Seront abordés successivement les origines occidentales du cinéma japonais, l'histoire des grands studios, l'accession à la reconnaissance mondiale, un bref survol des quatres générations de cinéastes et un panorama des genres specifiques du cinéma japonais.

 

1/ Une forte influence occidentale

La France et l'Europe

Dès ses origines, le cinématographe, introduit au japon en 1897 par deux opérateurs des Frères Lumière, est évidemment fondé sur la représentation de la réalité (scènes de rue), mais aussi de l'art le plus populaire dans le pays, le théâtre Kabuki. En 1899, Tsukenichi Shibata enregistre une célèbre pièce de Kabuki, Promenade sous les feuilles d'érable (Momijigari), dont subsiste un extrait sauvegardé de six minutes.

Assez rapidement, le cinéma s'oriente dans plusieurs directions, influencé par le "Shimpa" (tendance modernisée du Kabuki) ou par le "Shingeki" ("Nouveau Théâtre", inspiré de l'Occident), ce dernier illustré par les oeuvres du dramaturge Kaoru Osanai, qui adapte des pièces russes, comme Katiousha, 1914, d'après Tolstoï, ou Ames sur la route, 1921, d'après Gorki.

Hollywood
Mais, très vite, les cinéastes japonais se tournent vers Hollywood et le cinéma européen (essentiellement l'Allemagne et la France). Henry Kotani travaille à Hollywood avec Cecil B. De Mille, qui lui-même dirige l'acteur Sesshu (Sessue) Hayakawa dans le célèbre Forfaiture (1915), où il incarne un prince birman, caricature de l'asiatique "raffiné et pervers"...

Une grande partie du mélodrame social du muet nippon est redevable à l'Occident, comme le prouve La Ville de l'amour, de Tomotaka Tasaka (1928), ouvertement inspiré par En Famille, d'Hector Malot, et par une certaine "De Mille touch". On retrouve ces influences chez Henry Kotani, dans Lumières de sympathie (1926).

Un cinéma de genre

A l'opposé de ces films "occidentalisés", qui plaisent à l'élite intellectuelle, le public japonais de base est plus friand de films d'époque (Jidai-geki, équivalents de nos films de "cape et d'épée"), tournés à Kyoto dans les nombreux studios de compagnies alors en plein essor (Nikkatsu, Shochiku, Makino, etc), et vient en masse pour voir les films, mais surtout écouter les fameux "benshis" (commentateurs), parfois plus célèbres que les acteurs eux-mêmes.

A la fin des années vingt, très marquées par les idées progressistes venues d'Europe, se développe ce que les japonais appellent le "keiko-eiga" (film à tendance), dont les principaux représentants sont Daisuke Ito, Masahiro Makino et Tomu Uchida. En réaction contre le Kabuki traditionnel et le Shimpa, ces cinéastes prennent pour héros des personnages de samouraïs rebelles, ou ronins (samouraïs errants), et de voleurs populaires style Robin des Bois.

Daisuke Ito sera l'un des maîtres du genre, avec des films comme Carnets de voyage (1927), ou Jirokichi, le chevalier-voleur (1931), incarnés par la super-star Denjiro Okochi, où il mettait aussi en vedette une caméra déchaînée, dans les spectaculaires scènes de Chambara (combats de sabres).

Le personnage du ronin rebelle, ancêtre des yakuzas, fut aussi mis en scène par Masahiro Makino dans La Rue des ronins (1928/29), maintes fois repris au cinéma.

L'un des héros les plus populaires de cette tendance fut pourtant La Chauve-souris cramoisie (Benikomori), dans le film de Tsuruhiko Tanaka (1931), qui contait, d'après un feuilleton paru dans la presse, les aventures épuisantes d'un samouraï audacieux et patriote, avec une extraordinaire vigueur narrative. C'est l'un des rares exemples de film de genre de cette époque qui soit parvenu jusqu'à nous en bon état.

2 / Histoire des studios japonais : La Nikkatsu et la Kokkatsu puis la Shochiku, la Daiichi, la Shinko et la Toho.

Jusqu'au années trente, l'industrie cinématographique japonaise est dominée par deux compagnies, la Nikkatsu et la Kokkatsu. La première a une production culturelle traditionnelle fondée sur un style simple : plans moyens filmés en continu, de façon à réduire le montage au maximum.

Sous l'influence du cinéma américain, d'autres compagnies voient le jour et cherchent à introduire un peu de modernité. Elles engagent des actrices (auparavant les hommes tenaient tous les rôles) et, au début des années 30, elles ne font plus appel aux benshi (personnes qui racontaient l'histoire dans les salles).

1923 est l'année du tragique tremblement de terre (1er septembre) qui détruit une grande partie de Tokyo, faisant plus de 100 000 morts. L'activité du cinéma japonais est transférée à Kyoto, qui devient du coup le Hollywood japonais.

Bien que le parlant ait fait officiellement son entrée avec Mon amie et mon épouse, de Heinosuke Gosho (1931), on tourna des films muets jusqu'en 1935, à cause de la résistance des cinéastes (c'est le cas d'Ozu), mais surtout à cause de celle des benshis, qui voyaient leur échapper notoriété et gagne-riz. Il reste d'ailleurs aujourd'hui quelques écoles de benshis, notamment ceux de la famille Matsuda, dont les élèves organisent régulièrement des séances de films muets commentés.

En 1932, les militaires prennent le pouvoir, marquant ainsi un virage à droite pour le pays. C'est aussi l'année de la conquête de la Mandchourie. En 1933, le Japon se retire de la Société des Nations.

Ce sont les années où le cinéma sonore se développe. Il cesse d'être artisanal, se modernise, et la chaîne production-distribution-exploitation s'inverse, donnant un rôle prépondérant à des hommes d'affaires sans lien avec le cinéma. Ils prennent la direction de la Nikkatsu. Ce renversement, qui limite la liberté des réalisateurs, explique la fondation en 1934 de la Daiichi par Kenji Mizoguchi avec son ami le producteur Masaichi Nagata.

En 1937, Mizoguchi collabore avec la Shinko mais refuse une proposition de la Toho, nouvelle maison de production dont les critères de rationalisation lui font craindre de ne pas avoir la liberté de création à laquelle il aspire. La fin de la Nikkatsu, absorbée par la Shochiku, est un exemple de concentration favorisée par le pouvoir afin de mieux contrôler l'industrie cinématographique.

Avec le début de la guerre sino-japonaise, les conditions de travail des cinéastes japonais deviennent de plus en plus difficiles. En juillet 1938, le gouvernement incite le cinéma à se détourner des thèmes individualistes, des comportements occidentaux, pour privilégier la tradition familiale, le respect de l'autorité, l'esprit de sacrifice, au nom des exigences de la nation. La censure se fait plus pesante dès l'écriture de scénario. Mizoguchi lui-même est contraint de tourner un film qui exalte le patriotisme, Roei no Uta (1938).

En 1939, il passe à la Shochiku, pour laquelle il réalise une trilogie consacrée à la vie des acteurs de théâtre. Certains considèrent ces films comme une « évasion » par rapport aux pressions officielles. Le premier est un des sommets de l'œuvre de Mizoguchi : Les Contes des chrysanthèmes tardifs. Les deux autres, La Femme d'Osaka, La Vie d'un acteur, sont perdus.

L'entrée en guerre du Japon avec le bombardement de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, accentue le contrôle de l'État sur le monde du cinéma. Si un studio refuse de se soumettre aux règles de la censure, il peut être fermé et tout son personnel envoyé au front. C'est dans ce contexte qu'en 1941 la Shochiku lui propose d'adapter un grand classique, Les 47 Rônins. Cette œuvre a fait l'objet de multiples versions cinématographiques. Celle de Mizoguchi, sortie en 1942, est la meilleure.


Après la défaite, avec l'occupation américaine, le cinéma japonais doit abandonner tout ce qui valorise la tradition féodale (les films historiques, appelés « jidaigeki ») et se tourner vers des sujets à caractère démocratique exaltant la place de l'individu, le rôle de la femme dans la société, critiquant l'autoritarisme, le fascisme. Les Américains favorisent aussi la mise en place de syndicats dans toutes les branches du cinéma.


3/ la reconnaissance mondiale à partir de 1951

L'ancien onnagata (acteur interprétant des rôles de femmes) Teinosuke Kinugasa, passé à la réalisation en 1922, tourne une Une Page folle en 1926, d'après une idée de l'écrivain Yasunari Kawabata, sans aucun intertitre, et qui montrait la folie des hommes dans un asile psychiatrique. Un exercice époustouflant de "cinéma pur" dont la modernité et la liberté créatrice laissent encore pantois aujourd'hui. Deux ans plus tard, il tournait Carrefour (Jujiro), tentative de récit expressionniste plus classique mais tout aussi atypique Il devait partir de lui-même, sa copie sous le bras, montrer son film à Moscou et Berlin, alors en pleine ébullition cinématographique. Kinugasa allait y rencontrer Eisenstein et Fritz Lang, alors qu'en Europe, la plupart des gens ignoraient jusqu'à l'existence d'un cinéma japonais

Celui-ci ne prit véritablement corps qu'en 1951, lorsque Rashômon, de Kurosawa, fut couronné du Lion d'or à Venise. En 1953, Mizoguchi s'était rendu à Berlin et recevait le Lion d'Argent pour Les contes de la lune vague alors..Teinosuke Kinugasa pu recevoir la palme d'or au Festival de Cannes 1954 pour La Porte de l'Enfer (1953).

4 Les maitres du cinéma japonais

Kenji Mizoguchi (1898-1956) : La vie d'Oharu, femme galante 1952
Yasujiro Ozu (1903-1963) : Voyage à Tokyo 1953
Mikio Naruse (1905-1969) : Nuages flottants 1955
Akira Kurosawa (1910-1998) ; Derzou Ouzala 1975

Shohei Imamura né en 1926 : L'anguille 1997
Nagisa Oshima né en 1932 : Contes cruels de la jeunesse 1960
Isao Takahata né en 1935 :Le tombeau des lucioles 1988

Hayao Miyazaki né en 1941 : Princesse Mononoke 1997
Takeshi Kitano né en 1947 : Hana-bi 1997
Katsuhiro Otomo né en 1954 : Steamboy 2004

Nobuhiro Suwa né en 1960 : M/Other 1999
Kore-eda Hirokazu né en 1962: Nobody knows 2004
Shinji Aoyama né en 1964 : Eureka 2000
Ishii Katsuhito né en 1964 : Taste of tea 2004

 

5- Les Genres du Cinéma Japonais


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