Mai 1981 n'a pas marqué de rupture avec le cinéma des années 70. L'élection de Mitterrand marque la victoire de l'idéologie dominante depuis 1968. Par contre l'entrée dans la rigueur en 1983 avec le gouvernement Fabius et le refus de sortir du SME marquent une fracture profonde avec le passé. Cette faillite de l'idéologie devant l'efficacité du libéralisme sera accentuée après la chute du mur de Berlin et l'éclatement de l'URSS. Le cinéma s'interroge sur lui-même: est-il post-moderne ou marchandise culturelle ?

Trois films de rupture

En 1984 Rohmer réalise Les nuits de la pleine lune, son meilleur film du cycle des Comédies et proverbes entamé en 1981. Le ton est, contrairement aux deux précédents, très pessimiste. En 1985, avec Police, Maurice Pialat abandonne le film social pour se consacrer au film de genre. Enfin, 1985 est aussi la date de l'énorme succès de Trois hommes et un couffin.

Marchandise culturelle pour vaincre la TV

Création en 1984 de C+, dont la vocation première est de diffuser des films récents, puis en 1985 de La5 et M6. Le cinéma comme en 1958 et comme en 1976, est confronté à la concurrence de la TV. Il y avait encore 200 millions de spectateurs en 1982, il n'y en a plus que 120 millions en 1990. Pour survivre le cinéma se doit de devenir marchandise culturelle. Il doit faire événement. Pour que le film attire, les stars sont surpayées, les frais de publicité sont multipliés, les frais de distribution sont mobilisés immédiatement : en 1975 on tirait de 35 à 50 copies d'un film porteur. En 1985 on en est à 300 copies avec des pontes à 400 pour les produits suscitant le plus d'espoir. Sur ce terrain les films américains gagnent largement : en 1986 l'audience des films américains dépasse celle des films français (43%). En 1994, la part des films français n'est plus que de 30% .

Le ghetto du cinéma d'auteur

L'événement sociologique fait presque complètement oublier la recherche formelle, c'est à dire la création d'une forme comme expression de la subjectivité. Selon Jean Douchet :

"Si l'on comparait le cinéma français à une maison avec un toit, avec deux pentes inclinées, Truffaut en serait le faîte, la ligne de tuiles reliant la pente "auteur" à la pente "cinéma commercial". Lui-même tenté par l'un par l'autre, jouait de ces deux tendances. Depuis sa mort les deux pentes s'éloignent l'une de l'autre" (CdC mai 89).

"Le romantisme humaniste" de Truffaut est remplacé dans les années 80 par le psychologisme critique des adeptes du forceps et du scalpel. D'un autre côté l'Avance sur recettes permets à de jeunes cinéastes de s'exprimer sur le mal de vivre.

Pas d'espoir de révolution sociale

La psychologie au scalpel : Depardon. Pialat. Doillon. Brisseau. Varda. Blier. Mocky Le système Mocky repose sur l'amitié des techniciens et acteurs et sur les interventions fracassantes de Mocky. Cinéaste perpétuellement indigné par la saleté du monde qui l'entoure, il pratique un art naïf de la série B. Un cinéma réaliste peuplé de personnages autistes : Assayas, Kahn, Akerman

Le retour de l'imaginaire flamboyant

Les tenants de l'image: Ruiz-Beinex "La lune dans le caniveau" (1983)-Besson ("Subway" (1985) Carax (Brazil, Delicatessen, Europa, Toto le héros, Roger Rabbitt, Born Killer)

Un cinéma pour cinéphiles

Consécration de Eric Rohmer par le public du cinéma: jeune et intellectuel. Godard, Bresson mais aussi Resnais, Rivette, Demy Chabrol et Deville

Les coups heureux de la production

Diva (1980), Trois hommes et un couffin (1985), le grand chemin (1987), la vie est un long fleuve tranquille (1988), Thérèse (1986), Le grand bleu

Les grandes machines

"Tess" réalisé en 1979 par Polansky puis "La guerre du feu" de Jean-Jacques Annaud qu'il prolongera avec "Le nom de la rose" (1986) et "L'ours" (1988). "Jean de Florette" (1985) et "Manon des sources" (1986) de Claude Berri. "Camille Claudel" (1988) de Bruno Nuytten