers films qui montrent des bagarres entre bons et méchants, des rebondissements, des mouvements multiples et des péripéties à l'infini sont les serials (adjectif américain devenu substantif) double cinématographique des romans populaires parus sous formes de fascicules hebdomadaires.

Le premier aventurier du cinéma est Nick Carter (1908, Jasset). Mais le plus célèbre des serials est Les mystères de New-York (36 épisodes The exploits of Elaine avec Pearl White) sorti le 20 janvier 1915, réalisé par le Français Louis Gasnier. Le 15 mai 1915 Charles Pathé diffuse sur les écrans parisiens un unique serial de 24 épisodes de The Exploits of Elaine and the New Exploits of Elaine. Le succès de Elaine contre "La main qui étreint" et son chef, "L'homme au mouchoir rouge" est exceptionnel et fait fleurir les séries dérivées et parodiques comme "Le pied qui étreint" de Jacques Feyder (4 épisodes) et "Max et la main qui étreint". En septembre 1915, l'acteur René Navarre étant mobilisé, Louis Feuillade ne peut reprendre la série des Fantômas (4 films d'avril 1913 à juillet 1914), mais il va répondre au succès des Mystères de New-York avec le véritable premier film à épisodes (10) Les vampires. En avril 1916 c'est la sortie de Judex (prologue et 12 épisodes) puis Barabas en 1919. En 1922, H. Fescourt réalise Mathias Sandorf (9 épisodes) et Rouletabille chez les bohémiens (10 épisodes).

Le film policier est un véhicule commode pour pénétrer dans tous les milieux et dévoiler ce qui se passe derrière la façade. Dans ce sens il a toujours été la meilleure des radiographies sociales. Plus encore, il essaie d'élucider la nature double de l'homme, à la fois flic et voyou, saint et crapule, victime et assassin. Le film policier fascine parce qu'il nous met devant la tentation du mal. Il possède ainsi une filialition naturelle avec l'expressionnisme (Dans "Gilda" l'enfer passionnel qui attache Gilda à Johny Farrell rappelle l'atmosphère du "Journal d'une fille perdu" de Pabst) ou le baroque ( le rêve de "La dame de Shangai" rappellent celui de "Caligari")

Dès l'aube du cinématographe, on a filmé voleurs et gendarmes. D'abord les voleurs (Fantomas, Scarface et les bootlagers), puis les gendarmes, enfin les justiciers (Judex). Les premiers gangsters américains ceux de Musketeers of Pig Alley de Griffith en 1912 et ceux de The Regeneration de Walsh en 1915 (décors naturels des bas-fonds de New-York), sont victimes de leur environnement.

Le genre n'est pourtant pas encore né. C'est le fantastique succès de L'ennemi public de Wellman en 1931, en pleine prohibition, qui crée le genre. Le film policier est l'exaltation d'une réussite ambiguë, amorale, fascinante et précaire.

Dès 1935 l'Amérique ne croit plus au succès des gangsters, elle en fait des sujets de tragédie avant de s'apercevoir que le véritable gangstérisme est organisé. Le cinéma policier s'attache alors à décrire la complexité des sociétés criminelles.

En partant de cette évolution historique, on peut classer les films policiers en plusieurs sous-genres distincts :