L'expression "Cinéma Novo" désigne une mutation du cinéma brésilien qu'annonçaient des films comme Una agulha no palheiro (1953) une comédie d'Alex Viany et surtout Rio 40° (1955) de Nelson Pereira Dos Santos.

Cette nouvelle tendance marquait une rupture salutaire avec une production nationale tristement spécialisée dans d'insipides mélodrames moralisateurs, de médiocres comédies musicales et des films d'aventures sans intérêt. Ce genre majoritaire – la Chanchada – était inspiré d’Hollywood ou du cinéma grandiloquent des studios de Sao Paulo, et proposait alors un mélange de comédie, de parodie, d’aventures et de musique spécifiquement brésilien, lié à l’esprit du carnaval. Ce genre, très populaire était toutefois sur le déclin, concurrencé par l’arrivée de la télévision.

Selon le précurseur Alex Viany, il fallait que la caméra descende dans la rue, un peu à la manière du néo-réalisme italien, pour mieux traduire les grandes préoccupations sociales et culturelles du Brésil. L'écriture cinématographique, enfin libérée des codes hollywoodiens, se mettrait alors au service d'une prise de conscience populaire et d'une remise en question des injustices de classes.

Filmer le « vrai Brésil », celui du quotidien, de la paysannerie misérable, des bidonvilles, devient une priorité politique et esthétique, et des cinéastes comme Glauber Rocha, Pereira Dos Santos, Carlos Diegues, Ruy Guerra et J.P. de Andrade porteront ces nouvelles images de leur pays dans les festivals internationaux – aux antipodes de l’exotisme des décennies précédentes.

Nelson Pereira Dos Santos, désormais considéré comme le pionnier du " Cinéma Novo ", confirmait cette révolution thématique et stylistique avec son Rio zone morte (1955). L'impulsion était donnée. C'est dans ce même esprit que naissaient des films comme Un grand moment (Roberto Santos, 1958), Garo de fogo (Galileu Garcia, 1958) et Bahia de tous les saints (Triguerinho Neto, 1959). En 1959, sous l'apparence d'un film policier, Roberto Farias abordait le probleme des rapports de classes dans El asalto o tren pagador.

La grande percée du "Cinéma Novo", théorisée par deux écrits célèbres de Glauber Rocha (L'esthétique de la faim (1965), L'aventure de la création (1968), reproduits en langue française dans le numéro 340 de "La revue du Cinéma Image et Son"), fut favorisée par la fondation de la Difilm, sous l'impulsion de Luis Carlos Barreto. Cette association de producteurs et de réalisateurs indépendants, se chargeait de la distribution des films du "Cinéma Novo", ouvrant ainsi une brèche dans le monopole des grandes compagnies américaines.

Le nouveau cinéma brésilien aborda des thèmes jusqu'alors soigneusement évités : la faim (notamment dans la région désertique du Nord-Est, le polygone de la sécheresse), la misère, la révolte contre les inégalités légalisées, les grands mythes de la conscience populaire. Barravento (Glauber Rocha, 1962) était primé au festival de Karlovy-Vary, tandis que La plage du désir (Ruy Guerra, 1962) assurait le premier grand succès commercial de ce jeune cinéma brésilien.

L'année 1964 marque le triomphe du "Cinéma Novo" hors des frontières du Brésil. Les participants du Festival de Cannes découvrent Le dieu noir et le diable blond de Glauber Rocha), Sécheresse de Nelson Pereira Dos Santos et Ganza zumba (Carlos Diegues) tandis que Les fusils de R. Guerra, certainement l'une des œuvres les plus achevées du "Cinéma Novo", remportait le Prix spécial du Jury (l'Ours d'argent) au Festival de Berlin.

Mais 1964, c'est aussi l'année du coup d'État militaire qui portait au pouvoir Castelo Branco jusqu'en 1967. Alors, la dictature s'installe : Costa e Silva (1967-1969), Medici (1969-1974), Geisel (jusqu'en 1978).

Malgré la régression économique et la censure, le cinéma brésilien peut encore s'honorer de quelques œuvres déterminantes comme Terre en transe (Glauber Rocha, 1967), Antonio das mortes (1969, Prix de la mise en scène au Festival de Cannes), Les héritiers (Carlos Diegues, 1969), Macunaima (Joaquim Pedro de Anglade, 1970), Les dieux et les morts (R. Guerra, 1970), Les conspirateurs, (J.P. de Anglade, 1972) et Sao Bernardo (Léon Hirszman, 1972). Glauber Rocha, le théoricien du Cinéma Novo tourne en coproduction Le lion à sept têtes (1970, Italie-France) et Têtes coupées (1970, Espagne-Brésil).

Malgré la qualité de ces films, on peut dire que le "Cinéma Novo" a été assassiné par "l'acte institutionnel N° 5" de décembre 1968, qui consolidait le pouvoir militaire fasciste. La production brésilienne se trouvait désormais gérée par l'Institut national du Cinéma, et financée par l'Embrafilme, firme d'État au service de l'idéologie au pouvoir.

Bibliographie et ressources internet:

 

 

Principaux films :
Les conspirateurs Joaquim Pedro de Anglade   1972
Les dieux et les morts Ruy Guerra   1970
Les héritiers Carlos Diegues   1969
Antonio das mortes Glauber Rocha   1969
Macunaima Joaquim Pedro de Anglade   1969
Terre en transe Glauber Rocha   1967
A Falecida (La morte) Leon Hirszman   1965
Sécheresse Nelson Pereira Dos Santos   1964
Le dieu noir et le diable blond Glauber Rocha   1963
Ganga Zumba Carlos Diegues   1963
Les fusils Ruy Guerra   1962
La plage du désir Ruy Guerra   1962
Aruanda Linduarte Noronha   1959
Rio 40° Nelson Pereira Dos Santos   1955
       


Le cinéma novo