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LADY CHANCE de Wayne Kramer. 1*.Bernie Lootz est un vrai loser
de cinéma, il a la panoplie complète : faciès,
comportement, mental
et il bosse au black dans un casino à
Las Vegas, employé comme porte-poisse en remboursement d'une
vieille dette, chargé par sa seule présence de faire perdre
les joueurs qui gagnent trop d'argent. A quelques jours de sa quille,
il va s'amouracher d'une jeune femme trop belle pour lui, Natalie qui
va le sortir un peu de sa torpeur. Mais pas de bol plus il tombe amoureux
de la donzelle, moins son pouvoir fonctionne. Une poignée de
turpitudes plus tard le super zéro partira avec sa princesse
et du pognon plein la vareuse, comme dans les grosses bouses hollywoodiennes
auxquelles ce film à force de vouloir s'en distinguer finit par
ressembler.
Il y avait dans cette histoire du matériau pour faire un vrai
bon film noir : un minable poursuivi par la guigne, une femme plus ou
moins fatale, un salopard (alcoolique et psychopathe), bref le décorum.
Le hic c'est que le noir ici se teinte dangereusement d'un rose sucré
des plus indigestes. On ne peut pas croire une seule seconde dans la
pérennité de cette bluette niaiseuse (et pourtant le réalisateur
les filme souvent au lit, c'est dire s'ils s'aiment), de même
que dans le deus ex machina final qui les débarrasse d'un ultime
obstacle et leur permet de partir vers un ailleurs plus clément.
Plus happy end tu meurs. Les acteurs ne sont pas non plus à la
fête : à part Alec Baldwin dans une composition assez bonne
quoique limitée (c'est pour lui l'étoile), les deux tourtereaux
sont mauvais. William Macy en rajoute des tonnes dans l'apparence extérieure
de son personnage de loser et Maria Bello (la bien nommée) dans
le registre je-suis-une-femme-brisée-par-la-vie. Le metteur en
scène a parsemé son film de microscopiques idées,
comme la récurrence des scènes avec le pot de lait sensé
suggérer l'état de Bernie (que c'est subtil !) et de tics
de filmage (cadrages, plans inutiles de machines à sous comme
dans les reportages vérolés de Media7 * dont la 5 nous
abreuve quotidiennement). Entre deux scènes de violence et deux
plans aériens de Las Vegas illuminée le temps est drôlement
long sous les néons.
Lady Vengeance (3*-14/20), le troisième
volet de la trilogie sur la vengeance du Coréen Park. Toujours aussi
malin et séduisant dans sa façon de mettre en scène ses films, en féminisant
son intrigue il apporte un léger plus, même si ce dernier est moins
carré que son prédécesseur. Bref, de l'ironie, de l'humour vachard,
une esthétique encore une fois à couper le souffle, une interprétation
excellente (surtout la jeune femme du titre)...120 minutes de joie sur
mon fauteuil
LE LIVRE DE JEREMIE de Asia Argento.
2*. Le film raconte l'enfance chaotique de Jeremiah et ses relations
ambiguës avec sa mère. Après en avoir été
privé pendant des années pour cause de vie dissolue et
d'incapacité à s'en occuper, cette dernière décide
de le reprendre à la famille d'adoption dans laquelle les services
sociaux l'avaient placé. Pour cela elle a du faire bonne figure
face aux inspecteurs, trouver un boulot, un toit fixe
bref, un
court instant se faire passer pour une Américaine modèle.
Mais sitôt Jeremiah installé dans cet univers de pacotille,
elle décide de tout chambouler encore une fois. Elle met rapidement
une poignée d'affaires dans un sac et ils partent tous les deux
vers ce qu'on pourrait sans exagérer appeler une descente aux
enfers, ou pour continuer dans la métaphore religieuse, un calvaire
initiatique.
Le thème du film semble être la maternité, où
comment donner à un enfant quand on a soi-même été
privé, comment lui témoigner son importance et tenter
de lui donner des armes pour affronter une rude réalité
quand on patauge dans une mélasse inextricable. Ce qu'elle fait
avec son fils, au-delà de tout jugement moral, par delà
même la réalité sordide dans laquelle elle le plonge
et les souffrances inacceptables qu'il doit endurer, c'est le mieux
qu'elle puisse lui offrir et le plus honnête. Elle ne lui ment
pas quant à ce qu'elle est, tous deux encaissent une vérité,
parfois dégradante et révoltante mais c'est le prix qu'elle
a accepté de payer pour avoir son fils auprès d'elle.
Et pour se confronter physiquement avec cette réalité-là,
la drogue leur fournit une dérisoire protection imaginaire, une
échappatoire à la volonté de lutter
mais tout
cela n'est bien sûr que provisoire, car tout finit par les rattraper,
et le contact est toujours douloureux. D'ailleurs leur périple
cabossé commence comme une grosse hallucination, un trip géant
au LSD et se finit par une fuite d'un hôpital, tous les deux,
unis contre tout et tous. Asia Argento, plus écorchée
encore que dans son premier film le troublant Scarlet diva, joue avec
une grande sincérité, débarrassée de tout
fard (alors que paradoxalement elle s'en enduit le visage avec acharnement)
son personnage de mère borderline et le couple maudit qu'elle
forme avec son fils est émouvant. La mise en scène est
au diapason avec la narration et le sujet : extrême, foutraque,
malsaine par moments mais très sincère et dénuée
de tout jugement moral. Ce qu'elle filme c'est une relation complexe
d'amour/rejet, que le spectateur pour l'apprécier à sa
juste valeur devra accepter de voir avec un il vierge, et de passer
au-dessus des outrances de la mise en scène.
LOCATAIRES de Ki-duk Kim 3* .Tae-suk
occupe ses journées d'une étrange façon. Il choisit une rue et colle
des prospectus sur toutes les serrures extérieures. Il repasse le soir
et sélectionne une maison sur laquelle pend encore son tract, il en
force l'entrée et une fois dedans il se livre inlassablement à son rituel
: il se prend en photo à côté des photos de ceux qui y habitent, répare
un objet défectueux, prend un bain, nettoie ses vêtements et finit par
s'endormir. Lors d'une de ses occupations sauvages il fait la rencontre
de Sun-houa, une jeune femme mariée à un homme qui la bat. Ils partent
tous les deux et voltigent d'appartements en maisons jusqu'au jour où
Tae-suk se fait arrêter. Locataires se déroule à un rythme d'une lenteur
entêtante dans un silence apaisé. La vie marginale choisie par Tae-suk
lui permet de vivre une forme de liberté, sans attache apparente à autre
chose que sa moto. Ses immersions de courte durée dans des domiciles
d'inconnus, procédant d'un rituel immuable, ne sont pas tant perçues
comme un " viol " que comme une escale chaleureuse. Lorsqu'il quitte
ses " squats " tout est rangé à l'identique, rien ne semble avoir bougé
si ce n'est qu'à chaque fois, un appareil (une horloge, une balance,
une chaîne stéréo) a été réparé ou modifié, laissant ainsi une trace
difficilement perceptible (en tous les cas comme telle) de son passage
éclair. L'arrivée dans sa vie bohème de la belle Tae-suk ne change pas
grand chose en apparence, si ce n'est bien entendu que tous les deux
vont peu à peu se rapprocher, silencieusement. Le film n'est pas traité
comme une histoire classique, il s'agit de petites scènes assemblées
comme les taches sur une toile pointilliste. Oscillant sans cesse entre
humour et une forme de poésie symbolique, il laisse la porte ouverte
à plusieurs interprétations, notamment sur l'existence réelle de Tae-suk.
En effet celui-ci ne prononce jamais un mot, il pourrait, pourquoi pas,
être une création, un fantasme de Sun-houa, qui pour s'échapper d'un
quotidien morne à force d'ennui et de malheur conjugal aurait créé ce
vecteur de liberté, jouant pour cela sur l'imperfection de la mémoire,
prompte à nous faire imaginer par exemple que durant notre absence quelque
chose a été modifié, comme après le passage d'un étranger (perception
intime et infime d'un changement quelconque). Bref, quelle que soit
ce qu'on y voit, le spectateur est poussé à sortir du rationnel pour
apprécier le film à sa juste valeur, une œuvre légère, en point d'interrogation,
à la musique charmeuse, pleine d'un humour décalé et étoilée de scènes
de violence subites et sauvages.
LOST IN TRANSLATION de Sofia Coppola. 4*. Bob est un acteur
quinqua à la carrière déclinante qui est à
Tokyo pour le tournage d'une publicité pour un whisky. Charlotte
est une jeune femme, tout juste sortie de ses études, qui vit
là-bas mariée à un photographe. Ils logent dans
le même hôtel. Ces deux individus, tous les deux éloignés
de leur cellule familiale, lui de sa femme et de ses enfants restés
aux USA, elle loin de son mari car il est toujours parti, ces deux solitudes
mélancoliques se rencontrent, passent du temps ensemble, se cherchent
et s'interrogent, s'abandonnent à une lente montée du
désir, se laissent envahir par un sentiment qu'ils ne ressentaient
guère plus. Lui est fatigué, usé par la vie, blasé,
fané ; elle est fraîche, pleine de vie mais ne trouve pas
son équilibre, elle est en carence.
Le film dépeint par petites touches cette relation amoureuse
qui refuse de se l'avouer et de s'assumer. Cette multitude de moments,
de bribes de vie apparemment anodines, qu'ils soient ensemble ou pas,
font à coup sûr monter délicatement, suavement une
tension érotique et sentimentale qui n'éclatera jamais.
Tout juste s'embrasseront-ils avant le retour de Bob aux USA (et donc
dans son foyer). Cette rencontre puise son intensité cachée
dans la déroute de ses protagonistes, dans la constatation qu'ils
font du relatif échec de ce qu'ils ont construit. Lui à
déjà pas mal vécu, mais seuls ses enfants semblent
encore lui procurer du plaisir, sa femme lui paraît détachée,
aucun lien fort ne semble les unir, elle n'a plus besoin de lui. Ils
restent ensemble et ils regardent les enfants pousser
point. Pour
Charlotte c'est un peu différent, elle est très jeune
donc pas encore totalement désillusionnée, même
si elle ne croit plus trop dans son mariage, ou du moins dans la solidité
des liens qui la relie avec son mari.
La mise en scène est très subtile et légère
en s'appliquant à nous faire ressentir des choses ténues,
intangibles
et absentes, car leur histoire ne verra pas le jour.
Tout le film repose sur ça, c'est un moment teinté de
tristesse, de mélancolie mais jamais amer. Les voir tous les
deux, minuscules êtres perdus dans l'immensité de Tokyo,
loin de chez eux avec leurs petits désordres intérieurs,
leurs manques nous les rendent humains et proches car le thème
traité, l'amour, est universel et concerne absolument tout le
monde. Et pourtant ce désir inassouvi pour l'autre procure un
grand plaisir pour le spectateur, c'est un film qui donne envie d'aimer,
de retrouver ces sensations, ces sentiments, de retomber perpétuellement
amoureux. Sous ses aspects agréables et doux c'est un sentiment
fort et violent même (l'accepter c'est implicitement accepter
de le voir se désintégrer et d'y renoncer) car pas éternel,
il est délétère, éthéré, il
disparaît aussi vite qu'il apparaît. Pour ce film il fallait
des acteurs qui transmettent ces choses plus qu'ils ne les expriment.
A ce titre Bill Murray est d'une sobriété exemplaire.
Peu expressif son visage, marqué et maussade n'en traduit pourtant
pas moins de subtiles nuances, rendant sensibles d'infimes variations
de son état d'esprit, de son humeur.
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THE MACHINIST de Brad Anderson. 1*.
Trevor Reznick est un peu perturbé ces derniers temps. Voilà bientôt
un an qu'il ne dort plus et il fait peur à voir : maigre à l'extrême,
les yeux vitreux, une publicité vivante pour la zombie'attitude…sans
le petit quelque chose qui rendait les mort-vivants de George Romero
si sympathiques malgré leur état de délabrement avancé. Ses journées
se succèdent et se ressemblent. Le jour il est machino dans une usine,
la nuit il traîne au bar de l'aéroport à boire du café ou va faire des
galipettes avec une prostituée, toujours la même. Mais un jour tout
déraille, l'équilibre précaire de sa vie est rompu. Par maladresse il
allège un de ses collègues de travail de son bras gauche. C'est le début
de ce qu'il convient bien d'appeler une descente aux enfers pour lui,
qui va l'emmener aux portes de la folie. L'ambiance de ce film cafardeux
est posée rapidement. Le hic c'est qu'on voit immédiatement où le metteur
en scène veut nous amener et de quoi il retourne de son personnage principal.
Ecrasé par la culpabilité d'un homicide, avec délit de fuite remarquera
le juriste attentif, il se torture violemment sans entrevoir de sortie
possible à son problème. Il est victime d'hallucinations, de paranoïa
aigüe et lentement il perd le contrôle relatif qu'il avait sur son univers
restreint. Le réalisateur ne s'est pas creusé pendant des mois pour
contruire son business : d'un scénar qui recycle sans vergogne des thèmes
comme la trouble séparation entre réel et imaginaire, le poids de la
culpabilité avec une rédemption en forme de pénitence, plus des thèmes
satellites carrément drôles : unee histoire d'amour avec une prostituée
qui n'aurait même pas trouvé sa place dans un film français des années
30, des relents de psychanalyse de bazar il fait un film répétitif,
sans inventivité, à la glauquerie plan plan et aux ressorts usés, aux
indices appuyés…bref, un truc fadasse, aussi excitant que Jennifer Jason
leigh dans son rôle de pute clichetonneuse et sans la moindre trace
de nouveauté à l'horizon. Seul Christian Bale tire son épingle de ce
jeu palpitant mais presque, en donnant de Reznick une interprétation
physique à la limite de l'autodestruction.
LE MAITRE DU JEU de Gary Fleder. 1*. Un procès retentissant
oppose la femme d'une victime d'un massacre à des fabricants
d'armes. Ces derniers, tout puissants embauchent à grand frais
un spécialiste de la sélection des jurés, prêts
à tous les coups bas pour gagner. En face ? Un simple avocat,
militant et idéaliste. David contre Goliath ? Sauf que la donne
se trouble quelque peu par l'entrée en jeu d'une troisième
variable, à savoir un juré, manipulateur et retors qui
se targue de pouvoir infléchir leur verdict dans le sens qu'il
désire. Il met ce prétendu pouvoir aux enchères
Les pions sont posés et la mécanique peut fonctionner.
Et c'est parti pour 2 heures de retournements, de coups d'éclat
avec en toile de fond une lente montée de la peur face aux enjeux
élevés, qui outrepassent le cadre simple du procès.
Certes le film n'a rien de renversant ni de révolutionnaire mais
l'idée du juré unique capable de renverser une décision,
et créer un précédent juridique pour cette histoire,
mais ailleurs pour condamner un homme à mort, et qui met ce pouvoir
aussi important qu'obtenu par le biais de bassesses inavouables et anti-démocratiques,
à vendre est très bonne. La dramaturgie a voulu que la
vente au plus offrant de son pouvoir soit un jeu de dupes, pour créer
sans doute un suspense quant à l'issue de son appel d'offres
mais
le but de son jeu n'était que de discréditer les marchands
d'armes et offrir une victoire éclatante à sa cause à
lui, résultat calculé depuis longtemps. Moralité
? La justice et la loi américaines telles qu'elles sont appliquées
ne sont pas compatibles avec la Justice. Pour l'obtenir il faut donc
frauder et contourner les lois. Constat au cynisme pragmatique, porte
ouverte à tous les excès. Bref, c'est une bonne grosse
machine à bons sentiments mais avec ce petit plus, l'ambiguïté
du discours, qui le différencie des autres. Le réalisateur
ne réussit pas à renouveler le coup de maître de
son premier film, Dernières heures à Denver, se cantonnant
depuis à des tâches de faiseur, mais Gene Hackman est toujours
aussi bon dans ses rôles de salopard. Alors, à vous de
voir
MAR ADENTRO de Alejandro Amenanbar.
4*. Ramon est devenu tétraplégique (son atteinte médullaire
est très haute) suite à un accident de plongée.
Voilà 26 ans qu'il est coincé dans un lit, au premier
étage d'une ferme en Galice, entouré de sa famille, maintenant
il n'aspire plus qu'à mourir. Désirant faire changer la
législation espagnole sur l'euthanasie, il contacte une avocate
qui accepte de prendre en charge son dossier, une avocate elle aussi
très concernée par le problème car atteinte d'une
pathologie dégénérative des artères qui
la condamne à plus ou moins long terme à végéter.
Le remue-ménage médiatique que provoque sa demande lui
fait rencontrer une autre jeune femme, qui va tenter de le faire changer
d'avis.
Ramon est un prisonnier. Prisonnier de son corps handicapé :
il ne peut plus ni marcher, ni se servir de ses bras ou de ses mains,
il passe toutes ses journées au lit. Sa belle sur vient
le retourner trois ou quatre fois par jour. Il est de plus confiné
au premier étage de la maison, comme pour marquer son impossibilité
de sortir, plus encore que son refus d'être dans un fauteuil roulant.
La présence même de sa famille est une charge pour lui,
elle renforce son sentiment d'impuissance, obligé qu'il est de
faire appel à eux sans cesse pour tout. Dans ses conditions,
privés de presque toutes ses capacités physiques, ne pouvant
exécuter les choses les plus évidentes et les plus simples
quel sens peut avoir sa vie ? La mort choisie lui apparaît donc
comme la seule issue tolérable. Il va se heurter à un
paradoxe : valide, rien ne l'empêcherait de se suicider, dans
son état, ce geste nécessite une aide extérieure
et la loi l'interdit. Son désir de ne pas se résigner
l'enferme encore plus dans sa solitude. Car ce que souligne cet état
de fait est qu'il n'est pas libre non plus de sa vie, cela le réduit
à être l'ombre d'un être humain, un homme tronqué.
Les deux rencontres féminines qu'il fait vont précipiter
les choses. La première, Julia, l'avocate, va tout d'abord le
forcer à revenir à son passé, à avant l'accident
(n'était-ce pas un suicide caché, déjà.
L'auteur laisse planer sur le doute.), le faisant replonger douloureusement
dans des souvenirs remisés. Mais Julia va aussi lui faire ressurgir
des sentiments refoulés ou trop longtemps étouffés.
En se découvrant ainsi, certes il s'expose mais il peut aussi
laisser libre cours à l'expression de ses affects, ceux-ci étant
renforcés par ce qu'on pourrait appeler une communauté
pathologique. Loin de vouloir le faire renoncer à sa décision,
cela lui permet juste de partir mieux, moins amer. Pour la deuxième
femme, Rosa c'est différent. Elle s'accroche à lui comme
à un espoir un peu fou. Elle imagine que de réussir à
le convaincre de vivre, d'affirmer le caractère sacré
qu'elle donne à la vie (vivre sans autre justification ni raison
que la vie même) lui donnera la force à elle de ne pas
abandonner la lutte qu'elle mène pour faire vivre sa famille,
et trouver chaque matin une raison de ne pas tout laisser tomber. Tout
paraît clair alors pour Ramon, persuadé que Julia, en cas
d'échec de la procédure légale entamée,
l'aidera à mourir et qu'elle se donnera la mort ensuite, comme
une image d'Epinal d'amants maudits. Hélas pour lui, la mécanique
à l'aspect bien huilé s'enraye, et Julia renonce à
leur projet. Et c'est Rosa qui finalement mettra le cyanure dans le
verre d'eau, ultime expression de son amour impossible pour Ramon. Si
le sujet laissait craindre le pire, Amenabar s'en tire plutôt
très bien. Sa mise en scène, dont la qualité première
n'est pas l'absence d'artifices, emmène le spectateur, comme
lors du magnifique plan de survol en rase-mottes. Il n'a pas cherché
à vouloir nous faire ressentir un morceau du calvaire de Ramon,
ce qui eût été illusoire, mais à nous amener
à accepter son choix de mourir. Mar adentro est un mélo
très émouvant et sincère, dans lequel les personnages,
essentiellement les femmes et Ramon bien entendu suscitent l'intérêt
jusqu'à la fin, aussi attendue que désirée.
MARY de Abel Ferrara. 0* . Mary est une actrice
qui suite au tournage d'un film sur la vie du christ pète un boulon
et part dans une sorte de trip mystique à Jérusalem. Tony son metteur
en scène et acteur principal rentre seul aux USA faire le montage de
son brûlot et espère bien susciter des polémiques virulentes lors de
sa sortie en salles. Theodore présente quant à lui une émission hautement
passionnante (tendance le jour du seigneur sous prozac) dans laquelle
des spécialistes débattent de la couleur des sandales de Marie-Madeleine
ou des techniques de lavages des pieds avec ou sans paletot. Sans la
savoir, c'est la magie du cinéma, tout ce petit monde va bien entendu
interagir un moment donné, le tout bien imbibé d'eau bénite et d'enfoncement
de portes ouvertes. L'attrait d'Abel pour les choses de la religion
s'il n'est pas neuf commence à sentir le roussi. Quelle a été son ambition
? Que veut-il dire avec son film ? Si son message est : Rien ne sert
de chercher à expliquer les aberrations qui pullulent dans la bible,
la foi est au-delà de ces contingences, dieu est amour, dieu est à l'intérieur
de nous (tient mais c'est comme alien alors !), parlons à dieu youplaboum,
lalalalère…alors Mister Ferrara écrivez-le sur un bout de papier si
ça vous soulage, mais n'en faites pas un film de grâce. Et que viennent
faire les attentats dans cette histoire ? Et cette histoire de coucherie
extraconjugale ? Les problèmes de santé du pitchoune et cette relation
adultère sont-ils liés ? D'ailleurs cet enfant qu'attend la femme de
Theo est-il une image de la foi naissante, qui ne pourra émerger véritablement
que dans le sang et la douleur ? Ce ne sont pas les quelques moments
où à coup de basses saturées il nous assène une scène brutale (un rail
de trop ?) qui sauve son film de la torpeur morbide dans laquelle le
spectateur ne manque pas de sombrer. Ferrara a-t-il encore la capacité
de tenir une caméra tout ce temps ? On peut légitimement en douter.
Cette déliquescence culbénite présente tout de même le léger avantage
de ne durer qu'une heure vingt-cinq. Portons au moins ça à son crédit.
MASSACRE A LA TRONCONNEUSE de Marcus Nispel. 2*.Le remake du
classique des classiques des films d'horreur, le film qui a lancé
la mode des films de serial killers spectaculaires est une excellente
surprise. Après une introduction ratée en forme de reportage
télé (avec noir et blanc neigeux, son qui crachote et
commentaire racoleur) l'histoire, inspirée de faits réels
on le répète assez, est lancée. Cinq ados traversent
le Texas en camionnette, ils sont joyeux et insouciants jusqu'à
ce qu'ils prennent en stop une jeune fille amorphe et terrorisée
qui finit par se tirer une balle dans la tête. Cet acte désespéré
va les faire entrer en enfer, ils vont en effet faire connaissance avec
la famille Hewitt, des dégénérés sanguinaires
et meurtriers et de leur gamin, le célèbrissime Leatherface
et sa tronçonneuse. Seule l'une des jeunes filles survivra à
cette épreuve au bout de la terreur et de la folie.
Après une première moitié classique et plan-plan
où les décors (un Texas terrifiant) et les personnages
sont posés (toujours les mêmes clichés d'ados US
avec dialogues cons et jeu outré) et l'intrigue amorcée
on pénètre dans la face sombre et étouffante du
film. Et c'est cette partie qui donne au film toute sa force et son
cachet. La tension monte crescendo, les meurtres et les exactions se
succèdent et les survivants, dont le nombre diminue d'heure en
heure, sont lancés dans une course folle contre la mort. La mise
en scène de l'horreur est très convaincante : Nispel alterne
plans larges sur la maison de l'horreur et la campagne hostile avec
des plans en mouvement, qui suivent les ados/proies essayant d'échapper
au monstre dans des décors cauchemardesques. Ce tueur est une
incarnation saisissante de la folie furieuse, du mal (dans une acception
" religieuse ") : il est montré presque comme un fantôme
: il apparaît d'abord furtivement, tel une ombre nimbée
de lumières glauques, puis sa gestuelle, ses cris, sa vélocité
qui contraste avec sa stature imposante le transforment en trauma vivant,
une négation de l'humanité et pourtant
Ce massacre est un must dans son genre, une uvre certes pleine
de concessions mais indubitablement sauvage et malsaine qui provoque
une terreur organique et viscérale, nous submergeant par moment.
MASTER AND COMMANDER de Peter Weir. 4*. En 1805, alors qu'en
France l'homoncule corse encapuchonné de travers lorgnait vers
la perfide Albion, un capitaine anglais tenace, Jack Aubrey, est envoyé
par Buckingham Palace dans le sud de l'Atlantique avec son vaisseau,
le HMS Surprise, barrer la route, voire plus si affinités, d'un
corsaire français parti mettre le Brésil à feu
et à sang. Victime d'un premier revers cuisant, l'Anglais n'aura
de cesse de traquer son homologue outre-manchot, le poursuivant jusqu'au
Cap Horn puis aux îles Galápagos pour finalement l'assaillir
dans un maelström de coups de canon, de fusil, d'épée,
de bombes et de cris.
Aubrey se laisse envahir petit à petit par son obsession folle
et dangereuse. Il va mettre la vie de ses hommes en danger dans l'unique
but de combattre et de vaincre son adversaire, outrepassant par-là
son ordre de mission. Cette traque devient une affaire personnelle pour
lui. Ce qui est passionnant dans ce film c'est cette idée fixe
qui le guide, idée fixe confrontée à chaque instant
aux conditions de vie à bord qui se dégradent, à
ses hommes qui le suivront jusqu'à la mort s'il le faut, à
sa propre humanité à lui et à son très haut
sens du devoir. Mais la vie, l'humanité dans ce navire/galère
a un sens particulier : dans le fond, tout le monde est logé
à la même enseigne, embarqué dans la même
course insensée. La hiérarchie, pierre angulaire de l'armée,
repose ici sur un respect aveugle dans le commandement qui débouche
sur une confiance indéfectible envers celui-ci. Cet esprit de
corps allié à la grande habilité de Aubrey les
mènera à une victoire, toutefois dérisoire face
aux pertes essuyées. La marine paraît être pour ces
hommes bien plus qu'un métier, elle a fait d'eux ce qu'ils sont,
leur donnant cette vie rude pour bien souvent leur reprendre. Cette
issue, tous l'ont intégré, elle scelle plus encore que
la promiscuité les liens entre eux.
Pour filmer cette aventure navale, Weir uvre dans le classicisme
le plus abouti. Sa caméra suit cet équipage, quittant
donc rarement le HMS Surprise, se promenant dans le bateau, passant
du mess aux dortoirs constellés de hamacs, au pont ou aux mâts.
Elle pourrait être en somme le regard de différents marins
à différents moments. Le spectateur est amené à
suivre ce quotidien parfois trépidant et périlleux, parfois
d'une monotonie morbide. Jamais le metteur en scène ne juge ces
hommes pourtant frustes et enclins aux superstitions les plus aberrantes
(comme le mythe de Jonas), il nous les montre comme des héros,
certes peu reluisants mais tellement humains, avec la rage au ventre,
insufflant à cette aventure un souffle incomparable, renforcé
encore par l'escale naturaliste aux Galápagos. Bref le réalisateur
australien a réussi un excellent film d'aventures, trouvant un
équilibre idéal entre tous les ingrédients du genre,
exempt de toute ironie et porté par une interprétation
exemplaire, particulièrement celle de Russell Crowe, simplement
génial. Une référence.
LA MAUVAISE EDUCATION de Pedro Almodovar. 4*.
Ignacio, du moins le croit-on au début, un jeune homme, débarque
un beau jour dans le bureau d'un de ses amis d'enfance, Enrique, devenu
producteur de cinéma, avec un scénario inspiré
d'évènements de leur passé à tous les deux,
à l'époque où ils étaient internes dans
un pensionnat religieux. La lecture de son scénario va raviver
de vieilles cicatrices et de vieux traumatismes. Car ils ont été
tous deux marqués à vie par ce passage chez les curés,
à plusieurs niveaux d'ailleurs : si dans cette " prison
" idéologique et physique ils ont subi des dommages certains
(viol, violence, humiliation), elle a permis l'éclosion d'un
sentiment tout autre ; en effet les deux jeunes garçons tombèrent
amoureux l'un de l'autre sans oser se l'avouer, le sentiment qui les
liait fût si fort, bien au-delà de quelques caresses interlopes
qu'il amena Ignacio à un véritable sacrifice, consenti
et assumé, certes sous la contrainte de l'autorité, pour
sauver son ami. Et c'est ce sacrifice, au cours duquel il laisse le
père supérieur le violer qui posera les jalons de sa perte,
puisque devenu adulte, Ignacio, prostitué, transsexuel et junkie,
meurt tragiquement, embourbé dans une sombre histoire de chantage
à son ancien bourreau. Et c'est le faux Ignacio, Angel son frère,
qui décide de faire porter à l'écran les souvenirs
saignants de feu son frère, avec l'espoir d'interpréter
dans l'adaptation le rôle de son frère.
Almodovar déroule son récit en trois strates distinctes
: le niveau 1, que l'on pourrait assimiler à la réalité,
le niveau 2, qui est le film adapté des souvenirs de Ignacio
et enfin fugacement le niveau 3, qui est la narration des derniers moments
de la vie de Ignacio par son " bourreau " (même si ce
n'est pas ce dernier qui le tue). Les sentiments sont, comme toujours
chez le metteur en scène espagnol, exacerbés : entre les
deux jeunes garçons, entre le père Manolo et Ignacio,
entre Angel et Enrique et finalement entre Angel et son frère.
Il nous dit encore une fois que seuls l'art, l'imagination peuvent sauver
l'Homme : de Angel, l'acteur à Enrique le petit producteur, ils
trouveront la sortie du tunnel dans lequel ils pataugent, se libérant
du poids écrasant du passé, du remord non sans avoir traversé
des moments de grande solitude et de souffrance. Enrique qui vit dans
une maison vide pleine de cartons encore fermés (ses souvenirs
qu'il a voulu enterrer pour les oublier), Angel qui prend la place de
son frère et tombe amoureux de Enrique après avoir eu
une relation avec Manolo (le même parcours que son frère,
la contrainte en moins), il cherche véritablement à se
substituer à lui, à copier sa vie en la plaçant
dans un registre différent, celui du jeu, du faux-semblant. Bref,
c'est un film émouvant, riche et complexe, car il traite de sentiments
humains, de culpabilité, de désir, de choses plus fortes
que la raison. Almodovar nous dit que l'espoir peut naître même
sur un tas de fumier immonde, et que le salut est dans la fiction et
l'imagination qui d'échappatoires deviennent une raison de vivre.
MELINDA ET MELINDA
de Woody Allen. 3*.Deux écrivains, l'un écrit des tragédies,
l'autre des comédies discutent dans un resto de leur façon
de voir les choses. Comme exemple de l'imparable triomphe de la perception,
donc du point de vue adopté, dans l'approche de la vie ils construisent
une histoire, dont une jeune femme, Melinda, est l'héroïne
et confrontent leurs visions.
Le sujet est limpide et reprend toutes les " marottes " du
cinéaste pour in fine affirmer haut et fort son postulat : tout
est affaire de point de vue. Et la démonstration par le biais
de cette hydre, une facette comique l'autre tragique donc, est magistrale.
Le point de départ est le suivant : au cours d'un dîner
une jeune femme fait irruption. Pour l'auteur de comédie, elle
est venue demander de l'aide, alors qu'elle vient d'avaler une quantité
respectable de somnifères, pour l'autre elle répond à
une invitation donnée de longue date, tellement d'ailleurs que
ses hôtes ne l'attendaient plus. Dans la première histoire
Melinda va avoir une relation avec son hôte, un acteur qui nourrit
une étrange lubie, celle d'interpréter tous les grands
rôles du répertoire en leur rajoutant une claudication
et qui vient de surprendre sa femme, une réalisatrice à
qui il manque 2 millions $ pour clôturer le budget de son film
" Sonate de la castration " au lit avec un producteur de cinéma.
Dans l'autre c'est la femme de son hôte qui va avoir une relation
avec son partenaire, un musicien de jazz black (et oui, vous ne rêvez
pas, il y en a chez Woody désormais). Les deux trajectoires sont
chaotiques et jonchées de problèmes, c'est l'artiste,
via son regard, qui y applique une tonalité mineure ou majeure.
C'est par l'imaginaire encore une fois que passe le salut et dans l'absolu
les deux ne sont pas si différentes que cela, seul le traitement
qui leur est réservé les distingue, l'issue elle est inamovible,
c'est une mort aussi certaine que redoutée. Allen a mêlé
les deux histoires par un montage malin qui nous fait voyager à
travers les récits en douceur. Les acteurs sont bons, les dialogues
brillants et par moments très drôles. Bref c'est un bon
Woody que nous avons là.
MEMORIES OF MURDER de Joon-Ho Bong. 3*. En Corée
du Sud, la province rurale de Gyunggi est ensanglantée par une
série de meurtres sauvages qui suivent tous le même mode
opératoire. Pour endiguer une montée de la paranoïa
chez les habitants de cette paisible contrée, une unité
spéciale est créée, renforcée par un enquêteur
de la capitale, Séoul, qui tente de mettre un terme à
ces assassinats. Les cadavres s'additionnent et les policiers n'ont
toujours rien. Ils vont de fausses pistes en fausses pistes. La tension
monte, augmentée encore par la grogne de plus en plus forte des
gens à l'encontre des brutalités policières, des
actes de torture et autres passages à tabac intempestifs.
Plus encore que par l'identité du serial killer, qui canalise
et qui symptomatise les malaises de la société coréenne,
c'est par le regard décalé qu'il porte sur ses personnages
et son histoire que le metteur en scène maintient une tension
légère mais permanente tout en la désamorçant
par moments. Les méthodes des flics locaux ont de quoi laisser
perplexe : ils compensent un déficit criant de matière
grise par une hargne et une violence physique superlatives, par une
foi aveugle en des croyances surnaturelles obscures et ridicules. L'arrivée
de cette forme de violence chez eux les laisse impuissants, ils n'ont
pas les ressources pour y faire face. La hiérarchie est au diapason
dans son besoin de résultats impératifs et rapides, prête
à toutes les compromissions (comme de couvrir des pratiques barbares
pour obtenir des aveux) pour mettre un nom sur le tueur. Le monde décrit
à de quoi faire pleurer mais l'introduction d'humour, toujours
ironique, lui donne une teinte mi-figue mi-raisin. Il ressort que tous
ces gens qui s'agitent autour de ce charnier sont bien pitoyables. Rationnel
et irrationnel, pris comme des exégèses du hasard, sont
renvoyés dos à dos dans leurs vaines tentatives d'expliquer
le réel, ou tout du moins dans les espoirs infondés qu'ils
permettent, comme celui, illusoire, de contrôler les évènements.
Pas un triomphe du déterminisme, mais plutôt une critique
acerbe du besoin irrépressible de façonner les choses.
L'homme, nous rappelle Bong, est soumis à une incroyable foisonnance
d'influences, de contraintes et d'interactions diverses qui font qu'imaginer
diriger sa vie est une chimère. L'enquête policière
en est la démonstration. Aucune des méthodes employées
par les policiers ne mène à la vérité, elles
ne font qu'accentuer les préjugés et les convictions.
En conclusion ce polar rural (bucolique même par moments), noir,
violent, grinçant, fataliste et intelligent est une excellente
surprise.
MILLION DOLLAR BABY
de Clint Eastwood 4*. Ancien soigneur sur les rings, propriétaire d'une
petite salle d'entraînement miteuse Frankie Dunn traîne son amertume
et sa culpabilité immense dans la petite vie faussement protégée qu'il
tente depuis trente ans de se construire. Ce dernier garde en effet
bien vive la blessure d'un échec, qu'il porte comme un pêché originel,
qui coûta un œil à un jeune boxeur. Il n'arrive pas à se défaire de
sa culpabilité, entretenue par la présence quotidienne de l'ancien boxeur
borgne, engagé comme homme à tout faire dans son gymnase. Rejeté par
sa fille malgré les nombreuses tentatives qu'il fait pour renouer le
contact avec elle, il vacille le jour où le boxeur qu'il entraînait
décide de changer de coach, lassé que Dunn repousse sans cesse son entrée
dans le monde des pros, apeuré qu'il est de subir un possible nouvel
échec. Et puis un jour il accepte d'entraîner une jeune femme. Se tissent
entre eux deux des liens de plus en plus fort, allant jusqu'à le faire
prendre un risque énorme pour lui, puisqu'il l'amène à accepter de suivre
la jeune Maggie jusqu'au bout de son rêve à elle. Et là la sentence
est sans appel, grièvement blessée elle se retrouve condamnée à vivre
en fauteuil roulant, tétraplégique et amputée, sous assistance respiratoire,
fauchée en pleine ascension. Dunn est alors assailli par une montagne
de remords, écrasé par un surcroît de culpabilité, effondré qu'il est
d'avoir encouragé, participé à cet essor avorté. Le souffle court, la
voix rauque et parlant si bas que ses mots ont l'apparence d'un souffle
Clint prête sa carcasse pleine des stigmates d'une existence mouvementée
à son personnage de coach inconsolable. Dans la première partie du film
on le voit s'enfoncer dans ce qui s'avère être la chronique d'une déchéance
annoncée, ruminant sa solitude muette, lâché de toutes parts il semble
achever de se transmuer en spectre, à peine l'ombre de l'homme qu'il
avait été avant le dramatique incident qui lui fournît un alibi pour
tenter de vivre caché à l'abri d'émotions trop fortes et donc de déceptions
inévitables. Replié ainsi sur lui-même il passe à côté de ce qui pourrait
donner un sens à sa vie, qui ressemble de plus en plus à sa salle de
boxe. Sa rencontre avec Maggie va le placer en face de ses peurs et
de tout ce qui le ronge. Cette jeune femme jouera pour lui plusieurs
rôles, de fille d'adoption au début, fille sur laquelle il fera régner
une discipline sévère (une sorte d'éducation, rigide, sensée lui fournir
les armes pour qu'elle soit en mesure de se protéger des mauvais coups
; à ce propos la métaphore de la boxe comme apprentissage de la vie
prend tout son sens) puis peu à peu, découvrant en elle la jeune femme
qu'elle est et dont la personnalité étouffée par un environnement familial
stérilisant et abrutissant ne pouvait s'épanouir, il se met à l'aimer
différemment. L'incroyable force intérieure de Maggie, sa rébellion,
sa volonté de réussir sans écraser, sa douceur trouve un écho fracassant
chez le vieux Frankie. Celui-ci commence à nourrir envers elle des sentiments
de toute autre nature, ne franchissant naturellement pas les frontières
de sa forteresse mais s'échappant par instants de ses yeux brillants.
Maggie est pour lui bien plus qu'une fille de substitution, plus qu'une
élève c'est une véritable femme, indépendante mais vulnérable. Puis
survient la tragédie. Si définitive qu'elle soit, si dure à encaisser
elle sera pourtant le seul espace dans lequel leurs relations pourront
vivre de façon partagée. Dunn, dans un acte qui lui demande un renoncement
énorme, en lui donnant la mort lui prouve, et se prouve à lui, qu'il
l'aime, qu'il est encore un homme. Cette euthanasie est le symbole de
l'amour qu'ils n'ont jamais pu faire, un véritable don total en même
temps qu'une rédemption lui offrant le droit de disparaître dignement.
Million dollar baby est un film exceptionnel, une nouvelle réussite
du grand Clint. La mise en scène rend très subtilement compte de l'évolution
des personnages, et du sien en particulier, personnage pivot et central
du film. Les scènes dans lesquelles le noir de l'obscurité et de l'ombre
occupe une grande part de l'écran avec sa silhouette se découpant de
ces ténèbres sont saisissantes, elles donnent au film l'aspect d'un
chant funèbre.
LA MORT DE DANTE
LAZARESCU de Cristi Puiu 3*Le vieux Dante Remus, ingénieur
désormais en retraite, croupit dans son appartement cradingue
entre ses chats, les coups de fil à sa fille et sa bouteille
de tord boyaux local. Il souffre depuis plusieurs jours de douleurs
à la tête et à l'estomac. Persuadé qu'il
s'agit d'une rechute de son ulcère il appelle une ambulance.
Trimballé d'hôpital en hôpital le brave homme va
enchaîner les consultations médicales alors qu'un terrible
accident routier est survenu engorgeant les urgences de tous les hôpitaux
de Bucarest.
La lente agonie de Lazarescu, de la sortie de son appartement, laborieuse
et assistée d'un couple de voisins folkloriques, à son
voyage au bout de la nuit accompagné d'une ambulancière
qui n'arrive pas à le confier à un médecin jusqu'à
son inéluctable mort donne lieu à un film grinçant.
Puiu dissèque ironiquement les rapports entre le corps médical
et ce patient, traité comme une marchandise. Le point de vue
est intéressant mais la longueur excessive du film lui fait perdre
de la force. Lazarescu apparaît comme une victime prise dans un
dédale administratif et sanitaire inextricable, dont le seul
état de santé ne semble jamais justifier la prise en charge
nécessaire. Triste médecine où il est préférable
de ne pas boire d'alcool pour être traité avec égard
par les soignants, où il faut se faire passer pour le parent
d'un médecin pour avoir une radio urgente et où tout simplement
il faut obtempérer docilement à toutes les procédures
en mettant toute dignité humaine de côté
Le
metteur en scène laisse naître l'ironie des situations
elles-mêmes sans en rajouter, ne condamnant personne si ce n'est
la persistance d'un système administratif inhumain, une machine
à broyer les individualités.
MYSTERIOUS SKIN de
Gregg Araki 3*. Brian, 8 ans, se reveille un jour dans la cave de sa
maison avec le nez en sang. Sa mémoire a presque totalement évincé les
quelques heures précédant son réveil. Son imaginaire de gamin se met
alors à fonctionner plein tube et il se persuade qu'il a été enlevé
par des extra-terrestres, allant même jusqu'à avoir des visions de l'ovni
en question. Désormais son esprit sera occupé à comprendre ce qui s'est
passé pendant ces heures-là. Neil, le même âge, fait du baseball dans
la même équipe que Brian. Il tombe éperdument amoureux de son entraîneur
et vit, l'espace d'un été une relation amoureuse avec lui. Si le sujet
pouvait prêter le flanc au scabreux le plus louche il n'en est rien.
Araki filme son histoire comme une enquête psychanalytique dans laquelle
le spectateur joue un peu le rôle d'un dieu, son regard pouvant passer
aussi bien de la vie de l'un à celle de l'autre, les voyant d'abord
imperceptiblement puis de plus en plus distinctement se rapprocher l'un
de l'autre. Car c'est cela le but du de ce film : refaire se rencontrer
ces deux anciens gamins, ados maintenant, pour les voir mettre à jour
les plaies qui les gangrènent. La systématique opposition entre les
deux, Brian le blond mal dégrossi, binoclard, coincé et obsédé par ses
ovnis et Neil, le beau brun aux yeux sombres, débauché, voguant entre
tapinages et ingestion de LSD, comme si ils étaient définis de façon
dialectique, réduit la portée émotive du film en enfermant les personnages
dans un carcan assez rigide. Brian dont les souvenirs épileptiques font
remonter en lui des images, des flashes de ce laps traumatique aux contours
flous et Neil qui vit enfermé dans la nostalgie d'un amour perdu en
se refusant toute nouvelle chance d'aimer et qui se prostitue (toujours
avec des hommes moustachus) comme pour rendre exclusifs, pour fixer
dans l'éternité les longs moments passés avec son entraîneur. Brian
finit par retrouver la trace de Neil, soulagé de pouvoir mettre un nom
sur une image qui peuplait ses rêves (cauchemars) depuis longtemps.
Mais il est encore trop tôt pour que cela aboutisse, il leur reste à
tous deux du chemin à faire : lorsque Brian ose aller au devant de Neil
il apprend que ce dernier vient de partir pour New-York, continuer à
brûler sa vie dans un environnement où il est anonyme, où paradoxalement
il peut vivre caché. Coupé de la réalité, il s'enfonce chaque jour un
peu plus jusqu'à avoir un rapport non protégé avec un homme qu'il sait
atteint du sida et de se faire violer par une brute épaisse (et moustachue)
le laissant ensanglanté, étalé sur le trottoir, établissant un parallèle
avec l'expérience infantile de Brian, la lucidité sur les choses en
plus. C'est la peau tuméifiée qu'il rentre passer les fêtes de noël
chez sa mère et enfin se confronter avec Brian, mettre des mots sur
ses vides, lui donner la possibilité, non pas d'en guerrir, le propos
n'est pas là, mais de refermer la plaie. Le réalisateur ne réserve pas
une égalité de traitement à tous ses deux protagonistes. Brian ne se
dépare jamais de son apparence de benêt, ceint par ses lunettes-écran.
Neil par contre est filmé avec une fascination mèlée d'un fort désir
sexuel. La caméra le saisit, glisse dessus, se perd dans ses yeux brillants
mais jamais ne réussit à le révéler. Il recèle un mystère insondable,
il est animé par une chose inconnue. Les autres personnages sont restés
à l'état d'ébauche, mais leur importance est secondaire. En bref Mysterious
skin est un film fort, un drame émouvant sur le vide.
MYSTIC RIVER de Clint Eastwood. 4*. Quel sombre
film ! Un film fait de peurs, de culpabilité, de souffrances,
de vieilles cicatrices encore saignantes, de traumatismes, d'actes aux
conséquences à long terme (les démons intérieurs)
de ces choses qui font la vie en gros.
Le film s'ouvre sur un fait divers sordide : Dave, Jimmy et Sean, trois
gamins qui s'amusent dans la rue, Dave est embarqué par des policiers
qui le séquestrent et le violent quatre jours durant, lui faisant
subir l'innommable, le dégradant à tout jamais. Le gosse
s'échappe mais restera hanté par ce contact brutal avec
un aspect peu reluisant de la réalité de la vie, cet événement
il préfèrera, ainsi que ces amis, l'enterrer au plus profond
de lui.
Une trentaine d'années plus tard, on retrouve ces trois personnages
; la ville est la même, seul l'un d'eux a quitté le quartier
de leur enfance, Sean, devenu flic. Jimmy est un ex-taulard qui s'est
rangé des voitures, il dirige son épicerie, il est marié
et a trois filles. Dave, lui, semble constamment à côté
de la plaque, lunaire, il essaye tant bien que mal de survivre malgré
son secret, ce boulet avec lequel il a grandi : il est marié
à une femme qui ne le comprend pas, il a un enfant avec lequel
il joue toujours au base-ball. Bref tous trois offrent une apparence
de normalité, ils se sont forgés une carapace sensée
protéger leurs plaies. Las, un nouveau fait divers, le meurtre
de la fille aînée de Jimmy, va fissurer tous ces "
déguisements " et faire remonter la peur, les angoisses,
les cauchemars et surtout une incommensurable amertume. La tension monte
et un climat malsain s'installe dans le quartier.
Eastwood nous parle du haut de ses 73 ans. Ce film là n'est pas
plus pessimiste que ses autres, il est juste un peu plus douloureux,
plus étouffant. Ce qui l'intéresse n'est pas tant de savoir
qui est le coupable, ce sont plutôt les actes eux-mêmes.
Ces traumas que la vie nous inflige font de nous ce que nous sommes.
En chacun de nous il y a une faille, une cassure qui ne se ferme jamais,
au contraire elle nous restructure, elle devient nous, omniprésente,
qu'on tente vainement de la voiler ou pas. Chacun est le pionnier de
sa vie, il doit renoncer à son innocence, toute relative certes,
pour se construire, se créer en tant qu'Homme. C'est ce qu'ont
fait ces trois gamins, de façon différente. Pour naïvement
retrouver cette innocence perdue, ils ont engendré la vie à
leur tour. C'est ce qu'a fait Jimmy par exemple, et tuer sa fille revient
aussi à tuer sa tentative désespérée de
retrouver cette part d'enfance qu'il voulait se réapproprier.
Tout ceci est sans issue.
Eastwood ne nous assène pas ses vérités, elles
sont intégrées dans le cadre de ce faux thriller, comme
climax. Il continue avec Mystic River sa descente dans les abymes les
plus sombres de l'être humain. A ce sujet, ses plans d'ouverture
et plus encore de clôture, sur la fameuse rivière, "
résument " sa démarche ici : d'une vue générale,
il finit par une plongée vertigineuse dans la rivière,
celle-ci grignotant peu à peu tout l'écran. Plus la caméra
s'en approche plus elle paraît noire et trouble. Un grand cru.
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NEW ROSE HOTEL de Abel Ferrara. 3*. Deux escrocs, Fox et X,
décident de monter une arnaque colossale : ils veulent pousser
un éminent biologiste à quitter le laboratoire qui l'emploie
pour le faire aller chez un concurrent qui pourrait ainsi tirer de gigantesques
profits de son invention. A cette fin ils engagent une prostituée,
Sandi, chargée de tomber amoureuse du scientifique et donc renoncer
à son ancienne vie, femme comprise car il est marié. Mais
rien n'est simple. L'un d'eux tombe malencontreusement amoureux de la
fille, c'est d'autant plus malheureux qu'elle finira par les doubler
et fera échouer cette virtuellement lucrative opération
de tranfuge (pensez donc : 100 M$). Fox se fait tuer, et X, seul, se
terre et tente de comprendre ce qui a pu l'amener à cet échec
total, il essaye de reconstruire sa mémoire des faits, de trouver
dans son travail sur ses souvenirs LA réponse. On passe d'une
chambre d'hôtel à une autre, aux quatre coins du globe.
La première demi-heure est typique du travail de Ferrara avec
une ambiance glauque accentuée, des néons, des flashes,
de la musique, de la fumée et du sexe en veux-tu en voilà
(saphisme, parties à trois, quatre voire plus)
bref un environnement
familier. Il pose ses personnages, il ébauche l'intrigue, plante
son atmosphère. Puis vient la mission à proprement parler,
que l'on ne suivra que de loin, par le biais de compte-rendus, de coups
de téléphone
jusqu'à son échec. Arrive
ensuite la partie la plus intéressante, celle où X interroge
ses souvenirs. Chacune de ces trois parties a son propre rythme : la
première est lente, syncopée et lourde, la seconde plus
claire est plus rapide aussi, la dernière est étouffante,
écrasante, chaque flash back semblant assommer X, l'enterrer.
On ne peut s'empêcher de remarquer une fois de plus les symboles
religieux que Ferrara saupoudre dans ses films : les icônes et
les tableaux, le tatouage représentant un ange au-dessus du pubis
de Sandi, son nom d'emprunt (Angelica) ou le nom de la firme qui emploie
le savant (Maas). Mais si énervant soient-ils, ils ne sont que
décoratifs et probablement à mettre sur le compte d'une
lubie catho mal digérée. Les acteurs principaux offrent
une composition passionnante : Walken, un compagnon de route du réalisateur,
dans son rôle d'espion industriel tordu (physiquement et moralement),
aux réactions étranges et inquiétantes, Dafoe et
son visage magnétique taillé au couteau, qui se laisse
aveugler par la belle et manipulatrice Sandi, et enfin Asia Argento
(fille de son père) aux cheveux de jais et au visage sublime
(un visage angélique auquel ses yeux noirs et intenses donnent
un aspect diabolique et son corps qui appelle l'amour).
Bref, NRH est un bon Ferrara, qui garde un côté foutraque,
excessif marque de fabrique du bonhomme, mais aussi une grande rigueur
dans la structure et la construction. La caméra palpite, bouge,
se moque des règles traditionnelles du cadrage, les acteurs éclatent
dans des personnages qui leur permettent de laisser libre cours à
leur talent
NOBODY KNOWS de Kore-Eda Hirokazu.
5*.Quatre frères et surs, après avoir vécus
le déchirement de leur fratrie en raison de placements par les
services sociaux, emménagent avec leur mère dans un appartement
d'un quartier populaire de Tokyo. Enfin
emménagent
la
mère arrive avec l'aîné, Akira, qu'elle présente
aux voisins. Sa fille aînée, Kyoshi, arrive en secret la
première nuit, à l'insu des autres habitants de l'immeuble.
Les deux plus jeunes, Yogeshi et la petite Yuki eux, viennent dans les
bagages, enfermés tous deux dans des valises apportées
par les déménageurs. La mère fixe les règles
tout de suite : interdiction aux trois plus jeunes de sortir, d'aller
sur le balcon : ils doivent vivre reclus dans l'appartement. Privés
d'école, abandonnés de plus en plus fréquemment
par leur mère, qui multiplie les absences longues pour finalement
ne plus revenir les quatre enfants tentent tant bien que mal de survivre.
Le film, inspiré d'un fait divers, est une lente immersion dans
le quotidien de ces enfants ou comment ils font pour pallier l'inconscience
criminelle de cette mère qui ne les a réunit à
nouveau que pour mieux les abandonner. Très vite Akira, l'aîné,
prend en charge ses frère et surs. Avant ses disparitions
leur mère ne lui laisse qu'un peu d'argent, et c'est avec ces
maigres appuis qu'il doit assurer la subsistance et la survie d'eux
quatre. Il a un tempérament suffisamment fort pour tenir le coup,
du moins au début, tout en respectant et en faisant respecter
les règles iniques édictées par sa mère.
Il rassure, il nourrit, il devient le pilier, l'élément
solide du groupe. Sa sur Kyoshi, elle, se replie petit à
petit sur elle-même, séjourne de longs moments dans l'obscurité
du placard contenant les vêtements maternels, et s'enferme dans
un mutisme presque total. Les deux derniers subissent silencieusement,
un peu étrangers à l'absurdité révoltante
de leur situation, juste en manque de la présence de la mère.
Et ils tiennent longtemps comme ça, ils font preuve d'une résistance
incroyable jusqu'à l'inévitable craquement de ce système
factice. Sachant que la mère ne reviendrait plus ils s'adaptent
encore, et tâche de parer au plus urgent, au vital lâchés
seuls dans ce monde d'adultes dont ils n'ont comme référent
qu'un piètre exemple. Akira rencontre une fille, qui vient les
visiter, leur apporter une affection féminine qui leur manquait.
Mais pris par ses responsabilités, il refuse d'aller voir la
police pour signaler l'abandon écartant l'idée d'un ré-éclatement
de cette cellule si fragile et pourtant si soudée, il ne peut
se laisser aller à une quelconque dérive sentimentale,
qui laisserait alors immanquablement apparaître une faille, obligé
qu'il serait d'accepter sa souffrance. Mais voilà, la réalité
finit par l'emporter et le cocon artificiellement entretenu finit par
éclater, encore une fois. A ce titre la mort de la petite Yuki
est symbolique : elle fut le résultat d'un " accident "
avec un homme de passage, elle permit une recomposition de la famille,
sa mort est bien la matérialisation de la fin d'un cycle, de
la fin du " rêve " dans lequel Akira tentait au prix
d'efforts et de renoncements immenses de protéger ses frère
et surs, et c'est aussi la conséquence tragique du choix
d'Akira qui a préféré garder l'intégralité
de ce noyau au détriment de son intégrité. On ne
peut décemment pas reprocher une telle décision à
un gamin de 12 ans.
En filmant à hauteur d'enfant, Hirokazu réussit à
nous faire vivre avec compassion l'inacceptable destin de ces enfants.
Il ne s'attarde pas sur un pathos qui eût été stérile,
il laisse à chacun des gamins des plages de répit, même
si celui-ci est feint. Il déniche la vie, toujours présente
même dans les pires moments de leur calvaire, laisse une place
à l'espoir, qu'ils payent excessivement cher bien qu'il soit
le véritable moteur de leur survie. Nobody knows est un film
d'une grande tristesse et une uvre admirable.
NOI ALBINOI de Dagur Kari. 2*.Noi est un adolescent atteint
d'albinisme qui passe ses journées infinies à broyer son
ennui dans un petit port islandais. Lycéen pour le moins irrégulier
dans son assiduité aux cours, il vit chez sa grand-mère,
une vieille femme un peu dérangée qui le réveille
à coup de fusil de chasse ; son père, chauffeur de taxi,
est un alcoolique notoire qui loge dans une bicoque où il s'essaye
au piano et qui s'improvise crooner de temps à autre. Tuer le
temps interminablement long est son activité principale : il
va un peu en cours, il traîne dans la librairie du bourg, il se
ballade sans but, il va tirer au fusil sur les glaciers, il s'enferme
dans une espèce de cave et fume des cigarettes et attend la fin
de la journée. Il rencontre une jeune fille avec qui il va nouer
une amourette et faire des projets fous.
Noi est un vrai marginal, décalé de tout et de tout le
monde. Il est inconcevable qu'il finisse par se sentir chez lui dans
cette sinistre bourgade, il n'est pas soluble dans ce monde-là.
A partir de cette certitude la seule solution qui semble s'offrir à
lui est la fuite, mais comment, avec qui et où ? Ce lieu (une
île) si ouvert géographiquement vers l'extérieur
est comme ceint d'un mur, bouchant l'horizon et obstruant les perspectives.
Le cinéaste filme son ado inadapté au plus près,
ses longs plans fixes créent, de façon explicite, un malaise
qui donne naissance à un humour de l'absurde qui louche du côté
de Kaurismaki (encore, il semble qu'il devienne une référence
incontournable). Le traitement que Kari réserve à son
histoire met à l'abri le spectateur de l'émotion. Les
différents instants de sa vie qui nous sont livrés se
suivent, se ressemblent et finissent par lasser à force de redite.
La sensation qu'on a en quittant cet univers singulier et exotique est
qu'on est passé à côté du film à faire,
on est déçu par la tiédeur oubliable du film.
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LA SAVEUR DE LA
PASTEQUE de Tsai Ming-liang 4* . Taiwan de nos jours. C'est l'été,
il fait chaud et la ville est en état de sécheresse. Pour pallier les
coupures d'eau quotidiennes, les pouvoirs publics exhortent la population
à se déshydrater avec des pastèques. Dans un immeuble une jeune femme
vit seule dans son appartement, stockant minutieusement des dizaines
de litres d'eau, dans sa baignoire, son frigo…eau qu'elle va prendre
dans des lieux publics, aux robinets des toilettes et qu'elle ramène
tous les jours. Au-dessus de son appartement un film porno est tourné,
mettant en scène les ébats bruyants d'un jeune Taiwanais (interprété
par Lee Kang-shen, acteur fétiche de Tsai) et une plantureuse japonaise.
La pastèque, de rafraîchissante pour la jeune femme du dessous devient
un accessoire érotique pour le duo d'acteurs qui en propose une utilisation
des plus intéressante. La jeune femme tombe amoureuse de l'acteur. Leur
désir franchira de multiples étapes, matérialisées par des intermèdes
musicaux chantés et chorégraphiés tour à tour poétiques, drôles ou carrément
loufoques. Jusqu'à la scène finale, copulation par corps interposé qui
se termine en jouissance partagée… Une belle histoire d'amour. Toujours
aussi avare en dialogues, Tsai filme cette rencontre chaude en faisant
progressivement monter le désir entre ses deux personnages. Il apparaît
rapidement que le jeune homme est le pivot de l'histoire, tous les autres
personnages gravitent autour de lui. C'est d'ailleurs lui qui ouvre
la série de séquences musicales, avec une chanson mélancolique sur son
mal de vivre : grimé en une sorte de gros lézard, baignant dans le réservoir
d'eau de l'immeuble dans lequel il vient de se laver, il chante sa tristesse
à la lune. Ancien vendeur de montres, il est devenu acteur parce qu'il
faut bien travailler. L'exercice de son métier semble devenir lassant
pour lui (la scène où il n'arrive pas à avoir une érection avant le
tournage d'une séquence). La fille, elle s'ennuie gentiment, mange de
la pastèque par louches, boit de l'eau et entre deux aller-retour chargée
de bouteille d'eau soutirée à la collectivité elle furète dans un vidéoclub.
Ils vont se voir plusieurs fois, partager deux repas, l'un avec des
pâtes de soja au crustacés (un plat très étrange), l'autre avec des
crabes (scène filmée en ombres chinoises, drôle et belle à la fois)
après lequel ils finissent tous les deux comme saouls, sous la table,
repus. Jamais ils ne feront l'amour directement. Chaque fois qu'ils
se voient ils s'en rapprochent un peu plus. Tsai est un malin : il nous
montre dès le début de son film des scènes bouillantes et très crues,
que la bande son, généreuse en bruits charnels érotise encore, il ne
pourra donc se contenter de filmer une scène banale entre les deux amants
promis. C'est tout logiquement, en ayant respecté cette progression
dans leurs rapports, qu'on arrive à cette fameuse scène finale, très
forte émotionnellement, véritable sceau de leur relation. Bref, Tsai
Ming-liang a réalisé un film riche en émotions, en sensations, à la
fois érotique, sensuel, cru, drôle et auquel la musique, via les séquences
chantées et dansées apporte un côté vieillot, presque nostalgique et
burlesque. Pas utilisées pour parler les bouches ici servent à manger
goulûment de la pastèque, à boire de l'eau, à faire l'amour et à chanter.
LE SEIGNEUR DES ANNEAUX : LE RETOUR DU ROI de
Peter Jackson. 3*. Voici venu le troisième et dernier volet de
l'histoire de l'anneau de Sauron. Un film aussi monumental que ses deux
prédécesseurs, mélangeant avec autant de réussite,
et c'est relatif, les ingrédients de la saga : paysages infinis,
batailles énormes et parlotte bien chiante voire neuneu. Pas
de surprise en ce qui concerne l'histoire : Frodon réussit bel
et bien à de débarrasser de l'anneau, retrouve tous ses
amis (lors d'une scène très roman-photo où les
larmes se mêlent aux rires et à la joie) et rentre dans
sa Contrée chérie. Ses amis l'ont soutenu jusqu'au bout
de sa quête, bravant les pires dangers, affrontant des monstres
abominables nouant des alliances contre nature mais ne refusant pas
par-ci par-là une bonne rigolade ou un bon festin avec chanson
et tout le bataclan. Tout finit par aller pour le mieux donc dans la
Terre du Milieu.
Ce qui fait à mon avis le prix de cette saga, sa valeur filmique
ne se trouve pas là, mais plutôt dans l'expression visuelle,
sa traduction, d'un univers qui n'avait été jusque là,
de par son gigantisme, que littéraire : aidé d'effets
spéciaux de grande qualité, Jackson a en effet rendu plausible
les batailles, les créatures, les lieux (chateaux, camps, villages
)
bien plus que les personnages, très sommaires et réduits
à des fonctionnalités précises, ils ne réservent
aucune surprise et ne changent pas d'un iota durant l'épopée.
Une scène particulièrement marquante et révélatrice
de son succès dans cette entreprise herculéenne est l'attaque
de la cité de Gondor par les forces de Sauron (à mes yeux
la meilleure de la trilogie): la multitude des monstres, la rage des
combats, les mouvements de caméras amples et précis
tout
concourre à créer une ambiance de folie irréelle,
on sent le souffle de l'aventure ; cette scène réveille
un émerveillement quasi-enfantin dans le spectateur et permet
d'oublier la longueur, le ridicule et la grandiloquence des tirades
et des sentences de Gandalf, Aragorn et consort, ainsi que la profonde
débilité des deux hobbits Pippin et son collègue
(voilà une chose insupportable : la placidité des hobbits,
leur forte tendance à la larmichette et à l'humour vasouillard,
niveau cour de récré de maternelle adaptée
ces
nabots là m'ont presque gâché mon plaisir). En conclusion,
Le seigneur des anneaux de Peter Jackson est une saga qui aurait difficilement
pu être meilleure tant les contraintes commerciales liées
à un tel budget devaient être pressantes : le film réussit
là où il ne devait pas se planter (l'aspect visuel) et
rate là où il ne pouvait (n'est pas Kubrick qui veut)
que se planter. Mission accomplie, donc.
SEVEN INVISIBLE MEN
de Sharunas Bartas 4*. Une poignée de petits malfrats décide de se mettre
au vert quelque temps pour échapper à la police. Ils prennent donc la
direction d'une maison rudimentaire au beau milieu de la Crimée. La
maison est habitée par l'ancienne compagne de l'un d'eux qui vit avec
sa fille et un homme qui les aide à la ferme. Les retrouvailles passées,
une fête est organisée à laquelle sont invités quelques voisins. L'alcool
pléthorique aidant on assiste à une lente dégénérescence des festivités.
Les rancœurs et le ressentiment, l'agressivité, la jalousie, la luxure
et la violence éclosent pour finalement entraîner tout ce petit monde
jusqu'au point de non-retour. La première partie du film, qui se déroule
à Vilnius, sur la route puis à l'arrivée à la maison, outre une présentation
sommaire des personnages pose les stigmates du drame qui va se jouer.
La seconde, qui réunit la fête et son dénouement laisse cette micro
humanité se débattre avec ses problèmes et les régler comme elle le
peut à grand renfort de cris, de chants, de musique et d'échanges verbaux
de plus en plus éthyliques. Vivant est un adjectif qui colle bien à
cette moitié du film : qu'ils soient vieux ou jeunes, beaux ou laids,
gais ou taciturnes tous ces gens vivent assurément. Leurs discussions,
leurs réactions, leurs gestes sont autant de manifestations de ce qu'ils
sont. Et cette vérité là n'est pas très belle à voir, elle trempe dans
un désespoir tenace. Nulle trace de salut pour eux. La fin de ce festin
de la déglingue baignera dans le sang et le feu, comme pour apurer ce
qui avait besoin de l'être, pour remettre en place les choses et les
gens, minuscules au milieu de ces landes criméennes. Refroidissant.
SHARA de Naomi Kawase. 3*.Kei et Shun Aso, deux
frères jumeaux qui habitent avec leurs parents à Nara,
ancienne capitale du Japon, jouent à se poursuivre dans les rues.
Soudain, au détour de l'une d'elles, Kei disparaît, comme
évaporé, sans laisser de trace. Une dizaine d'années
plus tard, Shun, devenu adolescent, continue à vivre la disparition
de son frère à travers sa peinture.
Composé de quelques séquences distinctes, la jeune réalisatrice,
qui vient du documentaire, tourne un film bien singulier. Elle extirpe
des petits moments, pas forcément signifiants en eux-mêmes,
de la vie de la famille Aso, et les regarde avec insistance comme pour
en faire ressortir quelque chose d'inaccessible autrement. En procédant
ainsi elle rend sensible, perceptible un vécu, des sentiments,
elle dirige notre réception. Par exemple, la course des jumeaux
dans les ruelles étroites de Nara se charge de l'imminence d'un
péril, d'un danger. Sa caméra est prise de tremblements,
elle est épileptique, à tel point que cette scène,
ainsi que toutes les autres filmées à l'identique, est
difficile à suivre. Elle se place en tant que " poursuivante
", elle ne devance jamais ses personnages dans ces scènes,
elle est une présence invisible qui traque, qui s'accroche inlassablement
à cette humanité grouillante, vivante. De plus elle parsème
son film de références précises à la culture
et aux croyances ancestrales japonaises : la fête de la ville
et ce qu'elle représente (elle est une sorte de défouloir),
les porte-bonheur, le travail du père (fabricant artisanal d'encre
de Chine), ancrant son film dans une toile riche qui sort quelque peu
ces êtres humains de leurs destins sinueux. En conclusion Shara
est un film intéressant, peu accessible aux non-nippophiles mais
énervant par son parti pris esthétique de systématiser
la caméra à l'épaule lors des scènes de
mouvements à l'extérieur.
SPIDER-MAN 2 de Sam Raimi. 1*.L'arachnéen
Peter Parker n'a pas la patate cet an-ci. Il plante tous ses boulots,
n'arrive pas à payer ses loyers, ne se décide pas à
avouer ses sentiments à la troublante Mary Jane, a du fil à
retordre avec un nouvel ennemi octopode le bien nommé Doc Ock,
subit les affronts répétés de son meilleur ami
qu'il a dépouillé de son père, vit avec la pesante
culpabilité de la mort de son oncle
bref un jeune Américain
moyen avec un tantinet plus de problèmes. Même lorsqu'il
revêt son costume moulant
ses lanceurs de fils à toile
s'enrayent régulièrement, résultat il se paye quelques
gamelles monumentales mais en super héros qu'il est, il se relève
en se frottant le bas des reins.
Que penser d'un tel film ? Ce qui prédomine largement ici c'est
la romance rosissime entre Peter et Mary Jane : ils sont mimi tous les
deux quand ils sont ensemble et qu'ils se regardent avec des yeux que
peu de merlans frits oseraient arborer. Le personnage de Parker est
déconcertant de gentillesse et de bravoure : quelle droiture,
quelle honnêteté, quel courage. Et ce n'est pas le court
intermède de doute, lorsqu'il renonce à Spider-Man, qu'a
concocté le scénariste qui viendra mettre un grain d'ambiguïté
dans le dessin du personnage. Il est si lisse, neuneu et prévisible
qu'on se désintéresse bien vite de lui. Il lui arrive
des tonnes d'emmerdements (on n'avait pas vu ça depuis les aberrantes
déconvenues subies par Pierre Richard dans ses inénarrables
navets) et lui il reste coi, placide, jamais un mot plus haut que l'autre.
Les choses semblent le traverser sans rencontrer le moindre obstacle.
Le salaud multitentaculaire qui fait le méchant d'office, un
type qui a pourtant du potentiel dans la destruction, est subitement
touché par la grâce à la fin, et rongé par
le remord il détruira sa machine infernale et lui avec. Magnifique
!! Tout finit bien dans le meilleur des mondes, un monde où les
ignobles criminels sont arrêtés par un super-héros
(une manne providentielle), où les amours impossibles deviennent
possibles, où tout le monde est enclin à pardonner, un
monde juste (quelle idée puérile et saugrenue !)
le
paradis ? Non, mieux que ça : l'Amérique. Reste bien quelques
scènes assez réussies, mais pas suffisamment pour faire
avaler la pastille doucereuse.
STEAMBOY de Katsuhiro Otomo. 2*. A la fin du
19ème siècle, dans l'Angleterre en pleine révolution
industrielle un jeune garçon tente contre vents et marées
de protéger l'invention révolutionnaire de son grand-père
des convoitises qu'elle ne manque pas de susciter. Il arrive à
l'exposition universelle de Londres où il devra faire face à
un père qu'il croyait mort, un grand-père itou, des inventions
aussi extravaguantes que meurtrières
en résumé
il va vivre la grande aventure.
Ce qui dès le début du film emballe c'est le soin extrême
apporté aux dessins, à la description de Manchester et
de son paysage industriel. L'atmosphère d'effervescence d'une
société alors en plein essor, la vie grouillante dans
les rues, tout respire l'authenticité. Les énormes machines
à vapeur et leur multitude de vannes, manomètres et leviers,
leurs mécanismes complexes, le danger de l'explosion imminente
sont montrés avec une virtuosité sans égal, on
sent même la passion de l'auteur pour ces mécaniques gigantesques.
Le hic c'est qu'au bout d'une demie-heure on comprend que c'est peut-être
l'unique chose qui l'intéresse : faire montre de sa minutie et
de son art du mouvement ; en bref en mettre plein la vue avec des plans
somptueux, une bande son tonitruante, des détails fourmillant,
des explosions par paquets de douze, des machines délirantes.
En dehors de ces aspects il n'y a pas grand chose d'autre. L'histoire
de la relation à rebondissements du jeune ado avec son père
et son grand-père lasse, la jeune fille, incontournable, est
in-su-ppor-table. C'est un travail appliqué mais sans flamme,
sans l'étincelle qui aurait permis au film de dépasser
le simple catalogue de savoir-faire, un souffle qui porterait le film
(au dénouement très longuement attendu) au-delà
de son évolution linéaire.
STRUGGLE de Ruth Mader.
3*. Le film s'ouvre sur une chambre d'hôpital dans laquelle une
vieille femme jette un verre d'eau à la figure hébétée
d'une médecin qui visitait ses patients accompagnée d'une
tripotée d'internes. Puis on plonge dans le milieu des travailleurs
saisonniers immigrés Polonais, qui franchissent la frontière
autrichienne le temps d'une cueillette de fraises ou autre. Certains,
acculés à cette extrémité par des conditions
de vie très dures et des perspectives bien sombres en Pologne,
décident tout naturellement de ne pas rentrer après dans
leur pays d'origine et deviennent par le fait des clandestins, prêts
à accepter n'importe quel travail au noir, rémunérés
au lance-pierres par des employeurs d'un jour qui leur font nettoyer
une piscine, un arrivage d'objets de décoration asiatiques, une
maison
bref, tout ce qu'il est possible d'imaginer et de monnayable.
Ewa, une jeune femme concernée par ce triste constat, s'échappe
donc avec sa fille et enchaîne les boulots les plus divers, tous
les jours quêtant son job quotidien au bord d'une route nationale.
Filmé de façon extrêmement froide et détachée
le quotidien d'Ewa, ainsi que celui de ces congénères
d'infortune, prend une allure de succession insensée de rites
exécutés mécaniquement et silencieusement. Elle
subit sa vie-là, et ne semble trouver la force de continuer à
avancer, que dans l'obligation qu'elle a de faire vivre sa fille. Ainsi
réduite à ça, cette vie est déshumanisée
au possible, sans la moindre trace de sentiments ou d'émotions.
Certes c'est une vision prosaïque et matérialiste, mais
elle est lucide aussi. Ces esclaves, et ces esclavagistes modernes font
partie du paysage de notre vieux continent. On n'imagine mal comment
Ewa, malgré son acharnement mutique à tenir coûte
que coûte, peut s'en sortir dans ces conditions. La réalisatrice
la fait se coupler avec un agent immobilier parvenu et adepte d'une
sexualité quelque peu perturbée. Les scènes où
on les voit, elles deux et lui sont grotesques : elle qui marche, fermée
et les yeux vides et lui suintant de suffisance, on dirait une représentation
du triomphe de l'asservissement, comme seul et unique moyen pour cette
femme de s'en sortir. Sans aucune trace de nuance, Mader décrit
un monde, par le biais du monde du travail, miné par les rapports
de domination employeur/employé et Autrichien (Europe riche)/Polonais
(nouvelle Europe pas encore riche), accentué ici par le fait
que le personnage de cette démonstration est une femme, de plus
avec un enfant, car du domaine social du travail la lutte passe aussi
aux domaines de la sexualité et de l'origine nationale. Une extension
du domaine de la lutte en somme. C'est donc un film polaire mais faussement
dépouillé, les dialogues y sont rares, seules quelques
chansons (provenant du poste radio des voitures dans lesquelles Ewa
monte quotidiennement) et les bruits répétitifs de ses
tâches maculent le silence mais tout cela est très "
pensé ", très esthétisé et par moments
on se demande si à trop soigner la forme la jeune cinéaste
autrichienne n'en a pas oublié d'étayer sa thèse
avec du matériau plus probant. Au bilan, un bon film qui ne souffre
pas trop de ses imperfections.
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