FRANCE
1916: création d'une commission de contrôle chargée d'accorder ou de refuser les visas d'exploitation. Paritaire en 1945 (sept représentants des ministères et sept professionnels) elle met en minorité les représentants de la profession depuis 1961 où Michel Debré, Premier ministre, fit promulguer un décret censé faire face à une surenchère d'érotisme et de violence, "sauvegarder la santé morale d'une jeunesse en péril" et apaiser le vacarme entretenu par les associations familiales. Le décret annule le système paritaire pour octroyer sept postes aux professionnels, sept aux ministères, cinq à des sociologues, psychologues, éducateurs, magistrats, médecins et pédagogues, trois aux associations ou maires. C'est cette commission qui fit tout ce qu'elle put, menaçant le film d'interdiction totale, pour bloquer le tournage du souffle au cur de Louis Malle
1947 : Le diable au corps de Claude Autant-Lara. La commission de censure propose une interdiction aux moins de 16 ans. Le ministre passe outre et autorise le film à tous les publics.
1964 : Une femme mariée de Jean-Luc Godard. Alain Peyrefitte, ministre
de l'information, exige le changement de "la" femme mariée
en "Une " femme mariée afin de ne pas normaliser l'adultère
; il qualifie les excès de liberté de "risque de débauche".
Les catholiques traditionalistes reprochent à Godard de filmer des
femmes lubriques
1966 : La religieuse de Jacques Rivette. Une campagne de pétitions est orchestrée avant même le tournage du film par des associations catholiques. Edouard Frédéric Dupont, conseiller de paris, écrit au préfet de police, Maurice Papon, pour alerter sur cette uvre "diffamatoire qui déshonore les religieuses". La commission de censure propose uen interdiction aux moins de 18 ans. Yvon Bourges, secrétaire d'Etat à l'information, décide uen interdiction totale. Le ministre de la culture, André Malraux se désolidarise du gouvernement en envoyant le film au festival de Cannes.
1971 : Avoir vingt ans dans les Aurès de René Vautier (1972) est programmé à Tourcoing dans le cadre d'un festival. Le front national tente d'empêcher la projection de ce film "ordurier". Le maire socialise de la ville reste ferme sur sa position de "ne jamais intervenir dans le choix de [ses] responsables culturels.
1988 : La dernière tentation du Christ de martin Scorsese est la cible d'une guerre sainte menée par les intégristes. Jean Marie Lustiger, archevêque de Paris "proteste par avance contre la diffusion" d'un film "blasphématoire". Trois associations religieuses saisissent le tribunal pour obtenir sin interdiction. Manifestations, jets de gaz lacrymogènes, cocktail Molotov, destruction de fauteuils, menaces téléphoniques finissent par décourager els exploitants. Le cinéma Saint Michel est incendié. Jack Lang déclare "inacceptable qu'une minorité de gens violents ne respectent pas la pensée des autres et puissent entraver leur liberté".
2002 : rétablissement de l'interdiction aux moins de 18 ans pour permettre une exploitation hors des salles spécialisées.. inexistantes
4 février 2003: Le conseil d'Etat décide l'interdiction aux moins de 18 ans de ken park, sorti en octobre 2003 Il annule ainsi partiellment le visa d'exploitation délivré par le ministère de la culture ( simple interdiction aux moins de 16 ans) tout en jugeant que el film n'est pas à caractère pornographique. Il suit ainsi en partie la demande de l'association Promouvoir. Ken Park a été interdit en Australie, aux Etats-Unis et dans la plupart des pays anglo-saxons. Le conseil d'Etat reproche au film de Larry Clark, non la séquence au cours de laquelle un adolescent psychotique assassine ses grands-parents mais une "scène de sexe non simulée, qui revêt un caractère particulièrement cru et explicite". Sans doute fait-il allusion à une scène de masturbation assortie d'asphyxie autoérotique. Le visa d'exploitation est annulé tant qu'il n'est pas assorti d'une interdiction aux mineurs de moins de dix-huit ans, ce qui signifie qu'il est retiré des deux salles où il était encore projeté
En France la majorité sexuelle est fixée à 16 ans. L'interdiction aux moins de 18 ans se justifie par le seul caractère choquant des scènes de sexe ou de violence.
U. S. A.
Le nom d'Elia Kazan est prononcé pour la première fois, lors des investigations de the House of UnAmerican Activities (HUAC) en octobre 1947, par Jack Warner en personne, qui essayait de convaincre le comité que Franklin D. Roosevelt, plus que sa compagnie la Warner Bros, était l'initiateur du célèbre film de propagande pro stalinien, Mission to Moscow (1943) de Michael Curtiz, destiné à soutenir l'effort de guerre soviétique. Kazan avait été membre du Parti communiste durant 19 mois au milieu des années 1930 quand il était membre du Group Theatre à New York. Il était ce qu'on appelait à l'époque un "hollywood liberal", et avait été jusqu'à signer durant le printemps 1950 un télégramme de solidarité en faveur des Dix d'Hollywood, les cibles originelles de la HUAC. L'arrivée du sénateur Joseph McCarthy, puis la guerre en Corée quelques mois plus tard, modifient le cours des choses. La position des libéraux hollywoodiens devient vacillante. Hollywood regorge désormais d'informateurs prêts à donner tous les noms possibles d'ex communistes.
Ronald Reagan, président de la Screen Actors Guild, le syndicat des acteurs, collabore étroitement avec le FBI. Joseph Mankiewicz, président de la Screen Directors Guild, est contesté par une minorité conservatrice menée par Cecil B. DeMille. Le 22 octobre 1950, au cours d'un meeting resté dans les mémoires, DeMille évoque le passé communiste de Kazan et affirme qu'il s'en servira contre lui. L'année suivante le HUAC concentre plus clairement ses attaques contre Hollywood avec comme cible, entre autres, le Group Theatre de Kazan et de ses camarades. La plupart se réfugieront derrière le cinquième amendement sans dire un mot sur leur passé politique, à l'exception de l'acteur John Garfield qui soutiendra n'avoir jamais parlé avec qui que ce soit à Hollywood du Parti communiste. Cette candeur ne l'empêchera pas d'être, comme bien d'autres, placé sur la Liste Noire. La HUAC tenait absolument à confondre une star. Celle-ci aurait pu être Edward G. Robinson ou Sterling Hayden, mais Garfied demeurait, à leurs yeux, le candidat idéal. Kazan avait travaillé avec lui au théâtre et à Hollywood, et se sentait naturellement menacé. Arthur Miller, qui travaillait à l'époque avec le réalisateur, parlait de Kazan comme d'un homme terrifié devant la perspective d'être inscrit sur la Liste Noire. Pour ne rien arranger, Kazan venait de terminer Viva Zapata! d'après un projet du scénariste Lester Cole, membre des Dix d'Hollywood. Kazan est convoqué par la HUAC durant l'été 1951 et refuse de donner le nom de ses anciens camarades. Mais la sortie de Viva Zapata! et la polémique qui s'ensuit sur les orientations politiques de ses collaborateurs précipite les choses.
En avril 1952, Kazan retourne à sa propre initiative devant la HUAC . Il est alors au sommet de sa carrière, fort d'un Oscar en 1948 pour Le Mur invisible. Il est le metteur en scène le plus en vue à Broadway. L'homme qui a popularisé les méthodes de Stanislavsky. Celui qui a fait connaître Marlon Brando et amené James Dean à Hollywood. Il devient le mouchard le plus célèbre de sa génération, n'hésitant pas à donner le nom de ses anciens collaborateurs communistes pour sauver sa carrière. Il lâche huit noms dont celui du dramaturge et scénariste Clifford Odets. Le réalisateur aurait pu faire pire, comme donner le nom de Nicholas Ray ou charger davantage le malheureux John Garfield. Il aurait d'évidence pu faire mieux. Si un artiste pouvait résister publiquement devant la HUAC et dénoncer les ravages de la Liste Noire, c'était Kazan. Au lieu d'être le sauveur de la gauche hollywoodienne, il deviendra sa bête noire. La gauche américaine ne s'en remettra jamais. Le cinéma de Kazan ne sera non plus jamais le même, témoignant d'une force inédite. Kazan réalise ses meilleurs films pendant et après la Liste Noire : Sur les quais ; A l'Est d'Eden ; Baby Doll ; Un homme dans la foule ; Le Fleuve sauvage ; La Fièvre dans le sang ; Les Visiteurs ; Le Dernier nabab. Leur sujet est le même : la trahison.
Religion
Dédié à la douce mémoire du pape Jean XXIII, L'évangile selon saint Matthieu de Pier Paolo Pasolini (1965) suscite des polémiques. Le cinéaste italien ancre l'Evangile dans le tiers monde et fait entendre Le chant des partisans pendant les sermons d'un christ à mine hagarde de guérillero, prophète exalté, vindicatif, homme du peuple en communion avec tous les révoltés. Pasolini qui dut alors affronter les intégristes (œufs pourris, bagarres insultes) venait de faire scandale en montrant dans La ricotta (1963), péplum kitsch fustigeant les marchands du temple, un figurant mourant sur la croix, d'une indigestion de fromage. Le film devait être mis sous séquestre pour "offense à la religion" et valoir à son auteur quatre mois de prison avec sursis. C'est à Paul VI que revient l'initiative du Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli (1976). La violente campagne (jusqu'à l'incendie d'une salle) déclenchée contre La dernière tentation du christ de Martin Scorsese (1988) auquel on reprochait d'avoir peint un Christ soumis au doute et à la tentation de la chair, illustre l'intolérante propension des défenseurs de l'orthodoxie religieuse à censurera avant d'avoir vu le film. Signalons les plaintes d'associations intégristes contre les affiches d'Ave Maria de Jacques Richard (1984) qui montrait une jeune fille ligotée seins nus en croix et de Larry Flint de Milos Forman (1997) où l'empereur de la presse pornographique américaine était crucifié sur le bas ventre d'une femme.