La première guerre mondiale (1914-1918) n'est pas la première guerre contemporaine du cinéma. Mais c'est la grande Guerre qui donne toute son importance au cinéma comme ouverture sur le monde.
Une ouverture sur un réel bien souvent falsifié comme le fut la première guerre visitée par le cinéma : le conflit américano espagnol en 1898 dans On déchire le drapeau de l'Espagne. Reconstitutions et images réelles parsèment les actualités internationales jusqu'en 1914. Pathé créa ses actualités filmées, "Pathé-journal" en 1908 et Gaumont en 1910. Les spectateurs purent ainsi avoir connaissance de la guerre des Boers en 1899, du conflit russo-japonais en 1905 et des guerres balkaniques en 1913 ; sans compter les différentes crises comme celles du Maroc en 1911. Le cinéma accompagnait l'évolution du monde vers la grande guerre, les spectateurs s'habituaient aux images guerrières aseptisées par les reconstitutions.
Ce furent d'abord des milliers de films d'archives, contrôlés par les ministères de la guerre, utilisés comme propagande ou interdits s'ils étaient suspects de renseigner l'ennemi ou de démoraliser le pays. L'exemple le plus célèbre est celui d'un document où Pétain, goûtant le vin dans un cantonnement près de Verdun, réprime une grimace de dégoût. L'époque vit aussi fleurir des mélodrames exaltant la bravoure des combattants et des infirmières, la barbarie du fantassin boche.
Au vu du nombre de victimes, sans rapport avec celui des guerres précédentes, la Grande Guerre a suscité une horreur et une réflexion comme aucun conflit précédent ne l'avait fait. Avant même que le cinéma ne l'exprime, des romans, tels que Le feu d'Henri Barbusse (1916) ou A l'ouest rien de nouveau d'Erich Maria Remarque, ouvrirent la voie.
Les Américains furent les premiers à produire de grands films historiques de fiction sur la guerre. Dès 1918, à l'image de David W. Griffith (Les Curs du monde), qui montre l'idylle d'un soldat américain et d'une Française, et de Charlie Chaplin, qui signe un Charlot soldat. Ils seront suivis par Rex Ingram (Les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse, 1921), William Wellman (Les Ailes, 1927) et Howard Hughes (Les Anges de l'enfer, 1930), ces deux derniers racontant l'histoire d'aviateurs militaires amoureux d'une infirmière. Et la saga héroïque se poursuivra avec La Grande Parade, de King Vidor (1925), Quatre fils, de John Ford (1928), La Patrouille de l'aube, d'Howard Hawks (1930).
Entre-temps, Abel Gance a signé J'accuse (1919), sur un scénario de Blaise Cendrars, un réquisitoire contre la responsabilité des vaincus, où une armée de fantômes, gueules cassées et poilus à béquilles ressuscités, vient réclamer que leur sacrifice n'ait pas été vain.
Insensiblement, le discours sur la Grande Guerre va changer. Hollywood se détache du pouvoir et ses films accompagnent l'évolution des mentalités. Le milieu des années 1920 est celui du triomphe de la démocratie weimarienne qui voit l'Allemagne revenir dans le concert des nations et se réconcilier avec le monde. La Grande Guerre s'impose peu à peu comme un patrimoine commun qui doit servir d'avertissement pour toute tentative belliqueuse. La marche des esprits vers la paix universelle est engagée et sera concrétisée en 1928 par le pacte Briand-Kellog, signé par une soixantaine d'Etats et qui met la guerre hors la loi.
Aux Etats-Unis, Raoul Walsh réalise Au service de la gloire (1926), comédie pacifiste (la première depuis Charlot soldat), tirée d'une pièce de théâtre. Lewis Milestone adapte E. M. Remarque (A l'ouest rien de nouveau, 1930), , et Howard Hawks réalise Les chemins de la gloire (1936); en Allemagne, Quatre de l'infanterie, de G.W. Pabst (1930), est interdit sous Hitler ; en France, Raymond Bernard adapte Roland Dorgelès (Les Croix de bois, 1932) et Jean Renoir prône la solidarité entre troupes des deux côtés dans La Grande Illusion (1937).
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Les
chemins de la gloire (Howard Hawks, 1936)
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Après la seconde guerre, l'évocation de 1914-1918 se radicalise encore. Stanley Kubrick dénonce les boucheries inutiles et le passage des soldats désobéissants en cour martiale (Les Sentiers de la gloire, 1957). Joseph Losey prend le parti d'un déserteur dans Pour l'exemple (1962). Le ropos de Dalton Trumbo est antimilitariste dans Johny got his gun (1971), où un soldat se réveille sans bras, sans jambes, sans visage. Dans Les Hommes contre (1970), Francesco Rosi s'en prend aux offensives inutiles, aux opérations-suicides.
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Les
Sentiers de la gloire (Stanley Kubrick, 1957)
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Après Jacques Rouffio, qui fit le portrait d'une veuve refusant de porter le deuil (L'Horizon, 1966), Bertrand Tavernier (La Vie et rien d'autre, 1989) et Jean-Pierre Jeunet (Un long dimanche de fiançailles, 2004) dépeignent l'enfer des tranchées, le calvaire des veuves cherchant à retrouver trace de leur mari, la difficulté à oublier ces morts et à envisager une renaissance.
Sources :
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Principaux films sur la première guerre mondiale
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| La France | Serge Bozon | France | 2007 |
| Les fragments d'Antonin | Gabriel Le Bomin | France | 2005 |
| Un long dimanche de fiançaille | Jean-Pierre Jeunet | France | 2004 |
| La chambre des officiers | François Dupeyron | France | 2000 |
| Capitaine Conan | Bertrand Tavernier | France | 1996 |
| La vie et rien d'autre | Bertrand Tavernier | France | 1989 |
| Johny got his gun | Dalton Trumbo | U.S.A. | 1971 |
| Les hommes contre | Francesco Rosi | Italie | 1970 |
| Pour l'exemple | Joseph Losey | G.-B. | 1964 |
| Les sentiers de la gloire | Stanley Kubrick | U.S.A. | 1957 |
| Sergent York | Howard Hawks | U.S.A. | 1941 |
| La grande illusion | Jean Renoir | France | 1937 |
| Les chemins de la gloire | Howard Hawks | U.S.A. | 1936 |
| L'homme que j'ai tué | Ernst Lubitsch | U.S.A. | 1932 |
| L'adieu aux armes | Frank Borzage | U.S.A. | 1932 |
| Les croix de bois | Raymond Bernard | France | 1931 |
| Quatre de l'infanterie | Georg W. Pabst | Allemagne | 1930 |
| A l'Ouest rien de nouveau | Lewis Milestone | U.S.A. | 1930 |
| La patrouille de l'aube | Howard Hawks | U.S.A. | 1930 |
| Quatre fils | John Ford | U.S.A. | 1928 |
| Les ailes | William Wellman | U.S.A. | 1927 |
| Au service de la gloire | Raoul Walsh | U.S.A. | 1926 |
| La grande parade | King Vidor | U.S.A. | 1925 |
| Les quatre cavaliers de l'Apocalypse | Rex Ingram | U.S.A. | 1921 |
| J'accuse | Abel Gance | France | 1919 |
| Charlot Soldat | Charles Chaplin | U.S.A. | 1918 |
| Les coeurs du monde | David W. Griffith | U.S.A. | 1918 |